{"id":10093,"date":"2011-02-14T00:00:05","date_gmt":"2011-02-13T23:00:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=10093"},"modified":"2011-02-12T21:48:56","modified_gmt":"2011-02-12T20:48:56","slug":"french-remettre-les-pendules-a-lheure-au-moyen-orient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2011\/02\/french-remettre-les-pendules-a-lheure-au-moyen-orient\/","title":{"rendered":"(French) Remettre les pendules \u00e0 l&#8217;heure au Moyen-Orient"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;irruption de la &#8220;rue arabe&#8221; (concept jusqu&#8217;ici bien commode par son abstraction) place l&#8217;Occident face \u00e0 ses contradictions : si l&#8217;interpellation populaire de pouvoirs autocratiques et corrompus r\u00e9sonne avec les valeurs d\u00e9mocratiques dont on se targue \u00e0 Washington, Paris et ailleurs, elle s&#8217;accorde mal avec les aspects pratiques d&#8217;une politique occidentale qui n&#8217;a jamais fait grand cas de l&#8217;opinion publique locale. Comment embrasser un \u00e9lan populaire quand on est tout sauf populaire dans la r\u00e9gion ?<\/p>\n<p>Le Moyen-Orient est de longue date le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une diplomatie on ne peut plus traditionnelle, visant avant tout \u00e0 pr\u00e9server l&#8217;acc\u00e8s aux ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, la s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;Isra\u00ebl et l&#8217;endiguement des islamismes, en forgeant des alliances, en d\u00e9ployant des troupes, en infligeant des sanctions, et en relan\u00e7ant de temps \u00e0 autre des efforts somme toute assez vell\u00e9itaires sur un &#8220;processus de paix&#8221; servant d&#8217;instrument de r\u00e9gulation d&#8217;une machine en apparence bien huil\u00e9e. Les r\u00e9gimes eux-m\u00eames ont longtemps trouv\u00e9 dans ce contexte de quoi consolider leurs assises, que ce soit dans l&#8217;alignement sur les Etats-Unis ou dans l&#8217;opposition \u00e0 lui, ces deux options offrant l&#8217;une et l&#8217;autre des &#8220;rentes strat\u00e9giques&#8221; permettant aux pouvoirs de faire l&#8217;impasse sur toute notion de bonne gouvernance.<\/p>\n<p>Les appels occidentaux aux r\u00e9formes et au respect des droits de l&#8217;homme, cens\u00e9s faire bonne mesure, ont toujours c\u00e9d\u00e9 le pas devant des pr\u00e9occupations plus pragmatiques. D&#8217;o\u00f9 un agenda strictement n\u00e9gatif \u2013 prot\u00e9ger des int\u00e9r\u00eats face \u00e0 des agressions possibles \u2013, r\u00e9ductible au maintien du statu quo, malgr\u00e9 un prix lourd \u00e0 payer en termes de retard de d\u00e9veloppement, d&#8217;humiliations ressenties, et de conflits sanglants. Cette dynamique, stimulant diverses formes d&#8217;islamisme, renfor\u00e7ait dialectiquement les arguments des conservateurs de tout bord. Obs\u00e9d\u00e9 par une hostilit\u00e9 populaire dont il est pourtant en grande partie responsable, l&#8217;Occident a fait cause commune avec les r\u00e9gimes pour mieux se m\u00e9fier des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion s&#8217;est ainsi organis\u00e9e autour de consid\u00e9rations &#8220;strat\u00e9giques&#8221;. Le d\u00e9clin de l&#8217;influence occidentale, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, laissait n\u00e9anmoins grandir un vide dont on ne savait pas bien ce qui viendrait le combler. Sous l&#8217;administration Obama, les Etats-Unis en particulier se sont montr\u00e9s absents ou impuissants sur tous les grands dossiers du jour. Ils se sont av\u00e9r\u00e9s incapables d&#8217;offrir m\u00eame un d\u00e9but de r\u00e9ponse aux deux questions cruciales qui portent sur la place d&#8217;Isra\u00ebl dans la r\u00e9gion (au-del\u00e0 de sa &#8220;bunkerisation&#8221;) et sur celle de l&#8217;Iran (au-del\u00e0 de son ostracisation). Ils poursuivent en Irak une logique de retrait qui se r\u00e9sume \u00e0 &#8220;apr\u00e8s moi le d\u00e9luge&#8221;, malgr\u00e9 la responsabilit\u00e9 morale et les int\u00e9r\u00eats pratiques que met en jeu l&#8217;avenir encore incertain de ce pays clef. Enfin, la course \u00e0 l&#8217;armement qui continue dans le th\u00e9\u00e2tre isra\u00e9lo-libano-syrien, et qui fait peser sur la r\u00e9gion le risque d&#8217;une guerre d\u00e9vastatrice, r\u00e9duit Washington \u00e0 compter les missiles, faute de moyens \u00e0 la fois de pression et de m\u00e9diation.<\/p>\n<p>A mesure que la politique occidentale perdait sa vigueur en tant que principe organisateur dans la r\u00e9gion, cette derni\u00e8re s&#8217;est vue contrainte d&#8217;en faire plus, par et pour elle-m\u00eame. Aussi a-t-on pu assister \u00e0 diverses initiatives diplomatiques laissant les Etats-Unis sur la touche : m\u00e9diation turque entre Isra\u00ebl et la Syrie en 2008, r\u00e9solution de l&#8217;imbroglio irakien \u00e0 Erbil en novembre dernier, efforts conjoints syro-saoudiens au Liban en 2010 et 2011. Dans chacun de ces trois cas exemplaires les Etats-Unis n&#8217;ont jou\u00e9 quasiment aucun r\u00f4le. Sur un plan \u00e9conomique, de multiples projets d&#8217;int\u00e9gration des infrastructures r\u00e9gionales r\u00e9v\u00e8lent aussi une volont\u00e9 nouvelle de mettre de c\u00f4t\u00e9 la politique au profit d&#8217;un minimum de coop\u00e9ration inter\u00e9tatique.<\/p>\n<p>Mais si les r\u00e9gimes ont commenc\u00e9 \u00e0 en faire plus pour eux-m\u00eames, ils semblaient bel et bien d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 en faire toujours aussi peu pour leurs peuples. Partout, un discours vaguement &#8220;r\u00e9formiste&#8221; voilait \u00e0 peine la r\u00e9alit\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques croissantes et des pratiques politiques r\u00e9gressives (successions paternalistes, \u00e9lections frauduleuses, pl\u00e9biscites unanimistes, etc.). En somme, ni l&#8217;Occident ni les r\u00e9gimes ne semblaient plus offrir la moindre direction.<\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 la fois admirable, naturel et inattendu que les peuples tunisiens et \u00e9gyptiens sortent eux-m\u00eames de leur passivit\u00e9 presque l\u00e9gendaire pour prendre leur avenir en main, retrouver une impulsion, en red\u00e9finissant l&#8217;agenda autour de demandes de redistribution \u00e9conomique et de participation politique, loin de pr\u00e9occupations strat\u00e9giques stagnantes. Une politique occidentale confuse et illisible a peut-\u00eatre facilit\u00e9, ironiquement, ce tournant, en cessant de galvaniser l&#8217;opinion publique contre elle, en inspirant une lassitude sans pr\u00e9c\u00e9dent pour des sujets comme le processus de paix et par extension la cause palestinienne, et en laissant croire \u00e0 un l\u00e2chage possible des r\u00e9gimes. (Selon une rumeur persistante, les Etats-Unis ont voulu et orchestr\u00e9 la chute de <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/26ed\/ben-ali.html\" >Ben Ali<\/a>).<\/p>\n<p>Un des aspects les plus stimulants des changements en cours vient du fait qu&#8217;aucun des concepts \u00e0 travers lesquels la r\u00e9gion est g\u00e9n\u00e9ralement appr\u00e9hend\u00e9e (islamisme, terrorisme, sectarisme, antis\u00e9mitisme, ou \u00e0 l&#8217;inverse &#8220;mod\u00e9ration&#8221;) n&#8217;est pertinent dans la situation actuelle. Or ces th\u00e9matiques qui mobilisent ou fascinent aujourd&#8217;hui les manifestants et t\u00e9l\u00e9spectateurs arabes jouissent, \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, d&#8217;une r\u00e9sonance profonde et r\u00e9pandue, beaucoup plus puissante que l&#8217;indignation ressentie face \u00e0 Isra\u00ebl et aux Etats-Unis ou l&#8217;attrait du religieux.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des situations particuli\u00e8res dans les pays de la r\u00e9gion, cette derni\u00e8re n&#8217;en est pas moins remarquablement homog\u00e8ne (compar\u00e9e \u00e0 l&#8217;Europe par exemple), ce qui explique sans doute en partie l&#8217;effet de contagion. Les soci\u00e9t\u00e9s arabes partagent un m\u00eame socle de r\u00e9f\u00e9rences culturelles et historiques, un m\u00eame retard de d\u00e9veloppement, une m\u00eame lassitude face \u00e0 des r\u00e9gimes qui ont cess\u00e9 de pourvoir \u2013 chacun \u00e0 sa mani\u00e8re \u2013 \u00e0 leurs besoins mat\u00e9riels et moraux, et une m\u00eame int\u00e9gration dans une sph\u00e8re m\u00e9diatique globalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce dernier point est important : si les r\u00e9gimes n&#8217;ont pas su adapter leurs discours, \u00e9reint\u00e9s par l&#8217;hypocrisie et la censure, les soci\u00e9t\u00e9s sont devenues libres de se donner \u00e0 voir aux autres et \u00e0 elles-m\u00eames, \u00e0 travers les cha\u00eenes d&#8217;information en continu, les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es \u00e0 caract\u00e8re social et les sites communautaires. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, elles ont acquis une \u00e9tonnante familiarit\u00e9 les unes pour les autres (qui contraste avec la m\u00e9connaissance r\u00e9ciproque qui caract\u00e9rise les europ\u00e9ens, en d\u00e9pit de tentatives beaucoup plus structur\u00e9es de construction d&#8217;une destin\u00e9e commune). Cette \u00e9volution a pr\u00e9par\u00e9 le terrain \u00e0 une mobilisation v\u00e9cue non pas comme une sp\u00e9cificit\u00e9 tunisienne, mais comme la manifestation locale d&#8217;un malaise collectif. Par la force de l&#8217;image, des situations paradigmatiques ont instantan\u00e9ment \u00e9t\u00e9 mises en circulation, en l&#8217;absence de discours bien articul\u00e9s.<\/p>\n<p>Que les r\u00e9gimes aient tous cru pouvoir continuer \u00e0 ignorer ce malaise est instructif en soi. De fait, ils s&#8217;\u00e9taient assoupis dans le confort offert par une combinaison de rente strat\u00e9gique, de canalisation des m\u00e9contentements vers l&#8217;islamisme, et d&#8217;apathie populaire. Ils ont fait leurs choux gras de soci\u00e9t\u00e9s toujours plus d\u00e9politis\u00e9es et d\u00e9mobilis\u00e9es, le devenant eux-m\u00eames en abandonnant toute vision programmatique au b\u00e9n\u00e9fice d&#8217;une logique d&#8217;enrichissement mafieuse. Un peu partout dans la r\u00e9gion, les r\u00e9gimes ont pill\u00e9s leurs institutions et ressources nationales, sapant leurs capacit\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 d&#8217;\u00e9ventuelles demandes de redistribution.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, ce sont bien souvent de minuscules coteries qui ont accumul\u00e9 d&#8217;immenses richesses, laissant le gros de leurs employ\u00e9s au sein de l&#8217;appareil de pouvoir avec de bien maigres ressources. Ceci explique \u00e0 la fois que la col\u00e8re populaire, \u00e0 Tunis et au Caire, se soit focalis\u00e9e sur quelques individus, et que nombre de serviteurs du r\u00e9gime se soient trouv\u00e9s davantage d&#8217;affinit\u00e9s avec le peuple qu&#8217;avec l&#8217;\u00e9lite. Celle-ci, en tunisie tout particulierement, s&#8217;est d\u00e9tach\u00e9e par go\u00fbt du lucre non seulement de sa base sociale mais de son soubassement politique.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, une subite remobilisation de certains pans de la soci\u00e9t\u00e9, autour de revendications diffuses mais instinctivement l\u00e9gitimes, et sans repr\u00e9sentants clairs avec lesquels s\u00e9vir ou n\u00e9gocier, ne peut que laisser sans r\u00e9ponse ad\u00e9quate des structures de pouvoir en partie \u00e9vid\u00e9es. Apr\u00e8s de longues ann\u00e9es \u00e0 laisser cro\u00eetre un ressentiment ignor\u00e9 des dirigeants avec une arrogance ostensible, quelles mesures d&#8217;ajustement auraient-elles la moindre cr\u00e9dibilit\u00e9 ? Ainsi, Ben Ali finit par concocter des concessions aussi tardives que d\u00e9risoires, le mot m\u00eame de &#8220;r\u00e9forme&#8221; \u00e9tant \u00e9puis\u00e9 ; mubarak s&#8217;efforce de resouder la population autour d&#8217;une peur du chaos ; et les autres, face aux risques d&#8217;extension, en sont r\u00e9duits \u00e0 croiser les doigts. Rien ne permet d&#8217;anticiper si la mobilisation prendra ailleurs ; ce qui est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr, en revanche, c&#8217;est que les r\u00e9gimes peuvent facilement vaciller partout o\u00f9 ce sera le cas.<\/p>\n<p>La chute de <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/sujet\/0bb4\/saddam-hussein.html\" >Saddam Hussein<\/a>, en 2003, aurait pu servir de signe avant-coureur, si la question de l&#8217;invasion am\u00e9ricaine n&#8217;avait occult\u00e9 la fragilit\u00e9 intrins\u00e8que du r\u00e9gime \u2013 pourtant le plus brutal que la r\u00e9gion ait connu, et de loin. Seule l&#8217;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re et quelques Fedayins fanatis\u00e9s affront\u00e8rent, avec une abn\u00e9gation fr\u00f4lant l&#8217;absurde, l&#8217;envahisseur. Cependant l&#8217;appareil de pouvoir s&#8217;effondrait de l&#8217;int\u00e9rieur : les premiers cercles, gangren\u00e9s par l&#8217;arrivisme, n&#8217;alert\u00e8rent jamais le tyran sur les dangers bien r\u00e9els auxquels il faisait face, ne combattirent pas (y compris les soi-disant unit\u00e9s d&#8217;\u00e9lite des gardes pr\u00e9toriennes) et se fondirent dans la nature d\u00e8s qu&#8217;ils sentirent l&#8217;heure venue. En Irak, \u00e9tant donn\u00e9 le climat de terreur que faisait r\u00e9gner l&#8217;appareil de s\u00e9curit\u00e9 et le report des r\u00e9criminations sociales sur l&#8217;embargo onusien, une puissante op\u00e9ration militaire \u00e9tait n\u00e9cessaire pour atteindre ce point de rupture. Mais il n&#8217;en reste pas moins que le r\u00e9gime est tomb\u00e9 avant que le tsunami des chars am\u00e9ricains ne le renverse.<\/p>\n<p>Bagdad offre d&#8217;autres le\u00e7ons \u00e0 m\u00e9diter. Bient\u00f4t huit ans apr\u00e8s le d\u00e9boulonnement des statues du tyran, la transition est loin d&#8217;\u00eatre achev\u00e9e. Les espoirs initiaux ont d&#8217;abord fait trembler la r\u00e9gion d&#8217;excitation, avant que d&#8217;effroyables violences ne servent de repoussoir contre toute tentation d&#8217;aventurisme, puis que la d\u00e9sillusion ne s&#8217;installe dans un calme relatif teint\u00e9 de certains travers de l&#8217;ancien r\u00e9gime (corruption end\u00e9mique, tortures et disparitions). Les projets &#8220;n\u00e9ocons&#8221; de refonte de la r\u00e9gion autour du &#8220;mod\u00e8le irakien&#8221; oubliaient une chose : les transitions ont une temporalit\u00e9 et une rationalit\u00e9 qui ne se pr\u00eatent pas \u00e0 celles \u2013 imm\u00e9diate et r\u00e9ductrice \u2013 de l&#8217;action politique.<\/p>\n<p>En Tunisie et en Egypte, nous assistons certainement \u00e0 un tournant majeur. Vers quoi ? Allahu ya&#8217;lam (Dieu seul le sait). Pour l&#8217;Occident, l&#8217;\u00e9cueil consiste \u00e0 tenter de r\u00e9agir \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement en t\u00e2chant bien tardivement de mettre en conformit\u00e9 les valeurs et les int\u00e9r\u00eats qu&#8217;il entend d\u00e9fendre. Il va de soi que les aspirations populaires dans le monde arabe ne vont pas subitement venir chambouler une politique qui restera surd\u00e9termin\u00e9e par la qu\u00eate d&#8217;\u00e9nergie, le soutien \u00e0 Isra\u00ebl et la lutte contre l&#8217;islamisme. Les grands discours tressant des louanges aux peuples tunisiens et \u00e9gyptiens sont bien myopes : et si les courageux peuples tunisiens et \u00e9gyptiens optaient pour des postures nationales contraires aux vis\u00e9es occidentales, que diront alors Washington et Paris ? D\u00e9j\u00e0, on imagine ces capitales privil\u00e9gier certaines composantes jug\u00e9es plus commodes que d&#8217;autres au sein des courageux peuples en question \u2013 fa\u00e7on de r\u00e9introduire les clivages habituels entre islamistes et la\u00efcs, mod\u00e9r\u00e9s et militants. La pente est glissante vers une restauration, sous une forme ou sous une autre, du statu quo.<\/p>\n<p>Ce risque est r\u00e9el en Egypte, o\u00f9 l&#8217;arm\u00e9e, rare institution s\u00e9curitaire \u00e0 \u00eatre coh\u00e9sive et populaire, est en bonne position pour g\u00e9rer efficacement la transition, dans une logique d&#8217;endiguement des Fr\u00e8res musulmans et de maintien d&#8217;une ligne pro-occidentale en politique \u00e9trang\u00e8re. S&#8217;il y a une chose \u00e0 souhaiter, c&#8217;est que l&#8217;Occident, pass\u00e9es les hom\u00e9lies, ne deviennent pas une source de r\u00e9gression nouvelle dans une r\u00e9gion qui a tant besoin de regarder de l&#8217;avant.<\/p>\n<p>Le mieux serait de contribuer autant que possible, et sur la dur\u00e9e, \u00e0 des transitions r\u00e9ussies vers des mod\u00e8les aussi pluralistes et d\u00e9mocratiques que possibles, sans oublier que les probl\u00e8mes de la r\u00e9gion restent entiers. Le conflit isra\u00e9lo-palestinien, la question iranienne, la radicalisation d&#8217;une jeunesse urbaine sous-employ\u00e9e reviendront vite nous hanter, dans un environnement simplement rendu plus complexe encore par les changements subits qui viennent de s&#8217;op\u00e9rer. S&#8217;il est grand temps pour la r\u00e9gion de rendre justice aux aspirations populaires, il y a bien des raisons pour qu&#8217;elle ne l&#8217;ait pas fait depuis si longtemps. Le meilleur service \u00e0 rendre \u00e0 ceux qui aspirent au changement serait d&#8217;assainir le climat sur des questions o\u00f9 l&#8217;Occident a bien plus \u00e0 offrir que la logique du statu quo.<\/p>\n<p>________________________<\/p>\n<p><em>Peter Harling, directeur des activit\u00e9s de l&#8217;International Crisis Group en Irak, en Syrie et au Liban.<\/em><\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2011\/02\/04\/remettre-les-pendules-a-l-heure-au-moyen-orient_1474996_3232.html\" >Go to Original \u2013 lemonde.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;irruption de la &#8220;rue arabe&#8221; (concept jusqu&#8217;ici bien commode par son abstraction) place l&#8217;Occident face \u00e0 ses contradictions : si l&#8217;interpellation populaire de pouvoirs autocratiques et corrompus r\u00e9sonne avec les valeurs d\u00e9mocratiques dont on se targue \u00e0 Washington, Paris et ailleurs, elle s&#8217;accorde mal avec les aspects pratiques d&#8217;une politique occidentale qui n&#8217;a jamais fait grand cas de l&#8217;opinion publique locale. 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