{"id":12354,"date":"2011-05-23T12:00:35","date_gmt":"2011-05-23T11:00:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=12354"},"modified":"2011-05-18T02:33:46","modified_gmt":"2011-05-18T01:33:46","slug":"french-afrique-du-sud-et-palestine-resistance-civile-et-resolution-de-conflits-asymetriques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2011\/05\/french-afrique-du-sud-et-palestine-resistance-civile-et-resolution-de-conflits-asymetriques\/","title":{"rendered":"(French) Afrique du Sud et Palestine: R\u00e9sistance Civile et R\u00e9solution de Conflits Asym\u00e9triques"},"content":{"rendered":"<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9cente actualit\u00e9 dans le monde arabe nous l\u2019a rappel\u00e9, le peuple d\u00e9tient un pouvoir qu\u2019on ne soup\u00e7onne pas toujours, et se montre dans certains cas capable de mettre fin \u00e0 des occupations \u00e9trang\u00e8res ou des r\u00e9gimes dictatoriaux. De tels exemples, le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent en a connu son lot dont certains ont \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9s de succ\u00e8s comme le mouvement Solidarnosc en Pologne, d\u2019autres moins comme les manifestations de la place Tienanmen en 1989.<\/p>\n<p>Des acteurs non-\u00e9tatiques ont donc jou\u00e9 des r\u00f4les essentiels dans plusieurs \u00e9pisodes-cl\u00e9s de l\u2019histoire contemporaine, comme la d\u00e9colonisation ou la fin du bloc sovi\u00e9tique, changeant profond\u00e9ment le visage des relations internationales. L\u2019Etat, d\u00e9tenteur de la violence physique l\u00e9gitime, dot\u00e9 de la plupart des ressources militaires, est dans ces cas-l\u00e0 d\u00e9fi\u00e9 par un acteur a priori faible, dans des conflits qualifi\u00e9s d\u2019asym\u00e9triques. Steven Metz et Douglas V. Johnson d\u00e9finissent ces acteurs faibles comme des acteurs qui <em>\u00ab agissent, s\u2019organisent et pensent diff\u00e9remment afin de maximiser leurs propres avantages, exploiter les faiblesses de l\u2019adversaire, d\u00e9tenir l\u2019initiative ou gagner une libert\u00e9 d\u2019action plus importante. [&#8230;] Elle [l\u2019asym\u00e9trie] peut inclure des m\u00e9thodes, des technologies, des valeurs, des modes d\u2019organisation, des \u00e9ch\u00e9anciers diff\u00e9rents ou une combinaison de ces derniers \u00bb<\/em>. Ils d\u00e9finissent de la sorte \u00e0 la fois un r\u00e9seau terroriste, une gu\u00e9rilla et un mouvement de r\u00e9sistance dite populaire, ou civile, \u00e0 caract\u00e8re majoritairement non-violent. C\u2019est de ce dernier cas qu\u2019il sera question dans cette \u00e9tude.<\/p>\n<p>Un cas embl\u00e9matique de la r\u00e9sistance non-violente contre un occupant est l\u2019Inde de Gandhi. A travers diff\u00e9rentes tactiques non-violentes comme des marches de protestation, des gr\u00e8ves de la faim et des actions de d\u00e9sob\u00e9issance civile, l\u2019Inde a obtenu son ind\u00e9pendance de l\u2019Angleterre. Le mouvement pour l\u2019obtention de droits civiques men\u00e9 par Martin Luther King aux Etats-Unis dans les ann\u00e9es 50-60 a lui aussi fait appel \u00e0 des m\u00e9thodes non-violentes comme des sit-in ou des boycotts.<\/p>\n<p>Mais ces deux exemples de r\u00e9sistance non-violente, largement \u00e9tudi\u00e9s et comment\u00e9s, ont n\u00e9anmoins entrain\u00e9 une conception erron\u00e9e de ce type de lutte. Personnalit\u00e9s hautement morales, les leaders de ces deux mouvements d\u00e9fendaient en effet une non-violence dite de principe. Jean-Marie Muller souligne l\u2019importance de la distinction entre l\u2019exigence philosophique de non-violence, et la strat\u00e9gie de l\u2019action non-violente. Alors que la premi\u00e8re \u00e9rige la non-violence en valeur morale, la deuxi\u00e8me y recherche l\u2019efficacit\u00e9 . Parfois surnomm\u00e9 le \u00ab Machiavel de la non-violence \u00bb, Gene Sharp a th\u00e9oris\u00e9 la strat\u00e9gie de la lutte non-violente. Selon lui, la plupart des luttes populaires non-violentes ne reposent pas sur un rejet moral ou religieux de la violence, mais bien sur un calcul strat\u00e9gique . Tel est le cas de la lutte contre le dictateur Ferdinand Marcos aux Philippines dans les ann\u00e9es 70-80 ou des mouvements populaires ayant mis fin \u00e0 la domination sovi\u00e9tique dans l\u2019ancien bloc de l\u2019Est. A r\u00e9sistance non-violente, les th\u00e9oriciens pr\u00e9f\u00e8rent donc souvent les termes de r\u00e9sistance populaire ou r\u00e9sistance civile.<\/p>\n<p>Ces luttes peuvent conna\u00eetre des fins diverses, certaines atteignent leurs objectifs d\u2019autres n\u2019y parviennent pas. Dans <em>Unarmed Insurrections, People Power Movements in Nondemocracies<\/em>, Kurt Schock explore les raisons qui permettent \u00e0 certaines luttes d\u2019\u00e9branler les plus durs r\u00e9gimes dictatoriaux, tandis que d\u2019autres \u00e9chouent . Nous \u00e9tudierons ici l\u2019\u00e9volution de deux mouvements de r\u00e9sistance civile ayant eu cours durant les ann\u00e9es 80 : le mouvement de contestation contre le r\u00e9gime de l\u2019apartheid en Afrique du Sud et la Premi\u00e8re Intifada palestinienne. Chacun de ces cas a \u00e9t\u00e9 suivi de pr\u00e8s ou de loin d\u2019un processus de n\u00e9gociation. Ce sont deux mouvements de r\u00e9sistance aux contextes et aux \u00e9volutions comparables, bien que diff\u00e9rents. Mais si d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la r\u00e9sistance civile sud africaine est parvenue \u00e0 mettre un terme au syst\u00e8me de l\u2019apartheid, l\u2019Intifada n\u2019a quant \u00e0 elle pas r\u00e9ussi \u00e0 aboutir \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Etat Palestinien.<\/p>\n<p><strong>CHOIX DES CAS COMPAR\u00c9S<\/strong><\/p>\n<p>La comparaison entre la situation d\u2019apartheid en Afrique du Sud et celle de l\u2019occupation isra\u00e9lienne des Territoires Palestiniens n\u2019est pas in\u00e9dite. Il est fr\u00e9quent d\u2019entendre parler d\u2019apartheid pour d\u00e9crire la situation palestinienne ou de voir des personnalit\u00e9s qui ont lutt\u00e9 contre ce syst\u00e8me en Afrique du Sud, d\u00e9noncer par ce terme l\u2019occupation isra\u00e9lienne des territoires palestiniens . En 2006, l\u2019ancien Pr\u00e9sident des Etats-Unis, Jimmy Carter, a \u00e9crit un ouvrage intitul\u00e9 <em>Palestine : peace not apartheid<\/em>, op\u00e9rant un parall\u00e8le entre le r\u00e9gime de s\u00e9gr\u00e9gation appliqu\u00e9 en Afrique du Sud de 1948 \u00e0 1991, et la politique isra\u00e9lienne dans les Territoires Palestiniens Occup\u00e9s (TPO), provoquant une lev\u00e9e de boucliers aux Etats-Unis . Des organisations avancent en outre aujourd\u2019hui la possible applicabilit\u00e9 du crime d\u2019apartheid \u00e0 la situation dans les TPO .<\/p>\n<p>Outre les similarit\u00e9s existant entre la politique d\u2019apartheid et la politique isra\u00e9lienne dans les TPO, les situations sud-africaines et palestiniennes se rejoignent \u00e9galement sur les formes de luttes qui se sont form\u00e9es face \u00e0 ces politiques. Les mouvements de r\u00e9sistance populaire qui ont pris cours durant les ann\u00e9es 80 en Afrique du Sud et dans les TPO ont tous deux \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des th\u00e9ories sur les r\u00e9sistances civiles. Dans le chapitre concluant son ouvrage <em>Unarmed Insurrections<\/em>, Kurt Schock rel\u00e8ve les points communs entre les mouvements de r\u00e9sistance sud-africain et palestinien. Au-del\u00e0 des similitudes partag\u00e9es par les r\u00e9sistances civiles en g\u00e9n\u00e9ral, ces deux mouvements ont connu des \u00e9pisodes relativement violents. Par ailleurs, dans les deux cas, le mouvement na\u00eet hors de l\u2019initiative de l\u2019organisation historique de r\u00e9sistance \u2013 ANC et OLP \u2013 au sein de la population qui subit quotidiennement l\u2019oppression .<\/p>\n<p>Que ce soit en Afrique du Sud ou dans les TPO, la r\u00e9sistance a donc \u00e9t\u00e9 r\u00e9investie dans les ann\u00e9es 80, menant dans les deux cas \u00e0 un processus de n\u00e9gociation. Les deux mouvements ont beaucoup de points en communs, mais certaines caract\u00e9ristiques les diff\u00e9rencient n\u00e9anmoins. L\u2019objectif de cette \u00e9tude est d\u2019\u00e9valuer les facteurs de succ\u00e8s et d\u2019\u00e9checs des r\u00e9sistances civiles, en partant d\u2019une comparaison entre les cas palestinien et sud-africain. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit de d\u00e9gager les acquis de ces mouvements de r\u00e9sistance pouvant \u00eatre utilis\u00e9s au sein d\u2019un processus de n\u00e9gociation, et d\u2019analyser la fa\u00e7on dont ils y ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 profit.<\/p>\n<p><strong>R\u00c9SISTANCE CIVILE ET R\u00c9SOLUTION DE CONFLIT<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9sistance civile et la r\u00e9solution de conflit sont deux domaines de recherche \u00e9voluant de mani\u00e8res relativement autonomes, et cela malgr\u00e9 les divers terrains communs qui les relient. Faisant tous deux partie de ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00e9tude des conflits (<em>conflict studies<\/em>), l\u2019un est en effet une strat\u00e9gie men\u00e9e pour d\u00e9clencher ou faire \u00e9voluer le conflit, tandis que l\u2019autre vise \u00e0 y mettre un terme. Bien qu\u2019elles demeurent encore peu nombreuses, des analyses ont d\u00e9montr\u00e9 la pertinence de l\u2019\u00e9tude crois\u00e9e des deux sujets.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9tude publi\u00e9e dans le <em>Negotiation Journal<\/em>, Amy C. Finnegan et Susan G. Hackley soulignent les terrains communs entre la n\u00e9gociation et l\u2019action non-violente, mais aussi les synergies positives de ces deux m\u00e9thodes lorsqu\u2019elles sont appliqu\u00e9es au m\u00eame conflit . Dans un article intitul\u00e9 <em>Nonviolent resistance and conflict transformation in power asymmetries<\/em>, V\u00e9ronique Dudouet consid\u00e8re quant \u00e0 elle la r\u00e9sistance non-violente comme une \u00e9tape transitoire dans des conflits asym\u00e9triques, comme une mise \u00e0 niveau n\u00e9cessaire \u00e0 la partie faible pour pouvoir entrer en n\u00e9gociation. Elle r\u00e9sume bien les diff\u00e9rents types de variations de pouvoir qu\u2019entra\u00eene une r\u00e9sistance civile, et qui permettent une transformation du conflit. Premi\u00e8rement, elle permet au groupe, \u00e0 la population concern\u00e9e de prendre conscience de sa situation, de se renforcer (<em>self empowerment<\/em>) et de se mobiliser (<em>power to<\/em>). Deuxi\u00e8mement, la r\u00e9sistance civile fait gagner du pouvoir sur l\u2019opposant (power over). Troisi\u00e8mement, elle permet de mobiliser des soutiens externes .<\/p>\n<p>Un conflit est dit asym\u00e9trique lorsque les parties en pr\u00e9sence ne b\u00e9n\u00e9ficient pas a priori de puissances \u00e9gales. Dans ces conditions, premi\u00e8rement, si la partie dominante ne veut pas entrer dans un processus de r\u00e9solution de conflit, elle ne le fera pas. Deuxi\u00e8mement, si elle accepte, la partie faible sera tr\u00e8s certainement l\u00e9s\u00e9e du fait de son inf\u00e9riorit\u00e9 lors de la n\u00e9gociation. Comme l\u2019a soulign\u00e9 V\u00e9ronique Dudouet, la r\u00e9sistance civile sera donc destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer le rapport de pouvoir entre les deux parties en vue de la n\u00e9gociation.<\/p>\n<p><strong>R\u00c9SISTANCE CIVILE ET VARIATIONS DE POUVOIR<\/strong><\/p>\n<p>Le concept de pouvoir est la notion centrale que ce soit durant le conflit ou durant la n\u00e9gociation. De l\u2019apparition du conflit au processus de r\u00e9solution, la r\u00e9sistance civile vise en effet \u00e0 augmenter le rapport de pouvoir de la partie domin\u00e9e vis-\u00e0-vis de la partie dominante. Nous reprendrons la division introduite par V\u00e9ronique Dudouet de <em>\u00ab power to \u00bb, \u00ab power over \u00bb<\/em>, et mobilisation de soutiens tiers externes pour analyser les transformations du rapport de forces induites par la r\u00e9sistance civile . Dans un deuxi\u00e8me temps, nous analyserons l\u2019influence que peuvent avoir ces transformations lors d\u2019un processus de n\u00e9gociation.<\/p>\n<p><strong>LE \u00ab POWER TO \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Le \u00ab power to \u00bb ou \u00ab pouvoir de [faire quelque chose] \u00bb est ce qui permet \u00e0 un certain nombre de personnes de se reconna\u00eetre dans une cause, d\u2019acqu\u00e9rir progressivement les caract\u00e9ristiques d\u2019un mouvement et d\u2019enfin se mobiliser.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sistances civiles apparaissent afin de remettre en question une situation, un statu quo impos\u00e9 par la partie dominante, que soit un gouvernement non-d\u00e9mocratique ou un occupant externe. Elles \u00e9voluent en cela comme tout type de conflit, le concept de conflit \u00e9tant compris ici comme une <em>\u00ab divergence d\u2019int\u00e9r\u00eats [telle qu\u2019elle est] per\u00e7ue \u00bb<\/em>. Elles sont issues d\u2019une situation de domination, per\u00e7ue comme injuste ou mauvaise par une partie de la population. Un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur (<em>trigger event<\/em>) donnera lieu \u00e0 une mobilisation collective qui transformera le conflit structurel latent en conflit ouvert.<\/p>\n<p>Le mouvement de proue de la lutte contre l\u2019apartheid durant les ann\u00e9es 80, l\u2019United Democratic Front (UDF) &#8211; en fran\u00e7ais Front D\u00e9mocratique Uni &#8211; est ainsi cr\u00e9\u00e9 le 20 ao\u00fbt 1983, en r\u00e9action \u00e0 l\u2019introduction par le gouvernement d\u2019un nouveau Parlement tricam\u00e9ral visant \u00e0 l\u00e9gitimer l\u2019apartheid . En 1987, la Premi\u00e8re Intifada est quant \u00e0 elle d\u00e9clench\u00e9e par la collision d\u2019un camion isra\u00e9lien avec deux voitures transportant des travailleurs Gazaouis, bloqu\u00e9s \u00e0 un checkpoint apr\u00e8s leur journ\u00e9e de travail en Isra\u00ebl. Quatre Palestiniens meurent dans l\u2019accident. Le lendemain quelque quatre mille Palestiniens se rassemblent pour leurs fun\u00e9railles .<\/p>\n<p>Mais ces \u00e9v\u00e9nements d\u00e9clencheurs ne suffisent pas pour unir un groupe, une population autour d\u2019un objectif de lutte. Gandhi avait soulign\u00e9 l\u2019importance d\u2019un changement de volont\u00e9 et d\u2019attitudes de la part de la population opprim\u00e9e. Un travail d\u2019auto-lib\u00e9ration est donc n\u00e9cessaire avant d\u2019entreprendre une lutte contre un pouvoir oppresseur .<\/p>\n<p>Afin de s\u2019inscrire dans la dur\u00e9e, il est n\u00e9cessaire que ces mouvements se greffent sur une structure pr\u00e9existante. Or, dans les deux cas analys\u00e9s, la soci\u00e9t\u00e9 civile avait connu un net renforcement dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant ces \u00e9v\u00e9nements d\u00e9clencheurs.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 civile sud-africaine avait commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019organiser suite \u00e0 la r\u00e9pression de la r\u00e9volte de Soweto de 1976. Le mouvement jusque-l\u00e0 principalement men\u00e9 par des \u00e9tudiants du mouvement Black Consciousness s\u2019est organis\u00e9 afin de pouvoir faire face en nombre et de mani\u00e8re plus disciplin\u00e9e aux forces arm\u00e9es. De multiples organisations apparurent au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, repr\u00e9sentant toutes sortes de franges et d\u2019int\u00e9r\u00eats de la population : groupes de jeunes, de femmes, de travailleurs, communautaires, d\u2019\u00e9tudiants et politiques. Leurs buts \u00e0 tous sont le rejet des r\u00e9formes de surface introduites par le r\u00e9gime et la fin de l\u2019apartheid . Pour les atteindre, l\u2019id\u00e9e est par contre de ne pas viser l\u2019apartheid proprement dit mais de se focaliser sur des \u00e9l\u00e9ments pragmatiques de la vie qui concernent tout le monde comme les habitations, les conditions sanitaires. Un tel choix tactique encouragea \u00e0 un grand nombre de gens \u00e0 y participer .<\/p>\n<p>Dans les Territoires Palestiniens Occup\u00e9s aussi, la soci\u00e9t\u00e9 civile s\u2019\u00e9tait renforc\u00e9e dans les ann\u00e9es qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019Intifada. A partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 70, la soci\u00e9t\u00e9 civile palestinienne commence \u00e0 s\u2019organiser elle-m\u00eame pour survivre sous l\u2019occupation isra\u00e9lienne et y faire face sans attendre une impulsion venue du leadership de l\u2019OLP bas\u00e9 \u00e0 Tunis. Se forment alors diff\u00e9rents types de comit\u00e9s qui vont petit \u00e0 petit structurer la soci\u00e9t\u00e9 civile palestinienne : des comit\u00e9s de travail volontaire, des comit\u00e9s d\u2019\u00e9tudiants, des comit\u00e9s de jeunes et un mouvement de prisonniers. Les femmes palestiniennes s\u2019organisent \u00e9galement en mouvement et constitueront un des piliers de la premi\u00e8re Intifada . Selon Maria Stephan, le Parti Communiste Palestinien (PCP) est \u00e0 ce moment-l\u00e0 le seul parti \u00e0 avoir son si\u00e8ge au sein des Territoires Occup\u00e9s. La mise en place de ces comit\u00e9s populaires de travail volontaire est en partie due \u00e0 son impulsion .<\/p>\n<p>Les mouvements de contestation sud-africain et palestinien des ann\u00e9es 80 sont donc non seulement des mouvements ancr\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 civile pr\u00e9alablement organis\u00e9e, mais aussi des mouvements populaires, largement inclusifs (<em>grassroots<\/em>) et peu hi\u00e9rarchis\u00e9s. Leur leadership \u2013 si ce n\u2019est le leadership symbolique \u2013 n\u2019est pas personnifi\u00e9 mais assur\u00e9 par une organisation fond\u00e9e sur une base large et souple, une caract\u00e9ristique essentielle pour r\u00e9sister aux attaques de la partie adverse, mais aussi pour semer les fondements d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique .<\/p>\n<p>A son apog\u00e9e, l\u2019United Democratic Front (UDF) se r\u00e9clamait d\u2019un soutien d\u2019environ 700 organisations, comprenant des syndicats, des organisations de jeunes, des groupes d\u2019\u00e9tudiants, des groupes de femmes, des groupes religieux, des organisations professionnelles et des associations de citoyens. Elle agit comme une \u00ab organisation parapluie \u00bb (u<em>mbrella organization<\/em>) . En d\u00e9cembre 1985, face \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence impos\u00e9 par le r\u00e9gime, et la r\u00e9pression particuli\u00e8rement forte contre les syndicats, est cr\u00e9\u00e9 la COSATU (Congress of South Africa Trade Unions). Au-del\u00e0 des revendications \u00e9conomiques des travailleurs, la COSATU a \u00e9galement pour but de jouer un r\u00f4le politique. Lorsqu\u2019en 1988, l\u2019UDF est bannie, la COSATU reprend le leadership du mouvement contre l\u2019apartheid en lan\u00e7ant le Mouvement D\u00e9mocratique de Masse (MDM) .<\/p>\n<p>Bien que l\u2019Intifada soit localement organis\u00e9e par les comit\u00e9s populaires, le Commandement National Unifi\u00e9 (CNU) de l\u2019Intifada (<em>al Qiyada al Wataniyya al Muwahadda, lil Intifada<\/em>) s\u2019est quant \u00e0 lui constitu\u00e9 sur base de repr\u00e9sentations des principales forces politiques palestiniennes de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est-\u00e0-dire le Fatah, le Front Populaire de Lib\u00e9ration de la Palestine (FPLP), le Front D\u00e9mocratique de Lib\u00e9ration de la Palestine (FDLP) et le Parti Communiste Palestinien (PCP). Le Hamas n\u2019en fait pas partie, mais est associ\u00e9 \u00e0 certaines r\u00e9unions du CNU . Mary E. King voit dans les origines politiques diverses du mouvement \u00e0 la fois sa force et sa faiblesse. Souple et multiple, le leadership n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 certaines figures et donc plus r\u00e9sistant \u00e0 la r\u00e9pression. Par contre, cette multiplicit\u00e9 de sensibilit\u00e9s politiques le rend plus vuln\u00e9rable aux disputes internes .<\/p>\n<p>Dans les deux cas, l\u2019organisation historique de r\u00e9sistance n\u2019est pas pr\u00e9sente sur le terrain m\u00eame de la lutte, que ce soit l\u2019ANC exil\u00e9 depuis 1975 \u00e0 Lusaka en Zambie, ou l\u2019OLP install\u00e9e depuis 1982 \u00e0 Tunis. Depuis sa cr\u00e9ation, c\u2019est d\u2019ailleurs la premi\u00e8re fois que l\u2019OLP a son si\u00e8ge dans un pays non limitrophe. Ce changement a eu une influence importante sur la mise en place d\u2019une strat\u00e9gie populaire contre l\u2019occupation, l\u2019OLP ne pouvant plus mener de raids de <em>fedayin <\/em>contre Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>La communication entre les r\u00e9sistants de l\u2019ext\u00e9rieur (<em>outsiders<\/em>) et ceux de l\u2019int\u00e9rieur (<em>insiders<\/em>) n\u2019est pas toujours \u00e9vidente. L\u2019ANC ne comprend pas toujours les orientations que prend la r\u00e9sistance populaire contre l\u2019apartheid. En 1987, l\u2019ANC en exil met au point l\u2019op\u00e9ration Vulindlela, qui signifie en Zulu \u00ab ouvre la voie \u00bb, visant \u00e0 envoyer un agent en Afrique du Sud afin de prendre contact avec le leadership de l\u2019UDF. Beaucoup se demandent par ailleurs quelles sont les r\u00e9elles intentions de Mandela, qui rencontre \u00e0 ce moment-l\u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement les membres du gouvernement. Les contacts \u00e9tablis par ce biais entre autre permirent finalement aux diff\u00e9rents acteurs de la r\u00e9sistance de retrouver confiance les uns dans les autres .<\/p>\n<p>De m\u00eame, la communication entre le Commandement National Unifi\u00e9 (CNU) et l\u2019OLP install\u00e9e \u00e0 Tunis \u00e9tait difficile. Aucun canal de communication directe n\u2019existait entre les deux entit\u00e9s. Chaque branche de l\u2019OLP, except\u00e9 le PCP install\u00e9 dans les TPO, se tenait donc inform\u00e9e par ses canaux internes .<\/p>\n<p>Les mouvements de r\u00e9sistance internes se forment donc, se renforcent, la mobilisation est large. Mais si les premiers jours d\u2019un soul\u00e8vement encouragent souvent un grand nombre de gens \u00e0 participer, il est n\u00e9cessaire de maintenir le niveau de mobilisation sur le long terme afin de faire \u00e9voluer le momentum . Or le choix des strat\u00e9gies \u00e0 adopter peut avoir une grande importance sur le maintien de la mobilisation.<\/p>\n<p>Les mouvements sud africain et palestinien ont tous deux bas\u00e9 leur lutte sur des m\u00e9thodes d\u2019action majoritairement non-violentes. Celles-ci permettent en effet la participation d\u2019une large part de la population dans les actions. Les gr\u00e8ves, les boycotts de consommateurs, les deuils publics, et les manifestations utilis\u00e9s en Afrique du Sud et dans les Territoires Palestiniens Occup\u00e9s ont permis aux r\u00e9sistants de prendre conscience de leur nombre, et de gagner en confiance .<\/p>\n<p>Le boycott des consommateurs n\u2019affaiblissait pas tellement le r\u00e9gime de l\u2019apartheid, mais renfor\u00e7ait de mani\u00e8re significative la coh\u00e9sion de la population noire. Le r\u00e9gime commen\u00e7ait donc \u00e0 craindre que cette derni\u00e8re s\u2019organise, et s\u2019autonomise .<\/p>\n<p>L\u2019OLP \u00e9tait quant \u00e0 elle relativement mal inform\u00e9e sur les choix strat\u00e9giques pris par le CNU, privil\u00e9giant les actions non-violentes de masse. Lorsque les vagues d\u2019arrestation successives eurent eu raison du leadership du CNU, l\u2019OLP repris le commandement de l\u2019Intifada appelant \u00e0 nouveau \u00e0 \u00ab la lutte par tous les moyens \u00bb . Or la lutte arm\u00e9e ne concerne que les jeunes hommes et entra\u00eene un d\u00e9sinvestissement de la part des autres tranches de la population.<\/p>\n<p>La question de l\u2019inclusivit\u00e9 est \u00e9galement importante : qui faut-il inclure dans le mouvement ? Peut-on accepter tout le monde. Dans la lutte des sud-africains contre l\u2019apartheid, l\u2019ANC et l\u2019UDF ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019inclure les mouvements \u00ab blancs \u00bb qui luttaient contre l\u2019apartheid, ce qui a entrain\u00e9 la d\u00e9solidarisation du mouvement Black Consciousness et du Pan Africanist Congress (PAC) qui en refusaient le principe .<\/p>\n<p>Tous ces choix ont des r\u00e9percussions sur l\u2019auto-identification, la mobilisation, et l\u2019unit\u00e9 du mouvement, ou ce qu\u2019on a appel\u00e9 le <em>\u00ab power to \u00bb<\/em>. Cet empowerment du groupe est donc un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9part mais qu\u2019il est n\u00e9cessaire de repenser tout au long de la lutte afin que le mouvement ne s\u2019essouffle pas.<\/p>\n<p>La forme la plus finie de ce \u00ab power to \u00bb, de cette capacitation du groupe, appara\u00eet lorsque sont mises en place des structures institutionnelles alternatives au pouvoir en place. Cette tactique est une des formes les plus aboutie d\u2019intervention non-violente. Gandhi avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 l\u2019importance que le groupe ne se confine pas \u00e0 un r\u00f4le de contestation du pouvoir, mais incarne lui-m\u00eame le changement qu\u2019il voulait voir advenir. Il avait nomm\u00e9 cette tactique le \u00ab programme constructif \u00bb .<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau de comit\u00e9s populaires mis en place durant la premi\u00e8re Intifada peut \u00eatre vu comme une illustration de la strat\u00e9gie gandhienne . Au cours des deux premi\u00e8res ann\u00e9es du soul\u00e8vement, les Palestiniens renforc\u00e8rent ainsi de plus en plus leur autonomie. Ainsi lorsqu\u2019en 1988, les autorit\u00e9s militaires isra\u00e9liennes d\u00e9cid\u00e8rent de fermer les \u00e9coles et les universit\u00e9s afin d\u2019\u00e9viter que celles-ci ne deviennent des foyers de la r\u00e9sistance, les \u00e9tudiants et les professeurs retourn\u00e8rent dans leurs villages et y donn\u00e8rent cours, diffusant les id\u00e9es de l\u2019Intifada .<\/p>\n<p>De m\u00eame en 1986, l\u2019UDF adopte comme mot d\u2019ordre \u00ab People power \u00bb (le pouvoir du peuple), et d\u00e9veloppe des structures de pouvoir alternatives, qu\u2019elles soient administratives, judiciaires, de sant\u00e9, ou culturelles, afin de faciliter le moment venu la transition politique en Afrique du Sud .<\/p>\n<p><strong>LE \u00ab POWER OVER \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9sistance sud-africaine et la premi\u00e8re Intifada ont en commun d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 en grande partie non-violentes. Comme nous l\u2019avons pr\u00e9cis\u00e9 auparavant au terme de non-violente, nous pr\u00e9f\u00e9rons celui de r\u00e9sistance populaire, ou civile, puisque la non-violence entraine une confusion avec la strat\u00e9gie impl\u00e9ment\u00e9e par Mohandas Gandhi pour obtenir l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Inde. Ce dernier voyait la plus value de l\u2019action non-violente dans le fait qu\u2019elle ne causait aucun tort \u00e0 l\u2019ennemi. Le but de la strat\u00e9gie gandhienne \u00e9tait par ailleurs la conversion des \u00e2mes.<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie adopt\u00e9e par les deux mouvements de r\u00e9sistance analys\u00e9s ici est celle d\u2019une r\u00e9sistance populaire de masse permettant de saper le pouvoir de l\u2019oppresseur et renforcer la position des opprim\u00e9s. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit de renverser le rapport de forces avec l\u2019occupant ou le r\u00e9gime oppresseur. Une autre fa\u00e7on de r\u00e9sumer l\u2019objectif de la r\u00e9sistance civile est d\u2019y voir un moyen d\u2019augmenter le co\u00fbt de l\u2019oppression ou de l\u2019occupation pour l\u2019oppresseur, l\u2019occupant, en prenant le moins de risques possibles. Les co\u00fbts impos\u00e9s peuvent \u00eatre de diff\u00e9rentes natures : \u00e9conomiques et mat\u00e9riels, politiques et touchant \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et enfin, sociaux et psychologiques .<\/p>\n<p>Gene Sharp est le premier \u00e0 avoir th\u00e9oris\u00e9 ce type de r\u00e9sistance, la qualifiant d\u2019action ou de lutte non-violente. Dans <em>The Politics of Nonviolent Action <\/em>(TPONA) d\u00e8s 1973 , il d\u00e9termine quelles sont les sources du pouvoir : autorit\u00e9, ressources humaines, connaissances et comp\u00e9tences, facteurs intangibles, ressources mat\u00e9rielles et sanctions. Selon lui, la mainmise sur ces six sources de pouvoir est n\u00e9cessaire pour \u00e9tablir ou maintenir le contr\u00f4le sur une population. Il en conclut que l\u2019ob\u00e9issance est la cl\u00e9 du pouvoir et qu\u2019\u00e0 la compr\u00e9hension du pouvoir impos\u00e9 venant du haut, se substituait une vision du pouvoir comme \u00e9tant issu de la base. Un dirigeant est donc d\u00e9pendant \u00e0 la fois de ses proches assistants, mais aussi de la population gouvern\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral. Il est d\u00e9pendant de leur ob\u00e9issance et de leur coop\u00e9ration. Le choix est donc laiss\u00e9 \u00e0 une population de retirer son ob\u00e9issance au dirigeant si ce dernier ne satisfait plus .<\/p>\n<p>Que ce soit en Afrique du Sud ou en Palestine, le choix de tactiques non-violentes est avant tout guid\u00e9 par des raisons pragmatiques, vu l\u2019impossibilit\u00e9 de contrebalancer la puissance arm\u00e9e de l\u2019adversaire et la volont\u00e9 d\u2019impliquer les masses populaires. La preuve en est que m\u00eame si les mots d\u2019ordre \u00e9taient le boycott, la gr\u00e8ve ou la manifestation, aucune condamnation de la lutte arm\u00e9e n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9mise que ce soit en Afrique du Sud ou en Palestine.<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie non-violente durant la Premi\u00e8re Intifada avait un promoteur : Moubarak Awad. Ayant effectu\u00e9 ses \u00e9tudes aux Etats-Unis, ce palestinien, psychologue de formation, avait assist\u00e9 \u00e0 la lutte pour les droits civiques men\u00e9e par Martin Luther King. Les m\u00e9thodes non-violentes appliqu\u00e9es par la communaut\u00e9 noire am\u00e9ricaine l\u2019avaient convaincu de l\u2019utilit\u00e9 d\u2019une telle strat\u00e9gie dans la lutte des Palestiniens pour leur auto-d\u00e9termination. Revenu au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 \u00e0 J\u00e9rusalem, il tente alors de convaincre certains intellectuels en vue d\u2019adopter l\u2019action non-violente contre l\u2019occupation isra\u00e9lienne. Son message a d\u00e9j\u00e0 pu faire son chemin lorsque d\u00e9bute la Premi\u00e8re Intifada. N\u00e9anmoins, si les m\u00e9thodes pr\u00f4n\u00e9es par Moubarak Awad \u2013 tir\u00e9es des 198 m\u00e9thodes de Gene Sharp \u2013 convaincront le commandement de l\u2019Intifada, jamais n\u2019apparaitra le mot d\u2019ordre de non-violence, si ce n\u2019est la mention d\u2019une \u00ab r\u00e9volution blanche \u00bb dans un des leaflets issus par le Commandement National Unifi\u00e9 (CNU). Par ailleurs, un d\u00e9saccord existait au sein du leadership sur la forme, populaire ou arm\u00e9e, que devait prendre le soul\u00e8vement . Et m\u00eame si l\u2019Intifada a \u00e9t\u00e9 en grande partie non-violence, un d\u00e9bat subsiste encore aujourd\u2019hui entre ceux qui d\u00e9fendent le caract\u00e8re non-violent du soul\u00e8vement et ceux qui soulignent la violence que constituaient les jets de pierres et les cocktails Molotov.<\/p>\n<p>Dans l\u2019Afrique du Sud des ann\u00e9es 80, bien que l\u2019ANC n\u2019ait condamn\u00e9 la lutte arm\u00e9e qu\u2019une fois le processus de n\u00e9gociation entam\u00e9, rares ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9pisodes violents qui ont entach\u00e9s les derni\u00e8res ann\u00e9es de la r\u00e9sistance contre le gouvernement de P.W. Botha. L\u2019ANC avait d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9 une strat\u00e9gie non-violente dans les ann\u00e9es 50. Au sein de son leadership, certains dont Nelson Mandela, n\u2019\u00e9taient pourtant pas convaincu de son efficacit\u00e9. En juin 1961, suite au massacre de Sharpeville, l\u2019ANC avait donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019adopter une strat\u00e9gie arm\u00e9e .<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re non-violent des luttes sud-africaine et palestinienne entreprises dans les ann\u00e9es 80 est donc sous-entendu, mais pas d\u00e9clar\u00e9. Il fait partie d\u2019un choix de m\u00e9thode effectu\u00e9 de mani\u00e8re pragmatique et pour des raisons qu\u2019on l\u2019on peut facilement identifier. Dans un premier temps, il semble impossible pour des mouvements de r\u00e9sistance d\u2019affronter par les armes des arm\u00e9es modernes et bien \u00e9quip\u00e9es. Il est donc de l\u2019int\u00e9r\u00eat des r\u00e9sistants de changer de terrain de bataille. Ensuite, le choix d\u2019une strat\u00e9gie d\u2019action de masse a emp\u00each\u00e9 l\u2019adoption d\u2019une strat\u00e9gie arm\u00e9e, ou de m\u00e9thodes violentes, d\u2019une part parce que tous n\u2019\u00e9taient pas aptes \u00e0 utiliser des armes, d\u2019autre part, parce que le mouvement de r\u00e9sistance n\u2019avait pas les moyens de s\u2019en procurer assez.<\/p>\n<p>Mais, si le caract\u00e8re non-violent ou non de ces deux mouvements de r\u00e9sistance n\u2019\u00e9tait pas assum\u00e9, la majorit\u00e9 des m\u00e9thodes utilis\u00e9es peuvent par contre \u00eatre qualifi\u00e9es de non-violentes. Gene Sharp classe ces m\u00e9thodes en trois cat\u00e9gories : les m\u00e9thodes de protestation et de persuasion, les m\u00e9thodes de non-coop\u00e9ration \u2013 sociales, \u00e9conomiques et politiques \u2013 et les m\u00e9thodes d\u2019obstruction. Les m\u00e9thodes de persuasion comme les manifestations, les d\u00e9clarations ou encore les deuils publics, sont destin\u00e9s \u00e0 faire savoir les griefs du mouvement aux opposants, mais aussi au reste de la population qui pourrait se joindre au mouvement. Elles agissent donc \u00e0 la fois sur le \u00ab power over \u00bb et le \u00ab power to \u00bb. Les m\u00e9thodes d\u2019obstruction interviennent quant \u00e0 elles directement sur la situation conflictuelle en en changeant la donne. Il s\u2019agit entre autres des sit-in ou des interpositions non-violentes. Elles sont n\u00e9anmoins peu susceptibles d\u2019\u00eatre accept\u00e9es par l\u2019adversaire et suscitent par cons\u00e9quent souvent une r\u00e9pression brutale. Ces m\u00e9thodes sont donc plus difficiles \u00e0 maintenir dans le temps par les r\u00e9sistants. Ce sont finalement les m\u00e9thodes de non-coop\u00e9ration qui touchent \u00e0 la base m\u00eame du pouvoir de l\u2019opposant. Si ce n\u2019est au d\u00e9but du mouvement durant lequel les m\u00e9thodes de persuasion sont souvent majoritaires, ce sont donc elles qui dominent les tactiques utilis\u00e9es par les r\u00e9sistances civiles sud africaine et palestinienne .<\/p>\n<p>L\u2019organisation du boycott \u00e0 Port Elizabeth montre bien le d\u00e9veloppement progressif des tactiques utilis\u00e9es par la r\u00e9sistance contre l\u2019apartheid. Mkhuseli Jack, un des leaders du mouvement, prend l\u2019occasion de fun\u00e9railles &#8211; seul rassemblement qu\u2019autorisait encore le gouvernement &#8211; pour s\u2019adresser \u00e0 la foule. Son raisonnement est qu\u2019il faut sortir la lutte du cadre des townships. Il \u00e9tait en effet trop facile pour le r\u00e9gime d\u2019y \u00e9craser le mouvement. De l\u00e0 vint donc l\u2019id\u00e9e du boycott de consommateurs afin de toucher l\u2019\u00e9conomie blanche. Les magasins de Port Elizabeth \u00e9taient tenus en majorit\u00e9 par des Blancs, or leurs clients \u00e9taient en majorit\u00e9 des Noirs. Le boycott eut un impact direct sur le r\u00e9gime, qui r\u00e9pondit par l\u2019arrestation des leaders du mouvement . Une r\u00e9action aussi violente d\u00e9montre donc la d\u00e9pendance du r\u00e9gime de l\u2019apartheid par rapport au pouvoir d\u2019achat noir.<\/p>\n<p>Une autre campagne men\u00e9e par l\u2019UDF fut la <em>End of Conscription Campaign<\/em> (Campagne pour la fin de la conscription). Comme l\u2019explique Janet Cherry, militante du mouvement, cette campagne n\u2019eut aucun impact r\u00e9el au niveau de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, mais contribua \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gitimer, et par rebondissement, \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer le r\u00e9gime . Les sources de pouvoir \u2013 dont parlait Gene Sharp \u2013 vis\u00e9es ici, ne sont donc pas les ressources mat\u00e9rielles ou la capacit\u00e9 de sanction, mais bien l\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Si les m\u00e9thodes de non-coop\u00e9ration sont cruciales pour gagner du pouvoir sur l\u2019opposant, la force d\u2019une r\u00e9sistance civile r\u00e9side \u00e9galement dans la variation de ses tactiques. Dans le tableau \u00e9tabli par Kurt Schock des diff\u00e9rentes actions utilis\u00e9es par le mouvement contre l\u2019apartheid, on lit une alternance entre m\u00e9thode de persuasion, de non-coop\u00e9ration et d\u2019interventions directes qui a ainsi permis au mouvement de maintenir son niveau de mobilisation tout en gagnant en pouvoir contre son adversaire.<\/p>\n<p>Cette importance, les Palestiniens l\u2019avaient \u00e9galement comprise en 1987. La Premi\u00e8re Intifada est d\u00e9clench\u00e9e par la mort de quatre travailleurs de Gaza suite \u00e0 une collision avec un camion isra\u00e9lien. Le lendemain 4.000 personnes se rassemblent \u00e0 l\u2019occasion de leurs fun\u00e9railles. Le mouvement se forme, et s\u2019appuie sur les nombreux comit\u00e9s populaires locaux. Suivant les appels du CNU, le mouvement adopte des m\u00e9thodes non-violentes vari\u00e9es : des m\u00e9thodes destin\u00e9es \u00e0 rallier le mouvement comme des pri\u00e8res ou des fun\u00e9railles publiques, des m\u00e9thodes de non-coop\u00e9ration comme des gr\u00e8ves, des boycotts, des fermetures de magasin, ou des refus de se soumettre \u00e0 des d\u00e9marches administratives, voire des m\u00e9thodes d\u2019action non-violente directe comme le rejet des cartes d\u2019identit\u00e9s isra\u00e9liennes .<\/p>\n<p>Les tactiques non-violentes domin\u00e8rent les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Intifada. Mais suite \u00e0 une r\u00e9pression isra\u00e9lienne brutale et soutenue, suite aux arrestations des promoteurs de la non-violence au sein du leadership de l\u2019Intifada et de l\u2019incompr\u00e9hension des avantages de la non-violence par certains Palestiniens, dont le leadership de l\u2019OLP bas\u00e9 \u00e0 Tunis, le CNU finit par appeler \u00e0 \u00ab la lutte par tous les moyens \u00bb \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1990 . Les nouveaux leaders n\u2019\u00e9taient donc plus les strat\u00e8ges du d\u00e9but de l\u2019Intifada. Ils n\u2019ont donc pas r\u00e9ussi \u00e0 identifier leurs forces et \u00e0 exploiter au maximum le momentum afin de maintenir la r\u00e9volte dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Si les mouvements et les m\u00e9thodes utilis\u00e9es paraissent similaires, une diff\u00e9rence fondamentale est \u00e0 relever entre le r\u00e9gime de l\u2019apartheid et l\u2019occupation isra\u00e9lienne. Le r\u00e9gime de l\u2019apartheid \u00e9tait d\u00e9pendant du pouvoir d\u2019achat et de la coop\u00e9ration de la population noire, tandis qu\u2019Isra\u00ebl \u00e9tait quant \u00e0 lui peu sensible aux comportements de la population palestinienne. En effet, Maria Stephan le souligne dans sa th\u00e8se, Isra\u00ebl ne d\u00e9pend pas des Palestiniens pour maintenir l\u2019occupation. Il trouve une main d\u2019\u0153uvre peu ch\u00e8re ailleurs et continue \u00e0 recevoir une aide am\u00e9ricaine. Selon Stephan, le cas palestinien prouve qu\u2019il est meilleur d\u2019examiner toutes les d\u00e9pendances de l\u2019occupant\/oppresseur, contrairement \u00e0 l\u2019accent mis par Gene Sharp sur l\u2019ob\u00e9issance des occup\u00e9s\/opprim\u00e9s .<\/p>\n<p><strong>LA MOBILISATION DES SOUTIENS TIERS EXTERNES<\/strong><\/p>\n<p>Prendre en consid\u00e9ration l\u2019ensemble des d\u00e9pendances entraine une analyse allant au-del\u00e0 du cadre de la lutte elle-m\u00eame. Maria Stephan parle d\u2019 \u00ab \u00e9tendre le champ de bataille \u00bb. Selon elle, il faut exploiter les liens de d\u00e9pendance de l\u2019opposant, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab travailler avec et \u00e0 travers des individus, groupes, et r\u00e9seaux sur lesquels l\u2019opposant d\u00e9pend pour son support moral et mat\u00e9riel \u00bb . Parmi ces liens de d\u00e9pendance, certains se situent au sein de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019opposant, d\u2019autres se situent au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales, ou locales du conflit. Une grande partie du \u00ab power over \u00bb peut donc se gagner ailleurs que sur le terrain du conflit proprement dit.<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, le r\u00e9gime de l\u2019apartheid d\u00e9pendait \u00e0 la fois de la coop\u00e9ration de la population noire, mais aussi de ses liens avec le reste du monde. L\u2019arm\u00e9e sud-africaine \u00e9tait par exemple \u00e9quip\u00e9e par des industries europ\u00e9ennes, am\u00e9ricaines, isra\u00e9liennes et ta\u00efwanaises . Par ailleurs, la politique raciale de l\u2019Afrique du Sud constitue le premier sujet de sa politique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 partir de la seconde guerre mondiale . La d\u00e9pendance de l\u2019Afrique du Sud par rapport \u00e0 la communaut\u00e9 internationale est donc double : elle est \u00e0 la fois mat\u00e9rielle et concerne aussi sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Le mouvement de solidarit\u00e9 transnational se d\u00e9veloppe, et dirige son action \u00e0 la fois sur les assembl\u00e9es \u00e9lues, mais aussi vers les entreprises. Ainsi aux Etats-Unis, le Free South Africa Movement (FSAM) obtient un premier round de sanctions du Congr\u00e8s vis-\u00e0-vis de l\u2019Afrique du Sud en juillet 1985, et un deuxi\u00e8me en 1986 avec le Comprehensive Anti-Apartheid Act . Les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 europ\u00e9ens, en particulier l\u2019Anti-Apartheid Movement en Angleterre, firent \u00e9galement pression sur leurs gouvernements afin que ceux-ci imposent des sanctions \u00e0 l\u2019Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement au r\u00e9seau de solidarit\u00e9 qui s\u2019est mis en place, l\u2019ANC et le PAC avaient \u00e9galement tous deux compris l\u2019importance du levier international pour mettre fin \u00e0 l\u2019apartheid. Les deux organismes, au d\u00e9but ensemble, ensuite s\u00e9par\u00e9ment, \u00e9tablirent des repr\u00e9sentations un peu partout dans le monde afin d\u2019encourager les pressions par le biais du jeu diplomatique . L\u2019ANC joua \u00e9galement un r\u00f4le de soutien aux mouvements contre l\u2019apartheid qui apparaissaient aux Etats-Unis et en Europe .<\/p>\n<p>L\u2019intervention de la communaut\u00e9 internationale en Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 plusieurs niveaux : organisations gouvernementales internationales, organisations non-gouvernementales internationales, gouvernements, r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 et personnalit\u00e9s d\u2019exception. L\u2019ensemble des pressions et sanctions internationales a r\u00e9ussi \u00e0 affaiblir le r\u00e9gime de l\u2019apartheid en touchant ses liens de d\u00e9pendance \u00e0 la fois \u00e9conomiques, politiques, militaires et sociaux vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9tranger .<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, les piliers de soutiens d\u2019Isra\u00ebl ne se situent pas dans les Territoires Occup\u00e9s. Perturb\u00e9es pendant un temps par des gr\u00e8ves de la part des employ\u00e9s palestiniens, les entreprises isra\u00e9liennes ont en effet rapidement engag\u00e9 de la main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 venue de l\u2019\u00e9tranger. Les v\u00e9ritables liens de d\u00e9pendance d\u2019Isra\u00ebl se jouent en son sein-m\u00eame, mais aussi sur le plan international .<\/p>\n<p>Mary E. King souligne l\u2019influence du soul\u00e8vement populaire palestinien de 1987 sur l\u2019opinion isra\u00e9lienne . Nombreux sont ceux qui r\u00e9alis\u00e8rent le danger que repr\u00e9sentait une occupation \u00e0 long terme pour la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl. Entre 1987 et 1990, de nombreux groupes se cr\u00e9\u00e8rent au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile isra\u00e9lienne formant un mouvement de la paix dont l\u2019avant-garde \u00e9tait men\u00e9e par les Refuzniks et le Gush Shalom. N\u00e9anmoins, la reprise des violences \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1990 \u00e9loigna la plupart de ces groupes de leurs partenaires palestiniens.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019Intifada a failli, c\u2019est au niveau de la mobilisation internationale. Beaucoup ont soulign\u00e9 le changement op\u00e9r\u00e9 au niveau de l\u2019opinion mondiale \u00e0 la vue de la r\u00e9pression qui s\u2019abattait sur la r\u00e9volte palestinienne. A ce moment-l\u00e0, Isra\u00ebl se retrouvait montr\u00e9 du doigt et moralement isol\u00e9, mais aucune sanction internationale ne fut jamais vot\u00e9e \u00e0 son \u00e9gard . Or les soutiens internationaux, et en particulier celui des Etats-Unis, sont un des liens de d\u00e9pendance les plus important d\u2019Isra\u00ebl . Sur le long terme, l\u2019Intifada a par contre contribu\u00e9 \u00e0 mobiliser les mouvements de la paix internationaux autour de la question palestinienne, renfor\u00e7ant ainsi les r\u00e9seaux transnationaux de solidarit\u00e9 avec le peuple palestinien.<\/p>\n<p>Les soutiens internationaux aux r\u00e9sistances civiles peuvent \u00eatre influenc\u00e9s par plusieurs facteurs, en premier lieu par le contexte g\u00e9opolitique international. L\u2019Afrique du Sud et Isra\u00ebl \u00e9taient tous deux des alli\u00e9s du camp occidental au cours de la guerre froide. Dans les ann\u00e9es 80, le rapport de force entre les superpuissances penchent de plus en plus vers une supr\u00e9matie am\u00e9ricaine. Aux Etats-Unis, il a n\u00e9anmoins fallu une pression sur les instances dirigeantes pour qu\u2019il y ait un revirement de la politique \u00e9trang\u00e8re vis-\u00e0-vis de l\u2019Afrique du Sud puisque cette derni\u00e8re repr\u00e9sentait un partenaire strat\u00e9gique des Etats-Unis durant la guerre froide .<\/p>\n<p>Isra\u00ebl \u00e9tait de m\u00eame un alli\u00e9 de poids au sein d\u2019un monde arabe en g\u00e9n\u00e9ral proche du r\u00e9gime sovi\u00e9tique. La situation des ann\u00e9es 80 laissait n\u00e9anmoins entrevoir un changement puisque la fin de la guerre froide pointait \u00e0 l\u2019horizon, et que depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, l\u2019Egypte avait tourn\u00e9 le dos aux Sovi\u00e9tiques pour tendre la main aux Etats-Unis. Il semble n\u00e9anmoins peu probable que des pressions ajust\u00e9es sur le Congr\u00e8s ou le d\u00e9partement d\u2019Etat \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Intifada n\u2019aient chang\u00e9 quoi que ce soit \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine au Moyen-Orient, vu le caract\u00e8re irrationnel de la relation existante entre Isra\u00ebl et les Etats-Unis .<\/p>\n<p>Autre facteur d\u2019influence, la strat\u00e9gie non-violente a un effet non n\u00e9gligeable sur la mobilisation de soutiens tiers externes, non seulement au sein m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019opposant, mais \u00e9galement sur les soutiens internationaux. Au niveau international, elle permet de faciliter ce que l\u2019on appelle l\u2019effet boomerang. Lorsque des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u2019un Etat A ne parviennent pas \u00e0 influencer elles-m\u00eames les d\u00e9cisions de leur gouvernement \u2013 et dans le cas des Palestiniens, gouvernement de l\u2019occupant, elles font appel aux organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u2019un Etats B afin que ces derni\u00e8res pressent leur gouvernement ou des organisations intergouvernementales d\u2019appliquer des sanctions vis-\u00e0-vis de l\u2019Etat A .<\/p>\n<p>Dans le contexte du conflit isra\u00e9lo-palestinien, Johan Galtung a quant \u00e0 lui d\u00e9velopp\u00e9 un concept similaire \u00e0 l\u2019effet boomerang qui est celui de la \u00ab grande chaine de la non-violence \u00bb qui permet de d\u00e9bloquer certaines situations par l\u2019invocation d\u2019influences indirectes. En d\u2019autres termes, la communaut\u00e9 opprim\u00e9e construit une cha\u00eene de contacts jusqu\u2019\u00e0 atteindre des personnes qui vont pouvoir agir sur l\u2019oppresseur .<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la strat\u00e9gie du mouvement, la persistance de celui-ci dans le temps est \u00e9galement un facteur qui joue sur le niveau de mobilisation internationale puisque, comme l\u2019exprime bien Kurt Schock, <em>\u00ab la pression constante appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays facilite l\u2019entretien des pressions venant de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb<\/em>. En suite logique de cela, la r\u00e9pression accrue face \u00e0 cette pression ne fera \u00e9galement que renforcer la l\u00e9gitimit\u00e9 des sanctions internationales . La dynamique invoqu\u00e9e est celle que Gene Sharp appelle le \u00ab jiu-jitsu politique \u00bb par laquelle la violence de l\u2019opposant se retourne finalement contre lui .<\/p>\n<p>Enfin, les opinions publiques tierces peuvent \u00eatre touch\u00e9es par une similarit\u00e9 entre leur situation et celle des parties en pr\u00e9sence. Waldorf souligne la fa\u00e7on dont la communaut\u00e9 noire a pes\u00e9 dans la balance \u00e9lectorale pour encourager les Etats-Unis \u00e0 appliquer des sanctions vis-\u00e0-vis de l\u2019Afrique du Sud. Le FSAM a utilis\u00e9 l\u2019histoire de la lutte pour l\u2019obtention des droits civiques aux Etats-Unis pour obtenir le soutien de la population noire am\u00e9ricaine aux sanctions contre le r\u00e9gime de l\u2019apartheid . Au sujet du conflit isra\u00e9lo-palestinien, il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9tude sur l\u2019influence de la population arabo-musulmane europ\u00e9enne \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Intifada. Ce type d\u2019\u00e9tude prend n\u00e9anmoins tout son sens aujourd\u2019hui au vu des nombreux cas d\u2019importation de ce conflit dans nos soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes .<\/p>\n<p><strong>R\u00c9SISTANCE CIVILE ET POUVOIR DE N\u00c9GOCIATION <\/strong><\/p>\n<p>Accumulant ces trois sources de pouvoir, la r\u00e9sistance civile gagne en momentum . Le conflit connaitra ainsi une escalade d\u2019intensit\u00e9 jusqu\u2019au moment per\u00e7u par une des parties comme \u00e9tant une impasse, o\u00f9 aucun progr\u00e8s ne peut plus \u00eatre obtenu \u00e0 un co\u00fbt et un risque acceptables . Si la r\u00e9sistance civile r\u00e9ussit, elle atteint finalement son but par le biais d\u2019un des m\u00e9canismes de changement \u00e9tablis par Gene Sharp : la conversion, l\u2019accommodation, la coercition ou la d\u00e9sint\u00e9gration .<\/p>\n<p>La conversion, issue de la tradition gandhienne de \u00ab conversion des \u00e2mes \u00bb, est r\u00e9alistement peu applicable, surtout quand la distance sociale est grande entre les deux camps. Cependant il est n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre qu\u2019en Afrique du Sud comme en Palestine, le caract\u00e8re non-violent de la lutte a contribu\u00e9 \u00e0 changer les positions de certains dans le camp oppos\u00e9. Deuxi\u00e8mement, l\u2019accommodation permet aux challengers d\u2019obtenir certaines de leurs revendications, mais d\u2019accepter un statu quo pour le reste. Contrairement \u00e0 la conversion et \u00e0 l\u2019accommodation, lors de processus de coercition ou de d\u00e9sint\u00e9gration, la r\u00e9sistance populaire ne compte pas sur le bon vouloir de l\u2019adversaire pour atteindre ses objectifs. Il est n\u00e9anmoins rare qu\u2019une r\u00e9sistance civile engrange assez de succ\u00e8s et de pouvoir pour parvenir \u00e0 une d\u00e9sint\u00e9gration totale de l\u2019opposant. La plupart des r\u00e9sistances civiles qui aboutissent, y parviennent \u00e0 travers un processus de n\u00e9gociation. Mais l\u2019occupant ou l\u2019oppresseur peut arriver avec plus ou moins de pouvoir \u00e0 la table de n\u00e9gociation. L\u2019occupant ou oppresseur entre en n\u00e9gociation par accommodation ou par coercition d\u00e9pendant du pouvoir accumul\u00e9 par chaque partie.<\/p>\n<p>Ce pouvoir de n\u00e9gociation est ce que Roger Fisher et William Ury ont th\u00e9oris\u00e9 sous l\u2019abr\u00e9viation de BATNA ou <em>Best Alternative To a Negociated Agreement <\/em>(meilleure alternative \u00e0 un accord n\u00e9goci\u00e9). Ils d\u00e9veloppent ce concept dans un contexte de n\u00e9gociation qui est justement similaire \u00e0 celui que peut conna\u00eetre une r\u00e9sistance populaire. \u00ab Que faire s\u2019ils sont plus puissants ? \u00bb Selon les auteurs, il est \u00e9vident que quels que soient les strat\u00e9gies de n\u00e9gociation appliqu\u00e9es, elles ne serviront \u00e0 rien si toutes les ficelles sont dans les mains de la partie adverse. Voil\u00e0 pourquoi il est n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper son BATNA, autrement dit les alternatives \u00e0 la n\u00e9gociation .<\/p>\n<p>Comme le soulignent Amy Finnegan et Susan Hackley, les r\u00e9sistances civiles sont donc pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet de cr\u00e9er des leviers en vue de la n\u00e9gociation en d\u00e9veloppant d\u2019une part le BATNA d\u2019une partie initialement faible tout en affaiblissant le BATNA de l\u2019autre partie . Pour faire le lien avec les formules employ\u00e9es par V\u00e9ronique Dudouet, d\u00e9velopper son BATNA peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper son \u00ab power to \u00bb, tandis que renforcer son \u00ab power over \u00bb revient finalement \u00e0 amoindrir le BATNA de l\u2019autre partie . Quant aux soutiens des parties externes, ils peuvent contribuer \u00e0 accentuer les tendances de modification de pouvoir \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sistances sud-africaine et palestinienne ont toutes deux d\u00e9velopp\u00e9 leur BATNA respectif avant les n\u00e9gociations. N\u00e9anmoins si les n\u00e9gociations entre le Parti National de Frederik De Klerk et l\u2019ANC de Mandela ont finalement mis un terme au r\u00e9gime de l\u2019apartheid, les n\u00e9gociations de paix d\u2019Oslo entre le gouvernement de Yithzak Rabin et l\u2019OLP n\u2019ont pas mis fin \u00e0 l\u2019occupation isra\u00e9lienne des Territoires Palestiniens. Au vu de l\u2019analyse des variations de pouvoir effectu\u00e9e, quelles sont donc les raisons principales de cette diff\u00e9rence de r\u00e9sultats entre les deux mouvements de r\u00e9sistances civiles ?<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, l\u2019ANC et ses partenaires de l\u2019int\u00e9rieur du pays, l\u2019UDF et la COSATU avaient r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper leur BATNA et \u00e0 affaiblir en m\u00eame temps celui du Parti National. Relativement uni et disciplin\u00e9, le mouvement de r\u00e9sistance sud-africain \u00e9tait capable d\u2019imposer une r\u00e9elle pression \u00e9conomique sur le gouvernement de l\u2019apartheid. Son \u00ab power to \u00bb et son \u00ab power over \u00bb se trouvaient renforc\u00e9s. En outre, la politique de s\u00e9gr\u00e9gation raciale de l\u2019Afrique du Sud \u00e9tait de plus en plus d\u00e9cri\u00e9e dans le monde. Et m\u00eame si le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 n\u2019a jamais vot\u00e9 de sanctions \u00e9conomiques contre l\u2019Afrique du Sud, plusieurs de ses membres permanents ont pris des mesures coercitives contre le gouvernement de l\u2019apartheid .<\/p>\n<p>Ce sont donc \u00e0 la fois les ressources morales et \u00e9conomiques du Parti National au pouvoir en Afrique du Sud qui sont mises \u00e0 mal, au point o\u00f9 la situation n\u2019\u00e9tait plus tenable \u00e0 long terme. Lorsque F.W. De Klerk devient pr\u00e9sident \u00e0 la place de P.W. Botha en f\u00e9vrier 1989, il comprend que le Parti National n\u2019a d\u2019autres choix que de n\u00e9gocier avec l\u2019ANC. De plus, s\u2019il attend trop longtemps, il risque de se retrouver face \u00e0 des leaders moins conciliants que Nelson Mandela. Le Parti National \u00e9tait donc forc\u00e9 d\u2019entamer des n\u00e9gociations, et n\u2019y disposait pas de beaucoup de leviers.<\/p>\n<p>Lors des accords d\u2019Oslo, le gouvernement isra\u00e9lien disposait quant \u00e0 lui d\u2019un BATNA largement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019OLP. Pourtant durant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Intifada, les Palestiniens de l\u2019int\u00e9rieur avaient r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper leur BATNA de mani\u00e8re significative, montrant une r\u00e9volte unie et disciplin\u00e9e sous le leadership de l\u2019UNLU. Certaines de leurs actions d\u00e9stabilis\u00e8rent les forces isra\u00e9liennes au vu de la violence de la r\u00e9pression mise en oeuvre, mais rien qui puisse r\u00e9ellement mettre Isra\u00ebl en difficult\u00e9. Apr\u00e8s deux ans d\u2019Intifada, et plusieurs vagues d\u2019arrestation au sein de son leadership, le mouvement se d\u00e9sunit et perdit en discipline. Mais malgr\u00e9 cela, l\u2019Intifada n\u2019a pas bien identifi\u00e9 les liens de d\u00e9pendance d\u2019Isra\u00ebl, se situant davantage dans ses soutiens internationaux et au sein de la population isra\u00e9lienne elle-m\u00eame. Selon Souad Dajani, la strat\u00e9gie de l\u2019Intifada a trop conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la tactique et s\u2019est trop souvent limit\u00e9e \u00e0 des r\u00e9actions aux actions isra\u00e9liennes .<\/p>\n<p>Le pouvoir de n\u00e9gociation isra\u00e9lien \u00e9tait donc sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Palestiniens au sortir de l\u2019Intifada. S\u2019ils n\u2019accept\u00e8rent des n\u00e9gociations, ce fut donc davantage par accommodation que par coercition. Les n\u00e9gociations directement induites par la premi\u00e8re Intifada furent les pourparlers de Madrid en 1991. Les n\u00e9gociateurs palestiniens sont alors des leaders de la Premi\u00e8re Intifada, comme Fay\u00e7al Husseini. La conf\u00e9rence de paix de Madrid, qui se poursuivit deux ans \u00e0 Washington, fut ensuite supplant\u00e9e par des n\u00e9gociations secr\u00e8tement initi\u00e9es entre Isra\u00ebl et l\u2019OLP en 1993.<\/p>\n<p>En acceptant de n\u00e9gocier \u00e0 Oslo, l\u2019OLP fait le jeu d\u2019Isra\u00ebl. Ce dernier \u00e9tait en effet engag\u00e9 dans des n\u00e9gociations qui ne lui convenaient pas. D\u2019une part, les interlocuteurs palestiniens auxquels les Isra\u00e9liens ont affaire \u00e0 Madrid sont les leaders de la Premi\u00e8re Intifada, et en connaissaient donc bien les acquis. D\u2019autre part le cadre multilat\u00e9ral r\u00e9gional voulu par les Etats-Unis place Isra\u00ebl seul face \u00e0 plusieurs d\u00e9l\u00e9gations arabes. Isra\u00ebl propose donc des n\u00e9gociations bilat\u00e9rales \u00e0 l\u2019OLP. Cette derni\u00e8re, craignant de se voir remplacer par les leaders de la premi\u00e8re Intifada, y voit une opportunit\u00e9 de r\u00e9imposer son leadership. Le BATNA de l\u2019OLP est donc tr\u00e8s faible \u00e0 Oslo, puisque d\u2019une part sans n\u00e9gociations, elle aurait pu se retrouver rel\u00e9gu\u00e9e au second plan, et que d\u2019autre part elle ne connait pas bien les acquis de l\u2019Intifada.<\/p>\n<p>Les leaders de la premi\u00e8re Intifada apprirent donc que l\u2019OLP avait fait d\u2019\u00e9normes concessions qui ne tenaient pas du tout compte des perceptions des Palestiniens de l\u2019int\u00e9rieur . L\u2019absence d\u2019un accord sur l\u2019arr\u00eat de la colonisation illustre par exemple bien la distance entre l\u2019OLP et les Palestiniens vivant dans les Territoires Occup\u00e9s, pour qui elle repr\u00e9sente un des probl\u00e8mes les plus apparents.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9connexion entre les deux leaderships provient avant tout d\u2019un manque de coordination. En effet, selon Mary E. King, les leaders de l\u2019Intifada n\u2019ont jamais voulu supplanter le leadership de Tunis, faisait m\u00eame tout pour le renforcer . Malgr\u00e9 cela, l\u2019OLP de Tunis ne semble pas avoir r\u00e9ellement compris ce qui se passait dans les Territoires Occup\u00e9s.<\/p>\n<p>En comparant une campagne non-violente \u00e0 une campagne militaire, V\u00e9ronique Dudouet souligne qu\u2019il est essentiel de planifier sa strat\u00e9gie en connaissance des piliers de soutiens et des d\u00e9pendances de l\u2019autre partie. De m\u00eame, il est important de pr\u00e9parer et de planifier les n\u00e9gociations. Il ne suffit donc pas d\u2019avoir un bon BATNA, il faut \u00e9galement le conna\u00eetre et bien le communiquer \u00e0 l\u2019autre pour obtenir des r\u00e9sultats durant une n\u00e9gociation. Evaluer et consid\u00e9rer le BATNA de l\u2019autre partie est \u00e9galement tr\u00e8s important . Si tous ces \u00e9l\u00e9ments semblent avoir \u00e9t\u00e9 pris en compte par les n\u00e9gociateurs de l\u2019ANC, l\u2019OLP en a d\u00e9j\u00e0 n\u00e9glig\u00e9 la base, c\u2019est-\u00e0-dire de conna\u00eetre son propre BATNA.<\/p>\n<p><strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p>Du \u00ab power to \u00bb au pouvoir de n\u00e9gociation, la cl\u00e9 de compr\u00e9hension de ces \u00e9pisodes de l\u2019histoire se situe bien dans le concept de pouvoir. Cette \u00e9tude nous indique que la conception traditionnelle du pouvoir venant du haut et impos\u00e9 \u00e0 une population est concurrenc\u00e9e par une autre vision du pouvoir, venant du bas, issue du consentement m\u00eame des gouvern\u00e9s ou occup\u00e9s.<\/p>\n<p>A l\u2019instar de la population noire d\u2019Afrique du Sud ou de la population palestinienne des Territoires occup\u00e9s, certains groupes d\u2019individus prennent conscience qu\u2019ils maitrisent cette source de pouvoir. En s\u2019organisant, ils renforcent la coh\u00e9sion et la coordination du groupe et sa capacit\u00e9 \u00e0 utiliser ce pouvoir. Des strat\u00e9gies sont mises en place pour agir sur les sources de pouvoir de la partie initialement dominante, remettant de facto en question le statu quo qu\u2019elle imposait. Dans un premier temps, si un mouvement de r\u00e9sistance civile est assez efficace et qu\u2019il parvient \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la r\u00e9pression mise en place par la partie dominante, il poussera le gouvernement ou l\u2019occupant \u00e0 accepter un processus de n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>Dans un second temps, la r\u00e9sistance civile permet \u00e0 un acteur faible de d\u00e9velopper des leviers en vue de la n\u00e9gociation. Dans leur ouvrage <em>Getting to yes, Fisher et Ury <\/em>situent ces leviers dans le concept de BATNA, c\u2019est-\u00e0-dire la meilleure alternative en dehors d\u2019un accord n\u00e9goci\u00e9. Garantir des alternatives \u00e0 une solution n\u00e9goci\u00e9e rend la n\u00e9gociation moins indispensable, les n\u00e9gociateurs moins d\u00e9pendants de ses r\u00e9sultats. En menant des r\u00e9sistances civiles organis\u00e9es et en grande partie non-violentes, les mouvements palestinien et sud-africain ont consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9 leur BATNA, r\u00e9\u00e9quilibrant les jeux de pouvoir dans la n\u00e9gociation. La partie dominante ne fait que s\u2019accommoder d\u2019un processus de n\u00e9gociation si le BATNA de la partie domin\u00e9e est faible, tandis qu\u2019un BATNA fort la pousse \u00e0 la table de n\u00e9gociation par coercition. N\u00e9anmoins si la r\u00e9sistance contre l\u2019apartheid et la premi\u00e8re Intifada ont d\u2019\u00e9tonnantes similitudes, elles n\u2019ont pas connu le m\u00eame succ\u00e8s. En Afrique du Sud, le r\u00e9gime de l\u2019apartheid a pris fin, tandis que les Palestiniens sont encore sous occupation. De leur comparaison, il est d\u00e9sormais possible de tirer quelques conclusions sur les facteurs de succ\u00e8s et d\u2019\u00e9checs d\u2019une r\u00e9sistance civile et de son issue n\u00e9goci\u00e9e.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le r\u00e9gime de l\u2019apartheid \u00e9tait d\u00e9pendant du travail et du pouvoir d\u2019achat de la population noire, tandis qu\u2019Isra\u00ebl a r\u00e9ussi \u00e0 rapidement remplacer la main d\u2019\u0153uvre palestinienne, ce qui a amoindri le poids des actions de cette derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, dans les deux cas, les dirigeants sont d\u00e9pendants d\u2019acteurs tiers et de leurs relations avec des Etats tiers. Le mouvement de lutte contre l\u2019apartheid a petit \u00e0 petit appris de ses exp\u00e9riences que la lutte passait \u00e9galement par la mobilisation de la communaut\u00e9 internationale. En 1987, les Palestiniens n\u2019avaient pas encore le m\u00eame degr\u00e9 de maturit\u00e9 de r\u00e9sistance et n\u2019ont pas tir\u00e9 \u00e0 profit le mouvement d\u2019empathie qui a touch\u00e9 l\u2019opinion publique mondiale au moment de la diffusion des images de la premi\u00e8re Intifada. A noter tout de m\u00eame que la relation sp\u00e9ciale entre Etats-Unis et Isra\u00ebl rend encore aujourd\u2019hui peu envisageables de r\u00e9elles sanctions envers l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, si pendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Intifada, le mouvement palestinien a \u00e9t\u00e9 relativement uni, cette unit\u00e9 a montr\u00e9 ses limites par la suite. Les querelles entre les groupes formant le CNU, mais \u00e9galement entre les Palestiniens de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, ont entre autres entrain\u00e9 des d\u00e9saccords sur la strat\u00e9gie \u00e0 adopter. Or ce que Gene Sharp appelle le \u00ab jiu-jitsu politique \u00bb ne peut se produire que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observance par la partie faible d\u2019une unit\u00e9 et d\u2019une discipline non-violente.<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, le mouvement de lutte contre l\u2019apartheid \u00e9tait assez souple pour r\u00e9sister aux vagues d\u2019arrestation et aux querelles de leadership. L\u2019ANC a de plus r\u00e9ussi \u00e0 comprendre le poids et les acquis de la lutte men\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur par l\u2019UDF et la COSATU. Lors des n\u00e9gociations, Nelson Mandela et les autres n\u00e9gociateurs de l\u2019ANC ont donc pu faire valoir des acquis de la lutte men\u00e9e durant les ann\u00e9es 80. De leur c\u00f4t\u00e9, les n\u00e9gociateurs palestiniens du processus d\u2019Oslo \u00e9taient issu du leadership de l\u2019OLP en exil \u00e0 Tunis. Peu conscients des d\u00e9veloppements engendr\u00e9s sur le terrain par la premi\u00e8re Intifada, ils n\u2019en ont pas tir\u00e9 profit durant les n\u00e9gociations avec le gouvernement isra\u00e9lien.<\/p>\n<p>L\u2019apartheid est aboli en juin 1991 en Afrique du Sud, et les \u00e9lections de 1994 portent l\u2019ANC au pouvoir. La lutte contre l\u2019apartheid, suivie des n\u00e9gociations entre l\u2019ANC et le gouvernement de Frederik De Klerk, a donc port\u00e9 ses fruits. N\u00e9anmoins, malgr\u00e9 ce succ\u00e8s du mouvement contre l\u2019apartheid, de nombreuses lacunes subsistent dans la d\u00e9mocratie sud-africaine. Le caract\u00e8re majoritairement non-violent du mouvement anti-apartheid durant les ann\u00e9es 80 a certainement favoris\u00e9 le processus de r\u00e9conciliation. Mais le pays est aujourd\u2019hui en proie \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes, la pauvret\u00e9 ayant remplac\u00e9 la s\u00e9gr\u00e9gation raciale et mettant au ban de la soci\u00e9t\u00e9 une partie de la population noire du pays. L\u2019ANC est entr\u00e9e dans le jeu politique et en connait aujourd\u2019hui les travers. Peut-\u00eatre aurait-elle du se r\u00e9server un r\u00f4le de surveillance externe afin de garder les acquis de la lutte et freiner les faux pas du jeune gouvernement ? Ces d\u00e9veloppements posent donc la question du suivi et des cons\u00e9quences des r\u00e9sistances populaires : jusqu\u2019\u00e0 quand les mouvements doivent-ils rester mobilis\u00e9s ? Quel est le meilleur r\u00f4le \u00e0 jouer pour une ancienne organisation de r\u00e9sistance ?<\/p>\n<p>De m\u00eame, le processus d\u2019Oslo a enfant\u00e9 l\u2019Autorit\u00e9 Palestinienne, issue de l\u2019OLP. Suite \u00e0 l\u2019\u00e9chec du processus, et malgr\u00e9 la distinction qui continue d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9e entre les deux entit\u00e9s, l\u2019OLP a perdu beaucoup de cr\u00e9dit. Vu d\u2019aujourd\u2019hui, la premi\u00e8re Intifada ne marque qu\u2019un \u00e9pisode de la lutte palestinienne contre l\u2019occupation. Le processus d\u2019Oslo n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9, g\u00e9n\u00e9rant la d\u00e9ception des Palestiniens et engendrant la seconde Intifada, beaucoup moins organis\u00e9e et beaucoup plus violente.<\/p>\n<p>Depuis 2005, on assiste \u00e0 un regain de la strat\u00e9gie de r\u00e9sistance populaire non-violente dans les TPO. Plusieurs villages &#8211; BIl\u2019in, Jayyus, Budrus, Nil\u2019in et d\u2019autres &#8211; luttent contre la spoliation de leurs terres par le mur de s\u00e9paration construit depuis 2002 par Isra\u00ebl. A la diff\u00e9rence de l\u2019organisation pr\u00e9valant durant la premi\u00e8re Intifada, le mouvement s\u2019est assorti d\u2019une dimension internationale, s\u2019appuyant sur un r\u00e9seau de solidarit\u00e9 de plus en plus actif pour promouvoir la campagne Boycott, D\u00e9sinvestissement et Sanctions (BDS). Bref, la r\u00e9sistance populaire palestinienne semble avoir tir\u00e9 des le\u00e7ons de la premi\u00e8re Intifada, et agit d\u00e9sormais \u00e9galement sur les d\u00e9pendances externes d\u2019Isra\u00ebl. De plus, m\u00eame si le mouvement de la paix est politiquement absent en Isra\u00ebl, de plus en plus d\u2019associations isra\u00e9liennes participent \u00e0 des actions contre l\u2019occupation aux c\u00f4t\u00e9s des Palestiniens.<\/p>\n<p>Par ailleurs, depuis l\u2019application partielle des accords d\u2019Oslo, l\u2019occupation isra\u00e9lienne a chang\u00e9 de nature. En 1987, les Palestiniens faisaient partie int\u00e9grante d\u2019Isra\u00ebl qui en retour avait besoin d\u2019un minimum de \u00ab consentement \u00bb pour maintenir l\u2019occupation \u00e0 moindres frais. Aujourd\u2019hui, les seuls Isra\u00e9liens \u00e0 entrer en contact avec la population de Cisjordanie ou de Gaza sont les soldats et les colons. Ce n\u2019est que r\u00e9cemment qu\u2019un mouvement de boycott des produits des colonies s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 dans les Territoires Palestiniens Occup\u00e9s, exploitant une des rares d\u00e9pendances d\u2019Isra\u00ebl vis-\u00e0-vis des Palestiniens.<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance populaire palestinienne d\u00e9veloppe donc des strat\u00e9gies nouvelles, s\u2019adaptant au nouveau contexte local et international. L\u2019avenir nous dira donc si elle r\u00e9ussira ou non \u00e0 suivre le trac\u00e9 de la r\u00e9sistance sud-africaine contre l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude a en outre permis de soulever un certain nombre de questions qui m\u00e9riteraient des analyses plus approfondies. Cette \u00e9tude ne prend par exemple pas en compte les dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre durant les n\u00e9gociations elles-m\u00eames, mais plut\u00f4t les circonstances qui ont men\u00e9 \u00e0 et ont entour\u00e9 ces n\u00e9gociations. Il est \u00e9vident qu\u2019une \u00e9tude des n\u00e9gociations serait utile afin d\u2019am\u00e9liorer la compr\u00e9hension de ces \u00e9pisodes de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, les cas palestinien et sud-africain ont montr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de la r\u00e9sistance non-violente pour augmenter les leviers du camp domin\u00e9 lors de n\u00e9gociations dans des conflits asym\u00e9triques. Mais la r\u00e9sistance violente n\u2019a-t-elle jamais permis de r\u00e9sultats similaires ? Les cas des r\u00e9sistances palestiniennes et sud-africaines ont en commun le fait qu\u2019elles ont connu un m\u00e9lange des deux strat\u00e9gies, violente et non-violente. Il serait pertinent d\u2019\u00e9largir la comparaison que ce soit avec des r\u00e9sistances ayant d\u00e9velopp\u00e9 des techniques de gu\u00e9rillas violentes, ainsi qu\u2019avec des r\u00e9sistances qui, comme celle men\u00e9e par Gandhi en Inde, ont \u00e9rig\u00e9 la non-violence en principe autant qu\u2019en strat\u00e9gie.<\/p>\n<p><strong>Pour les notes de bas de page: consultez le document joint<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>ABR\u00c9VIATIONS<\/strong><\/p>\n<p>AAM \u2013 Anti-Apartheid Movement<br \/>\nANC \u2013 African National Congress<br \/>\nBDS \u2013 Boycott, D\u00e9sinvestissement et Sanctions<br \/>\nCNU \u2013 Commandement National Unifi\u00e9 de l\u2019Intifada<br \/>\nCOSATU &#8211; Congress of South Africa Trade Unions<br \/>\nFDLP \u2013 Front D\u00e9mocratique pour la Lib\u00e9ration de la Palestine<br \/>\nFPLP \u2013 Front Populaire de Lib\u00e9ration de la Palestine<br \/>\nFSAM &#8211; Free South Africa Movement<br \/>\nMDM \u2013 Mass Democratic Movement<br \/>\nOLP \u2013 Organisation de Lib\u00e9ration de la Palestine<br \/>\nPAC \u2013 Pan-Africanist Congress<br \/>\nTPO \u2013 Territoires Palestiniens Occup\u00e9s<br \/>\nUDF \u2013 United Democratic Front \u2013 Front d\u00e9mocratique Uni<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p>ACKERMAN (Peter) &amp; DUVALL (Jack), A Force More Powerful. A century of Nonviolent conflict, New York, Palgrave, 2000.<\/p>\n<p>CARTER (Jimmy), Palestine : peace not apartheid, New York, Simon &amp; Schuster, 2006.<\/p>\n<p>CLARK (Howard), People power. Unarmed Resistance and global solidarity, New York, Pluto Press, 2009.<\/p>\n<p>DAJANI (S.), \u201cNonviolent resistance in the Occupied Territories: a critical reevaluation\u201d in Nonviolent social movements. A geographical perspective, ed. Stephen Zunes, Lester R. Kurtz, &amp; Sarah Beth Asher, Blackwell Publishers, 1999.<\/p>\n<p>DUDOUET (V\u00e9ronique), Nonviolent resistance and conflict transformation in power asymmetries, Berghov research center for constructive conflict management, september 2008.<\/p>\n<p>FINNEGAN (Amy C.) &amp; HACKLEY (Susan G.), \u201cNegotiation and Nonviolent action. Interacting in the World of conflict\u201d in Negotiation Journal, vol. 24, issue 1, January 2008.<\/p>\n<p>FISHER (Roger) &amp; URY (Wiliam), Getting to Yes. Negotiating Agreement without Giving In, 2nd Ed., London, Penguin Books, 1991.<\/p>\n<p>GALTUNG (Johan), Nonviolence and Israel\/Palestine, Honolulu (HI), University of Hawaii Institute for Peace, 1989.<\/p>\n<p>HOUSTON (Gregory), \u201cInternational solidarity: introduction\u201d in The road to democracy, vol.3. International Solidarity, Pretoria, Unisa Press, 2008.<\/p>\n<p>KECK (Margaret E.) &amp; SIKKINK (Kathryn), Activists beyond borders. Advocacy networks in International politics, Ithaca &amp; London, Cornell UP, 1998.<\/p>\n<p>KING (Mary Elizabeth), \u201cPalestinian Civil Resistance against Israeli Military Occupation\u201d in STEPHAN (M.J.), Civilian Jihad, New York, Palgrave MacMillan, 2009.<\/p>\n<p>KING (Mary E.), A quiet revolution, New York, Nation Books, 2007.<\/p>\n<p>LEGRAIN (Jean-Fran\u00e7ois), Les voix du soul\u00e8vement palestinien 1987-1988, Le Caire, Centre d\u2019Etudes et de Documentation Economique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991<\/p>\n<p>MAC ALLISTER (K.), \u201cApplicability of the Crime of Apartheid to Israel\u201d in Al Majdal, summer 2008 (organe d\u2019information du BADIL resource center).<\/p>\n<p>MEARSHEIMER (J.J.) &amp; WALT (S.M.), Le Lobby pro-isra\u00e9lien et la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine, Paris, La D\u00e9couverte, 2009.<\/p>\n<p>METZ (Steven) &amp; JOHNSON (Douglas V., II), Asymmetry and US Military Strategy : Definition, Background and Strategic Concepts, Carlisle Barracks (Penn.), US Army War College (USAWC), Strategic Studies Institute (SSI), janvier 2001, cit\u00e9 dans COURMONT (Barth\u00e9l\u00e9my), \u00ab L\u2019\u00e9mergence de nouveaux acteurs asym\u00e9triques \u00bb, in La Revue internationale et strat\u00e9gique, n\u00b051, automne 2003.<\/p>\n<p>MULLER (Jean-Marie), Dictionnaire de la non-violence, Gordes, Ed. du Reli\u00e9, 2005.<\/p>\n<p>PRUITT (Dean G.) &amp; KIM (Sung Hee), Social conflict: Escalation, stalemate, and settlement, 3rd ed., New York, McGraw-Hill, 2004.<\/p>\n<p>SCHOCK (Kurt), Unarmed insurrections. People power movements in Nondemocracies, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2005.<\/p>\n<p>SHAHID (L.), WARSCHAWSKI (M.) &amp; VIDAL (D.), Les banlieues, le Proche-Orient et nous, Ivry-sur-Seine, Editions de l\u2019Atelier, 2006.<\/p>\n<p>SHARP (Gene), Gandhi as a political strategist, with Essays on Ethics and Politics, Boston, Porter Sargent, 1979.<\/p>\n<p>SHARP (Gene), La guerre civilis\u00e9e. La d\u00e9fense par actions civiles, Presses Universitaires de Grenoble, 1995.<\/p>\n<p>SHARP (Gene), The Politics of nonviolent action, Boston, Porter Sargent Publishers, 1973. (Vol I. Power &amp; Struggle. Vol.II The methods of nonviolent action. Vol.III The dynamics of nonviolent action).<\/p>\n<p>SHARP (Gene), Waging nonviolent struggle, 20th century practice and 21st century potential, Boston, Extending Horizon Books, 2005.<\/p>\n<p>SPARKS (Allister), Tomorrow is another country. The inside story of South Africas\u2019s negotiated revolution, London, Heinemann, 1995.<\/p>\n<p>STEPHAN (Maria J.), Nonviolent insurgency : the role of civilian-based resistance in the East Timorese, Palestinian, and Kosovo Albanian self-determination movements, Medford (MA.), Fletcher School of Law and Diplomacy, 2005.<\/p>\n<p>WALLDORF (C. William Jr), Just Politics. Human Rights and the Foreign policy of great powers, Ithaca and London, Cornell U.P., 2008.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>RESSOURCES ONLINE<\/strong><\/p>\n<p>International Center on Nonviolent Conflict \u2013 Online Learning Platform for the Study and Teaching of Civil Resistance: <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/civilresistancestudies.org\/\" >http:\/\/civilresistancestudies.org\/<\/a><\/p>\n<p>South Africa History Online : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.sahistory.org.za\/\" >http:\/\/www.sahistory.org.za\/<\/a><\/p>\n<p>South Africa History Archive : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.saha.org.za\/\" >http:\/\/www.saha.org.za\/<\/a><\/p>\n<p>African National Congress : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.anc.org.za\/\" >http:\/\/www.anc.org.za\/<\/a><\/p>\n<p>South Africa Democracy Education Trust : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.sadet.co.za\/\" >http:\/\/www.sadet.co.za\/<\/a><\/p>\n<p>International Center on Nonviolent Conflict : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.nonviolent-conflict.org\/\" >http:\/\/www.nonviolent-conflict.org\/<\/a><\/p>\n<p>South Africa &#8211; Overcoming apartheid, building democracy : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.overcomingapartheid.msu.edu\/\" >http:\/\/www.overcomingapartheid.msu.edu\/<\/a><\/p>\n<p>Groupe de recherch\u00e9 et d\u2019\u00e9tudes sur la M\u00e9diterran\u00e9e et le Moyen-Orient \u2013 GREMMO : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.gremmo.mom.fr\/\" >http:\/\/www.gremmo.mom.fr\/<\/a><\/p>\n<p>CAIRN info : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cairn.info\/\" >http:\/\/www.cairn.info\/<\/a><\/p>\n<p>Tribunal Russell sur la Palestine : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.russelltribunalonpalestine.com\/en\/\" >http:\/\/www.russelltribunalonpalesti&#8230;<\/a><\/p>\n<p>Mouvement BDS : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/bdsmovement.net\/\" >http:\/\/bdsmovement.net\/<\/a><\/p>\n<p>BADIL Resource Center for Palestinian Residency and Refugee rights : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.badil.org\/\" >http:\/\/www.badil.org\/<\/a><\/p>\n<p>Stop the wall : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.stopthewall.org\/\" >http:\/\/www.stopthewall.org\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Attached documents<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/IMG\/doc\/ABSP_-_N-Janne_d_Othee.doc\" title=\"Upload\" >Document<\/a> (Word &#8211; 175.5\u00a0kb)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/spip.php?article2183&amp;lang=en\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9cente actualit\u00e9 dans le monde arabe nous l\u2019a rappel\u00e9, le peuple d\u00e9tient un pouvoir qu\u2019on ne soup\u00e7onne pas toujours, et se montre dans certains cas capable de mettre fin \u00e0 des occupations \u00e9trang\u00e8res ou des r\u00e9gimes dictatoriaux. De tels exemples, le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent en a connu son lot dont certains ont \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9s de succ\u00e8s comme le mouvement Solidarnosc en Pologne, d\u2019autres moins comme les manifestations de la place Tienanmen en 1989.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-12354","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-original-languages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12354","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12354"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12354\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12354"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12354"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12354"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}