{"id":130279,"date":"2019-04-01T12:00:05","date_gmt":"2019-04-01T11:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=130279"},"modified":"2019-03-29T13:48:40","modified_gmt":"2019-03-29T13:48:40","slug":"francais-venezuela-lhumanitaire-entre-gachette-et-substitut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2019\/04\/francais-venezuela-lhumanitaire-entre-gachette-et-substitut\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Venezuela: l\u2019humanitaire entre g\u00e2chette et substitut"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><em>La crise a remis au-devant de la sc\u00e8ne la question du bon usage de l\u2019humanitaire. Si son instrumentalisation ne fait gu\u00e8re de doute, reprocher \u00e0 l\u2019humanitaire de faire le jeu du politique est na\u00eff et d\u00e9plac\u00e9.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<div id=\"attachment_130280\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-130280\" class=\"wp-image-130280\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/usaid-humanitarian-political.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-130280\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019aide humanitaire am\u00e9ricaine bloqu\u00e9e par des containers \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Venezuela et la Colombie &#8211; F\u00e9vrier 2019. Photo\u00a0: Usaid<\/p><\/div>\n<p><em>19 mars 2019 &#8211; <\/em>La rapide succession des s\u00e9quences, depuis l\u2019autoproclamation de Juan Guaid\u00f3 comme pr\u00e9sident par int\u00e9rim du Venezuela, sa reconnaissance quasi imm\u00e9diate par les Etats-Unis (puis par une s\u00e9rie de pays), et, enfin, l\u2019appel \u00e0 une aide humanitaire internationale d\u2019urgence, d\u00e9note l\u2019orchestration strat\u00e9gique, qui fait de l\u2019humanitaire la poursuite du politique, sinon du militaire, par d\u2019autres moyens. Exemple embl\u00e9matique de ce que Jean-Christophe Rufin a nomm\u00e9 \u00ab\u00a0la g\u00e2chette humanitaire\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir l\u2019utilisation de l\u2019humanitaire comme moyen pour l\u00e9gitimer le recours \u00e0 la force.<\/p>\n<p>Les besoins des V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes et V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens, pourtant brandis avec v\u00e9h\u00e9mence pour justifier cette aide, servent tout au plus de d\u00e9cor \u00e0 ce qui, d\u2019embl\u00e9e, s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme un spectacle. Les 100 millions de dollars que l\u2019Organisation des Etats d\u2019Am\u00e9rique se f\u00e9licitait d\u2019avoir rassembl\u00e9s, \u00e9taient ridicules par rapport aux n\u00e9cessit\u00e9s du pays. Mais il s\u2019agissait avant tout d\u2019une bataille de chiffres, de mots, d\u2019images \u2013 \u00e9ventuel pr\u00e9lude \u00e0 un combat autrement plus violent.<\/p>\n<p>Nombre d\u2019organisations \u2013 le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge, Oxfam, M\u00e9decins du Monde, etc. \u2013 ont rejet\u00e9 cette politisation de l\u2019aide, insistant sur les risques qu\u2019elle faisait encourir aux acteurs eux-m\u00eames, en les pr\u00e9sentant comme parties prenantes. Et de rappeler les principes d\u2019impartialit\u00e9, d\u2019ind\u00e9pendance et de neutralit\u00e9 de l\u2019humanitaire. Par ailleurs, loin de la surm\u00e9diatisation des camions bloqu\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re, des organisations humanitaires, dont plusieurs agences de l\u2019ONU, continuent de travailler au Venezuela avec l\u2019accord du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Fiction et Confusion<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins que les accusations de la politisation de l\u2019humanitaire participent d\u2019une confusion, entretenue en partie par les acteurs eux-m\u00eames. Elle suppose l\u2019innocence, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et une douloureuse r\u00e9p\u00e9tition de trahisons de l\u2019autre. L\u2019humanitaire serait cette action neutre et ind\u00e9pendante, sans cesse pervertie, falsifi\u00e9e et d\u00e9tourn\u00e9e. Les r\u00e9ponses pour expliquer ce paradoxe empruntent le plus souvent deux voies contradictoires.<\/p>\n<p>Celle de la d\u00e9nonciation cynique du masque humanitaire, couvrant des enjeux g\u00e9opolitiques et des int\u00e9r\u00eats imp\u00e9rialistes, d\u2019une part. Celle qui fait de l\u2019humanitaire d\u2019Etat \u2013 et de lui seul \u2013 le lieu et la formule de cette instrumentalisation, pour mieux mettre en \u00e9vidence l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019ONG comme M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF), de l\u2019autre. Mais c\u2019est se leurrer sur la nature m\u00eame de l\u2019humanitaire, et sur la menace de politisation qui p\u00e8se sur lui.<\/p>\n<p>Dans un champ polaris\u00e9 et m\u00e9diatis\u00e9 \u2013 et \u00e0 mesure de cette polarisation et de cette m\u00e9diatisation \u2013, Trump, Guaid\u00f3, aussi bien que Maduro politisent l\u2019aide. Mais, plus radicalement, le propre de l\u2019humanitaire est d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9. Se scandaliser de sa \u00ab\u00a0distorsion\u00a0\u00bb est na\u00eff, sinon hypocrite. Depuis l\u2019intervention fran\u00e7aise au Liban, en 1860, jusqu\u2019\u00e0 la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne actuelle, en passant par l\u2019\u00e9mergence des french doctors au Biafra, et les interventions d\u2019urgence de grande ampleur, l\u2019humanitaire est toujours, aussi, mobilis\u00e9 en fonction d\u2019enjeux politiques.<\/p>\n<p>La neutralit\u00e9 de l\u2019humanitaire, loin de constituer un espace naturel, qui existerait a priori, est une fiction. Soit, au sens o\u00f9 l\u2019entend, dans un autre contexte, le philosophe Jacques Ranci\u00e8re, une \u00ab\u00a0structure de rationalit\u00e9\u00a0\u00bb, qui construit un cadre, au sein duquel les sujets, les situations et les actions font sens. L\u2019aide humanitaire invente ses propres codes afin de d\u00e9gager un espace o\u00f9 son intervention est pensable et possible.<\/p>\n<p>Mais, en derni\u00e8re instance, cette fiction, pour produire ses effets, ne tient que pour autant que les divers acteurs en pr\u00e9sence font \u00ab\u00a0comme si\u00a0\u00bb\u00a0; qu\u2019ils s\u2019accordent pour donner \u00e0 leur action ce sens-l\u00e0. En mettant en suspens les enjeux politiques. Ceux-ci n\u2019en demeurent pas moins d\u00e9terminants. L\u2019ind\u00e9pendance et la neutralit\u00e9 de l\u2019humanitaire sont donc aussi le fruit d\u2019une n\u00e9gociation implicite ou explicite, d\u2019un accord, par nature, toujours fragile et ponctuel, partiel et partial.<\/p>\n<p>Reprocher \u00e0 l\u2019humanitaire de faire le jeu du politique, voire de l\u2019imp\u00e9rialisme, est d\u00e8s lors quelque peu d\u00e9plac\u00e9. Pas plus qu\u2019un autre, il ne peut se d\u00e9gager compl\u00e8tement de ce jeu, dont il cherche plut\u00f4t \u00e0 suspendre les r\u00e8gles, \u00e0 limiter les effets. Ce qu\u2019il faut par contre lui reprocher, c\u2019est la tentation de recoder la situation v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Il n\u2019y a pas de crise humanitaire au Venezuela. Il y a une crise sociale et politique, qui appelle des r\u00e9ponses sociales et politiques, mises en \u0153uvre par les V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens et V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes eux-m\u00eames. Au mieux, avec notre soutien.<\/p>\n<p>Tout dans l\u2019humanitaire, depuis la reconnaissance de la situation d\u2019urgence, le diagnostic des besoins, le financement et l\u2019organisation de l\u2019intervention \u2013 ainsi que sa mise en r\u00e9cit \u2013, jusqu\u2019aux rapports avec les victimes et les autorit\u00e9s locales, est politique. Il soul\u00e8ve des questions de choix et de priorit\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de souverainet\u00e9. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre la tendance dominante \u00e0 faire de l\u2019humanitaire une raison et un gouvernement, \u00e9trangers voire oppos\u00e9s au politique &#8211; et qui serait par-l\u00e0 m\u00eame plus efficace, plus neutre et plus juste. Une mani\u00e8re de se d\u00e9barrasser \u00e0 bon compte de notre impuissance ou de notre inaction sous couvert d\u2019une agitation f\u00e9brile surm\u00e9diatis\u00e9e. De la fiction, on glisse vers le spectacle.<\/p>\n<p><em>_________________________________________________<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fr\u00e9d\u00e9ric-Thomas.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-130281\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Fr\u00e9d\u00e9ric-Thomas-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/_Frederic-Thomas_\" >Fr\u00e9d\u00e9ric Thomas<\/a><\/em><em> &#8211; Docteur en science politique, charg\u00e9 d\u2019\u00e9tude au<\/em> CETRI.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/cetri-Centre-Tricontinental-logo-e1553866687663.png\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-130272\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/cetri-Centre-Tricontinental-logo-e1553866687663.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"125\" \/><\/a><em>Le Centre tricontinental (CETRI), organisation non gouvernementale fond\u00e9e en 1976 et bas\u00e9e \u00e0 Louvain-la-Neuve (Belgique), est un centre d\u2019\u00e9tude, de publication, de documentation et d\u2019\u00e9ducation permanente sur le d\u00e9veloppement et les rapports Nord-Sud. Le CETRI a pour objectif de faire entendre des points de vue du Sud et de contribuer \u00e0 une r\u00e9flexion critique sur les conceptions et les pratiques dominantes du d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Il s\u2019attache en particulier \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 la discussion du r\u00f4le des acteurs sociaux et politiques du Sud en lutte pour la reconnaissance des droits sociaux, politiques, culturels et \u00e9cologiques. Les activit\u00e9s du CETRI sont de quatre types : \u00e9tude, formation, publication, documentation. Le r\u00f4le des mouvements sociaux dans le Sud, la dynamique du mouvement altermondialiste, l\u2019\u00e9volution des d\u00e9mocraties en Am\u00e9rique latine, la port\u00e9e des alternatives sociales et politiques dans le Sud, les logiques et cons\u00e9quences des ajustements structurels et de l\u2019aide au d\u00e9veloppement&#8230; constituent les principaux th\u00e8mes des travaux de ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Venezuela-l-humanitaire-entre?lang=fr\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>19 mars 2019 &#8211; La crise a remis au-devant de la sc\u00e8ne la question du bon usage de l\u2019humanitaire. 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