{"id":143968,"date":"2019-09-30T12:00:28","date_gmt":"2019-09-30T11:00:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=143968"},"modified":"2019-11-19T10:55:24","modified_gmt":"2019-11-19T10:55:24","slug":"francais-les-nouveaux-territoires-de-lagrobusiness","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2019\/09\/francais-les-nouveaux-territoires-de-lagrobusiness\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Les Nouveaux Territoires de l\u2019Agrobusiness"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>25 septembre 2019 &#8211; <em>Plus d\u2019une d\u00e9cennie apr\u00e8s la crise alimentaire de 2007-2008, l\u2019appel \u00e0 changer de mod\u00e8le agricole est rest\u00e9 lettre morte. Mises en cause dans la flamb\u00e9e des prix, les grandes firmes de l\u2019agrobusiness ont poursuivi leur expansion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, imposant leurs modes de production standardis\u00e9s, socialement excluants et \u00e9cologiquement destructeurs. Fortes de leur poids \u00e9conomique et de leur capacit\u00e9 d\u2019influence politique, elles ont r\u00e9ussi aussi \u00e0 imposer leurs priorit\u00e9s sur le terrain du d\u00e9veloppement durable et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-143969\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover-188x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover-188x300.jpg 188w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover-768x1223.jpg 768w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover-643x1024.jpg 643w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness-cover.jpg 1594w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/a>Fin 2008, alors que l\u2019humanit\u00e9 conna\u00eet l\u2019une des plus graves crises alimentaires de son histoire r\u00e9cente, la sortie d\u2019un rapport international, command\u00e9 par les principales agences des Nations unies en charge de l\u2019agriculture et de la faim (y compris la Banque mondiale) pour faire un \u00e9tat des lieux des connaissances, des sciences et des techniques en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement agricole, jette un pav\u00e9 dans la mare. Fruit d\u2019une vaste enqu\u00eate multidisciplinaire men\u00e9e entre 2005 et 2007 par des centaines d\u2019experts du monde entier, le rapport de l\u2019IAASTD (<em>International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development<\/em>) rompt avec les poncifs habituels qui caract\u00e9risent le langage des organismes internationaux. Prenant le contre-pied d\u2019un autre rapport, le <em>World Development Report <\/em>publi\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t par la Banque mondiale et ax\u00e9 lui aussi sur l\u2019agriculture, il d\u00e9montre, donn\u00e9es \u00e0 l\u2019appui, la plus-value de l\u2019agriculture paysanne et des pratiques agro\u00e9cologiques par rapport \u00e0 l\u2019agriculture industrielle et remet radicalement en question la pertinence des recettes technologiques des grandes firmes pour lutter contre la faim. Surtout, il en appelle \u00e0 un changement urgent de paradigme en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement agricole, d\u00e9non\u00e7ant sans ambages les impasses sociales, environnementales et climatiques du mod\u00e8le productiviste et libre-\u00e9changiste (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2010\u00a0; Holt-Gim\u00e9nez et al., 2015).<\/p>\n<p>Plus d\u2019une d\u00e9cennie plus tard, l\u2019appel des experts de l\u2019ONU n\u2019a manifestement pas \u00e9t\u00e9 entendu. En d\u00e9pit de l\u2019aggravation de la crise climatique et environnementale et de la persistance de la faim, la transition n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e. Au service des acteurs dominants du syst\u00e8me international de production, de transformation et de distribution de nourriture, l\u2019agriculture productiviste tourn\u00e9e vers le march\u00e9 mondial tend au contraire \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser.<\/p>\n<p>Mis en cause dans la crise alimentaire de 2007\/2008 et la destruction des \u00e9cosyst\u00e8mes, les g\u00e9ants de l\u2019agrobusiness ont poursuivi sans entrave leurs dynamiques de concentration des fili\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, et continu\u00e9 \u00e0 imposer leur mod\u00e8le agro-industriel standardis\u00e9, socialement excluant et \u00e9cologiquement destructeur, avec le soutien non dissimul\u00e9 des acteurs publics (Alternatives Sud, 2010\u00a0; 2012). Jamais le secteur n\u2019avait \u00e9t\u00e9 si concentr\u00e9, jamais le pouvoir de march\u00e9 des grandes firmes n\u2019avait \u00e9t\u00e9 aussi grand, jamais leur influence n\u2019avait \u00e9t\u00e9 aussi d\u00e9cisive sur l\u2019orientation des politiques agricoles (Mayet et Greenberg, 2017). Partout, les monocultures industrielles progressent \u00e0 grands pas, accaparent les meilleures terres, repoussent les fronti\u00e8res agricoles, et gagnent du terrain sur les for\u00eats, les savanes ou les espaces traditionnellement r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la polyculture paysanne ou \u00e0 l\u2019\u00e9levage traditionnel.<\/p>\n<p>Principal fournisseur mondial de nourriture animale, le complexe du soja, domin\u00e9 par une poign\u00e9e de transnationales (Bunge, Cargill, Maggi, ADM et Louis Dreyfus Company) poursuit son irr\u00e9sistible expansion en Am\u00e9rique du Sud, propuls\u00e9e par l\u2019insatiable demande europ\u00e9enne et chinoise. Tour \u00e0 tour, l\u2019Argentine, le Br\u00e9sil, le Paraguay, l\u2019Uruguay et, plus r\u00e9cemment, la Bolivie, le P\u00e9rou et la Colombie se sont laiss\u00e9s gagner par la fi\u00e8vre de l\u2019\u00ab\u00a0or vert\u00a0\u00bb. Encourag\u00e9e par leurs gouvernements, de gauche comme de droite, la production de soja (transg\u00e9nique \u00e0 quatre-vingt-dix pour cent) y a litt\u00e9ralement explos\u00e9 durant ces vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, au prix d\u2019une destruction irr\u00e9m\u00e9diable des milieux naturels et d\u2019une aggravation des conflits fonciers (Oliveira et Hecht, 2018). Premi\u00e8re cause de la d\u00e9forestation dite import\u00e9e\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nb1\" >1<\/a>] , le secteur canalise aujourd\u2019hui le gros des investissements directs \u00e9trangers dans le domaine agroalimentaire \u00e0 destination des pays du Sud (Valoral, 2018\u00a0; WWF, 2019).<\/p>\n<p>Pas plus que le c\u00f4ne Sud, l\u2019Am\u00e9rique centrale n\u2019est \u00e9pargn\u00e9e par l\u2019expansion des monocultures industrielles. Mais, dans la r\u00e9gion, c\u2019est le secteur de l\u2019huile de palme qui domine et concentre la plupart des investissements (de los Reyes et Sandwell, 2018). Devenu le huiti\u00e8me producteur mondial d\u2019huile de palme, le petit Honduras a ainsi vu sa production augmenter de 560\u00a0% entre 2001 et 2017, au d\u00e9triment du couvert forestier, des polycultures et m\u00eame des espaces prot\u00e9g\u00e9s (Radwin, 2019).<\/p>\n<p>Les plantations de palmier \u00e0 huile progressent \u00e9galement en Asie. En Indon\u00e9sie et en Malaisie bien entendu, qui concentrent \u00e0 elles deux pr\u00e8s de 85\u00a0% de la production, mais aussi en Tha\u00eflande, au Cambodge, au Vietnam, en Birmanie et, surtout, en Papouasie Nouvelle-Guin\u00e9e, principale fronti\u00e8re asiatique du palmier \u00e0 huile. N\u00e9anmoins sur ce continent, la densit\u00e9 d\u00e9mographique, la rar\u00e9faction des terres disponibles et la consolidation des normes environnementales limitent l\u2019expansion du secteur (Cramb et McCarthy, 2017\u00a0; Greenpeace, 2018). C\u2019est pourquoi, apr\u00e8s avoir d\u00e9vast\u00e9 les for\u00eats primaires de Born\u00e9o et Sumatra, les gros producteurs d\u2019huile de palme se tournent d\u00e9sormais vers le continent africain. \u00ab\u00a0<em>L\u2019Afrique<\/em>, explique un dirigeant de la transnationale singapourienne Olam, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la production et la transformation d\u2019huile de palme,<\/p>\n<blockquote><p><em>reste un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la croissance, du succ\u00e8s et de la strat\u00e9gie commerciale d\u2019Olam. Notre nouveau plan strat\u00e9gique nous propulsera vers la r\u00e9alisation de notre objectif, \u00e0 savoir celui d\u2019\u00eatre l\u2019entreprise agroalimentaire la plus diff\u00e9renci\u00e9e et la plus rentable au monde d\u2019ici 2040, en investissant dans les entreprises qui nous permettront de tirer profit du paysage changeant de la consommation<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 in <em>La Tribune- Afrique<\/em>, 22 avril 2019).<\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness1.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-143970\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness1.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness1.jpg 600w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Les-Nouveaux-Territoires-de-l\u2019Agrobusiness1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<h3>L\u2019Afrique\u00a0: nouvelle fronti\u00e8re de l\u2019agrobusiness<\/h3>\n<p>De fait, longtemps tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grands flux internationaux d\u2019investissement \u00e9tranger dans le domaine de la production agroalimentaire, l\u2019Afrique a (re-)trouv\u00e9 une place de choix dans les strat\u00e9gies internationales des grandes firmes. Le tassement de la demande alimentaire au Nord, l\u2019explosion des besoins en agro-\u00e9nergie et en nourriture carn\u00e9e\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nb2\" >2<\/a>], le plafonnement des rendements, la saturation des espaces actuellement cultiv\u00e9s et le renforcement des normes environnementales et sanitaires qui limitent les possibilit\u00e9s d\u2019expansion (et par cons\u00e9quent les marges de profit) en Asie et dans les pays de l\u2019OCDE ont propuls\u00e9 le continent au rang de \u00ab\u00a0nouvel eldorado\u00a0\u00bb de l\u2019agrobusiness. Un march\u00e9 d\u2019autant plus porteur pour les investisseurs que le continent offre d\u2019importantes possibilit\u00e9s de croissance et d\u2019expansion\u00a0: population jeune et en plein boom, main-d\u2019oeuvre abondante et bon march\u00e9, \u00e9mergence d\u2019une classe moyenne, ressources naturelles abondantes, immenses surfaces de terre dites \u00ab\u00a0disponibles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sous-utilis\u00e9es\u00a0\u00bb, r\u00e9elles possibilit\u00e9s de gains de productivit\u00e9 et de rendements, etc. (OCDE-FAO, 2019\u00a0; Inter-R\u00e9seaux et al. , 2019).<\/p>\n<p>Les g\u00e9ants de l\u2019agrobusiness l\u2019ont bien compris. D\u00e9sireux de tirer profit de ce potentiel de croissance bienvenu, tous cherchent \u00e0 y consolider leur pr\u00e9sence, en multipliant les investissements productifs. Olam, Walmar international, Cargill et Unilever ont massivement investi dans la production d\u2019huile de palme et d\u2019autres cultures de rentes (cacao, caf\u00e9, h\u00e9v\u00e9a, coton, etc.), tandis que Nestl\u00e9 et Danone sont sur le point de faire main basse sur la fili\u00e8re ouest-africaine du lait (et de ses d\u00e9riv\u00e9s) (CommodAfrica, 2019). La production de nourriture et d\u2019agrocarburants et le contr\u00f4le des r\u00e9seaux de distribution se trouvent \u00e9galement dans le viseur des grandes firmes. Dans ces secteurs, elles ont \u00e9t\u00e9 rejointes, apr\u00e8s la crise alimentaire de 2007-2008, par une myriade d\u2019investisseurs europ\u00e9ens, chinois, indiens, br\u00e9siliens ou des pays du Golfe. Rarement issus du secteur agro-alimentaire et pr\u00e9sentant des profils tr\u00e8s divers (fonds souverains, fonds de pension et d\u2019investissements, etc.), ceux-ci ont investi massivement dans la terre et la production agricole, apr\u00e8s la crise alimentaire, pour surfer sur la tendance haussi\u00e8re du prix des mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles. Avec des fortunes tr\u00e8s diverses, comme le montre l\u2019\u00e9chec de nombreux investissements \u00e0 grande \u00e9chelle (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2010\u00a0; 2012\u00a0; Delcourt, 2018).<\/p>\n<p>Certes, le continent africain ne capte encore qu\u2019une petite fraction de l\u2019ensemble des investissements directs \u00e9trangers dans la production agricole et les fili\u00e8res agroalimentaires (OCDE-FAO, 2019). Mais le mouvement de conversion de l\u2019agriculture africaine aux canons productivistes de l\u2019agrobusiness et du march\u00e9 international y est bel et bien amorc\u00e9, et devrait s\u2019amplifier. \u00c0 terme, il risque de bouleverser de mani\u00e8re durable des soci\u00e9t\u00e9s encore profond\u00e9ment rurales et d\u2019accro\u00eetre les tensions sociales, sur un continent en proie d\u00e9j\u00e0 \u00e0 de nombreux conflits socio-environnementaux.<\/p>\n<p>Cette dynamique d\u2019expansion de l\u2019agrobusiness en Afrique ne s\u2019inscrit pas dans un vide de discours l\u00e9gitimateurs et mobilisateurs. Depuis la crise alimentaire de 2007-2008, elle est port\u00e9e par une rh\u00e9torique internationale de l\u2019urgence plaidant pour la modernisation de l\u2019agriculture africaine pour faire face aux d\u00e9fis alimentaire et climatique \u00e0 venir.<\/p>\n<h3>Instrumentalisation de l\u2019enjeu alimentaire<\/h3>\n<p>\u00c0 l\u2019origine d\u2019une vague sans pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019\u00e9meutes de la faim dans une quarantaine de pays et du basculement de plus d\u2019une centaine de millions de personnes suppl\u00e9mentaires dans une situation d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9, la flamb\u00e9e des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles sur les march\u00e9s internationaux en 2007-2008 avait entra\u00een\u00e9 un vent de panique au sein de la communaut\u00e9 internationale, qui l\u2019avait oblig\u00e9e \u00e0 remettre la question de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle, et plus largement du d\u00e9veloppement agricole, au centre de ses pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Sur fond de pr\u00e9dictions alarmistes, les grandes instances des Nations unies propos\u00e8rent alors un changement de cap. Apr\u00e8s presque trois d\u00e9cennies de lib\u00e9ralisation des \u00e9changes agricoles, d\u2019ajustement structurel et de r\u00e9duction drastique des budgets publics et des aides destin\u00e9es \u00e0 l\u2019agriculture, elles reconnaissaient enfin, \u00e0 demi-mot, que les strat\u00e9gies de d\u00e9sengagement de l\u2019action publique dans le secteur agricole avaient conduit les syst\u00e8mes agroalimentaires de nombreux pays du Sud \u00e0 la faillite (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2010\u00a0; Holt-Gim\u00e9nez et al., 2015). Sans pour autant renoncer \u00e0 leur credo lib\u00e9ral, elles appelaient d\u00e9sormais les \u00c9tats \u00e0 reprendre en main les politiques agricoles et les acteurs du d\u00e9veloppement \u2013 organismes internationaux, ONG, agences de coop\u00e9ration, secteur priv\u00e9 \u2013 \u00e0 refinancer l\u2019agriculture dans les pays les plus pauvres pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi pos\u00e9 alors par la FAO, \u00e0 savoir celui d\u2019un n\u00e9cessaire accroissement de la production de 70\u00a0% (chiffres r\u00e9vis\u00e9s \u00e0 50\u00a0% deux ans plus tard) \u00e0 l\u2019horizon 2050 pour faire face \u00e0 la croissance d\u00e9mographique (FAO, 2009\u00a0; <em>Alternatives Sud<\/em>, 2010\u00a0; Holt-Gim\u00e9nez et al., 2015).<\/p>\n<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par de forts accents productivistes et malthusiens, cet appel \u00e0 relancer la production agricole dans les pays pauvres pour renforcer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire n\u2019a pas manqu\u00e9 de mobiliser les g\u00e9ants de l\u2019agrobusiness, qui y ont vu non seulement le moyen de relifter leur image, mais aussi une opportune possibilit\u00e9 d\u2019expansion sur le continent africain. Pr\u00e9sentant leurs recettes technologiques comme les instruments indispensables \u00e0 la relance de l\u2019agriculture en Afrique, ils se sont d\u2019embl\u00e9e positionn\u00e9s comme des acteurs \u00ab\u00a0incontournables\u00a0\u00bb de la lutte contre la faim. \u00c9pousant le langage onusien du d\u00e9veloppement durable, ils se sont faits les garants d\u2019une transition agricole r\u00e9ussie, \u00e9cologiquement soutenable et socialement inclusive. Et forts de leur poids \u00e9conomique et politique, ainsi que de leur position dominante dans le syst\u00e8me agroalimentaire, ils ont fini par imposer leur conception \u00e9troite de l\u2019agriculture aux organismes internationaux, aux acteurs de la coop\u00e9ration internationale et aux gouvernements des pays du Sud, s\u00e9duits par leurs promesses techno-productivistes (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2010\u00a0; 2012\u00a0; McKeon, 2014).<\/p>\n<p>De fait, ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, les espaces politiques internationaux, r\u00e9gionaux et nationaux en charge de la gouvernance alimentaire et nutritionnelle ont litt\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 phagocyt\u00e9s par les grandes firmes de l\u2019agrobusiness, pass\u00e9es ma\u00eetres dans l\u2019art d\u2019imposer leurs priorit\u00e9s dans les agendas politiques, en red\u00e9finissant \u00e0 leur avantage les grands probl\u00e8mes humanitaires et les solutions qu\u2019il conviendrait de leur apporter (Alternatives Sud, 2012\u00a0; Valente, 2015).<\/p>\n<p>Certes, ce processus de capture ne date pas de la crise alimentaire. Depuis l\u2019appel de Kofi Annan de 2004 en faveur de la nouvelle R\u00e9volution verte en Afrique, les g\u00e9ants de l\u2019agrobusiness n\u2019ont pas cach\u00e9 leur ambition de \u00ab\u00a0r<em>edessiner le futur de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de l\u2019agriculture<\/em>\u00a0\u00bb (McKeon, 2014\u00a0; Inter-R\u00e9seaux et al., 2019). En 2005 d\u00e9j\u00e0, Yara, Monsanto et Unilever faisaient leur entr\u00e9e dans un groupe de travail sur la faim mis sur pied par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies. Un an plus tard \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e, \u00e0 l\u2019instigation des fondations Rockfeller et Bill &amp; Melinda Gates, l\u2019Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA). B\u00e9n\u00e9ficiant du soutien des grands semenciers, l\u2019AGRA se donne alors pour mission<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>d\u2019accro\u00eetre de mani\u00e8re durable la productivit\u00e9 et les profits des petites exploitations agricoles <\/em>\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0<em>am\u00e9liorant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des semences plus r\u00e9silientes pour produire des r\u00e9coltes plus abondantes et stables<\/em>\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0<em>encourageant la productivit\u00e9 tout en maintenant des sols sains <\/em>\u00a0\u00bb, en construisant des \u00ab\u00a0<em>march\u00e9s agricoles plus efficients au niveau local, national et r\u00e9gional <\/em>\u00a0\u00bb et en promouvant des \u00ab\u00a0<em>politiques plus efficaces et la construction de partenariats pour impulser le changement technologique et institutionnel n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation de la R\u00e9volution Verte <\/em>\u00a0\u00bb (Rockfeller Foundation, 2010) .<\/p><\/blockquote>\n<p>Le programme \u00e9tait trac\u00e9. Il faisait du renforcement du secteur priv\u00e9 et de l\u2019int\u00e9gration des exploitations familiales au march\u00e9 les deux piliers de la relance du secteur agricole en Afrique. Mais ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la crise alimentaire que ces priorit\u00e9s vont r\u00e9ellement s\u2019imposer dans les d\u00e9bats internationaux sur les politiques agricoles et les strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, avec la proposition des pays du G8, en 2008, de poser les fondements d\u2019un nouveau \u00ab\u00a0Partenariat global pour l\u2019agriculture et l\u2019alimentation\u00a0\u00bb entre acteurs publics et priv\u00e9s. La d\u00e9claration finale des grandes puissances tranche alors avec les solutions pr\u00e9conis\u00e9es par de nombreux experts des Nations unies pour lutter contre la faim. Tout en affirmant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un investissement accru dans les secteurs agricoles des pays du Sud, elle pr\u00f4ne la continuation des politiques existantes, y compris la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes agricoles, comme solution structurelle \u00e0 la crise alimentaire et place les acteurs priv\u00e9s au centre &#8211; sinon aux commandes &#8211; des strat\u00e9gies de lutte contre la faim (Golay, 2010\u00a0; McKeon, 2014\u00a0; Valente, 2015).<\/p>\n<p>S\u2019inspirant de ce mod\u00e8le de convergence entre acteurs publics et priv\u00e9s, de nombreuses plateformes verront ensuite le jour, qui r\u00e9serveront une large place aux op\u00e9rateurs priv\u00e9s\u00a0: Scaling UP Nutrition (SUN) et le Forum Africain pour la r\u00e9volution verte en 2010\u00a0; l\u2019Alliance pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle, h\u00e9riti\u00e8re du partenariat global pour l\u2019agriculture et l\u2019alimentation, et le Partenariat africain pour l\u2019engrais et l\u2019agro-industrie en 2012\u00a0; l\u2019Alliance globale pour l\u2019agriculture intelligente face au climat en 2014, etc.<\/p>\n<p>Dot\u00e9es de fonds sup\u00e9rieurs aux budgets nationaux et aux aides publiques destin\u00e9es \u00e0 l\u2019agriculture et la malnutrition\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nb3\" >3<\/a>], ces plateformes multi-acteurs, domin\u00e9es par les grandes transnationales du secteur ou leurs fondations philanthropiques et lanc\u00e9es parfois \u00e0 leur initiative, exercent d\u00e9sormais une influence d\u00e9cisive sur la gouvernance nutritionnelle et alimentaire, et formatent les politiques de d\u00e9veloppement de nombreux \u00c9tats africains.<\/p>\n<h3>Coproduction des politiques publiques<\/h3>\n<p>Pi\u00e8ces ma\u00eetresses des strat\u00e9gies de lobbying des grandes firmes agroalimentaire en Afrique, ces plateformes multi-acteurs interviennent \u00e0 plusieurs niveaux. D\u2019une part, elles participent \u00e0 la coproduction de cadres normatifs et r\u00e9glementaires au niveau supranational (en mati\u00e8re de brevets, de commerce, de normes commerciales et phytosanitaires, etc.) qui balisent et orientent ensuite l\u2019action publique. D\u2019autre part, elles financent et inspirent directement les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement agricole et de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle, tant au niveau r\u00e9gional que national (Inter-R\u00e9seaux et al., 2019).<\/p>\n<p>Particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019activisme pluriel des grandes firmes, le cas de la transnationale norv\u00e9gienne Yara, premier producteur et n\u00e9gociant d\u2019engrais au monde, m\u00e9rite un d\u00e9tour. Depuis l\u2019appel de Koffi Annan en faveur d\u2019une relance de la r\u00e9volution verte en Afrique, elle impulse, finance ou oriente une multitude d\u2019initiatives (partenariats, sommets, colloques, etc.) dans le champ de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle. Membre actif, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Unilever et de Monsanto, du Groupe de travail des Nations unies sur la faim mis sur pied par Kofi Annan, et de l\u2019Alliance africaine pour la r\u00e9volution verte en Afrique (AGRA), l\u2019entreprise organise \u00e0 Abuja en 2006 la premi\u00e8re Conf\u00e9rence annuelle sur la r\u00e9volution verte. Dans sa d\u00e9claration finale (D\u00e9claration d\u2019Abuja), quarante chefs d\u2019\u00c9tat s\u2019engagent \u00e0 multiplier par dix l\u2019usage d\u2019engrais via la r\u00e9duction des droits de douane, des incitations fiscales ou encore la mise en place de centrales d\u2019achat et de distribution.<\/p>\n<p>Jamais \u00e0 court d\u2019id\u00e9es, elle lance en 2008 le Partenariat ghan\u00e9en pour les c\u00e9r\u00e9ales (GCP) dans le but d\u2019intensifier la production de ma\u00efs dans le pays, via la distribution d\u2019intrants et l\u2019int\u00e9gration des producteurs aux cha\u00eenes de valeurs. Elle participe ensuite \u00e0 la mise sur pied du Forum sur la r\u00e9volution verte, qui rassemble chaque ann\u00e9e les dirigeants africains et des repr\u00e9sentants du secteur priv\u00e9, au lancement de l\u2019initiative Grow Africa (2011), puis soutient l\u2019initiative de la Nouvelle vision pour l\u2019agriculture du Forum \u00e9conomique de Davos (2011) et le Nouveau Partenariat pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle du G8 (2012). Partenaire privil\u00e9gi\u00e9 du Partenariat pour les engrais et l\u2019agro-industrie (AFAP) et du Centre international pour le d\u00e9veloppement des engrais, la transnationale joue enfin un r\u00f4le actif dans la promotion du concept de \u00ab\u00a0couloir de croissance\u00a0\u00bb (McKeon, 2014\u00a0; Inter-R\u00e9seaux et al., 2019).<\/p>\n<p>Exp\u00e9riment\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Madagascar en 2005, \u00e0 l\u2019initiative de la Banque mondiale, sous le nom de PIC (Programme int\u00e9gr\u00e9 de croissance), l\u2019id\u00e9e fait flores aujourd\u2019hui en Afrique. Promue \u00e0 la fois par la Banque mondiale, la Banque africaine de d\u00e9veloppement, certaines agences d\u2019aide et les grandes firmes de l\u2019agrobusiness, elle s\u2019inscrit dans leur strat\u00e9gie globale d\u2019investissement priv\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle dans l\u2019agriculture pour relancer la croissance du secteur. Piliers des programmes de d\u00e9veloppement agricole de nombreux \u00c9tats africains, ces couloirs ou p\u00f4les de croissance sont localis\u00e9s dans des zones pr\u00e9sentant un important potentiel (possibilit\u00e9s d\u2019irrigation, conditions \u00e9cologiques favorables \u00e0 la production, proximit\u00e9 des routes commerciales, etc.) et vers lesquelles les pouvoirs publics entendent canaliser investissements publics et priv\u00e9s. Afin d\u2019accro\u00eetre leur attractivit\u00e9 \u00e9conomique, des infrastructures de soutien \u00e0 la production et \u00e0 la commercialisation y sont d\u00e9velopp\u00e9es et d\u2019importantes facilit\u00e9s r\u00e9glementaires, douani\u00e8res et fiscales y sont accord\u00e9es aux candidats investisseurs. Leur cr\u00e9ation, leur financement et le d\u00e9veloppement de l\u2019ensemble des activit\u00e9s agricoles qui y sont men\u00e9es repose g\u00e9n\u00e9ralement sur des partenariats entre les acteurs publics (\u00c9tat, bailleurs de fonds, Banque de d\u00e9veloppement, etc.) et le secteur priv\u00e9 (Picard et al., 2017\u00a0; Coalition Sud, 2018)<\/p>\n<p>S\u2019inspirant des fameuses zones \u00e9conomiques sp\u00e9ciales, ces zones de croissances se sont multipli\u00e9es au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie sur le continent africain, sans pour autant que leur efficacit\u00e9 dans la lutte contre la faim et la pauvret\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, pr\u00e8s de trente-six p\u00f4les de croissance agricole et neuf couloirs de croissance ont vu le jour en Afrique, couvrant une superficie d\u2019environ 3,5 millions d\u2019hectares dans vingt-trois pays. R\u00e9cemment, plus d\u2019une douzaine de p\u00f4les ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans quatre pays seulement &#8211; Cameroun, RDC, C\u00f4te d\u2019Ivoire et Gabon\u00a0-, tandis que le Mali, le Togo, le Nigeria et le Mozambique \u00e9tudient l\u2019implantation de nouvelles zones d\u2019agro-industrialisation. Pionni\u00e8re en la mati\u00e8re, l\u2019\u00eele de Madagascar vient quant \u00e0 elle de lancer son programme P\u00f4les int\u00e9gr\u00e9s de croissance 2.2, qui donne un r\u00f4le encore plus d\u00e9terminant au secteur priv\u00e9.<\/p>\n<h3>Nouvelle vision de l\u2019agriculture\u00a0: produire \u00e0 tout prix<\/h3>\n<p>La cr\u00e9ation de ces \u00ab\u00a0hubs\u00a0\u00bb de croissance est au centre de la \u00ab\u00a0nouvelle vision pour l\u2019agriculture\u00a0\u00bb qui inspire &#8211; et parfois m\u00eame conditionne &#8211; aujourd\u2019hui les programmes de d\u00e9veloppement de nombreux pays africains. Promue par les grands acteurs de l\u2019agrobusiness et les puissances agroalimentaires, reprise par de nombreux organismes internationaux et agences de coop\u00e9ration, la plupart des gouvernements africains et des dizaines d\u2019ONG, moyennant quelques adaptations, cette vision repose sur l\u2019id\u00e9ologie productiviste, technicienne et pro-march\u00e9 de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution verte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Exit toute r\u00e9flexion sur les conditions sociopolitiques de production de la pauvret\u00e9 et de la sous-nutrition. Rel\u00e9guant au second plan, voire ignorant les effets du changement climatique, les risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res sur des march\u00e9s internationaux lib\u00e9ralis\u00e9s, les in\u00e9galit\u00e9s fonci\u00e8res ou de revenu et la comp\u00e9tition asym\u00e9trique pour l\u2019appropriation privative des terres et des ressources naturelles, la lutte contre la faim ne se r\u00e9duit plus ici qu\u2019\u00e0 une course \u00e0 la productivit\u00e9 et aux rendements. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire en Afrique est avant tout con\u00e7ue comme un d\u00e9ficit de productivit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 l\u2019archa\u00efsme de l\u2019agriculture africaine et \u00e0 l\u2019inefficacit\u00e9 de ses modes de production\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nb4\" >4<\/a>] . R\u00e9soudre le probl\u00e8me de la faim et de la malnutrition sur le continent suppose d\u2019abord de moderniser l\u2019agriculture africaine et d\u2019intensifier ses processus de production, par l\u2019irrigation, la m\u00e9canisation, l\u2019utilisation d\u2019engrais de synth\u00e8se, de pesticides et de semences am\u00e9lior\u00e9es\u2026 tout en veillant \u00e0 ins\u00e9rer les petits producteurs dans les cha\u00eenes de valeur, par le biais de contrats de production.<\/p>\n<p>Bien entendu, cette modernisation de l\u2019agriculture africaine n\u00e9cessite un important transfert de technologie, l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de nouveaux op\u00e9rateurs pour construire ces cha\u00eenes de valeurs, et donc, des investissements cons\u00e9quents que les \u00c9tats africains seuls, pas plus que les aides publiques au d\u00e9veloppement, ne peuvent assumer. Aussi, les partisans de la r\u00e9volution verte plaident-ils pour la g\u00e9n\u00e9ralisation des partenariats public-priv\u00e9, et la mise en place d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes favorables aux investissements et au secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9forme de la l\u00e9gislation pour renforcer la s\u00e9curit\u00e9 des investissements fonciers et la protection de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle sur les brevets, mise en oeuvre de politiques incitatives et attractives, baisse des tarifs douaniers et des taxes \u00e0 l\u2019exportation, possibilit\u00e9s pour les investisseurs de rapatrier sans frais leurs b\u00e9n\u00e9fices, poursuite des processus d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale\u2026 telles sont quelques-unes des grandes mesures pr\u00e9conis\u00e9es pour \u00ab\u00a0am\u00e9liorer\u00a0\u00bb le climat des affaires et relancer les investissements dans l\u2019agriculture. \u00c1 peu pr\u00e8s partout en Afrique subsaharienne, les gouvernements sont ainsi invit\u00e9s \u00e0 se plier \u00e0 ces recommandations pour attirer les investissements et relancer leurs secteurs agricoles, quand ils ne prennent pas eux-m\u00eames la d\u00e9cision d\u2019engager ces r\u00e9formes\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nb5\" >5<\/a>] .<\/p>\n<p>Appuyer la construction de \u00ab\u00a0<em>politiques qui facilitent les affaires et am\u00e9liorent l\u2019attractivit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9 <\/em>\u00a0\u00bb des secteurs agricoles des pays africains est \u00e9galement le leitmotiv du rapport annuel de la Banque mondiale, <em>Enabling Business in Agriculture <\/em>(EBA), lanc\u00e9 en 2013 avec le concours de la Fondation Bill et Melinda Gattes, de l\u2019USAID et des agences de coop\u00e9ration britannique, norv\u00e9gienne, canadienne et n\u00e9erlandaise. Con\u00e7u pour venir en appui des politiques promues par la Nouvelle Alliance pour la S\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle, il entend encourager les gouvernements \u00e0 mettre en place un ensemble de r\u00e9formes qui facilitent le \u00ab\u00a0doing business\u00a0\u00bb, en \u00e9tablissant un classement des diff\u00e9rents pays selon l\u2019\u00e9tat d\u2019avancement de ces r\u00e9formes dans une s\u00e9rie de domaines cl\u00e9s\u00a0: semences, fertilisants, transports, eaux, terres, etc. Autrement dit, plus les \u00c9tats assouplissent leurs cadres l\u00e9gaux et r\u00e9glementaires, simplifient les proc\u00e9dures sur la vente de semences et l\u2019importation d\u2019engrais chimiques, renforcent la s\u00e9curit\u00e9 des investissements priv\u00e9s dans le foncier-agricole, baissent les taxes, lib\u00e8rent le secteur priv\u00e9 des contraintes administratives, plus ils am\u00e9liorent leur score de performance et mieux ils sont class\u00e9s.<\/p>\n<p>Suppos\u00e9 stimuler le d\u00e9veloppement du secteur priv\u00e9, dynamiser la croissance et favoriser le d\u00e9ploiement de cha\u00eenes de valeur efficaces, l\u2019EBA s\u2019impose d\u00e9sormais comme r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e des politiques de d\u00e9veloppement agricole, au risque d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la privatisation des terres, le transfert de richesses au profit des investisseurs, le d\u00e9litement des communaut\u00e9s rurales et la marginalisation des petits producteurs (Oakland Institute, 2016\u00a0; Mousseau, 2019).<\/p>\n<h3>Greenwashing et populisme entrepreneurial<\/h3>\n<p>Bien entendu, le champ de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle n\u2019est pas le seul terrain d\u2019action des g\u00e9ants de l\u2019agrobusiness. Depuis quelques ann\u00e9es, ils se positionnent aussi comme les fers de lance de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9conomie verte\u00a0\u00bb (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2013).<\/p>\n<p>Promue \u00e0 la fois par les firmes de l\u2019agrobusiness (Yara, Monsanto-Bayer, etc.), d\u2019importants consortiums publics-priv\u00e9s, les organismes internationaux, le Forum \u00e9conomique mondial et d\u2019importants acteurs publics, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Union europ\u00e9enne, l\u2019 \u00ab\u00a0agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb (Climate-Smart Agriculture &#8211; CSA) est le principal instrument de ce repositionnement. Con\u00e7ue comme \u00ab\u00a0<em>un nouveau cadre conceptuel <\/em>\u00a0\u00bb, elle pr\u00e9tend apporter des r\u00e9ponses de type techno-manag\u00e9riales \u00ab\u00a0<em>aux d\u00e9fis interd\u00e9pendants de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et du changement climatique<\/em>\u00a0\u00bb (CIDSE, 2014\u00a0; Astier et Chauveau, 2015\u00a0; Totin et al., 2018).<\/p>\n<p>Les technologies des grandes firmes de l\u2019agrobusiness au service de la lutte contre la faim et le changement climatique, tel est en effet le message de l\u2019agriculture climato-intelligente. Utilis\u00e9es de mani\u00e8re plus raisonn\u00e9e, les nouvelles technologies permettraient d\u2019accro\u00eetre la productivit\u00e9, faciliteraient l\u2019adaptation des exploitations agricoles aux effets du changement climatique et r\u00e9duiraient les \u00e9missions. Par le biais d\u2019une rationalisation des pratiques agricoles et des processus de production, l\u2019agriculture de pr\u00e9cision, associ\u00e9e aux nouvelles technologies de la communication et de l\u2019information, limiterait la quantit\u00e9 d\u2019engrais ou de pesticides d\u00e9vers\u00e9s sur les champs, en calculant pr\u00e9cis\u00e9ment les besoins de la plante. L\u2019utilisation de semences am\u00e9lior\u00e9es permettrait non seulement d\u2019accro\u00eetre la r\u00e9silience des plantations aux effets du changement climatique, mais r\u00e9duirait aussi le niveau des \u00e9missions, en diminuant la consommation d\u2019\u00e9nergie fossile. Et, bien qu\u2019\u00e9pingl\u00e9es parmi les principales causes de la d\u00e9forestation, les plantations de soja et de palmiers \u00e0 huile seraient finalement b\u00e9n\u00e9fiques pour le climat, en favorisant le stockage du CO2 dans les sols (Ibid.).<\/p>\n<p>Bref, moyennant quelques d\u00e9tours, la Climate-Smart Agriculture convertit les monocultures industrielles et les grandes firmes de l\u2019agrobusiness en bons \u00e9l\u00e8ves du d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>En verdissant leurs pratiques, elle constitue un formidable outil de p\u00e9n\u00e9tration et de diffusion de leur mod\u00e8le. \u00ab\u00a0<em>Soi-disant destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire <\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019introduction de semences am\u00e9lior\u00e9es, dans le cadre de projets \u00ab\u00a0humanitaires\u00a0\u00bb ax\u00e9s sur la smart agriculture, n\u2019est que rarement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, note ainsi un repr\u00e9sentant de l\u2019association Inf\u2019OGM\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>elles sont en fait un cheval de Troie. Leur finalit\u00e9 est toujours la m\u00eame\u00a0: faire collaborer \u00e9lites africaines et am\u00e9ricaines pour ensuite vendre les OGM classiques, eux r\u00e9sistant au Roundup<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 in Astier et Chauveau, 2015)<\/p><\/blockquote>\n<p>Non seulement en Afrique, mais aussi Am\u00e9rique latine et en Asie du Sud-Est, ce <em>green washing<\/em> est en effet devenu en quelques ann\u00e9es l\u2019un des principaux outils de persuasion des gros producteurs d\u2019huile de palme ou de soja. Leur premier argument de vente. Il leur permet de redorer leur image, de neutraliser la critique, de r\u00e9habiliter leur mod\u00e8le d\u2019agriculture intensive et de \u00ab\u00a0convaincre\u00a0\u00bb de sa n\u00e9cessaire expansion, comme solution \u00e0 la double probl\u00e9matique de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et du changement climatique.<\/p>\n<p>Le concept de \u00ab\u00a0populisme entrepreneurial autoritaire\u00a0\u00bb (<em>authoritarian corpopulism<\/em>) a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 par Alberto Alonso Fradejas pour rendre compte de ce tournant discursif et strat\u00e9gique chez les producteurs d\u2019huile de palme, de soja et de sucre au Guatemala. Longtemps accus\u00e9s de crime contre les droits humains et environnementaux et de collusion avec les r\u00e9gimes autoritaires, ceux-ci sont parvenus \u00e0 se forger une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 consolider leur assise politique, en pr\u00e9sentant l\u2019expansion des monocultures industrielles de sucre, de soja et de palmier \u00e0 huile sous les traits d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab\u00a0responsables\u00a0\u00bb qui r\u00e9pond \u00e0 la fois aux exigences de la lutte contre le changement climatique, aux standards environnementaux et au souci d\u2019int\u00e9gration sociale des populations. Dans leur propagande, le complexe ol\u00e9o-sucrier guat\u00e9malt\u00e8que n\u2019est plus seulement d\u00e9crit comme une simple activit\u00e9 \u00e9conomique, g\u00e9n\u00e9ratrice de croissance et d\u2019emplois, mais aussi comme un vecteur de d\u00e9veloppement durable et un facteur de bonne gouvernance.<\/p>\n<p>Selon Fradejas, cette nouvelle rh\u00e9torique est aussi la manifestation d\u2019un changement de strat\u00e9gie de la part des acteurs de l\u2019agrobusiness dans le pays pour asseoir leur h\u00e9g\u00e9monie et capter les financements publics. D\u2019une part, ils ont abandonn\u00e9 leurs vieilles m\u00e9thodes spoliatrices pour mettre en \u0153uvre un concept phare des codes de bonnes conduites priv\u00e9s non contraignants inspir\u00e9s de la Responsabilit\u00e9 sociale et environnementale des entreprises\u00a0: le mod\u00e8le de gouvernance multipartite, qui privil\u00e9gie les ententes avec les petits producteurs et encourage leur insertion dans les cha\u00eenes de valeur. D\u2019autre part, ils ont remis\u00e9 les vieilles strat\u00e9gies r\u00e9pressives, dite de la \u00ab\u00a0carotte et du b\u00e2ton\u00a0\u00bb, pour privil\u00e9gier des strat\u00e9gies de persuasion et un usage s\u00e9lectif et ma\u00eetris\u00e9 de la violence.<\/p>\n<p>Gare toutefois \u00e0 ceux qui s\u2019opposent \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de ce mod\u00e8le, car le b\u00e2ton n\u2019a pas disparu. Les vieux r\u00e9flexes r\u00e9pressifs peuvent vite reprendre le dessus, comme le montre actuellement la situation au Br\u00e9sil. B\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019appui sans faille du gouvernement d\u2019extr\u00eame droite de Jair Bolsonaro, les secteurs de l\u2019agrobusiness br\u00e9silien ne prennent m\u00eame plus la peine d\u2019 \u00ab\u00a0adoucir\u00a0\u00bb leurs discours et leurs pratiques\u00a0: les milices priv\u00e9es fleurissent \u00e0 nouveau et les assassinats de sans-terres, indig\u00e8nes et \u00e9cologistes atteignent un pic dans les campagnes br\u00e9siliennes, la d\u00e9forestation a augment\u00e9 de plus de 80\u00a0% en quelques mois, les m\u00e9canismes de protection des droits des paysans et des indig\u00e8nes sont d\u00e9mantel\u00e9s les uns apr\u00e8s les autres et les autorit\u00e9s viennent de lib\u00e9raliser des dizaines de pesticides autrefois interdits (Conte, 2019\u00a0; BBC News Brasil, premier juillet 2019). Ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la Commission europ\u00e9enne de signer un accord commercial avec les pays du Mercosur en juin 2019.<\/p>\n<h3>Le rendez-vous manqu\u00e9 de la crise alimentaire<\/h3>\n<p>La crise alimentaire de 2007-2008 aurait pu marquer un tournant historique dans les politiques internationales de d\u00e9veloppement, en obligeant la communaut\u00e9 internationale \u00e0 s\u2019attaquer de front aux causes premi\u00e8res de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la pauvret\u00e9 rurale au Sud\u00a0: les pressions sp\u00e9culatives sur les prix, le r\u00e9chauffement climatique, les rapports de pouvoir asym\u00e9triques, la comp\u00e9tition accrue sur un march\u00e9 international lib\u00e9ralis\u00e9, l\u2019accaparement des terres et des ressources, etc. Ce tournant n\u2019aura finalement pas eu lieu, en d\u00e9pit du retour en force de la probl\u00e9matique de la faim et de l\u2019agriculture dans son agenda.<\/p>\n<p>Au lieu d\u2019encourager les pays les plus pauvres \u00e0 mettre en oeuvre des politiques de souverainet\u00e9 alimentaire adapt\u00e9es aux contextes locaux, capables \u00e0 la fois de garantir au plus grand nombre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une nourriture ad\u00e9quate et de r\u00e9duire la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des populations \u00e0 la volatilit\u00e9 du prix des mati\u00e8res premi\u00e8res sur les march\u00e9s internationaux, elle a fait le choix de la continuit\u00e9. Au lieu de mettre en place des programmes de soutien aux paysans du Sud et des m\u00e9canismes de protection susceptibles de leur assurer des revenus stables, \u00e9lev\u00e9s et r\u00e9mun\u00e9rateurs, elle a poursuivi sa fuite en avant n\u00e9olib\u00e9rale, quitte \u00e0 accro\u00eetre la pression concurrentielle sur les petits producteurs. Au lieu de promouvoir un mod\u00e8le d\u2019agriculture \u00e9cologiquement durable et socialement performant, elle a continu\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier une approche r\u00e9ductrice et biais\u00e9e du d\u00e9veloppement rural. En adh\u00e9rant \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019offre de la r\u00e9volution verte et aux recettes \u00ab\u00a0technico-productiviste\u00a0\u00bb des grandes firmes pour lutter contre la faim et le changement climatique, elle a nourri leurs strat\u00e9gies d\u2019expansion (Valente, 2015\u00a0; Bragdon, 2016\u00a0; Mayet, 2017).<\/p>\n<p>Nombreux sont ceux qui d\u00e9noncent cette imposture, et alertent sur les dangers d\u2019une telle d\u00e9rive, rappelant que l\u00e0 o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 mises en oeuvre, les recettes de la premi\u00e8re \u00ab\u00a0r\u00e9volution verte\u00a0\u00bb n\u2019ont que rarement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 aux populations rurales. En d\u00e9pit d\u2019une hausse r\u00e9elle de la production et de la productivit\u00e9, elles n\u2019ont gu\u00e8re am\u00e9lior\u00e9 la situation des producteurs les plus pauvres en Asie et en Am\u00e9rique latine. Au contraire, elles ont encourag\u00e9 l\u2019accaparement des terres et leur concentration au profit des acteurs dominants. Elles ont exacerb\u00e9 les conflits fonciers, aliment\u00e9 l\u2019exode rural, d\u00e9structur\u00e9 les communaut\u00e9s paysannes. Et en privil\u00e9giant un mod\u00e8le de production standardis\u00e9, industriel et chimis\u00e9, elles ont accentu\u00e9 la d\u00e9pendance des petits producteurs aux fournisseurs d\u2019intrants, appauvri la biodiversit\u00e9, fait voler en \u00e9clat des agro-\u00e9cosyst\u00e8mes locaux \u00e0 forte r\u00e9silience, et aggrav\u00e9 finalement la vuln\u00e9rabilit\u00e9 alimentaire des communaut\u00e9s rurales.<\/p>\n<p>Au service des int\u00e9r\u00eats des grandes firmes et de leur strat\u00e9gie d\u2019expansion, le mod\u00e8le d\u2019agriculture productiviste promu par les partisans de la nouvelle r\u00e9volution verte, gourmand en ressources, vecteur de d\u00e9pendances et g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, ne peut en aucun cas constituer une r\u00e9ponse aux d\u00e9fis alimentaires. En t\u00e9moigne la hausse pour la troisi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive du nombre de personnes sous-aliment\u00e9es dans le monde, en d\u00e9pit de la croissance vertigineuse de la production. Ainsi selon un rapport r\u00e9cent de la FAO (2019), pr\u00e8s de 820 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde, soit un chiffre \u00e0 peine moins \u00e9lev\u00e9 qu\u2019il y a dix ans\u00a0!<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, les nouvelles strat\u00e9gies de relance de la croissance agricole en Afrique montrent leurs limites. Le plus souvent, les communaut\u00e9s locales ont \u00e0 supporter l\u2019essentiel des externalit\u00e9s n\u00e9gatives (pollution, d\u00e9forestation, destruction des \u00e9cosyst\u00e8mes locaux, etc.) li\u00e9es aux investissements priv\u00e9s dans le secteur agricole, quand elles ne sont pas priv\u00e9es de leur terre et de leurs ressources. Rarement les promesses d\u2019emplois et de revenus accrus que font miroiter les nouveaux p\u00f4les et corridors de croissance agricoles sont au rendez-vous. Et pr\u00e9tendument gagnant-gagnant, les partenariats publics-priv\u00e9s servent principalement les int\u00e9r\u00eats du priv\u00e9, tandis que les mesures fiscales incitatives visant \u00e0 stimuler les investissements (exemption de taxes \u00e0 l\u2019import-export, possibilit\u00e9 de rapatrier les b\u00e9n\u00e9fices, etc.) privent l\u2019\u00c9tat d\u2019importantes rentr\u00e9es financi\u00e8res, et partant les populations locales de retomb\u00e9es socio-\u00e9conomiques essentielles.<\/p>\n<p>Suppos\u00e9s g\u00e9n\u00e9rer des revenus stables et \u00e9lev\u00e9s pour les petits producteurs, les contrats de production ne tiennent pas non plus leurs promesses. Compte tenu des rapports asym\u00e9triques existant entre les diff\u00e9rents maillons des cha\u00eenes de valeur, il tendent plut\u00f4t \u00e0 renforcer la marginalisation des producteurs les plus pauvres, \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le mouvement de privatisation de l\u2019agriculture, \u00e0 encourager la conversion des cultures alimentaires au profit des cultures de rente et \u00e0 accro\u00eetre la d\u00e9pendance des petits producteurs aux op\u00e9rateurs externes qui contr\u00f4lent ces cha\u00eenes (Oakland Institute, 2016\u00a0; Collectif Sud, 2018\u00a0; Mousseau, 2019).<\/p>\n<p>Loin d\u2019\u00eatre un levier de d\u00e9veloppement, cette strat\u00e9gie de conversion de l\u2019agriculture africaine aux canons productivistes du march\u00e9 international risque \u00e0 terme de mettre en p\u00e9ril la survie de millions de paysans africains, principaux fournisseurs de nourriture sur le continent, d\u2019aggraver l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et d\u2019exacerber les conflits sur le continent. Les solutions pour \u00e9viter un tel sc\u00e9nario existent pourtant. Encore faut-il la volont\u00e9 politique de les mettre en oeuvre.<\/p>\n<p><strong>NOTES\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nh1\" >1<\/a>]\u00a0D\u00e9forestation caus\u00e9e par la demande en produits agricoles d\u2019autres pays.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nh2\" >2<\/a>]\u00a0En raison de la modification des habitudes alimentaires dans les pays \u00e9mergents<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nh3\" >3<\/a>]\u00a0Ainsi, fin 2009, la Fondation Bill et Melinda Gates avait d\u00e9j\u00e0 investi 1,4 milliard de dollars dans le domaine de l\u2019agriculture. A titre de comparaison, le budget de la FAO pour l\u2019ann\u00e9e 2010-2011, approuv\u00e9 par ses 192 \u00c9tats membres, \u00e9tait de un milliard de dollars (McKeon, 2014).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nh4\" >4<\/a>]\u00a0\u00ab\u00a0<em>Beaucoup de fermiers produisent juste \u00e0 peine de quoi nourrir leur famille, ils sont incapables de g\u00e9n\u00e9rer un surplus et donc d\u2019avoir un revenu suffisant pour acheter les intrants n\u00e9cessaires pour accro\u00eetre leurs r\u00e9coltes en c\u00e9r\u00e9ales. De modestes investissements et de petites am\u00e9liorations dans les pratiques agricoles pourraient tripler voire quadrupler ce qu\u2019ils produisent aujourd\u2019hui <\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crivent ainsi les promoteurs de l\u2019AGRA (Rockfeller Foundation, 2010).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr#nh5\" >5<\/a>]\u00a0Ainsi, en 2014, dans la d\u00e9claration de Malabo, les \u00c9tats africains se sont engag\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0cr\u00e9er un environnement politique et institutionnel, ainsi que des syst\u00e8mes d\u2019appui appropri\u00e9s, ou am\u00e9liorer ceux qui existent, pour promouvoir l\u2019investissement priv\u00e9 dans l\u2019agriculture, l\u2019agrobusiness et l\u2019agro-industrie\u00a0\u00bb (cit\u00e9 in Inter-R\u00e9seaux et al., 2019).<\/p>\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Alternatives Sud (2013), \u00c9conomie verte\u00a0: marchandiser la plan\u00e8te pour la sauver\u00a0?, vol. 20, n\u00b01, Louvain-la-Neuve\/Paris, Cetri\/Syllepse.<\/p>\n<p>Alternatives Sud (2012), Emprise et empreinte de l\u2019agrobusiness, vol. 19, n\u00b03, Louvain-la-Neuve\/Paris, CETRI\/Entraide&amp;Fraternit\u00e9\/Syllepse.<\/p>\n<p>Alternatives Sud (2010), Pressions sur les terres. Devenir des agricultures paysannes, vol 17, n\u00b03, Louvain-la-Neuve\/Paris, CETRI\/Justice&amp;Paix\/Entraide&amp;Fraternit\u00e9\/Syllepse.<\/p>\n<p>Astier M.\u00a0et Chauveau F. (2015), \u00ab\u00a0Quand les multinationales de l\u2019agrobusiness s\u2019ach\u00e8tent une vertu climatique\u00a0\u00bb, Reporterre, 7 avril 2015, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/Quand-les-multinationales-de-l\" >https:\/\/reporterre.net\/Quand-les-multinationales-de-l<\/a><\/p>\n<p>BBC News Brasil (2019), \u00ab\u00a0Desmonte sob Bolsonaro pode levar desmatamento da Amaz\u00f4nia a ponto irrevers\u00edvel, diz f\u00edsico que estuda floresta h\u00e1 35 anos\u00a0\u00bb, premier juillet, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.bbc.com\/portuguese\/brasil-48805675\" >https:\/\/www.bbc.com\/portuguese\/brasil-48805675<\/a><\/p>\n<p>Bragdon S. H. (2016), \u00ab\u00a0Reinvigorating the Public Sector\u00a0: the Case of Food Security, Small-scale Farmers, and Intellectual Property Rules\u00a0\u00bb, Colloquium Paper, Global governance\/politics, climate justice &amp; agrarian\/social justice linkages and challenges, An international colloquium, 4-6 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>CIDSE (2014), \u00ab\u00a0L\u2019agriculture intelligente face au climat\u00a0: les habits neufs de l\u2019empereur\u00a0?\u00a0\u00bb Document de discussion, octobre.<\/p>\n<p>CommodAfrica (2019), La chronique des mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles au 13 juin 2019, 14 juin, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.commodafrica.com\/14-06-2019-la-chroique-matieres-premieres-agricoles-au-13-juin-2019\" >https:\/\/www.commodafrica.com\/14-06-2019-la-chroique-matieres-premieres-agricoles-au-13-juin-2019<\/a>.<\/p>\n<p>Conte S. (2019), \u00ab\u00a0Dans le Br\u00e9sil de Bolsonaro, indig\u00e8nes et \u00e9cologistes payent le prix du sang\u00a0\u00bb, Reporterre , 2 avril, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/Dans-le-Bresil-de-Bolsonaro-indigenes-et-ecologistes-payent-le-prix-du-sang\" >https:\/\/reporterre.net\/Dans-le-Bresil-de-Bolsonaro-indigenes-et-ecologistes-payent-le-prix-du-sang<\/a><\/p>\n<p>Coordination Sud (2018), \u00ab\u00a0P\u00f4les de croissance\u00a0: incarnation des nouvelles dynamiques d\u2019investissement agricole en Afrique\u00a0\u00bb, Les Notes du Sud, n\u00b09, janvier.<\/p>\n<p>Cramb R et McCarthy J. F. (dir.) (2016), The Oil Palm Complex\u00a0: Smallholders, Agribusiness and the State in Indonesia and Malaysia, Singapour, NUS Press.<\/p>\n<p>De los Reyes J. et Sandwell K. (dir.) (2018), \u00ab\u00a0Flex Crops\u00a0: A primer\u00a0\u00bb, Transnational Institute Agrarian and Environmental Justice Program, Think Piece Series on Flex Crops and Commodities, n\u00b06, avril.<\/p>\n<p>Delcourt L. (2018), \u00ab\u00a0Accaparement des terres. Une menace plan\u00e9taire\u00a0\u00bb, l\u2019Int\u00e9r\u00eat G\u00e9n\u00e9ral, n\u00b03, avril.<\/p>\n<p>FAO (2009), La situation mondiale de l\u2019alimentation et de l\u2019agriculture, FAO-Rome.<\/p>\n<p>FAO, IFAD, UNICEF, WFP et OMS (2019), The State of Food Security and Nutrition in the World 2019. Safeguarding against economic slowdowns and downturns, Rome, FAO.<\/p>\n<p>Golay C. (2010), \u00ab\u00a0Crise et s\u00e9curit\u00e9 alimentaire\u00a0: vers un nouvel ordre alimentaire mondial\u00a0\u00bb, Internatinal Development Policy \u2013 Revue internationale des politiques de d\u00e9veloppement, n\u00b01, pp. 229-248.<\/p>\n<p>Greenpeace (2018), Final Countdown. 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(2017), \u00ab\u00a0The Three Mega-Mergers\u00a0: Grim Reapers of Farmers Sovereignty\u00a0\u00bb, Right to Food and Nutrition Watch, The World Food Crisis\u00a0: The Way Out, 2017\/10th Anniversary Issue.<\/p>\n<p>McKeon (2014), The New alliance for Food Security and Nutrition\u00a0: a coup for corporate capital, TNI Agrarian Justice Program. Policy paper, Terra Nuova-TNI, mai.<\/p>\n<p>Mousseau F. (2019), The highest bidder takes it all\u00a0: The World Bank\u2019s new scheme to privatise land in the Global South, Bretton Woods Project, avril, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.brettonwoodsproject.org\/2019\/04\/the-highest-bidder-takes-it-all-the-world-banks-new-scheme-to-privatise-land-in-the-global-south\/\" >https:\/\/www.brettonwoodsproject.org\/2019\/04\/the-highest-bidder-takes-it-all-the-world-banks-new-scheme-to-privatise-land-in-the-global-south\/<\/a><\/p>\n<p>Oakland Institute (2016), The Unholly alliance. Five Western Donors Shape a Pro-Corporate Agenda for African agriculture.<\/p>\n<p>OCDE-FAO (2019), Agricultural Outlook 2018-2027, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.agri-outlook.org\/Outlook_flyer_EN.pdf\" >http:\/\/www.agri-outlook.org\/Outlook_flyer_EN.pdf<\/a><\/p>\n<p>Oliveira L.T. et Hecht (dir.) (2018), Soy, Globalization, and Environmental Politics in South America, Critical Agrarian Studies, Oxon, New York, Routlege.<\/p>\n<p>Picard F., Coulibaly M et Smaller C. (2017), \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9mergence des P\u00f4les de croissance agricole en Afrique\u00a0\u00bb, Note de synth\u00e8se, n\u00b06, IISD, septembre, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.iisd.org\/sites\/default\/files\/publications\/rise-agricultural-growth-poles-in-africa-fr.pdf\" >https:\/\/www.iisd.org\/sites\/default\/files\/publications\/rise-agricultural-growth-poles-in-africa-fr.pdf<\/a><\/p>\n<p>Radwin M.\u00a0(2019), \u00ab\u00a0It\u2019s getting worse\u00a0: National parks in Honduras hit hard by palm oil, Mongabay, 11 avril, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/news.mongabay.com\/2019\/04\/its-getting-worse-national-parks-in-honduras-hit-hard-by-palm-oil\/\" >https:\/\/news.mongabay.com\/2019\/04\/its-getting-worse-national-parks-in-honduras-hit-hard-by-palm-oil\/<\/a><\/p>\n<p>Rockfeller Foundation (2010), Strengthening Food Security\u00a0: Alliance for a Green Revolution in Africa, 2 septembre, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20100902173807\/http:\/www.rockefellerfoundation.org\/what-we-do\/current-work\/strengthening-food-security-alliance\" >https:\/\/web.archive.org\/web\/20100902173807\/http:\/\/www.rockefellerfoundation.org\/what-we-do\/current-work\/strengthening-food-security-alliance<\/a><\/p>\n<p>Totin E., Sagnon A. C., Shut M., Affongon H., Zougmor\u00e9 R. B., Rosenstock T. et Thornton Ph. K. (2018), \u00ab\u00a0Institutional Perspectives of Climate-Smart Agriculture\u00a0: A Systematic Literature Review\u00a0\u00bb, Sustainability, 10.<\/p>\n<p>Valente F. L. S. (2015), \u00ab\u00a0The Corporate Capture of Food and Nutrition Governance\u00a0: a Threat to Human Rights and People\u2019Sovereignty, Right to Food and Nutrition Watch\u00a0\u00bb, Peoples\u2019Nutrition is Not a Business, n\u00b07, pp. 15-22.<\/p>\n<p>Valoral (2018), 2018 Global Food &amp; Agriculture Investment Outlook, issue 8, janvier.<\/p>\n<p>WWF (2019), D\u00e9forestation import\u00e9e. Arr\u00eatons de scier la branche. Comprendre le poids de la Belgique dans la d\u00e9forestation globale par le biais de ses importations et de sa consommation de produits agricoles et forestiers, WWF-Belgique.<\/p>\n<p>___________________________________________________<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Laurent-Delcourt.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-143972 size-full\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Laurent-Delcourt-e1569493308728.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"79\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/_Laurent-Delcourt_\" >Laurent Delcourt<\/a><\/em><em> &#8211; <\/em><em>Sociologue et historien, charg\u00e9 d\u2019\u00e9tude au <\/em>CETRI.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Les-nouveaux-territoires-de-l?lang=fr\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>25 septembre 2019 &#8211; Plus d\u2019une d\u00e9cennie apr\u00e8s la crise alimentaire de 2007-2008, l\u2019appel \u00e0 changer de mod\u00e8le agricole est rest\u00e9 lettre morte. Mises en cause dans la flamb\u00e9e des prix, les grandes firmes de l\u2019agrobusiness ont poursuivi leur expansion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, imposant leurs modes de production standardis\u00e9s, socialement excluants et \u00e9cologiquement destructeurs. Fortes de leur poids \u00e9conomique et de leur capacit\u00e9 d\u2019influence politique, elles ont r\u00e9ussi aussi \u00e0 imposer leurs priorit\u00e9s sur le terrain du d\u00e9veloppement durable et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":143972,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[229,237,952,1121,232,120,331,1124,354,401,248,1212,932,1055,267,931,487,759,504,651,541,234,929,444,1122,119,109,287,1102,935,985,380,70,1120,921,75],"class_list":["post-143968","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-original-languages","tag-activism","tag-africa","tag-agriculture","tag-biodiversity","tag-capitalism","tag-conflict","tag-development","tag-ecofeminism","tag-economics","tag-environment","tag-farming","tag-fraud","tag-genetic-engineering","tag-genetic-manipulation","tag-geopolitics","tag-gmo","tag-human-rights","tag-india","tag-international-relations","tag-justice","tag-latin-america-caribbean","tag-media","tag-monsanto","tag-nonviolence","tag-organic-food","tag-peace","tag-politics","tag-power","tag-public-health","tag-roundup","tag-social-justice","tag-solutions","tag-usa","tag-vandana-shiva","tag-whistleblowing","tag-world"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143968"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143968\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media\/143972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}