{"id":237797,"date":"2023-06-26T12:00:07","date_gmt":"2023-06-26T11:00:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=237797"},"modified":"2023-06-22T04:29:28","modified_gmt":"2023-06-22T03:29:28","slug":"francais-frantz-fanon-et-amilcar-cabral-anticolonialisme-et-recodification-decoloniale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2023\/06\/francais-frantz-fanon-et-amilcar-cabral-anticolonialisme-et-recodification-decoloniale\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Frantz Fanon et Amilcar Cabral : Anticolonialisme et Recodification D\u00e9coloniale"},"content":{"rendered":"<div class=\"crayon article-chapo-6200 \">\n<div>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab <i>Tout le reste est litt\u00e9rature et mystification<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-6200 \">\n<div>\n<blockquote><p><em>Les th\u00e9ories d\u00e9coloniales pr\u00e9tendent d\u00e9passer l\u2019anticolonialisme. Mais, plut\u00f4t que d\u2019un d\u00e9passement, il s\u2019agit d\u2019un recodage de pens\u00e9es \u2013 dont celles de Frantz Fanon et d\u2019Amilcar Cabral \u2013 autrement plus complexes, radicales et actuelles.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em>13 juin 2023 &#8211;<\/em> Les pens\u00e9es d\u00e9coloniales ont le vent en poupe en Europe ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 d\u2019en discuter les enjeux, tant ces pens\u00e9es sont plurielles, parfois divergentes, et participent d\u2019un champ intellectuel tr\u00e8s large. Mais nous voudrions interroger ici, de fa\u00e7on ponctuelle, la question de leur filiation avec l\u2019anticolonialisme, autour plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la question de la culture. Et le faire en confrontant certaines affirmations du rapport <i>D\u00e9coloniser la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement par les marges<\/i>, command\u00e9 par la coop\u00e9ration belge<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb1\" id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"La Direction g\u00e9n\u00e9rale Coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement et Aide humanitaire (DGD) de\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/span>, avec les \u00e9crits d\u2019Amilcar Cabral (1924-1973) et de Frantz Fanon (1925-1961).<\/p>\n<div id=\"attachment_237799\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Frantz-Fanon-Amilcar-Cabral-africa-colonialism.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-237799\" class=\"wp-image-237799\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Frantz-Fanon-Amilcar-Cabral-africa-colonialism.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Frantz-Fanon-Amilcar-Cabral-africa-colonialism.jpg 850w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Frantz-Fanon-Amilcar-Cabral-africa-colonialism-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Frantz-Fanon-Amilcar-Cabral-africa-colonialism-768x511.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-237799\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Frantz Fanon<\/strong> (Unknown, Own work, Pacha J. Willka, 31 Jan 2012 \/ CC BY-SA 3.0 https:\/\/citaty.net\/autori\/frantz-fanon\/)<br \/>\/ Fresque repr\u00e9sentant<br \/><strong>Amilcar Cabral<\/strong> \u00e0 Praia, au Cap Vert, 2019. (Paul Arps CC https:\/\/www.flickr.com\/photos\/slapers\/49304985926)<\/p><\/div>\n<h3 class=\"spip\">D\u00e9passement de l\u2019anticolonialisme\u00a0?<\/h3>\n<p><i>D\u00e9coloniser la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement par les marges<\/i> est un rapport publi\u00e9 en avril 2022 par des universitaires belges<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb2\" id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Aymar N. Bisoka, David Jamar, David Mwambari, Sara Geenen, Emery M.\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/span>. Par ses auteur\u00b7es, sa qualit\u00e9 et son objectif \u2013 \u00ab\u00a0proposer des pistes pour d\u00e9coloniser l\u2019aide\u00a0\u00bb \u2013, il est embl\u00e9matique du positionnement des th\u00e9ories d\u00e9coloniales. Celles-ci tendent \u00e0 se pr\u00e9senter, implicitement ou explicitement, comme le d\u00e9passement de l\u2019anticolonialisme. Ainsi, est-il affirm\u00e9 dans ce rapport (page 9)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors que la question de la colonialit\u00e9 de la coop\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord abord\u00e9e \u00e0 partir des concepts comme le n\u00e9ocolonialisme, l\u2019authenticit\u00e9, la division raciale du travail, l\u2019imp\u00e9rialisme nord-sud, l\u2019autod\u00e9termination des peuples, l\u2019imposition des conditionnalit\u00e9s, etc., les d\u00e9bats acad\u00e9miques autour du \u2018d\u00e9colonial\u2019 sont venus apporter des \u00e9l\u00e9ments th\u00e9oriques et politiques nouveaux, plus fins et plus radicaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019apport d\u00e9colonial consisterait de la sorte en un raffinement et une radicalisation th\u00e9orique de concepts tels que \u00ab\u00a0n\u00e9ocolonialisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0autod\u00e9termination des peuples\u00a0\u00bb, au c\u0153ur des pens\u00e9es et luttes anticoloniales historiques. Et le rapport de poursuivre afin de mieux situer l\u2019originalit\u00e9 d\u00e9coloniale\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aussi, si, dans le pass\u00e9, les concepts utilis\u00e9s pour critiquer la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement semblaient plut\u00f4t orient\u00e9e vers une critique macro des dimensions politiques, \u00e9conomiques et institutionnelles des effets de la coop\u00e9ration, le concept plus sp\u00e9cifique de \u2018d\u00e9colonial\u2019 est venu d\u00e9voiler que le colonial se cachait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des cat\u00e9gories de la pens\u00e9e occidentale, \u00e0 travers les binarit\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9\/sous-d\u00e9velopp\u00e9, moderne\/traditionnel, formel\/informel, etc. La sp\u00e9cificit\u00e9 du d\u00e9colonial est alors de d\u00e9busquer l\u2019ordre du discours occidental qui s\u2019est r\u00e9pandue dans le monde, et qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour imposer la domination occidentale sur le reste du monde, \u00e0 la fois politiquement, \u00e9conomiquement et symboliquement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le d\u00e9conial innoverait donc doublement. Il op\u00e8rerait un changement d\u2019\u00e9chelle \u2013 du macro au micro, de la critique des ph\u00e9nom\u00e8nes manifestes externes au d\u00e9voilement de la reproduction intime de la domination, au sein m\u00eame des concepts et discours \u2013, \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 un changement qualitatif\u00a0: il romprait avec les cat\u00e9gories de la pens\u00e9e occidentale, en d\u00e9finissant le fait colonial \u00ab\u00a0comme une domination mat\u00e9rielle, institutionnelle, \u00e9pist\u00e9mique et symbolique de l\u2019Occident sur le reste du monde et particuli\u00e8rement sur les pays anciennement colonis\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces affirmations apparaissent comme un parti-pris id\u00e9ologique plut\u00f4t que le fruit d\u2019une analyse\u00a0; les pens\u00e9es anticoloniales pass\u00e9es ne sont pas discut\u00e9es et sont pr\u00e9sent\u00e9es comme un bloc. Qui plus est, elles tendent \u00e0 \u00eatre d\u00e9valoris\u00e9es au regard de l\u2019apport th\u00e9orique nouveau, suppos\u00e9ment plus fin et plus radical, que repr\u00e9senterait le d\u00e9colonial. Au risque de glisser vers une opposition st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e\u00a0: la critique vulgaire des mat\u00e9rialit\u00e9s superficielles et grossi\u00e8res d\u2019un c\u00f4t\u00e9\u00a0; le d\u00e9voilement de ce qui se cache dans l\u2019ordre du discours, de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Or les critiques anticoloniales pass\u00e9es ne manquaient ni de finesse ni de radicalit\u00e9 (ni, d\u2019ailleurs, de zones d\u2019ombre et de contradictions). La question ne se situe donc pas \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Plut\u00f4t qu\u2019un apport in\u00e9dit, le d\u00e9colonial ne constituerait-il pas plut\u00f4t un recodage de l\u2019anticolonialisme\u00a0? Dans son ensemble, en effet, l\u2019anticolonialisme ne faisait pas de l\u2019Occident l\u2019ennemi principal. Non pas par ignorance ou parce qu\u2019il \u00e9tait aveugl\u00e9 par ses emprunts \u00e0 celui-ci, mais bien parce que cette cat\u00e9gorie d\u2019\u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb \u2013 et sa binarit\u00e9 implicite \u2013, n\u2019avait pas de sens dans la lutte qui \u00e9tait men\u00e9e, et que les divisions Nord-Sud croisaient celles, Est-Ouest, de la Guerre froide, et \u00e9taient surd\u00e9termin\u00e9es politiquement.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Domination occidentale<\/h3>\n<p>Il est paradoxal de se pr\u00e9valoir d\u2019une grande finesse th\u00e9orique, \u00e0 m\u00eame de d\u00e9voiler et de d\u00e9busquer, en-de\u00e7\u00e0 des dimensions macro-politiques, \u00e9conomiques et institutionnelles, la dynamique de domination mondiale, pour d\u00e9boucher sur un clivage aussi massif que brut\u00a0: Occident\/reste du monde. Et ce d\u2019autant plus qu\u2019on peine \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 d\u00e9limiter l\u2019Occident.<\/p>\n<p>De quoi l\u2019Occident est-il le nom\u00a0? S\u2019agit-il d\u2019un champ <i>territorial <\/i> qui irait de l\u2019Albanie aux \u00c9tats-Unis et lierait le Japon et la Moldavie\u00a0? D\u2019un marqueur sociologique o\u00f9 Elon Musk et la caissi\u00e8re du Delhaize seraient les deux faces d\u2019une m\u00eame domination mondiale\u00a0? Mais dont ne participeraient pas les populations h\u00e9riti\u00e8res de la colonisation, vivant pourtant en Occident et b\u00e9n\u00e9ficiant \u00e9galement des fruits des \u00e9changes in\u00e9gaux Nord-Sud\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 moins que la domination occidentale ne doive se lire en termes <i>g\u00e9opolitiques<\/i>\u00a0; porte ouverte \u00e0 tous les errements pseudo-dialectiques\u00a0? Faut-il voir dans l\u2019invasion de l\u2019Ukraine un m\u00e9canisme d\u2019autod\u00e9fense de la Russie face \u00e0 la domination occidentale\u00a0? C\u00e9l\u00e9brer le combat \u00ab\u00a0d\u00e9colonial\u00a0\u00bb des extr\u00e9mistes hindous, des talibans, du r\u00e9gime iranien, etc.\u00a0? Regretter que les Kurdes soient \u00ab\u00a0pass\u00e9s au camp occidental\u00a0\u00bb, en s\u2019appuyant sur l\u2019aide militaire \u00e9tats-unienne\u00a0? Mettre sur un pied \u00e9quivalent Ha\u00efti et la Chine comme repr\u00e9sentants du \u00ab\u00a0reste du monde\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Il est d\u2019ailleurs l\u00e9gitime de se demander si le d\u00e9colonial mesure la vague r\u00e9actionnaire qui s\u2019affirme aussi bien en Occident qu\u2019ailleurs, et qui emprunte, souvent au Sud, la banni\u00e8re de la lutte contre la domination occidentale\u00a0? Ne se montre-t-il pas complaisant face \u00e0 de telles manifestations\u00a0? Et jusqu\u2019\u00e0 quel point est-il arm\u00e9 th\u00e9oriquement pour \u00ab\u00a0faire le tri\u00a0\u00bb et combattre des formes traditionnelles non-occidentales d\u2019oppression\u00a0?<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, faute d\u2019autre crit\u00e8re, au vu de son insistance sur cette dimension et du manque d\u2019analyse politique, la domination occidentale d\u00e9busqu\u00e9e par le d\u00e9colonial tend \u00e0 se concentrer sur le seul plan intellectuel\u00a0: celui de la pens\u00e9e et du discours. La question sociale semble \u00e9cart\u00e9e \u2013 renvoy\u00e9e \u00e0 une critique macro, d\u00e9pass\u00e9e \u2013 ou se confondre avec les rapports sociaux de race. La focalisation sur les cat\u00e9gories intellectuelles, qui organiseraient l\u2019ordre de la domination symbolique et mat\u00e9rielle, est le marqueur des th\u00e9ories d\u00e9coloniales. Leur \u00ab\u00a0radicalit\u00e9\u00a0\u00bb ne revient-elle pas d\u00e8s lors \u00e0 se d\u00e9barrasser des encombrantes questions de repr\u00e9sentations et de m\u00e9diations sociales, ainsi que de la complexit\u00e9 des rapports de pouvoirs\u00a0?<\/p>\n<p>Faiblement arrim\u00e9es aux rapports sociaux, les pens\u00e9es d\u00e9coloniales paraissent d\u00e9river, accapar\u00e9es par un travail de d\u00e9construction de l\u2019ordre du discours, entretenant l\u2019illusion d\u2019une bataille des id\u00e9es d\u00e9coupl\u00e9es des enjeux macrosociaux. D\u2019o\u00f9 un rapport biais\u00e9 au champ th\u00e9orique. Ainsi, et \u00e0 juste titre, les penseurs et penseuses d\u00e9coloniales ont insist\u00e9 sur le fait que la colonisation a d\u2019embl\u00e9e \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e et analys\u00e9e par les colonis\u00e9\u00b7es elles\/eux-m\u00eames, mais aussi par des minorit\u00e9s intellectuelles du Nord. Cependant, le d\u00e9colonial se montre incapable ou peu d\u00e9sireux de situer ces minorit\u00e9s, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019autant de personnalit\u00e9s aussi exceptionnelles qu\u2019isol\u00e9es, et qu\u2019elles n\u2019appartenaient pas \u00e0 un large courant de pens\u00e9es.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la critique de la colonisation fut d\u2019abord et surtout le propre, en Occident (mais aussi, dans une moindre mesure, ailleurs), d\u2019une gauche radicale, qui allait des chr\u00e9tiens aux anarchistes, en passant par les communistes et les socialistes. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme a largement gomm\u00e9 cette m\u00e9moire. Le d\u00e9colonial contribue \u00e0 en effacer les derni\u00e8res traces en coulant ces luttes dans la grande nuit du m\u00e9tar\u00e9cit occidental o\u00f9 tous les chats sont gris.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Le reste du monde (et moi et moi et moi)<\/h3>\n<p>L\u2019une des principales binarit\u00e9s de la pens\u00e9e coloniale est celle du Blanc\/Noir et du civilis\u00e9\/barbare. Loin d\u2019y recourir ou de pr\u00e9tendre retourner cette binarit\u00e9 \u00e0 l\u2019avantage des peuples colonis\u00e9s, les r\u00e9volutionnaires Frantz Fanon et Amilcar Cabral, engag\u00e9s dans les luttes de lib\u00e9ration nationale \u2013 le premier au sein de la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie, le second en Guin\u00e9e-Bissau et au Cap-Vert \u2013 ont, au contraire, cherch\u00e9 \u00e0 en d\u00e9monter les m\u00e9canismes et \u00e0 mettre en \u00e9vidence le d\u00e9r\u00e8glement \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Et ils l\u2019ont fait, notamment, en utilisant des \u00ab\u00a0cat\u00e9gories occidentales\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e telles que les classes sociales et l\u2019\u00e9mancipation. Se faisant, ils en niaient le caract\u00e8re occidental, mettant en \u00e9vidence le fait que ces concepts avaient \u00e9t\u00e9 affect\u00e9, bouscul\u00e9, reconfigur\u00e9 par les exp\u00e9riences et luttes du Sud. Les pr\u00e9tentions d\u00e9coloniales aux analyses de ces deux figures embl\u00e9matiques des luttes anticoloniales sont r\u00e9v\u00e9latrices<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb3\" id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Sur Amilcar Cabral, lire Fr\u00e9d\u00e9ric Thomas, \u00ab Amilcar Cabral : l\u2019anticolonialisme\"  rel=\"footnote\">3<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Si Cabral semble largement ignor\u00e9 ou m\u00e9connu des th\u00e9ories d\u00e9coloniales, il n\u2019en est pas de m\u00eame de Fanon, dont elles se revendiquent souvent. Du moins se r\u00e9clament-elles de l\u2019auteur de <i>Peau noire, masques blancs<\/i> (1952), peu ou pas semble-t-il de celui des <i>Damn\u00e9s de la Terre<\/i> (1961). C\u2019est que ce dernier livre est tout entier accapar\u00e9 par des questions \u00ab\u00a0occidentales\u00a0\u00bb de nationalisme, de territoire et de lib\u00e9ration. Surtout, \u00e0 l\u2019instar de Cabral, Fanon tente de d\u00e9gager une analyse des processus de d\u00e9colonisation en cours en Afrique au prisme des classes sociales.<\/p>\n<p>L\u00e0 r\u00e9side tr\u00e8s certainement l\u2019une des plus importantes diff\u00e9rences entre les \u00e9crits anticoloniaux de ces deux penseurs, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et les \u0153uvres d\u00e9coloniales contemporaines, de l\u2019autre. Ces derni\u00e8res paraissent avoir laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 toute analyse en termes de classes sociales, au profit de la radicalit\u00e9 du combat du reste du monde contre la domination occidentale. \u00c0 l\u2019encontre de tels raccourcis, Fanon et Cabral op\u00e8rent une dissection \u00e0 chaud des dynamiques de la paysannerie, du prol\u00e9tariat des villes et des bourgeoisies et petites bourgeoisies nationales africaines.<\/p>\n<p>Le chapitre \u00ab\u00a0M\u00e9saventures de la conscience nationale\u00a0\u00bb des <i>Damn\u00e9s de la terre<\/i> d\u00e9veloppe une critique radicale des agissements des bourgeoisies locales au lendemain des ind\u00e9pendances<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb4\" id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Toutes les citations de Fanon qui suivent proviennent de ce chapitre.\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">4<\/a>]<\/span>. Dans des pages am\u00e8res de rage et de pr\u00e9monition, Fanon vilipende cette \u00ab\u00a0bourgeoisie inutile et nocive\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sorte de petite caste aux dents longues, avide et vorace, domin\u00e9e par l\u2019esprit gagne-petit\u00a0\u00bb, couvrant \u00ab\u00a0son agressivit\u00e9 de classe \u00e0 accaparer les postes anciennement d\u00e9tenus par les \u00e9trangers\u00a0\u00bb et son impatience \u00e0 h\u00e9riter des passe-droits de la p\u00e9riode coloniale sous le drapeau \u00ab\u00a0de nationalisation des cadres, d\u2019africanisation des cadres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Aid\u00e9e et instrumentalis\u00e9e par la bourgeoisie occidentale, pour laquelle elle va complaisamment, jouer le \u00ab\u00a0r\u00f4le d\u2019agent d\u2019affaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0de g\u00e9rant des entreprises de l\u2019Occident\u00a0\u00bb, cette bourgeoisie africaine se montre incapable de \u00ab\u00a0penser l\u2019ensemble des probl\u00e8mes en fonction de la totalit\u00e9 de la nation\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Branch\u00e9e sur l\u2019Europe\u00a0\u00bb, d\u00e9connect\u00e9e des masses, dont elle se d\u00e9fie de plus en plus, cette bourgeoisie a recours \u00e0 \u00ab\u00a0la solution qui lui semble la plus facile, celle du parti unique\u00a0\u00bb\u00a0; solution doubl\u00e9e souvent de celle du leader unique.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9tr\u00e9cissement des perspectives entra\u00eene une s\u00e9rie de glissements\u00a0: du nationalisme \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019ultra-nationalisme, au chauvinisme, au racisme\u00a0\u00bb. Et la population de calquer son attitude sur celle de ses dirigeants. \u00ab\u00a0Par sa paresse et son mim\u00e9tisme\u00a0\u00bb, \u00e9crit Fanon, la bourgeoisie nationale \u00ab\u00a0favorise l\u2019implantation et le renforcement du racisme qui caract\u00e9risait l\u2019\u00e8re coloniale. Aussi n\u2019est-il pas \u00e9tonnant dans un pays qui se dit africain, d\u2019entendre des r\u00e9flexions rien moins que racistes et de constater l\u2019existence de comportements paternalistes qui laissent l\u2019impression am\u00e8re qu\u2019on se trouve \u00e0 Paris, \u00e0 Bruxelles ou \u00e0 Londres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La spirale du racisme ne cesse de s\u2019\u00e9tendre et de s\u2019approfondir dans le \u00ab\u00a0triomphe exacerb\u00e9 des ethnies\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les comp\u00e9titions religieuses\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0chauvinisme le plus odieux, le plus hargneux\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0\u00e9meutes proprement racistes\u00a0\u00bb qui \u00e9clatent ici ou l\u00e0 contre les Africains non nationaux. Incapable de jouer un quelconque r\u00f4le national, la bourgeoisie se replie sur le parti unique et l\u2019arm\u00e9e \u2013 encadr\u00e9e et form\u00e9e bien souvent par l\u2019ancien colonisateur \u2013, pour contr\u00f4ler le peuple, se complait dans sa fonction d\u2019interm\u00e9diaire aupr\u00e8s de la bourgeoisie europ\u00e9enne, et se retranche derri\u00e8re son leader et\/ou son ethnie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le parti dit national se comporte en parti ethnique\u00a0\u00bb \u00e9crit Fanon. Et ce dernier de poursuivre\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous assistons non plus \u00e0 une dictature bourgeoise mais \u00e0 une dictature tribale. Les ministres, les chefs de cabinets, les ambassadeurs, les pr\u00e9fets sont choisis dans l\u2019ethnie du leader, quelquefois m\u00eame directement dans sa famille. Ces r\u00e9gimes de type familial semblent reprendre les vieilles lois de l\u2019endogamie et on \u00e9prouve non de la col\u00e8re mais de la honte en face de cette b\u00eatise, de cette imposture, de cette mis\u00e8re intellectuelle et spirituelle. Ces chefs de gouvernement sont les v\u00e9ritables tra\u00eetres \u00e0 l\u2019Afrique car ils la vendent au plus terrible de ses ennemis\u00a0: la b\u00eatise. Cette tribalisation du pouvoir entra\u00eene on s\u2019en doute l\u2019esprit r\u00e9gionaliste, le s\u00e9paratisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, Fanon estime que le peuple doit barrer la route \u00e0 cette bourgeoisie nationale qui, faute de moyens \u00e9conomiques et d\u2019id\u00e9es, caricature les traits n\u00e9gatifs de sa cons\u0153ur europ\u00e9enne et constitue une impasse plut\u00f4t qu\u2019un tremplin dans la lib\u00e9ration nationale. Par ailleurs, loin d\u2019\u00e9riger en bloc, pour mieux les opposer, Occident et Afrique, il op\u00e8re des coupes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chacun des espaces et des rapprochements entre eux. La bourgeoisie nationale africaine est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la bourgeoisie europ\u00e9enne, tandis que les appels \u00e0 la lib\u00e9ration nationale et \u00e0 l\u2019unit\u00e9 africaine se retournent parfois en chauvinisme, en racisme et en une \u00ab\u00a0tribalisation du pouvoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Notons enfin que la trahison des dirigeants africains n\u2019est pas d\u2019avoir tourn\u00e9 le dos \u00e0 leur \u00ab\u00a0essence\u00a0\u00bb, \u00e0 leur \u00ab\u00a0africanit\u00e9 naturelle\u00a0\u00bb, mais bien d\u2019avoir c\u00e9der au pouvoir de la b\u00eatise qui est aussi et surtout la b\u00eatise du pouvoir\u00a0; d\u2019avoir chass\u00e9 le colon pour prendre sa place et reprendre \u00e0 son compte ses dispositifs d\u2019exploitation et de contr\u00f4le, au premier rang desquels le contr\u00f4le du peuple.<\/p>\n<p>Si Fanon concentre l\u2019essentiel de ses attaques envers la bourgeoisie, Cabral cible prioritairement la petite bourgeoisie. Ces divergences rel\u00e8vent tout autant sinon plus de leurs exp\u00e9riences concr\u00e8tes \u2013 celle des \u00c9tats africains nouvellement ind\u00e9pendants au tournant des ann\u00e9es 1960 pour Fanon\u00a0; celle, une d\u00e9cennie plus tard, de la deuxi\u00e8me phase de la d\u00e9colonisation africaine pour Cabral \u2013 que d\u2019approches th\u00e9oriques distinctes. De plus, leurs analyses convergent dans une critique de la culture.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Une critique de la culture<\/h3>\n<p>Aussi bien Frantz Fanon qu\u2019Amilcar Cabral n\u2019envisagent pas la culture comme une forme objective et statique, essentialis\u00e9e, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la lutte en cours. Au contraire m\u00eame, c\u2019est principalement dans et \u00e0 partir de cette lutte qu\u2019elle se d\u00e9finit &#8211; et ne cesse de se red\u00e9finir. Or, cet enjeu se d\u00e9cline diff\u00e9remment selon les positionnements des acteurs et actrices dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines, tout en \u00e9tant constamment instrumentalis\u00e9 par le pouvoir colonial. Ainsi, dans sa strat\u00e9gie \u00ab\u00a0d\u2019approfondissement des divisions au sein de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, le colonisateur \u00ab\u00a0qui r\u00e9prime ou inhibe, \u00e0 la base, les manifestations culturelles significatives de la part des masses populaires, appuie et prot\u00e8ge, au sommet, le prestige et l\u2019influence culturelle de la classe dirigeante\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb5\" id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Lib\u00e9ration nationale et culture \u00bb (f\u00e9vrier 1970), Unit\u00e9 et\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">5<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Les colonis\u00e9\u00b7es ne font donc pas face, dans le temps et l\u2019espace social, aux m\u00eames instrumentalisations de la culture, m\u00eame si, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, comme le note Cabral, sous la pression de \u00ab\u00a0la domination politique, l\u2019exploitation \u00e9conomique et la r\u00e9pression culturelle\u00a0\u00bb, s\u2019op\u00e8re \u00ab\u00a0une \u2018cristallisation\u2019 de la culture et une \u2018surestimation\u2019 de l\u2019identit\u00e9 de la part des groupes domin\u00e9s\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb6\" id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Le r\u00f4le de la culture dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance \u00bb,\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">6<\/a>]<\/span>. Et la forme que prend cette cristallisation et surestimation est, d\u2019apr\u00e8s Fanon, celle d\u2019une \u00ab\u00a0racialisation de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb, dont \u00ab\u00a0les grands responsables (\u2026) sont et demeurent les Europ\u00e9ens qui n\u2019ont pas cess\u00e9 d\u2019opposer la culture blanche aux autres incultures\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb7\" id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Frantz Fanon, Ibidem, pages 257-258.\"  rel=\"footnote\">7<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Il n\u2019est d\u00e8s lors pas \u00e9tonnant qu\u2019au sein de la lutte anticoloniale, s\u2019affirme, dans un premier temps, l\u2019exaltation racialis\u00e9e des ph\u00e9nom\u00e8nes culturels autochtones. Encore cette r\u00e9action ne dure-t-elle qu\u2019un temps \u2013 la prise de conscience qu\u2019elle conduit \u00e0 un cul-de-sac est rapide \u2013 et demeure principalement l\u2019apanage des intellectuel\u00b7les et de la petite bourgeoisie. Dans des pages brillantes, Fanon a mis en lumi\u00e8re la dialectique contradictoire de cristallisation et de surestimation culturelles par l\u2019intellectuel colonis\u00e9 qui, cherchant \u00e0 \u00e9chapper \u00ab\u00a0\u00e0 la supr\u00e9matie de la culture blanche\u00a0\u00bb, est amen\u00e9 \u00e0 dresser un culte aux traditions afin de se fondre dans le peuple.<\/p>\n<p>Mais, \u00ab\u00a0la culture vers laquelle se penche l\u2019intellectuel n\u2019est tr\u00e8s souvent qu\u2019un stock de particularismes. Voulant coller au peuple, il colle au rev\u00eatement visible\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb8\" id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Frantz Fanon, Ibidem, pages 262-269.\"  rel=\"footnote\">8<\/a>]<\/span>, sans appr\u00e9hender les transformations souterraines \u00e0 l\u2019\u0153uvre et les changements de significations des traditions qui s\u2019op\u00e8rent dans la lutte de lib\u00e9ration nationale. Confin\u00e9 \u00e0 la surface des choses, tourn\u00e9 davantage vers le pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9 que vers les bouleversements de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente, l\u2019intellectuel\u00b7le risque fort de s\u2019en tenir \u00e0 quelques formules st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es qui fleurent l\u2019exotisme, voire l\u2019essentialisme.<\/p>\n<p>Cette attitude, Cabral, dans une perspective marxiste, l\u2019attribue \u00e0 une frange sociale\u00a0: la petite bourgeoisie. Tant au sein du continent africain que dans les \u00ab\u00a0diasporas implant\u00e9es dans la m\u00e9tropole colonialiste\u00a0\u00bb, cette petite bourgeoisie vit un \u00ab\u00a0drame socio-culturel\u00a0\u00bb, en raison de son positionnement contradictoire et marginal. D\u2019o\u00f9 sa frustration et son \u00ab\u00a0besoin pressant (\u2026) de contester sa marginalit\u00e9 et de se d\u00e9couvrir une identit\u00e9\u00a0\u00bb. Et cette identit\u00e9, elle va la construire en mettant en avant la question du \u00ab\u00a0retour aux sources\u00a0\u00bb et son identification avec le peuple domin\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, cette identification est probl\u00e9matique, dans la mesure o\u00f9, toujours selon Cabral, les masses populaires \u00ab\u00a0n\u2019ont aucun besoin d\u2019affirmer ou de r\u00e9affirmer leur identit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; cette question ne se pose pas pour elle, mais bien pour la petite bourgeoisie afin de \u00ab\u00a0r\u00e9soudre le conflit socio-culturel dans lequel elle se d\u00e9bat\u00a0\u00bb et de sortir de sa marginalit\u00e9 pour recouvrer \u00ab\u00a0un sentiment de dignit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il convient, d\u00e8s lors, de se demander dans quelle mesure l\u2019analyse critique faite par Cabral de la petite bourgeoisie de la diaspora pourrait s\u2019appliquer aux th\u00e9oricien\u00b7nes d\u00e9coloniaux\u00b7ales. Leur attitude ne rel\u00e8ve-t-elle pas des contradictions et frustrations d\u2019une classe marginalis\u00e9e, surrepr\u00e9sent\u00e9e dans les sph\u00e8res intellectuels \u2013 universit\u00e9s, milieux artistiques, travail intellectuel \u2013, cherchant \u00e0 r\u00e9affirmer sa dignit\u00e9 en surinvestissant les ph\u00e9nom\u00e8nes identitaires et culturels et en s\u2019identifiant au peuple domin\u00e9, au risque d\u2019\u00e9riger certains faits partiels en \u00e9l\u00e9ments significatifs, pr\u00e9tendument caract\u00e9ristiques d\u2019une culture, voire d\u2019une \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Le surinvestissement d\u00e9colonial dans les champs du discours, de la pens\u00e9e et du symbolique, et son \u00e9loignement sym\u00e9trique de la question sociale ne correspondent-ils pas \u2013 partiellement au moins \u2013 au positionnement marginal et interm\u00e9diaire de ces intellectuel\u00b7les au sein des rapports sociaux de classe\u00a0? Ainsi qu\u2019\u00e0 une mani\u00e8re de vouloir sortir par le haut (id\u00e9alis\u00e9) de ses contradictions\u00a0? La litt\u00e9rature d\u00e9coloniale \u2013 celle en tous les cas qui est la plus diffus\u00e9e \u2013 est, en effet, surtout le fait de penseurs et (moins) de penseuses issues des universit\u00e9s anglo-saxonnes les plus occidentales et les plus modernes, sinon les plus n\u00e9olib\u00e9rales.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le rejet de la domination occidentale sur le reste du monde permet une radicalit\u00e9 \u00e0 bon compte, qui s\u2019en tient \u00e0 la th\u00e9orisation d\u2019un antagonisme homog\u00e8ne et global, dispensant d\u2019une analyse th\u00e9orique situ\u00e9e et complexe, en maintenant hors-champ le \u00ab\u00a0lieu d\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb (pour reprendre le concept d\u00e9colonial de \u00ab\u00a0l\u2019ancrage g\u00e9ohistorique\u00a0\u00bb de toute connaissance) institutionnel et social de cette critique. Est donc ici emprunt\u00e9 le chemin inverse de l\u2019anticolonialisme. Celui-ci se situe toujours dans la mat\u00e9rialit\u00e9 d\u2019espaces nationaux et territoriaux, alors que ces espaces, dans les th\u00e9ories d\u00e9coloniales, sont d\u00e9territorialis\u00e9s au profit de l\u2019opposition binaire \u00ab\u00a0domination occidentale\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0reste du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019engagement de Fanon et de Cabral ou, \u00e0 tout le moins, leur empathie pour le panafricanisme et la n\u00e9gritude, ne les a pas emp\u00each\u00e9s de rejeter l\u2019id\u00e9e d\u2019une culture africaine ou d\u2019une culture noire, qui ferait pendant \u00e0 la culture dominante occidentale ou \u00ab\u00a0blanche\u00a0\u00bb. Ils ont mis en avant l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du champ culturel, satur\u00e9 de luttes et d\u2019histoire, travers\u00e9 par l\u2019action conflictuelle de classes sociales<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb9\" id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Dans une logique marxiste, Cabral affirme la \u00ab liaison intime, de d\u00e9pendance\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">9<\/a>]<\/span> et configur\u00e9 territorialement.<\/p>\n<p>Tandis que Cabral se refuse \u00e0 fondre dans un m\u00eame ensemble les dynamiques des diasporas et les mouvements sociaux en Afrique, Fanon d\u00e9crit la prise de conscience par laquelle, les Noir\u00b7es \u00e9tats-unien\u00b7nes se rendirent compte qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas confront\u00e9\u00b7es aux m\u00eames probl\u00e8mes que les Noir\u00b7es africain\u00b7es, et qu\u2019ils ne se ressemblaient \u00ab\u00a0que dans l\u2019exacte mesure o\u00f9 ils se d\u00e9finissaient tous par rapport aux Blancs\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb10\" id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Frantz Fanon, Ibidem, page 261.\"  rel=\"footnote\">10<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>De m\u00eame que \u00ab\u00a0du point de vue \u00e9conomique et politique, on constate l\u2019existence de plusieurs Afrique, il y a aussi plusieurs cultures africaines\u00a0\u00bb \u00e9crit Cabral. De plus, affirme-t-il, la culture est \u00ab\u00a0une source in\u00e9puisable de courage, de ressources mat\u00e9rielles et morales, (\u2026) mais aussi, par certains aspects, d\u2019obstacles et de difficult\u00e9s, de conceptions erron\u00e9es\u00a0\u00bb, prescrivant d\u00e8s lors \u00ab\u00a0une analyse objective\u00a0\u00bb refusant \u00e0 la fois \u00ab\u00a0la liaison absurde des cr\u00e9ations artistiques (\u2026) \u00e0 de pr\u00e9tendues caract\u00e9ristiques d\u2019une race\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019acceptation aveugle des valeurs culturelles sans tenir compte de ce qu\u2019elles peuvent avoir de n\u00e9gatif, r\u00e9actionnaire ou r\u00e9gressif\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb11\" id=\"nh11\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Lib\u00e9ration nationale et culture \u00bb (f\u00e9vrier 1970), Op. cit,\u00a0(...)\"  rel=\"footnote\">11<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Si Fanon et Cabral opposent, dans un premier temps, la culture colonis\u00e9e et la culture du pouvoir colonial, ils n\u2019en continuent pas moins le travail de coupes, en montrant les tensions et contradictions, les liens et passerelles, les sp\u00e9cificit\u00e9s et conflits au sein de et entre chaque culture. Par l\u00e0-m\u00eame, ils op\u00e8rent un double mouvement de d\u00e9montage\u00a0; de la culture africaine, alg\u00e9rienne, bissau-guin\u00e9enne, etc., comme un bloc, et de son id\u00e9alisation, de sa valorisation aveugle en tant que culture \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb et r\u00e9sistante. De mani\u00e8re convergente, les deux hommes inscrivent d\u00e8s lors les valeurs culturelles dans une lutte commune pour l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aussi, ce qui importe, \u00e9crit Amilcar Cabral, ce n\u2019est pas de perdre son temps dans des discussions plus ou moins byzantines sur la sp\u00e9cificit\u00e9 ou la non-sp\u00e9cificit\u00e9 des valeurs culturelles africaines, mais d\u2019envisager ces valeurs comme une conqu\u00eate d\u2019une partie de l\u2019humanit\u00e9 pour le patrimoine commun \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, r\u00e9alis\u00e9e dans une ou plusieurs phases de son \u00e9volution. Ce qui importe, c\u2019est de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019analyse critique des cultures africaines face au mouvement de lib\u00e9ration et aux exigences du progr\u00e8s\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb12\" id=\"nh12\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, Ibidem, pages 329-330.\"  rel=\"footnote\">12<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Frantz Fanon affirme\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Imaginer qu\u2019on fera de la culture noire, c\u2019est oublier singuli\u00e8rement que les n\u00e8gres sont en train de dispara\u00eetre, ceux qui les ont cr\u00e9\u00e9s \u00e9tant en train d\u2019assister \u00e0 la dissolution de leur supr\u00e9matie \u00e9conomique et culturelle. Il n\u2019y aura pas de culture noire parce qu\u2019aucun homme politique ne s\u2019imagine avoir vocation de donner naissance \u00e0 des R\u00e9publiques noires. Le probl\u00e8me est de savoir la place que ces hommes ont l\u2019intention de r\u00e9server \u00e0 leur peuple, le type de relations sociales qu\u2019ils d\u00e9cident d\u2019instaurer, la conception qu\u2019ils se font de l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est cela qui compte. Tout le reste est litt\u00e9rature et mystification\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nb13\" id=\"nh13\" class=\"spip_note\" title=\"Frantz Fanon, Ibidem, page 282.\"  rel=\"footnote\">13<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Politique de l\u2019engagement<\/h3>\n<p>La pr\u00e9tention d\u00e9coloniale de d\u00e9passer l\u2019anticolonialisme revient \u00e0 vouloir \u00ab\u00a0d\u00e9coloniser\u00a0\u00bb Amilcar Cabral, Frantz Fanon et les autres, encore trop empreints de la colonialit\u00e9 des savoirs, s\u2019en tenant \u00e0 la surface mat\u00e9rielle des choses, incapables qu\u2019ils seraient \u2013 les pauvres \u2013 de \u00ab\u00a0d\u00e9busquer l\u2019ordre du discours\u00a0\u00bb, de s\u2019arracher \u00e0 la pens\u00e9e occidentale. Cette pr\u00e9tention est d\u2019autant plus probl\u00e9matique qu\u2019elle provient de th\u00e9oricien\u00b7nes inscrit\u00b7es, dans leur majorit\u00e9, dans des circuits intellectuels du Nord, dont les liens (autoproclam\u00e9s) avec les luttes du Sud ne sont gu\u00e8re \u00e9vidents, et qu\u2019elle vise des personnes qui \u00e9taient engag\u00e9es, elles, dans des luttes anticoloniales de grande ampleur.<\/p>\n<p>Certes, l\u2019engagement de Fanon et de Cabral ne garantit pas la valeur et la pertinence de leurs pens\u00e9es. Pas plus qu\u2019il n\u2019interdit d\u2019en critiquer les contradictions, zones d\u2019ombre et faiblesses. Mais, il invite du moins \u00e0 une certaine humilit\u00e9. Et \u00e0 les \u00e9tudier au prisme des luttes pass\u00e9es et actuelles. Or, force est de constater que les th\u00e9ories d\u00e9coloniales sont inop\u00e9rantes pour appr\u00e9hender (et plus encore pour y contribuer) les r\u00e9volutions arabes et les soul\u00e8vements qui ont secou\u00e9s l\u2019Alg\u00e9rie et le Soudan, pour ne prendre que ces quelques exemples africains contemporains.<\/p>\n<p>Loin de \u00ab\u00a0d\u00e9passer\u00a0\u00bb les analyses de Fanon et Cabral, les pens\u00e9es d\u00e9coloniales les recodifient, en ignorant ou en \u00e9vacuant les aspects les plus saillants \u2013 les plus radicaux et les plus actuels aussi \u2013 de leurs \u00e9crits. Ceux-ci nous donnent des armes pour penser le monde et le transformer. Il ne s\u2019agit en cons\u00e9quence ni de les sous-estimer ni de les reprendre tels quels\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire sans acter leur faiblesse et partialit\u00e9 \u2013 notamment par rapport aux f\u00e9minismes et \u00e0 l\u2019\u00e9cologie \u2013 et sans reconna\u00eetre ce qui a chang\u00e9 au cours du dernier demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu principal est d\u2019interroger les conditions d\u2019une actualisation des analyses critiques anticoloniales \u2013 dont celles de Frantz Fanon et d\u2019Amilcar Cabral furent parmi les plus lucides \u2013 de la culture, des rapports Nord-Sud, des luttes contre le pouvoir colonial, etc., en critiquant ou en se d\u00e9gageant de notions probl\u00e9matiques telles que \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sous-d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, et en reprenant \u00e0 notre compte la focale mise sur l\u2019humanit\u00e9 et leur soif d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3 class=\"spip\">Notes:<\/h3>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\"  rev=\"footnote\">1<\/a>]\u00a0<\/span>La Direction g\u00e9n\u00e9rale Coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement et Aide humanitaire (DGD) de Belgique.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\"  rev=\"footnote\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Aymar N. Bisoka, David Jamar, David Mwambari, Sara Geenen, Emery M.\u00a0Mudinga, C\u00e9cile Giraud, Fiona Nziza, V\u00e9ronique Clette-Gakuba, <i>D\u00e9coloniser la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement par les marges. Synth\u00e8se<\/i> (avril 2022), Projet PSR\u00a0: Pistes pour la d\u00e9colonisation de la coop\u00e9ration belge au d\u00e9veloppement (DBDC). Sauf mentions contraires, tous les extraits proviennent de ce rapport.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\"  rev=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Sur Amilcar Cabral, lire Fr\u00e9d\u00e9ric Thomas, \u00ab\u00a0<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme\" >Amilcar Cabral\u00a0: l\u2019anticolonialisme comme \u2018patrimoine commun \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u2019<\/a>\u00a0\u00bb, <i>Cetri<\/i>, 20 janvier 2023, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme\" class=\"spip_url auto\"  rel=\"nofollow\">https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\"  rev=\"footnote\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Toutes les citations de Fanon qui suivent proviennent de ce chapitre. Fanon, <i>Les damn\u00e9s de la terre<\/i>, Paris, Gallimard, 1991, pages 187-248.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\"  rev=\"footnote\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration nationale et culture\u00a0\u00bb (f\u00e9vrier 1970), <i>Unit\u00e9 et lutte I. L\u2019arme de la th\u00e9orie<\/i>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1975, pages 323-324.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\"  rev=\"footnote\">6<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de la culture dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb, 1972, <i>Op. cit.<\/i>, page 347. Sauf mentions contraires, toutes les citations de Cabral proviennent de ce texte (pages 336-357).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\"  rev=\"footnote\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Frantz Fanon, <i>Ibidem<\/i>, pages 257-258.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\"  rev=\"footnote\">8<\/a>]\u00a0<\/span>Frantz Fanon, <i>Ibidem<\/i>, pages 262-269.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\"  rev=\"footnote\">9<\/a>]\u00a0<\/span>Dans une logique marxiste, Cabral affirme la \u00ab\u00a0liaison intime, de d\u00e9pendance et de r\u00e9ciprocit\u00e9, existant entre le fait culturel et le fait \u00e9conomique (et politique)\u00a0\u00bb, <i>Op. cit.<\/i>, page 319.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\"  rev=\"footnote\">10<\/a>]\u00a0<\/span>Frantz Fanon, <i>Ibidem<\/i>, page 261.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb11\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh11\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 11\"  rev=\"footnote\">11<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration nationale et culture\u00a0\u00bb (f\u00e9vrier 1970), <i>Op. cit<\/i>, page 329.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb12\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh12\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 12\"  rev=\"footnote\">12<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, <i>Ibidem<\/i>, pages 329-330.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb13\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr#nh13\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 13\"  rev=\"footnote\">13<\/a>]\u00a0<\/span>Frantz Fanon, <i>Ibidem<\/i>, page 282.<\/p>\n<p>__________________________________________________<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Fr\u00e9d\u00e9ric-Thomas-e1519983453397.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-107054\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Fr\u00e9d\u00e9ric-Thomas-e1519983453397.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"72\" \/><\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/_Frederic-Thomas_\" ><em>Fr\u00e9d\u00e9ric Thomas<\/em><\/a><em> &#8211; Docteur en science politique, charg\u00e9 d\u2019\u00e9tude au<\/em> CETRI.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"nb13\">\n<p><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Frantz-Fanon-et-Amilcar-Cabral?lang=fr\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>13 juin 2023 &#8211; Les th\u00e9ories d\u00e9coloniales pr\u00e9tendent d\u00e9passer l\u2019anticolonialisme. Mais, plut\u00f4t que d\u2019un d\u00e9passement, il s\u2019agit d\u2019un recodage de pens\u00e9es \u2013 dont celles de Frantz Fanon et d\u2019Amilcar Cabral \u2013 autrement plus complexes, radicales et actuelles.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":237799,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[237,3081,532,405,2187,433,1675,1936,260,642,1303,647],"class_list":["post-237797","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-original-languages","tag-africa","tag-amilcar-cabral","tag-colonialism","tag-colonization","tag-decolonization","tag-europe","tag-france","tag-frantz-fanon","tag-history","tag-literature","tag-portugal","tag-slavery"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=237797"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237797\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":237801,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237797\/revisions\/237801"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media\/237799"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=237797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=237797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=237797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}