{"id":2878,"date":"2009-10-03T00:00:00","date_gmt":"2009-10-03T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/wordpress\/2009\/10\/french-amerique-latine-gauches-sociale-et-politique-orpheline-d%e2%80%99une-strategie\/"},"modified":"2009-10-03T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-03T00:00:00","slug":"french-amerique-latine-gauches-sociale-et-politique-orpheline-d%e2%80%99une-strategie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2009\/10\/french-amerique-latine-gauches-sociale-et-politique-orpheline-d%e2%80%99une-strategie\/","title":{"rendered":"(FRENCH)  AM\u00c9RIQUE LATINE &#8211; GAUCHES SOCIALE ET POLITIQUE: ORPHELINE D\u2019UNE STRAT\u00c9GIE"},"content":{"rendered":"<p>Il manque encore &agrave; l&rsquo;Am&eacute;rique latine, continent de r&eacute;volutions et de contre-r&eacute;volutions, une pens&eacute;e strat&eacute;gique capable d&rsquo;orienter des processus politiques riches et diversifi&eacute;s, et qui soit &agrave; la hauteur des d&eacute;fis &agrave; relever. Malgr&eacute; une forte capacit&eacute; analytique, d&rsquo;importants processus de transformation et des dirigeants r&eacute;volutionnaires embl&eacute;matiques, le continent n&rsquo;a pas produit la th&eacute;orie de sa propre pratique.<\/p>\n<p>Les trois strat&eacute;gies historiques de la gauche ont pu compter sur des forces &agrave; la direction vigoureuse &ndash; partis socialistes et communistes, mouvements nationalistes, groupes de gu&eacute;rilla &ndash; et ont men&eacute; des exp&eacute;riences de profonde signification politique : la R&eacute;volution cubaine, le gouvernement d&rsquo;Allende, la victoire sandiniste, les gouvernements post-n&eacute;olib&eacute;raux au Venezuela, en Bolivie et en Equateur, la construction de pouvoirs locaux comme au Chiapas, et les pratiques de budgets participatifs, dont la plus importante eut lieu &agrave; Porto Alegre. <\/p>\n<p>Cependant, il n&rsquo;existe pas de grande synth&egrave;se strat&eacute;gique qui nous permette d&rsquo;utiliser les bilans de chacune de ces strat&eacute;gies, ni un ensemble de r&eacute;flexions qui puisse favoriser la formulation de nouvelles propositions.<\/p>\n<p>Le fait m&ecirc;me que ces trois strat&eacute;gies aient &eacute;t&eacute; d&eacute;velopp&eacute;es par des forces politiques distinctes a emp&ecirc;ch&eacute; la formation de processus communs d&rsquo;accumulation, de r&eacute;flexion et de synth&egrave;se. Tant que les partis communistes eurent une existence r&eacute;ellement concr&egrave;te, ils promurent des processus de r&eacute;flexion sur leurs propres pratiques. Tant qu&rsquo;elle exista, la OLAS (Organisation Latino-am&eacute;ricaine de Solidarit&eacute;) fit de m&ecirc;me pour les processus de lutte arm&eacute;e. <\/p>\n<p>Les mouvements nationalistes, au contraire, n&rsquo;&eacute;tablirent pas suffisamment d&rsquo;&eacute;changes entre eux pour susciter un ph&eacute;nom&egrave;ne similaire. Aujourd&rsquo;hui, les nouvelles pratiques ne stimulent pas l&rsquo;&eacute;laboration th&eacute;orique ni la probl&eacute;matisation critique des nouvelles r&eacute;alit&eacute;s.<\/p>\n<p>Les strat&eacute;gies adopt&eacute;es sur le continent, surtout dans les premiers temps, souffrirent du poids des liens internationaux de la gauche latino-am&eacute;ricaine avec les partis communistes en particulier, mais aussi avec les sociaux-d&eacute;mocrates. On peut prendre l&rsquo;exemple de la ligne de &quot;classe contre classe&quot;, mise en place dans la seconde moiti&eacute; des ann&eacute;es vingt. <\/p>\n<p>Celle-ci rendit difficile la compr&eacute;hension des formes politiques concr&egrave;tes de r&eacute;ponse &agrave; la crise de 1929 &ndash; le gouvernement de Get&uacute;lio Vargas &eacute;tant l&rsquo;une des exceptions, avec l&rsquo;&eacute;ph&eacute;m&egrave;re gouvernement socialiste chilien de douze jours et des manifestations similaires &agrave; Cuba. Or, cette ligne de &quot;classe contre classe&quot; fut une importation directe de la crise d&rsquo;isolement de l&rsquo;Union Sovi&eacute;tique face aux gouvernements d&rsquo;Europe occidentale, et non une situation n&eacute;e des conditions concr&egrave;tes du continent am&eacute;ricain.<\/p>\n<p>Les mobilisations men&eacute;es par Farabundo Mart&iacute; et par Augusto Sandino naquirent de conditions concr&egrave;tes de r&eacute;sistance contre l&rsquo;occupation am&eacute;ricaine et furent l&rsquo;expression de formes directes de nationalisme anti-imp&eacute;rialiste. Les processus d&rsquo;industrialisation en Argentine, au Br&eacute;sil et au Mexique surgirent en r&eacute;ponse &agrave; la crise de 1929. Elles ne s&rsquo;appuy&egrave;rent pas, au moins au d&eacute;part, sur des strat&eacute;gies articul&eacute;es. <\/p>\n<p>La Commission Economique por l&rsquo;Am&eacute;rique latine et les Cara&iuml;bes (CEPAL) se mit &agrave; th&eacute;oriser les situations lorsque, au d&eacute;but de la seconde p&eacute;riode d&rsquo;apr&egrave;s-guerre d&eacute;j&agrave;, elle commen&ccedil;ait &agrave; envisager la th&eacute;orie de l&rsquo;industrialisation par substitution aux importations &ndash; et encore s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une strat&eacute;gie &eacute;conomique. La r&eacute;volution bolivienne de 1952 n&rsquo;&eacute;labora pas non plus de ligne d&rsquo;action strat&eacute;gique propre, et ne fit que mettre en pratique certaines revendications, comme l&rsquo;universalisation du vote, la r&eacute;forme agraire et la nationalisation des mines.<\/p>\n<p>Ainsi, ni le nationalisme ni le r&eacute;formisme traditionnel n&rsquo;appuy&egrave;rent leur action sur des strat&eacute;gies ; ils ne firent que r&eacute;pondre &agrave; des demandes &eacute;conomiques, sociales et politiques. Quand l&rsquo;Internationale Communiste d&eacute;finit sa position de Fronts Antifascistes, en 1935, l&rsquo;application de la nouvelle orientation co&iuml;ncida avec les conditions concr&egrave;tes v&eacute;cues par les pays de la r&eacute;gion. <\/p>\n<p>Si la ligne de &quot;classe contre classe&quot; &eacute;tait une r&eacute;ponse aux conditions particuli&egrave;res de l&rsquo;Union Sovi&eacute;tique, la nouvelle orientation r&eacute;pondait &agrave; l&rsquo;expansion des r&eacute;gimes fascistes en Europe. Ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre ne prenaient en compte les conditions de l&rsquo;Am&eacute;rique latine, assimil&eacute;e &agrave; une p&eacute;riph&eacute;rie coloniale, sans identit&eacute; particuli&egrave;re.<\/p>\n<p>Cette inad&eacute;quation eut plusieurs effets concrets. Le mouvement men&eacute; par Lu&iacute;s Carlos Prestes en 1935 resta &agrave; cheval entre deux lignes : d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, il organisait un soul&egrave;vement centr&eacute; sur les lieutenants ; d&rsquo;un autre, il ne pr&ocirc;nait pas un gouvernement ouvrier et paysan mais un front de lib&eacute;ration national, en r&eacute;ponse &agrave; la ligne plus ample de l&rsquo;Internationale Communiste. <\/p>\n<p>La forme de lutte correspondait &agrave; la ligne radicale de &quot;classe contre classe&quot;, et l&rsquo;objectif politique, au front d&eacute;mocratique. Le r&eacute;sultat fut que le mouvement s&rsquo;isola de la &quot;R&eacute;volution de 1930&quot; dirig&eacute;e par Get&uacute;lio Vargas, de caract&egrave;re nationaliste et populaire.<\/p>\n<p>Le Front Populaire chilien importa l&rsquo;&eacute;tiquette &quot;anti-fasciste&quot; sans que le fascisme se soit &eacute;tendu au continent. Le fascisme europ&eacute;en fut transpos&eacute; m&eacute;caniquement sur l&rsquo;Am&eacute;rique latine, avec toutes les erreurs possibles que cela put entra&icirc;ner. En Europe, le fascisme s&rsquo;identifia au nationalisme et &agrave; l&rsquo;anti-lib&eacute;ralisme, sans aucune significaton anti-imp&eacute;rialiste. <\/p>\n<p>Le nationalisme europ&eacute;en fut marqu&eacute; par le chauvinisme, par la pr&eacute;tendue sup&eacute;riorit&eacute; d&rsquo;un Etat national sur les autres, et par l&rsquo;anti-lib&eacute;ralisme, y compris contre la d&eacute;mocratie lib&eacute;rale. La bourgeoisie ascendante assuma l&rsquo;id&eacute;ologie lib&eacute;rale comme un instrument pour lib&eacute;rer la libre-circulation du capital de ses limites f&eacute;odales.<\/p>\n<p>En Am&eacute;rique latine, le nationalisme reproduisit l&rsquo;anti-lib&eacute;ralisme politique et &eacute;conomique, mais il adopta une position anti-imp&eacute;rialiste, du fait de la localisation m&ecirc;me de la r&eacute;gion &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie &ndash; des Etats-Unis, dans notre cas, ce qui nous situa dans le champ de la gauche. <\/p>\n<p>Cependant, la transposition m&eacute;canique des sch&eacute;mas europ&eacute;ens conduisit certains partis communistes de l&rsquo;&eacute;poque (au Br&eacute;sil et en Argentine, par exemple) &agrave; caract&eacute;riser &agrave; certains moments Juan Domingo Per&oacute;n et Get&uacute;lio Vargas de reproducteurs du fascisme en Am&eacute;rique latine. Pour cette raison, ils furent identifi&eacute;s comme les plus f&eacute;roces adversaires &agrave; combattre. <\/p>\n<p>Ainsi, le Parti Communiste argentin,lors des &eacute;lections de 1945, s&rsquo;allia contre Per&oacute;n non seulement avec le candidat lib&eacute;ral du Parti Radical, mais aussi avec l&rsquo;Eglise et l&rsquo;ambassade des Etats-Unis, appliquant l&rsquo;id&eacute;e selon laquelle toute alliance contre le plus grand ennemi, le fascisme, &eacute;tait valide.<\/p>\n<p>La plus grande confusion ne se produisit pas seulement en relation avec le nationalisme, mais aussi avec le lib&eacute;ralisme qui fut en Europe l&rsquo;id&eacute;ologie de la bourgeoisie ascendante, alors qu&rsquo;en Am&eacute;rique latine les politiques de libre-commerce du lib&eacute;ralisme &eacute;tait le patrimoine des oligarchies primo-exportatrices. Ici, le nationalisme n&rsquo;est pas le seul &agrave; avoir le feu vert ; le lib&eacute;ralisme aussi.<\/p>\n<p>Ce fut ce ph&eacute;nom&egrave;ne qui dissocia questions sociales et questions d&eacute;mocratiques, et qui fit que les questions sociales furent prises en charge par le nationalisme, au d&eacute;triment des questions d&eacute;mocratiques.<\/p>\n<p>Le lib&eacute;ralisme s&rsquo;effor&ccedil;a toujours de s&rsquo;approprier la question d&eacute;mocratique, et accusa les gouvernements nationalistes d&rsquo;&ecirc;tre autoritaires et dictatoriaux, tandis que ceux-ci accusaient les lib&eacute;raux de gouverner pour les riches et de n&rsquo;avoir aucune sensibilit&eacute; sociale, revendiquant pour leur compte la d&eacute;fense des masses pauvres de la population.<\/p>\n<p>Seule une analyse concr&egrave;te des situations concr&egrave;tes aurait permis de s&rsquo;approprier les conditions historiques sp&eacute;cifiques du continent et de chaque pays. Des analyses comme celles du P&eacute;ruvien Jos&eacute; Carlos Mari&aacute;tegui, du Cubain Julio Antonio Mella, du Chilien Luis Emilio Recabarren et du Br&eacute;silien Caio Prado Jr., parmi d&rsquo;autres : autant d&rsquo;analyses autonomes que les directions des partis communistes auxquels leurs auteurs appartenaient ne prirent pas en compte. <\/p>\n<p>Au contraire, ce furent les id&eacute;es de l&rsquo;Internationale Communiste qui furent pr&eacute;dominantes, et qui contribu&egrave;rent &agrave; mettre en difficult&eacute; l&rsquo;implantation des partis communistes dans ces pays.<\/p>\n<p>Quand le nationalisme fut assum&eacute; par la gauche, ce fut comme force subordonn&eacute;e dans des alliances avec une direction populaire repr&eacute;sentant un bloc pluriclasisste. Cette longue p&eacute;riode ne fut pas th&eacute;oris&eacute;e par la gauche. Les alliances et les conceptions des fronts populaires ne rendaient pas compte de ce nouveau ph&eacute;nom&egrave;ne o&ugrave; l&rsquo;anti-imp&eacute;rialisme rempla&ccedil;ait le fascisme avec des caract&eacute;ristiques tr&egrave;s diff&eacute;rentes.<\/p>\n<p>La r&eacute;volution bolivienne de 1952 fut l&rsquo;objet d&rsquo;interpr&eacute;tations contradictoires car elle comportait des &eacute;l&eacute;ments nationalistes, comme la nationalisation des mines d&rsquo;&eacute;tain, et populaires, comme la r&eacute;forme agraire. <\/p>\n<p>Mais la participation active des milices ouvri&egrave;res qui remplac&egrave;rent l&rsquo;Arm&eacute;e, l&rsquo;existence d&rsquo;une alliance ouvri&egrave;re et paysanne et les r&eacute;volutions anti-capitalistes permirent d&rsquo;autres th&eacute;orisations sur ce qui existait de mani&egrave;re embryonnaire dans ce mouvement pluriclassiste : d&rsquo;un mouvement nationaliste classique, national et antioligarchique, aux versions qui lui conf&eacute;reraient un caract&egrave;re anti-capitaliste.<\/p>\n<p>Il existe deux types d&rsquo;analyse sur la R&eacute;volution cubaine : celle de Fidel, de type programmatique, dans L&rsquo;histoire m&rsquo;acquittera, et celle du Che dans La guerre de gu&eacute;rilla, sur la strat&eacute;gie de construction de la force politico-militaire et la lutte pour le pouvoir. <\/p>\n<p>Le texte &eacute;bauch&eacute; par Fidel pour sa d&eacute;fense lors du proc&egrave;s de l&rsquo;attaque de la caserne de Moncada est une extraordinaire analyse de l&rsquo;&eacute;laboration d&rsquo;un programme politique &agrave; partir des conditions concr&egrave;tes de la soci&eacute;t&eacute; cubaine de l&rsquo;&eacute;poque. L&rsquo;analyse du Che d&eacute;crit ponctuellement la mani&egrave;re dont la guerre de gu&eacute;rilla articula la lutte politique et militaire, depuis le noyau initial de la gu&eacute;rilla jusqu&rsquo;aux grands d&eacute;tachements qui compos&egrave;rent l&rsquo;arm&eacute;e rebelle, comment elle r&eacute;sista &agrave; l&rsquo;offensive de l&rsquo;Arm&eacute;e r&eacute;guli&egrave;re et lan&ccedil;a l&rsquo;offensive finale qui la mena &agrave; la victoire.<\/p>\n<p>Pourtant, soit parce qu&rsquo;il n&rsquo;existait pas de r&eacute;flexion &agrave; ce sujet, soit parce qu&rsquo;il fallait maintenir le facteur surprise, primordial pour la victoire, il n&rsquo;y eut pas d&rsquo;analyse publique sur le caract&egrave;re du mouvement &ndash; qui d&eacute;termin&acirc;t s&rsquo;il &eacute;tait seulement nationaliste, ou s&rsquo;il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; embryonnairement anti-capitaliste. <\/p>\n<p>La r&eacute;volution cubaine construisit peu &agrave; peu, &agrave; la lumi&egrave;re des affrontements concrets, sa strat&eacute;gie de rapide passage de la phase d&eacute;mocratique et nationale &agrave; la phase anti-imp&eacute;rialiste et anti-capitaliste, au fur et &agrave; mesure que les d&eacute;finitions &eacute;taient impos&eacute;es par la dynamique entre r&eacute;volution et contre-r&eacute;volution. Mais cette trajectoire ne fut pas l&rsquo;objet d&rsquo;une r&eacute;flexion comme le furent les formes de la lutte, notamment la guerre de gu&eacute;rilla. <\/p>\n<p>Voil&agrave; ce qui fut le grand d&eacute;bat en Am&eacute;rique latine apr&egrave;s le triomphe cubain : les formes de la lutte. Voie pacifique ou voie arm&eacute;e ? Guerre de gu&eacute;rilla rurale ou guerre populaire ? L&rsquo;articulation des questions nationale et anti-imp&eacute;rialiste avec les questions anti-capitaliste et socialiste fut moins discut&eacute;e et &eacute;labor&eacute;e.<\/p>\n<p>Les exp&eacute;riences de gu&eacute;rilla reproduisirent ce d&eacute;bat, tout comme le gouvernement de l&rsquo;Unit&eacute; Populaire au Chili. Les gouvernements nationalistes militaires, en particulier le gouvernement p&eacute;ruvien de Velasco Alvarado, mais aussi dans une moindre mesure ceux d&rsquo;Equateur et du Honduras, r&eacute;activ&egrave;rent la th&eacute;matique du nationalisme ; cependant, leur caract&egrave;re militaire ne favorisa pas sa th&eacute;orisation, et il ne fut pas non plus consid&eacute;r&eacute; comme une alternative strat&eacute;gique par la gauche de l&rsquo;&eacute;poque.<\/p>\n<p>Le processus nicaraguayen incorpora les exp&eacute;riences ant&eacute;rieures de lutte pour le pouvoir et &eacute;labora une plate-forme de gouvernement peu d&eacute;finie adapt&eacute;e &agrave; des facteurs nouveaux, dont les plus importants furent l&rsquo;int&eacute;gration des chr&eacute;tiens et des femmes au militantisme r&eacute;volutionnaire et une politique ext&eacute;rieure plus flexible. Il fit face aux obstacles qu&rsquo;il rencontra de mani&egrave;re empirique &ndash; en particulier, l&rsquo;harc&egrave;lement militaire des Etats-Unis &ndash; sans contribuer par des th&eacute;ories &agrave; la pratique qu&rsquo;il d&eacute;veloppait.<\/p>\n<p>Comme dans le cas de l&rsquo;Unit&eacute; Populaire, l&rsquo;exp&eacute;rience sandiniste fut l&rsquo;objet d&rsquo;une vaste bibliographie, mais on ne peut pas dire que celle-ci mena &agrave; un bilan strat&eacute;gique clair qui perm&icirc;t de laisser une exp&eacute;rience pour l&rsquo;ensemble de la gauche. Le d&eacute;bat sur le Chili fut pr&eacute;sent dans les discussions de la gauche du monde entier et, pour cette raison, il perdit sa sp&eacute;cificit&eacute; comme ph&eacute;nom&egrave;ne chilien et latino-am&eacute;ricain. <\/p>\n<p>Les d&eacute;bats sur le Nicaragua tendirent au contraire &agrave; se centrer sur des aspects importants comme, par exemple, les questions &eacute;thiques, mais ils ne produisirent pas un bilan strat&eacute;gique des onze ans de gouvernement sandiniste.<\/p>\n<p>Au moment o&ugrave; la gauche traversait sa p&eacute;riode de plus grande faiblesse, le Br&eacute;sil apparaissait comme une exception, &agrave; contre-courant des tendances g&eacute;n&eacute;rales, en particulier des changements r&eacute;gressifs radicaux dans les corr&eacute;lations de forces internationales. <\/p>\n<p>Lula se pr&eacute;senta comme une alternative de direction politique, d&eacute;j&agrave; lors des premi&egrave;res &eacute;lections, en 1989, en parvenant au second tour ; pour la premi&egrave;re fois, la gauche apparaissait au Br&eacute;sil comme une force alternative r&eacute;elle de gouvernement &ndash; l&rsquo;ann&eacute;e de la chute du mur de Berlin et de la fin du camp socialiste, alors que l&rsquo;Union Sovi&eacute;tique donnait de forts signes de d&eacute;sagr&eacute;gation de et que les Etats-Unis semblaient triompher dans la Guerre Froide, et que l&rsquo;on retournait &agrave; un monde unipolaire, sous l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie imp&eacute;riale des Etats-Unis.<\/p>\n<p>A ce moment l&agrave;, Carlos Menem et Carlos Andr&eacute;s P&eacute;rez triomphaient respectivement en Argentine et au Venezuela ; non seulement ils &eacute;tendaient ainsi les exp&eacute;riences n&eacute;olib&eacute;rales &agrave; des forces nationalistes et sociales-d&eacute;mocrates, mais ils annon&ccedil;aient aussi la g&eacute;n&eacute;ralisation de ces politiques &agrave; tout continent. Ce &agrave; quoi vint s&rsquo;ajouter l&rsquo;&eacute;lection de Fernando Collor de Mello, qui avait battu Lula au Br&eacute;sil, et la Concertaci&oacute;n (alliance de la D&eacute;mocratie Chr&eacute;tienne et du Parti Socialiste) au Chili en 1990. <\/p>\n<p>En f&eacute;vrier de cette m&ecirc;me ann&eacute;e le sandinisme connut sa d&eacute;faite &eacute;lectorale. Cuba &eacute;tait d&eacute;j&agrave; entr&eacute;e dans sa &quot;p&eacute;riode sp&eacute;ciale&quot;, au cours de laquelle elle ferait face, avec de grandes difficult&eacute;s, aux cons&eacute;quences de la fin du bloc socialiste auquel elle &eacute;tait structurellement int&eacute;gr&eacute;e.<\/p>\n<p>A ce moment, le Br&eacute;sil concentrait des exp&eacute;riences qui semblaient t&eacute;moigner d&rsquo;un nouveau versant de la gauche &ndash; post-sovi&eacute;tique pour les uns, sociale-d&eacute;mocrate pour les autres. <\/p>\n<p>En plus de Lula et du PT, les ann&eacute;es quatre-vingt avaient vu surgir la CUT, la premi&egrave;re centrale syndicale l&eacute;galis&eacute;e de l&rsquo;histoire br&eacute;silienne ; le MST, le mouvement social le plus fort et le plus innovateur du pays ; et l&rsquo;essor des politiques de budget participatif dans les municipalit&eacute;s, en g&eacute;n&eacute;ral sous la directive du PT. Tous ces facteurs motiv&egrave;rent plus tard le choix de la ville br&eacute;silienne de Porto Alegre comme si&egrave;ge des Forums Sociaux Mondiaux.<\/p>\n<p>Un grand espoir de voir s&rsquo;ouvrir un nouveau cycle d&rsquo;une gauche renouvel&eacute;e fut ainsi investi dans la gauche br&eacute;silienne, en particulier dans la direction de Lula et dans le parti du PT. Sans rentrer dans une analyse d&eacute;taill&eacute;e d&rsquo;une exp&eacute;rience aussi complexe, il est n&eacute;cessaire de souligner que, d&egrave;s le d&eacute;but, on projeta sur Lula et le PT des attentes qui ne se fondaient pas sur des exp&eacute;riences concr&egrave;tes ni sur les traits politiques et id&eacute;ologiques assum&eacute;s avec le temps par ces exp&eacute;riences.<\/p>\n<p>Des composants de la gauche ant&eacute;rieure et des courants internationaux firent de Lula non seulement un dirigeant ouvrier classiste, li&eacute; &agrave; la tradition des conseils ouvriers, mais aussi un dirigeant d&rsquo;un parti de gauche gramscien, d&rsquo;un nouveau genre, d&eacute;mocratique et socialiste. <\/p>\n<p>Lula n&rsquo;&eacute;tait rien de tout cela, mais il n&rsquo;&eacute;tait pas non plus un dirigeant &agrave; l&rsquo;image de ce qu&rsquo;&eacute;tait devenu le PT. Form&eacute; comme dirigeant syndical, de base, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les syndicats &eacute;taient interdits par la dictature, c&rsquo;&eacute;tait un dirigeant qui n&eacute;gociait directement avec les entit&eacute;s patronales, un grand leader de masse, mais sans id&eacute;ologie. Il ne se sentit jamais li&eacute; &agrave; la tradition de la gauche, ni &agrave; ses courants id&eacute;ologiques, ni &agrave; ses exp&eacute;riences politiques historiques. <\/p>\n<p>Il s&rsquo;affilia &agrave; une gauche sociale &ndash; si on peut la consid&eacute;rer ainsi &ndash; sans avoir n&eacute;cessairement de liens id&eacute;ologiques et politiques avec elle. Il chercha &agrave; am&eacute;liorer les conditions de vie de la masse des travailleurs, du peuple ou du pays, et selon ses propres mots, il se transforma au cours de carri&egrave;re. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un n&eacute;gociateur, d&rsquo;un ennemi des ruptures et, par cons&eacute;quent, de quelqu&rsquo;un sans aucune propension r&eacute;volutionnaire radicale.<\/p>\n<p>Ces caract&eacute;ristiques doivent &ecirc;tre replac&eacute;es dans les situations politiques auxquelles Lula fut confront&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; devenir le v&eacute;ritable Lula. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi qu&rsquo;on pourra tenter de d&eacute;chiffrer l&rsquo;&eacute;nigme Lula.<\/p>\n<p>Un des &eacute;l&eacute;ments de la crise h&eacute;g&eacute;monique latino-am&eacute;ricaine est le manque de th&eacute;orisation sur la question. A l&rsquo;exception du cas bolivien, qui peut s&rsquo;appuyer sur les productions du groupe Comuna, les avanc&eacute;es des processus post-n&eacute;olib&eacute;raux se firent g&eacute;n&eacute;ralement par t&acirc;tonnements successifs, et sur les maillons de moindre r&eacute;sistance de la cha&icirc;ne n&eacute;olib&eacute;rale. Ce processus avait d&eacute;j&agrave; d&eacute;pass&eacute; sa phase initiale, lorsque, comme nous l&rsquo;avons dit, il obtint des avanc&eacute;es relativement faciles, jusqu&rsquo;&agrave; ce que la droite se r&eacute;organise et retrouvre sa capacit&eacute; d&rsquo;initiative. <\/p>\n<p>D&egrave;s lors, les &eacute;laborations th&eacute;oriques qui permettent la compr&eacute;hension de la situation historique r&eacute;elle qu&rsquo;affronte le continent, avec ses &eacute;l&eacute;ments de force et de faiblesse, ses corr&eacute;lations de forces r&eacute;elles, concr&egrave;tes et mondiales, ses d&eacute;fis et ses possibles lignes de d&eacute;passement sont devenues la condition indispensable pour l&rsquo;affrontement et le d&eacute;passement des obstacles.<\/p>\n<p>Depuis la consolidation de l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie n&eacute;olib&eacute;rale, la r&eacute;sistance &agrave; ce mod&egrave;le et les luttes des mouvements sociaux, y compris l&rsquo;organisation du Forum Social Mondial, ont d&eacute;plac&eacute; la r&eacute;flexion vers le plan de la d&eacute;nonciation et de la r&eacute;sistance, et ont &eacute;vit&eacute; la question politique et strat&eacute;gique. <\/p>\n<p>Autrement dit, la tendance a &eacute;t&eacute; de d&eacute;finir un suppos&eacute; espace de la soci&eacute;t&eacute; civile comme terrain d&rsquo;action privil&eacute;gi&eacute;, au d&eacute;triment de la politique, de l&rsquo;Etat et avec eux, des th&egrave;mes de la strat&eacute;gie et de la construction de projets h&eacute;g&eacute;moniques alternatifs et de nouveaux blocs politiques et sociaux. <\/p>\n<p>Cette posture th&eacute;orique a largement diminu&eacute; la capacit&eacute; d&rsquo;analyse des forces anti-n&eacute;olib&eacute;rales, qui se sont pratiquement limit&eacute;es &agrave; l&rsquo;exaltation des postures de r&eacute;sistance et du courage des mobilisations de la base, au d&eacute;triment des positions des partis et des gouvernements.<\/p>\n<p>Les nouveaux mouvements n&rsquo;ont pas pu s&rsquo;appuyer sur une actualisation de la pens&eacute;e strat&eacute;gique, et ils ne disposent pas m&ecirc;me d&rsquo;un bilan des exp&eacute;riences positives et\/ou n&eacute;gatives ant&eacute;rieures. La situation a &eacute;t&eacute; encore aggrav&eacute;e par les changements radicaux &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale : le passage d&rsquo;un monde bipolaire &agrave; un monde unipolaire, sous l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie imp&eacute;riale des Etats-Unis, et du mod&egrave;le r&eacute;gulateur au mod&egrave;le n&eacute;olib&eacute;ral, deux &eacute;volutions qui eurent lieu dans une p&eacute;riode historique lourde d&rsquo;implications pour l&rsquo;Am&eacute;rique latine. <\/p>\n<p>Parmi elles, le retour des pays du continent dans les cadres d&rsquo;insertion du march&eacute; mondial, r&eacute;sultat de l&rsquo;ouverture n&eacute;olib&eacute;rale, et l&rsquo;affaiblissement des Etats nationaux.<\/p>\n<p>Des th&eacute;orisations comme celles de Holloway ou de Toni Negri apparaissaient comme des ad&eacute;quations &agrave; des situations r&eacute;elles qui, au lieu de proposer des situations strat&eacute;giques, tent&egrave;rent de faire de n&eacute;cessit&eacute; vertu. <\/p>\n<p>Quoique diff&eacute;rentes dans leurs esquisses th&eacute;oriques, toutes deux finirent par s&rsquo;accomoder du manque cong&eacute;nital de strat&eacute;gie de ceux qui rejetaient l&rsquo;Etat et la politique, pour se r&eacute;fugier dans une myhtique &quot;soci&eacute;t&eacute; civile&quot; et dans une &quot;autonomie des mouvements sociaux&quot; r&eacute;ductrice, renon&ccedil;ant aux r&eacute;flexions et aux propositions strat&eacute;giques et laissant ainsi le camp anti-n&eacute;olib&eacute;ral sans armes pour r&eacute;pondre aux d&eacute;fis de la crise de l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie, qui se firent plus &eacute;vidents quand la dispute h&eacute;g&eacute;monique passa &agrave; l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n<p>Nous avons d&eacute;j&agrave; analys&eacute; comment ce facteur affecta le processus v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien, comment le processus bolivien trouva une solution originale et comment l&rsquo;&eacute;quatorien s&rsquo;appuya sur des solutions hybrides, quoique cr&eacute;atives. Le post-n&eacute;olib&eacute;ralisme a apport&eacute; de nouveaux d&eacute;fis th&eacute;oriques qui, du fait des nouvelles conditions que les luttes sociales et politiques affrontent sur le continent, &eacute;clairent une pratique n&eacute;cessairement novatrice et, plus qu&rsquo;&agrave; tout autre moment, exigent des r&eacute;flexions et des propositions strat&eacute;giques orient&eacute;es en fonction des coordonn&eacute;es des nouvelles formes de pouvoir. <\/p>\n<p>Les propositions du groupe bolivien Comuna, comme nous l&rsquo;avons mentionn&eacute;, sont une exception : ils constituent l&rsquo;ensemble de textes le plus riche de la gauche latino-am&eacute;ricaine, un exemple unique dans son histoire par sa capacit&eacute; de conjuguer acad&eacute;miques et analyses individuelles de grande cr&eacute;ativit&eacute; th&eacute;orique &ndash; par des auteurs comme &Aacute;lvaro Garc&iacute;a Linera, Luis Tapia, Ra&uacute;l Prada, entre autres &ndash; avec des interventions politiques directes. Dans ces conditions, Garc&iacute;a Linera devint le vice-pr&eacute;sident de la Rep&uacute;blique et Prada fut un important parlementaire constituant.<\/p>\n<p>Les difficult&eacute;s qu&rsquo;&eacute;prouve aujourd&rsquo;hui la gauche latino-am&eacute;ricaine, &agrave; d&eacute;velopper une th&eacute;orie &agrave; partir de la pratique, s&rsquo;expliquent par plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, on peut distinguer la dynamique adopt&eacute;e par la pratique th&eacute;orique, concentr&eacute;e pour l&rsquo;essentiel dans les universit&eacute;s, qui subit les effets du changement de p&eacute;riode sur le plan acad&eacute;mique : offensive id&eacute;ologique du lib&eacute;ralisme, enfermement dans la division du travail interne des universit&eacute;s, en particullier du fait de la sp&eacute;cialisation, refuge dans des positions peu critiques, qui tendent &agrave; &ecirc;tre doctrinaires et ne donnent pas lieu &agrave; des alternatives.<\/p>\n<p>D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, les processus de d&eacute;passement r&eacute;el du n&eacute;olib&eacute;ralisme introduisirent des th&egrave;mes &eacute;loign&eacute;s de la dynamique de la r&eacute;flexion acad&eacute;mique, comme ceux des peuples originaires et des Etats plurinationaux, la nationalisation des ressources naturelles, l&rsquo;int&eacute;gration r&eacute;gionale, le nouveau nationalisme et le post-n&eacute;olib&eacute;ralisme, des questions tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;es de celles qui sont habituellement abord&eacute;es dans les cursus universitaires et de celles qui sont privil&eacute;gi&eacute;es par les institutions de recherche et d&eacute;veloppement. <\/p>\n<p>Celles-ci ont privil&eacute;gi&eacute; les propositions d&eacute;finies par les matrices fragment&eacute;es des r&eacute;alit&eacute;s sociales, d&eacute;valorisant les interpr&eacute;tations historiques globales, et accentuant ainsi la fragmentation entre les diff&eacute;rentes sph&egrave;res &ndash; &eacute;conomique, sociale, politique et culturelle &ndash; de la r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te.<\/p>\n<p>Ne perdons pas non plus de vue les effets de la crise id&eacute;ologique qui affecta les pratiques th&eacute;oriques dans la transition de la p&eacute;rioded historique ant&eacute;rieure &agrave; l&rsquo;actuelle, avec la disqualification des d&eacute;nomm&eacute;s m&eacute;ga-r&eacute;cits et l&rsquo;utilisation g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de l&rsquo;id&eacute;e de crise des paradigmes. A la suite de cela, les mod&egrave;les analytiques g&eacute;n&eacute;raux furent abandonn&eacute;s et on adh&eacute;ra au post-modernisme, avec les cons&eacute;quences signal&eacute;es par Perry Anderson : structures sans histoire, histoire sans sujet, th&eacute;ories sans v&eacute;rit&eacute;, un v&eacute;ritable suicide de la th&eacute;orie et de toute tentative d&rsquo;explication rationnelle du monde et des relations sociales.<\/p>\n<p>Des th&egrave;mes essentiels pour les strat&eacute;gies de pouvoir, tels que le pouvoir m&ecirc;me, l&rsquo;Etat, les alliances, la construction de blocs alternatifs de forces, les processus d&rsquo;accumulation des forces, le bloc h&eacute;g&eacute;monique, parmi d&rsquo;autres, furent d&eacute;plac&eacute;s ou disparurent pratiquement, en particulier &agrave; mesure que les mouvements sociaux devinrent des protagonistes centraux dans les luttes anti-n&eacute;olib&eacute;rales. <\/p>\n<p>Le passage de la phase d&eacute;fensive &agrave; la phase de dispute h&eacute;g&eacute;monique devra signifier &ndash; comme c&rsquo;est le cas dans les textes du groupe Comuna et dans les discours de Hugo Ch&aacute;vez et Rafael Correa &ndash; une r&eacute;cup&eacute;ration de ces probl&eacute;matiques, une actualisation pour la p&eacute;riode historique de l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie n&eacute;olib&eacute;rale et la lutte contre le mercantilisme. <\/p>\n<p>Se r&eacute;fugier dans l&rsquo;optique de la simple d&eacute;nonciation, sans engagement par la formulation et la construction d&rsquo;alternatives politiques concr&egrave;tes, tend &agrave; distancier une part importante de l&rsquo;intellectualit&eacute; des processus historiques concrets auxquels les mouvements populaires sont confront&eacute;s sur le continent, ce qui les condamne &agrave; des tentatives empiriques d&rsquo;essai et d&rsquo;erreur, dans la mesure o&ugrave; ils ne peuvent pas compter sur l&rsquo;appui d&rsquo;une r&eacute;flexion th&eacute;orique engag&eacute;e avec les processus de transformation existants.<\/p>\n<p>La tentation contraire est grande. Etant donn&eacute; que Fidel Castro n&rsquo;est pas L&eacute;nine, que le Che n&rsquo;est pas Trosky, qu&rsquo;Hugo Ch&aacute;vez n&rsquo;est pas Mao Tse Dong, qu&rsquo;Evo Morales n&rsquo;est pas Ho Chi Minh et que Rafael Correa n&rsquo;est pas Gramsci, il serait plus facile de rejeter les processus historiques r&eacute;els, parce qu&rsquo;ils ne correspondent pas aux r&ecirc;ves de r&eacute;volution construits avec l&rsquo;impulsion d&rsquo;autres &egrave;res, que de tenter de d&eacute;chiffrer l&rsquo;histoire contemporaine avec ses &eacute;nigmes sp&eacute;cifiques. <\/p>\n<p>En d&eacute;finitive, tenter de reconna&icirc;tre les signes du nouveau topos latino-am&eacute;ricain, ou en &ecirc;tre rel&eacute;gu&eacute; aux r&eacute;sum&eacute;s auxquels sont r&eacute;duits les textes classiques dans les mains puissantes et sectaires de ceux qui ont peur de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Se r&eacute;fugier dans les formulations des textes classiques est le chemin le plus commode, mais aussi celui qui m&egrave;ne le plus facilement &agrave; la d&eacute;faite. Les d&eacute;faites ne s&rsquo;expliquent pas par des raisons politiques, mais morales &ndash; et la &quot;trahison&quot; en est la plus commune. Le manque de r&eacute;ponse politique m&egrave;ne &agrave; des visions infrapolitiques, morales. <\/p>\n<p>Le diagnostique de Trotsky sur l&rsquo;Union Sovi&eacute;tique en est le mod&egrave;le oppos&eacute; : il s&rsquo;agit de l&rsquo;explication politique, id&eacute;ologique et sociale des chemins ouverts par le pouvoir bolchevique. C&rsquo;est pourquoi il est pass&eacute; de la th&egrave;se de la r&eacute;volution &quot;trahie&quot; &agrave; l&rsquo;affirmation substantielle de l&rsquo;Etat sous l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie de la bureaucratie.<\/p>\n<p>La d&eacute;fense des principes qui sont suppos&eacute;s &ecirc;tre contenus dans les textes des classiques semble s&rsquo;expliquer d&rsquo;elle-m&ecirc;me, mais elle ne rend pas compte de l&rsquo;essentiel : pourquoi les visions de l&rsquo;ultra-gauche, doctrinaires, extr&eacute;mistes, ne triomphent-elles jamais, ne parviennent-elles jamais &agrave; convaincre la majorit&eacute; de la population ? Pourquoi n&rsquo;ont-elles jamais construit des organisations &agrave; m&ecirc;me de diriger les processus r&eacute;volutionnaires ? <\/p>\n<p>Elles s&rsquo;identifient aux grands bilans des d&eacute;faites, mais ne conduisent jamais &agrave; des processus de construction de forces politiques r&eacute;volutionnaires. Ce n&rsquo;est pas un hasard si leur horizon est habituellement celui de la pol&eacute;mique &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;ultra-gauche et des critiques aux autres secteurs de la gauche, sans prendre part aux grands d&eacute;bats nationaux, sans faire face centralement &agrave; la droite ou participer &agrave; la dispute h&eacute;g&eacute;monique. <\/p>\n<p>Ceux qui n&rsquo;apparaissent que dans les espaces publics pour critiquer les secteurs de gauche, tr&egrave;s souvent en utilisant les espaces m&eacute;diatiques des organes de la droite, ont perdu de vue leurs ennemis fondamentaux, les grands face-&agrave;-face avec la droite.<\/p>\n<p>Le d&eacute;fi est d&rsquo;affronter les contradictions de l&rsquo;histoire dans les conditions concr&egrave;tes des pays de l&rsquo;Am&eacute;rique latine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de d&eacute;m&ecirc;ler les points d&rsquo;appui pour construire ainsi le post-n&eacute;olib&eacute;ralisme. <\/p>\n<p>Le groupe Comuna a su le faire parce qu&rsquo;il a relu l&rsquo;histoire bolivienne, en particulier &agrave; partir de la r&eacute;volution de 1952, en a d&eacute;chiffr&eacute; la signification, a fait les p&eacute;riodisations post&eacute;rieures de l&rsquo;histoire du pays, a compris les cycles qui men&egrave;rent &agrave; l&rsquo;&eacute;puisement de la phase n&eacute;olib&eacute;rale, est parvenu &agrave; d&eacute;faire les erreurs de la gauche traditionnelle en relation avec les sujets historiques et a r&eacute;alis&eacute; le travail historique indispensable pour concerter le mariage entre la direction d&rsquo;Evo Morales et la r&eacute;surgence du mouvement indig&egrave;ne comme protagoniste historique essentiel de l&rsquo;actuelle p&eacute;riode bolivienne. <\/p>\n<p>Il a pu ainsi recomposer l&rsquo;articulation entre la pratique th&eacute;orique et la politique, et aider le nouveau mouvement populaire &agrave; ouvrir les chemins de la luttes pour les revendications &eacute;conomiques et sociales sur les plans ethniques et politiques.<\/p>\n<p>Ce travail th&eacute;orique est indispensable et ne peut se faire qu&rsquo;&agrave; partir des r&eacute;alit&eacute;s concr&egrave;tes de chaque pays, articul&eacute;es avec la r&eacute;flexion sur les interpr&eacute;tations th&eacute;oriques et les exp&eacute;riences historiques accumul&eacute;es par les mouvements populaires au fil du temps. La r&eacute;alit&eacute; est implacable avec les erreurs th&eacute;oriques. L&rsquo;Am&eacute;rique latine du XXIe si&egrave;cle requiert et m&eacute;rite une th&eacute;orie &agrave; la hauteur des d&eacute;fis pr&eacute;sents.<br \/><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/spip.php?article1321&amp;lang=fr\" ><br \/>GO TO ORIGINAL &ndash; CENTRE TRICONTINENTAL<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il manque encore &agrave; l&rsquo;Am&eacute;rique latine, continent de r&eacute;volutions et de contre-r&eacute;volutions, une pens&eacute;e strat&eacute;gique capable d&rsquo;orienter des processus politiques riches et diversifi&eacute;s, et qui soit &agrave; la hauteur des d&eacute;fis &agrave; relever. 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