{"id":304887,"date":"2025-10-13T12:00:54","date_gmt":"2025-10-13T11:00:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=304887"},"modified":"2025-10-13T05:29:02","modified_gmt":"2025-10-13T04:29:02","slug":"francais-robert-badinter-le-saint-seculier-au-visage-de-bronze-ou-comment-un-heros-des-droits-de-lhomme-masqua-ses-fantomes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2025\/10\/francais-robert-badinter-le-saint-seculier-au-visage-de-bronze-ou-comment-un-heros-des-droits-de-lhomme-masqua-ses-fantomes\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Robert Badinter : Le Saint-Seculier au Visage de Bronze, ou Comment un \u201cH\u00e9ros des Droits de l\u2019Homme\u201d Masqua ses Fant\u00f4mes"},"content":{"rendered":"<p><em>12 octobre 2025 <\/em>&#8211; Ah, le Panth\u00e9on ! Ce mausol\u00e9e r\u00e9publicain o\u00f9 la France enterre ses gloires, ou du moins ce qu\u2019elle en fait croire. Cette semaine, Emmanuel Macron, ce prestidigitateur \u00e9lys\u00e9en aux tours us\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la corde, a fait entrer Robert Badinter dans ce sanctuaire la\u00efque, un cercueil vide glissant sur le marbre comme un mensonge poli.<\/p>\n<p>Car Badinter, cet obstin\u00e9 \u2013 au sens o\u00f9 il s\u2019accrochait \u00e0 ses secrets comme \u00e0 un talisman familial \u2013, avait refus\u00e9 net d\u2019\u00eatre inhum\u00e9 l\u00e0-bas, pr\u00e9f\u00e9rant reposer aupr\u00e8s de sa femme \u00c9lisabeth, loin des ombres collectives. Un cercueil vide, donc : symbole parfait pour un homme dont la vie fut une coquille creuse, emplie de vertus proclam\u00e9es et de vices tus. Macron, flairant l\u2019occasion de se refaire une virginit\u00e9 aupr\u00e8s du \u201ccamp du bien\u201d \u2013 ces bien-pensants qui applaudissent les abolitionnistes tout en ignorant les b\u00e9b\u00e9s empoisonn\u00e9s \u2013, a cru bon de canoniser ce fant\u00f4me.<\/p>\n<p>Rat\u00e9, Emmanuel ! Ton geste opportuniste, ce baume sur ta propre conscience \u00e9gratign\u00e9e par les scandales judiciaires de ton mandat, n\u2019a tromp\u00e9 personne. Zemmour et Mar\u00e9chal ont rican\u00e9, les oppositions ont hauss\u00e9 les \u00e9paules, et le peuple, las de tes pantomimes, s\u2019est content\u00e9 d\u2019un haussement de sourcil. Badinter au Panth\u00e9on ? C\u2019est comme couronner un bourreau de la guillotine : ironie macabre pour un pays qui se gargarise de m\u00e9moire tout en niant ses plaies vives.<\/p>\n<p>Mais qui \u00e9tait vraiment ce Robert Badinter, ce parangon de la gauche caviar, ce ministre de la Justice sous Mitterrand qui abolit la peine de mort en 1981 comme on efface une tache sur un col immacul\u00e9 ? Derri\u00e8re le masque du justicier infatigable, se cachait un avocat retors, un politique aux alliances troubles, un n\u00e9gationniste s\u00e9lectif qui, sous couvert d\u2019universalisme, pi\u00e9tinait les victimes pour prot\u00e9ger ses ma\u00eetres. Prenons l\u2019affaire du talc Morhange, ce scandale sanitaro-judiciaire de 1972 qui transforma des berceaux en tombes. Trente-six nourrissons morts, des centaines d\u2019autres handicap\u00e9s \u00e0 vie, victimes d\u2019un talc b\u00e9b\u00e9 frelat\u00e9 \u00e0 l\u2019hexachloroph\u00e8ne \u2013 un bact\u00e9ricide industriel m\u00e9lang\u00e9 par erreur, ou par n\u00e9gligence criminelle ? Badinter, alors avocat z\u00e9l\u00e9 de Givaudan-France, l\u2019industriel responsable, d\u00e9fendit bec et ongles cette firme comme un chien de garde prot\u00e9geant un os empoisonn\u00e9. Le proc\u00e8s ?<\/p>\n<p>Un \u201cratage judiciaire\u201d, avoua-t-il lui-m\u00eame des ann\u00e9es plus tard, mais en minimisant son propre r\u00f4le dans cette farce o\u00f9 les coupables s\u2019en tir\u00e8rent avec une tape sur les doigts.\u00a0 Imaginez : des m\u00e8res \u00e9plor\u00e9es devant des tribunaux, et Badinter, ce futur \u201cd\u00e9fenseur des droits humains\u201d, arguant que \u201cdes tonnes de talc avaient \u00e9t\u00e9 produites sans incident\u201d, que les parents \u00e9taient l\u00e0 \u201cpour le pognon\u201d \u2013 comme si la mort de b\u00e9b\u00e9s n\u2019\u00e9tait qu\u2019un al\u00e9a statistique, un bug dans la cha\u00eene de production.<\/p>\n<p>\u201cUn talc frelat\u00e9 dont l\u2019utilisation a \u00e9t\u00e9 mortelle ou invalidante pour plus de deux cents b\u00e9b\u00e9s\u201d, rappellent les historiens avec une froideur qui glace le sang.\u00a0 Et pendant que les familles hurlaient leur deuil, Badinter encaissait ses honoraires, son pognon \u00e0 lui, gravissant les \u00e9chelons vers le minist\u00e8re. H\u00e9ros ? Non, complice d\u2019un syst\u00e8me qui sacrifie les faibles sur l\u2019autel du profit. Ironie du sort : l\u2019homme qui guillotina la peine capitale avait, en amont, d\u00e9fendu ceux qui empoisonnaient l\u2019innocence m\u00eame.<\/p>\n<p>Pire encore, son fid\u00e9lit\u00e9 canine \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand, ce cam\u00e9l\u00e9on de la IVe R\u00e9publique pass\u00e9 par les ombres de Vichy sans un pli \u00e0 son costume. Mitterrand, ami intime de Ren\u00e9 Bousquet \u2013 oui, ce Bousquet, chef de la police vichyste, architecte de la rafle du V\u00e9l d\u2019Hiv qui envoya des milliers de Juifs \u00e0 la mort, dont les parents de Badinter lui-m\u00eame. Badinter, survivant de la Shoah, ministre de la Justice, pr\u00e9f\u00e9ra la m\u00e9moire s\u00e9lective \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 brute. Dans son livre\u00a0<em>Le proc\u00e8s Bousquet<\/em>\u00a0(2022), il pr\u00e9face le compte-rendu du proc\u00e8s de 1949 avec une tendresse suspecte, minimisant les liens entre son mentor pr\u00e9sidentiel et ce monstre en col blanc.<\/p>\n<p>\u201cFran\u00e7ois Mitterrand n\u2019entretenait pas de relations avec Bousquet \u00e0 Vichy\u201d, assura-t-il en 2011, comme un avocat plaidant l\u2019innocence d\u2019un client pris la main dans le sac.\u00a0 Mensonge pieux ? Ou complaisance pour un pouvoir qui l\u2019avait hiss\u00e9 au pinacle ? Les critiques fusent : \u201cBadinter est rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 Mitterrand\u201d, notent les observateurs, soulignant comment il obscurcit l\u2019affaire Bousquet pour prot\u00e9ger la l\u00e9gende rose du socialiste.\u00a0 Et que dire de son soutien \u00e0 la lib\u00e9ration conditionnelle de Maurice Papon en 2001, ce pr\u00e9fet de Bordeaux d\u00e9port\u00e9 de 1 560 Juifs, lib\u00e9r\u00e9 pour \u201craison d\u2019\u00e2ge\u201d sur plaidoyer de Badinter ? \u201cRejet quasi visc\u00e9ral de la haine justici\u00e8re\u201d, arguait-il, comme si punir les bourreaux \u00e9quivalait \u00e0 venger les victimes.\u00a0 Badinter, chantre de la cl\u00e9mence, pardonnant aux assassins de son peuple : n\u2019est-ce pas l\u00e0 le comble de l\u2019ironie juive, un survivant effa\u00e7ant les traces des siens pour plaire \u00e0 ses protecteurs ?<\/p>\n<p>Mais le joyau noir de cette couronne d\u2019\u00e9pines ? Sa croisade contre la reconnaissance du g\u00e9nocide arm\u00e9nien, ce crime fondateur du XXe si\u00e8cle o\u00f9 1,5 million d\u2019Arm\u00e9niens furent massacr\u00e9s par les Turcs en 1915. Badinter, ce gardien autoproclam\u00e9 de la m\u00e9moire, s\u2019opposa farouchement en 2012 \u00e0 la loi p\u00e9nalisant la n\u00e9gation de ce g\u00e9nocide, la qualifiant d\u2019\u201cexcessive\u201d et de \u201cpiti\u00e9 dangereuse\u201d. \u201cLe Parlement n\u2019est pas un tribunal\u201d, tonna-t-il, comme si l\u00e9gif\u00e9rer sur le souvenir des d\u00e9port\u00e9s arm\u00e9niens mena\u00e7ait la saintet\u00e9 de la loi Gayssot sur la Shoah.<\/p>\n<p>Erreur partisane, clament les descendants des victimes : \u201cLa fa\u00e7on dont il interpr\u00e8te les \u00e9v\u00e9nements historiques concernant le g\u00e9nocide des Arm\u00e9niens est erron\u00e9e et partisane\u201d, fulmine un tribune du\u00a0<em>Monde<\/em>.\u00a0 Badinter, en confondant les arguments, en relativisant l\u2019horreur ottomane au nom d\u2019un universalisme s\u00e9lectif, a commis l\u2019\u00e9quivalent moral de nier la Shoah : une trahison des victimes, un d\u00e9ni drap\u00e9 dans la toge du juriste.<\/p>\n<p>\u201cRobert Badinter oublie-t-il qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019extermination planifi\u00e9e de toute une population ?\u201d, interroge un journaliste Am\u00e9ricain, atterr\u00e9 par cette \u201cconfusion des arguments\u201d.\u00a0 Et pendant que les Arm\u00e9niens pleuraient ce deux poids, deux mesures, Badinter, ce \u201ch\u00e9ros des droits humains\u201d, se drapait dans sa cape immacul\u00e9e, prot\u00e9geant les alliances franco-turques au prix du sang s\u00e9ch\u00e9 d\u2019un peuple martyr.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Macron, ce pantheonisateur de derni\u00e8re heure, quel r\u00f4le dans cette mascarade ? En intronisant Badinter cette semaine \u2013 un geste annonc\u00e9 d\u00e8s 2024, mais retard\u00e9 comme un ch\u00e8que en bois \u2013, il visait clair : se racheter une image aupr\u00e8s des intellos de gauche, ces gardiens du temple qui l\u2019ont fui depuis ses r\u00e9formes antisociales. \u201cL\u2019\u00c9tat de droit que d\u00e9fendait Robert Badinter est critiqu\u00e9 de toutes parts\u201d, ironise Paul Cassia, soulignant comment cette pantheonisation arrive \u201c\u00e0 contre-courant d\u2019un mouvement national et m\u00eame mondial en d\u00e9faveur des libert\u00e9s\u201d.<\/p>\n<p>Macron, ce Jupiter en toc, promet de \u201cporter le combat jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abolition universelle\u201d de la peine de mort, mais son discours sonne faux comme une pi\u00e8ce de monnaie \u00e9rod\u00e9e : \u201ctotalement d\u00e9cal\u00e9\u201d, moquent les analystes, face \u00e0 un pays en lambeaux judiciaires, o\u00f9 les prisons d\u00e9bordent et les in\u00e9galit\u00e9s judiciaires fleurissent.\u00a0 Il n\u2019y avait qu\u2019\u00c9ric Zemmour et Marion Mar\u00e9chal pour critiquer ouvertement cette canonisation, mais m\u00eame eux, dans leur acharnement, soulignent l\u2019hypocrisie : un pr\u00e9sident qui enterre les fant\u00f4mes pour masquer ses propres squelettes.<\/p>\n<p>Bref, Robert Badinter n\u2019\u00e9tait pas le saint la\u00efque que l\u2019on enterre en fanfare : c\u2019\u00e9tait un pourri habile, un salopard en habit de lumi\u00e8re, qui d\u00e9fendit les empoisonneurs d\u2019enfants, couvrit les ombres vichystes de ses ma\u00eetres, et nia par la bande le cri des Arm\u00e9niens pour ne pas froisser les puissants.<\/p>\n<p>Macron, en le pantheonisant, n\u2019a fait que creuser sa propre tombe symbolique : un cercueil vide pour deux hypocrites du \u201ccamp du bien\u201d, ces pharisiens modernes qui pr\u00eachent la m\u00e9moire tout en l\u2019\u00e9touffant sous leurs ambitions. Que leur symbole repose en paix \u2013 ou du moins, qu\u2019il nous laisse en ricaner, loin de ce th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres o\u00f9 la justice n\u2019est qu\u2019un masque pour les coupables.<\/p>\n<p>_____________________________________________<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Diran-e1743424661586.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-291345\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Diran-e1743424661586.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"67\" \/><\/a><\/em><em>Diran Noubar, Italo-Arm\u00e9nien n\u00e9 en France, a v\u00e9cu dans 11 pays avant de s&#8217;installer en Arm\u00e9nie. Documentariste et reporter de guerre de renomm\u00e9e mondiale, salu\u00e9 par la critique, il a produit et r\u00e9alis\u00e9 plus de 20 longs m\u00e9trages documentaires \u00e0 New York au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Auteur-compositeur-interpr\u00e8te et guitariste, il a \u00e9galement form\u00e9 son propre groupe et dirige wearemenia.org, une association \u00e0 but non lucratif.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>12 octobre 2025 &#8211; Cette semaine, Emmanuel Macron, ce prestidigitateur \u00e9lys\u00e9en aux tours us\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la corde, a fait entrer Robert Badinter dans ce sanctuaire la\u00efque, un cercueil vide glissant sur le marbre comme un mensonge poli.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":291345,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[1326,1675,109],"class_list":["post-304887","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-original-languages","tag-emmanuel-macron","tag-france","tag-politics"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304887","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=304887"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304887\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":304903,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304887\/revisions\/304903"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media\/291345"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=304887"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=304887"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=304887"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}