{"id":318053,"date":"2026-07-06T12:00:38","date_gmt":"2026-07-06T11:00:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=318053"},"modified":"2026-07-06T08:41:14","modified_gmt":"2026-07-06T07:41:14","slug":"francais-la-valse-des-plumes-bien-alignees-system-of-a-down-au-stade-de-france-ou-lhypocrisie-francaise-en-mode-mineur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2026\/07\/francais-la-valse-des-plumes-bien-alignees-system-of-a-down-au-stade-de-france-ou-lhypocrisie-francaise-en-mode-mineur\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) La valse des plumes bien align\u00e9es : System of a Down au Stade de France, ou l\u2019hypocrisie fran\u00e7aise en mode mineur"},"content":{"rendered":"<p><em>5 juillet 2026<\/em> &#8211; Paris, d\u00e9but juillet 2026. Quelques jours plus t\u00f4t, la presse hexagonale vibrait \u00e0 l\u2019unisson. Deux dates sold out au Stade de France, pr\u00e8s de 160 000 spectateurs attendus, retour historique d\u2019un groupe mythique : System of a Down. Les titres se multipliaient, enthousiastes, presque solennels. On c\u00e9l\u00e9brait l\u2019\u00e9v\u00e9nement culturel majeur, le line-up solide, l\u2019\u00e9nergie promise d\u2019un rock visc\u00e9ral et intemporel. Les r\u00e9dactions semblaient avoir trouv\u00e9, l\u2019espace d\u2019un instant, un sujet qui transcendait les clivages habituels.<\/p>\n<p>Les concerts ont eu lieu. Et ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur \u2013 mieux : ils ont \u00e9t\u00e9 exceptionnels. Deux soirs de communion brute, de riffs tranchants, de voix surpuissantes et d\u2019une foule en transe. Du grand rock, sans artifice superflu, port\u00e9 par des musiciens au sommet de leur art. Parmi les moments marquants, ce \u00ab To Netanyahu \u00bb l\u00e2ch\u00e9 par Daron Malakian, guitariste et cofondateur, avec la franchise et la col\u00e8re l\u00e9gitime qui caract\u00e9risent depuis toujours l\u2019engagement du groupe. Un cri contre les massacres \u00e0 Gaza, en \u00e9cho \u00e0 leur combat historique pour la reconnaissance du g\u00e9nocide arm\u00e9nien et contre toutes les hypocrisies du pouvoir. Pas une provocation de comptoir, mais une prise de position coh\u00e9rente, assum\u00e9e, dans la lign\u00e9e de leur musique et de leur histoire.<\/p>\n<p>Pourtant, d\u00e8s le lendemain matin, le ton a chang\u00e9 dans une partie notable des m\u00e9dias fran\u00e7ais. Fini l\u2019unanimit\u00e9 triomphale. Place aux b\u00e9mols soudains, aux r\u00e9serves techniques (le son au Stade de France, sempiternel sujet de dol\u00e9ances, certes perfectible), aux commentaires sur la \u00ab dur\u00e9e \u00bb du set ou sur l\u2019\u00ab intensit\u00e9 \u00bb jug\u00e9e excessive. Certains ont m\u00eame gliss\u00e9, avec une d\u00e9licatesse feinte, sur le \u00ab caract\u00e8re politique \u00bb du concert qui \u00ab divise \u00bb. Comme si l\u2019\u00e9v\u00e9nement annonc\u00e9 en fanfare s\u2019\u00e9tait subitement mu\u00e9 en demi-d\u00e9ception d\u00e8s lors qu\u2019une voix osait nommer l\u2019innommable pour une certaine doxa atlantiste.<\/p>\n<p>L\u2019ironie est savoureuse \u2013 et r\u00e9v\u00e9latrice. Car ces m\u00eames r\u00e9dactions qui, avec une constance \u00e9difiante, d\u00e9noncent les m\u00e9dias \u00ab aux ordres \u00bb de Moscou ou de P\u00e9kin, capables de pivoter en vingt-quatre heures sur injonction du Kremlin, appliquent ici une partition d\u2019une pr\u00e9cision presque militaire. D\u00e8s qu\u2019un artiste de stature internationale touche \u00e0 la ligne rouge Netanyaho-am\u00e9ricaine \u2013 ou, plus largement, remet en cause le narratif dominant sur le Proche-Orient \u2013, la libert\u00e9 de ton s\u2019\u00e9vanouit derri\u00e8re des \u00ab analyses objectives \u00bb soudain tr\u00e8s bien align\u00e9es. La valse des \u00e9loges se transforme en tango de la r\u00e9serve, voire en pas de c\u00f4t\u00e9 critique.<\/p>\n<p>En France, patrie autoproclam\u00e9e de la libert\u00e9 d\u2019expression et de la presse ind\u00e9pendante, on aime se draper dans les vertus de \u00ab l\u2019exception culturelle \u00bb. On s\u2019indigne volontiers des \u00ab dictatures de l\u2019information \u00bb ailleurs. Mais lorsque Daron Malakian \u2013 ou Serj Tankian, ou le groupe tout entier \u2013 rappelle que le rock peut aussi \u00eatre une arme de lucidit\u00e9, la machine narrative se grippe. Les plumes bien huil\u00e9es red\u00e9couvrent les m\u00e9rites de la \u00ab contextualisation \u00bb, du \u00ab fact-checking \u00bb s\u00e9lectif ou de la \u00ab mise en perspective \u00bb. Pendant ce temps, les 160 000 spectateurs et les t\u00e9moignages directs racontent une toute autre histoire : celle d\u2019un concert m\u00e9morable, d\u2019une \u00e9nergie brute et collective, d\u2019un moment de rock qui n\u2019avait rien \u00e0 envier aux grandes messes du genre. Votre serviteur en sait quelque chose.<\/p>\n<p>L\u2019hypocrisie n\u2019est pas dans l\u2019existence de critiques \u2013 tout \u00e9v\u00e9nement peut \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9. Elle r\u00e9side dans le revirement synchronis\u00e9, dans cette capacit\u00e9 \u00e0 passer de l\u2019hymne au requiem en l\u2019espace d\u2019une nuit, d\u00e8s lors que le message d\u00e9range les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de l\u2019Alliance. On accuse par exemple la Chine de contr\u00f4ler son information ; on oublie un peu vite qu\u2019en occident, les \u00ab ordres \u00bb peuvent \u00eatre plus subtils : pression \u00e9ditoriale feutr\u00e9e, autocensure de bon aloi, alignement tacite sur les narratifs des chancelleries. La libert\u00e9 \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, version 2026.<\/p>\n<p>System of a Down n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un groupe de vari\u00e9t\u00e9 consensuelle. Leur musique est politique depuis l\u2019origine, leur engagement pour l\u2019Arm\u00e9nie, contre la guerre et contre l\u2019hypocrisie des puissants, fait partie de leur ADN. Le \u00ab To Netanyahu \u00bb de Daron n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9cart de langage : c\u2019\u00e9tait la suite logique d\u2019un discours qu\u2019ils tiennent depuis des ann\u00e9es, sur sc\u00e8ne comme ailleurs. Que la presse fran\u00e7aise, si prompte \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la \u00ab libert\u00e9 d\u2019expression \u00bb quand cela l\u2019arrange, se mette \u00e0 b\u00e9gayer d\u00e8s qu\u2019elle d\u00e9range, voil\u00e0 le vrai spectacle de ces deux soirs.<\/p>\n<p>Au fond, les 160 000 fans qui ont vibr\u00e9 n\u2019ont pas besoin de la validation des r\u00e9dactions parisiennes. Ils ont vu, entendu, ressenti, et si j\u2019\u00e9cris ses lignes, c\u2019est parce que c\u2019est surtout moi qui suis en col\u00e8re contre cette presse indigne. Mais l\u2019histoire retiendra sans doute plus longtemps le cri de Daron que les pirouettes s\u00e9mantiques de certains chroniqueurs. Car dans ce concert, c\u2019est bien un syst\u00e8me qui a vacill\u00e9 \u2013 pas celui du groupe, mais celui d\u2019une certaine presse qui pr\u00e9f\u00e8re parfois le silence confortable \u00e0 la dissonance de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>_____________________________________________<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Diran-e1743424661586.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-291345\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Diran-e1743424661586.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"67\" \/><\/a> Diran Noubar, Italo-Arm\u00e9nien n\u00e9 en France, a v\u00e9cu dans 11 pays avant de s&#8217;installer en Arm\u00e9nie. Documentariste et reporter de guerre de renomm\u00e9e mondiale, salu\u00e9 par la critique, il a produit et r\u00e9alis\u00e9 plus de 20 longs m\u00e9trages documentaires \u00e0 New York au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Auteur-compositeur-interpr\u00e8te et guitariste, il a \u00e9galement form\u00e9 son propre groupe et dirige wearemenia.org, une association \u00e0 but non lucratif.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, d\u00e9but juillet 2026. Quelques jours plus t\u00f4t, la presse hexagonale vibrait \u00e0 l\u2019unisson. Deux dates sold out au Stade de France, pr\u00e8s de 160 000 spectateurs attendus, retour historique d\u2019un groupe mythique : System of a Down. 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