{"id":3759,"date":"2010-03-05T00:00:00","date_gmt":"2010-03-05T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/wordpress\/2010\/03\/french-profits-records-des-banques-une-affaire-politique\/"},"modified":"2010-03-05T00:00:00","modified_gmt":"2010-03-05T00:00:00","slug":"french-profits-records-des-banques-une-affaire-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2010\/03\/french-profits-records-des-banques-une-affaire-politique\/","title":{"rendered":"(FRENCH)  PROFITS RECORDS DES BANQUES : UNE AFFAIRE POLITIQUE"},"content":{"rendered":"<p>Ainsi donc BNP Paribas, premi&egrave;re banque fran&ccedil;aise et europ&eacute;enne, vient d&rsquo;annoncer 8 milliards d&rsquo;euros de b&eacute;n&eacute;fices pour l&rsquo;ann&eacute;e 2009, renouant avec son record de 2007. Certains poussent d&eacute;j&agrave; des cocoricos : apr&egrave;s tout, n&rsquo;est-il pas pr&eacute;f&eacute;rable d&rsquo;avoir des banques bien portantes plut&ocirc;t qu&rsquo;en faillite ? Certes.<\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;est pas inutile de tenter de comprendre d&rsquo;o&ugrave; viennent ces b&eacute;n&eacute;fices. Les profits des dix plus grandes banques europ&eacute;ennes ont avoisin&eacute; les 50 milliards d&rsquo;euros en 2009. Si l&rsquo;on ajoute les dix plus grandes banques am&eacute;ricaines, on atteint les 100 milliards d&rsquo;euros. D&rsquo;o&ugrave; viennent de tels profits, alors m&ecirc;me que l&rsquo;ensemble de la zone &eacute;tait en r&eacute;cession en 2009 ? L&rsquo;explication la plus &eacute;vidente est que, pendant la crise, les banques centrales ont pr&ecirc;t&eacute; aux banques de l&rsquo;argent &agrave; des taux tr&egrave;s faibles, que ces derni&egrave;res ont pu ensuite utiliser pour pr&ecirc;ter &agrave; des taux plus &eacute;lev&eacute;s &agrave; d&rsquo;autres acteurs : aux m&eacute;nages, aux entreprises, et surtout aux Etats.<\/p>\n<p>Tentons un petit calcul, approximatif et imparfait, mais qui a au moins le m&eacute;rite d&rsquo;illustrer l&rsquo;ampleur des masses en jeu. Entre septembre et d&eacute;cembre 2008, la Banque centrale europ&eacute;enne (BCE) et la R&eacute;serve f&eacute;d&eacute;rale am&eacute;ricaine (Fed) ont cr&eacute;&eacute; pr&egrave;s de 2 000 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;argent nouveau (pr&egrave;s de 10 points de PIB am&eacute;ricain et europ&eacute;en). Cet argent a &eacute;t&eacute; pr&ecirc;t&eacute; aux banques &agrave; des taux de l&rsquo;ordre de 1%, sur des dur&eacute;es allant de trois &agrave; six mois. Les pr&ecirc;ts ont &eacute;t&eacute; grosso modo renouvel&eacute;s tout au long de l&rsquo;ann&eacute;e 2009 : les bilans de la Fed et de la BCE se situent en f&eacute;vrier 2010 &agrave; des niveaux &agrave; peine plus bas que les records atteints d&eacute;but 2009.<\/p>\n<p>Supposons que ces 2 000 milliards pr&ecirc;t&eacute;s aux banques leur ont rapport&eacute; en moyenne 5 %, soit parce qu&rsquo;elles ont pr&ecirc;t&eacute; &agrave; 5 % &agrave; d&rsquo;autres acteurs, soit parce que cela leur a permis de rembourser des dettes qui leur auraient co&ucirc;t&eacute; 5 %, ce qui revient au m&ecirc;me. La marge r&eacute;alis&eacute;e serait alors de 80 milliards (4 % de 2 000), soit l&rsquo;&eacute;quivalent de 80 % des profits r&eacute;alis&eacute;s par les banques en 2009. M&ecirc;me en supposant un &eacute;cart de taux plus r&eacute;duit, on expliquerait une bonne part des profits.<\/p>\n<p>Cela n&rsquo;implique pas que les banques centrales aient mal agi : les nouvelles liquidit&eacute;s ont sans doute permis d&rsquo;&eacute;viter les faillites en cascade et la transformation de la r&eacute;cession en d&eacute;pression. A condition que les gouvernements parviennent maintenant &agrave; imposer des r&eacute;gulations financi&egrave;res strictes permettant d&rsquo;&eacute;viter que de tels d&eacute;sastres se reproduisent, &agrave; demander des comptes (et des imp&ocirc;ts) aux banques&hellip; et accessoirement &agrave; se d&eacute;barrasser de la dette qu&rsquo;ils ont contract&eacute;e aupr&egrave;s d&rsquo;elles.<\/p>\n<p>Faute de quoi les citoyens risquent fort logiquement de conclure que toute cette s&eacute;quence rel&egrave;ve de l&rsquo;absurde &eacute;conomique : les profits et bonus bancaires repartent &agrave; la hausse, les offres d&rsquo;emploi et les salaires restent en berne, et il faut maintenant se serrer la ceinture pour rembourser la dette publique, elle-m&ecirc;me cr&eacute;&eacute;e pour &eacute;ponger les folies financi&egrave;res des banquiers&hellip; qui d&rsquo;ailleurs se remettent &agrave; sp&eacute;culer, cette fois-ci au d&eacute;triment des Etats, avec des taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de pr&egrave;s de 6 % impos&eacute;s aux contribuables irlandais et grecs. Contribuables grecs qui par ailleurs ont d&eacute;bours&eacute; sans le savoir 300 millions d&rsquo;euros d&rsquo;honoraires &agrave; Goldman Sachs pour maquiller leurs propres comptes publics.<\/p>\n<p>D&eacute;magogie ? Non. Simplement un constat : pour r&eacute;concilier les citoyens avec les banques, il va falloir autre chose que des grands discours. Obama l&rsquo;a bien compris, en annon&ccedil;ant en janvier un plan enfin ambitieux de r&eacute;gulation bancaire. Mais il est politiquement affaibli. En Europe, le fait que la Banque centrale europ&eacute;enne continue de s&rsquo;appuyer sur les agences de notation pour acheter des titres publics (annonce qui a pr&eacute;cipit&eacute; la crise grecque), alors m&ecirc;me que rien dans ses statuts ne l&rsquo;y oblige, n&rsquo;a plus aucun sens dans le contexte actuel.<\/p>\n<p>Avec cette crise, la BCE a convaincu les Europ&eacute;ens de son utilit&eacute; : tout le monde comprend bien que laisser les march&eacute;s sp&eacute;culer sur le franc, le mark allemand et la lire italienne n&rsquo;aurait rien arrang&eacute;. Elle peut maintenant prendre son autonomie par rapport aux march&eacute;s financiers, appuy&eacute;e par un v&eacute;ritable gouvernement &eacute;conomique europ&eacute;en.<\/p>\n<p>Outre-Atlantique, la puissance publique n&rsquo;a pas ces pudeurs : depuis un an, la Fed a imprim&eacute; 300 milliards de dollars pour acqu&eacute;rir des bons du Tr&eacute;sor, sans demander leur avis aux march&eacute;s. L&rsquo;Europe devra elle aussi accepter qu&rsquo;une inflation &agrave; 4 % ou 5 % est la moins mauvaise fa&ccedil;on de se d&eacute;barrasser de la dette. Faute de quoi les citoyens europ&eacute;ens devront une fois de plus r&eacute;gler la note. Pas s&ucirc;r qu&rsquo;ils se laissent faire.<\/p>\n<p>________________________<br \/><em><br \/>Thomas Piketty est directeur d&rsquo;&eacute;tudes &agrave; l&rsquo;EHESS et professeur &agrave; l&rsquo;Ecole d&rsquo;&eacute;conomie de Paris.<\/em><br \/><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/terre\/0101620844-profits-records-des-banques-une-affaire-politique\" ><br \/>GO TO ORIGINAL &ndash; LIB&Eacute;RATION<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ainsi donc BNP Paribas, premi&egrave;re banque fran&ccedil;aise et europ&eacute;enne, vient d&rsquo;annoncer 8 milliards d&rsquo;euros de b&eacute;n&eacute;fices pour l&rsquo;ann&eacute;e 2009, renouant avec son record de 2007. 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