{"id":57437,"date":"2015-05-11T12:00:27","date_gmt":"2015-05-11T11:00:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=57437"},"modified":"2015-05-05T21:24:41","modified_gmt":"2015-05-05T20:24:41","slug":"francais-lamerique-latine-en-perspective-entre-reussites-et-nouveau-defis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2015\/05\/francais-lamerique-latine-en-perspective-entre-reussites-et-nouveau-defis\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) L\u2019Am\u00e9rique latine en perspective : entre r\u00e9ussites et nouveau d\u00e9fis"},"content":{"rendered":"<p><em>Apr\u00e8s les d\u00e9cennies perdues des ann\u00e9es 1980 et 1990 qui ont vu l&#8217;Am\u00e9rique Latine sombrer dans la pauvret\u00e9 extr\u00eame, le ch\u00f4mage de masse et l&#8217;explosion des dettes publiques, le continent a depuis relev\u00e9 la t\u00eate et est aujourd&#8217;hui devenu un ambitieux laboratoire d&#8217;exp\u00e9rimentations de nouvelles politiques sociales et \u00e9conomiques. Venezuela, Bolivie, Equateur, Argentine&#8230;Les cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9s impos\u00e9es \u00e0 certains pays de la r\u00e9gion par le Fond Mon\u00e9taire International (FMI) et la Banque Mondiale ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s au profit de politique de relance o\u00f9 l&#8217;Etat a repris avec plus ou moins d&#8217;importance un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la gestion de l&#8217;\u00e9conomie.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/latin-america-austerity-peace-culture.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-57398\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/latin-america-austerity-peace-culture.jpg\" alt=\"latin-america austerity peace culture\" width=\"322\" height=\"296\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/latin-america-austerity-peace-culture.jpg 322w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/latin-america-austerity-peace-culture-300x276.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 322px) 100vw, 322px\" \/><\/a><strong>L\u2019Am\u00e9rique Latine, un espoir pour l\u2019Europe.<\/strong><\/p>\n<p>Pendant que certains pays d\u2019Am\u00e9rique latine retrouvent leur dignit\u00e9 et leur souverainet\u00e9, en Europe en revanche, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 fait des ravages. Irlande, Espagne, Portugal, Gr\u00e8ce&#8230; aucun pays n\u2019est \u00e9pargn\u00e9. Le PIB s\u2019effondre, la pauvret\u00e9 et le ch\u00f4mage explosent et la dette ne cesse de s\u2019accroitre. Ces politiques antisociales ont provoqu\u00e9 des soul\u00e8vements populaires qui ont \u00e9branl\u00e9 les pouvoirs en place. Les partis de la gauche radicale Syriza en Gr\u00e8ce et Podemos en Espagne (qui affirment vouloir s\u2019inspirer des orientations prises par l\u2019Equateur ou encore l\u2019Argentine au sujet du fardeau de la dette), en t\u00eate dans les intentions de vote, sont en train de faire hurler les sir\u00e8nes de Bruxelles et des march\u00e9s financiers. De plus, on ne compte plus les associations, syndicats, partis politiques, m\u00e9dias alternatifs qui en Europe ont applaudi les succ\u00e8s latino-am\u00e9ricains. Une euphorie de la gauche radicale europ\u00e9enne qui contraste avec la vision r\u00e9actionnaire, caricaturale, grossi\u00e8re et mensong\u00e8re de ceux qui ont tout d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 que les choses ne changent pas.<\/p>\n<p>Pendant tr\u00e8s longtemps, beaucoup de latino-am\u00e9ricains regardaient l\u2019Europe avec admiration. Et aujourd\u2019hui encore, l\u2019Europe fascine. Ce regard port\u00e9 vers le vieux continent provient de nombreux facteurs\u00a0: culturelles, historiques, \u00e9conomiques. Certains souhaitent conna\u00eetre leur \u00ab\u00a0m\u00e8re patrie\u00a0\u00bb comme l\u2019Espagne ou le Portugal.<\/p>\n<p>D\u2019autres, comme en Argentine, veulent se rendre en Italie, dans le pays de leurs anc\u00eatres. Enfin, certains associent l\u2019Europe \u00e0 son histoire, sa grande culture et son architecture. Mais depuis quelques temps, les choses commencent \u00e0 s\u2019inverser en tout cas en ce qui concerne l\u2019attrait \u00e9conomique de l\u2019Europe. M\u00eame si il reste bien s\u00fbr des latino-am\u00e9ricains qui tentent de rejoindre l\u2019Europe pour de meilleures conditions sociales et \u00e9conomiques, la donne a chang\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es. Les changements politiques survenues dans de nombreux pays du continent bolivarien ont frein\u00e9 l\u2019exode massif qui caract\u00e9risait les ann\u00e9es 1980-1990 et d\u00e9but 2000. Les politiques \u00e9conomiques et sociales novatrices impuls\u00e9s par certains pays de la r\u00e9gion dans le but d\u2019apporter \u00e0 leur peuple une vie plus digne ont incit\u00e9 de nombreux citoyens \u00e0 rester dans leurs pays plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 \u00e9migrer. D\u2019autant plus que l\u2019histoire s\u2019est retourn\u00e9e et qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019Europe qui p\u00e2tit des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Les forts taux de ch\u00f4mage que connaissent l\u2019Espagne ou le Portugal ont rendu ces pays de moins en moins attrayants. Cette Europe qui avait tant domin\u00e9 et s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e si m\u00e9prisante envers ses anciennes colonies est aujourd\u2019hui malade et ne fait presque plus r\u00eaver. La situation est si dramatique que de nombreux citoyens latino-am\u00e9ricains, notamment argentins, qui avaient \u00e9migr\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 pour fuir la terrible situation \u00e9conomique du pays ont d\u00e9cid\u00e9 de rentrer dans leur pays. L\u2019Histoire est en train de s\u2019inverser doucement mais surement. Ainsi, les ravages caus\u00e9s par les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 en Europe coupl\u00e9 aux r\u00e9ussites fabuleuses des politiques sociales au Venezuela, en Bolivie ou en Equateur ainsi qu\u2019au poids important de pays \u00e9mergents comme le Br\u00e9sil ont permis \u00e0 L\u2019Am\u00e9rique Latine de s\u2019attirer la sympathie et l\u2019admiration de ceux qui en Europe luttent pour un syst\u00e8me \u00e9conomique alternatif et un monde multipolaire o\u00f9 chaque pays jouerait de mani\u00e8re \u00e9gal sa partition dans le concert des nations libres.<\/p>\n<p>Alors bien sur, il ne s\u2019agit pas de copier ou de calquer l\u2019exp\u00e9rience latino-am\u00e9ricaine en Europe, mais de s\u2019en inspirer et de prendre exemple sur des pays qui ont v\u00e9cu la m\u00eame situation que celle que vit le vieux continent aujourd\u2019hui et qui peuvent d\u00e9sormais se taguer d\u2019avoir des taux de croissance important, une baisse significative de leur dette, une diminution spectaculaire de la pauvret\u00e9 et, au Venezuela et en Bolivie, la disparition pur et simple de l\u2019analphab\u00e9tisme. Lors d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9 en fran\u00e7ais en novembre 2013 \u00e0 la Sorbonne, le pr\u00e9sident \u00e9quatorien Rafael Correa avait tr\u00e8s justement affirm\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019Europe endett\u00e9e reproduit nos erreurs\u00a0\u00bb, sous entendu les erreurs commises par les gouvernements n\u00e9olib\u00e9raux sud-am\u00e9ricains comme Carlos Menem en Argentine ou Carlos Andr\u00e8s P\u00e9rez au Venezuela. Les orientations r\u00e9volutionnaires et progressistes prises par certains pays d\u2019Am\u00e9rique du sud depuis environ quinze ans ont \u00e9t\u00e9 un sacr\u00e9 pied de nez \u00e0 ceux qui proclamaient la \u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Les maux dont souffre l\u2019Europe sont les m\u00eames dont a souffert l\u2019Am\u00e9rique Latine il y a 20 ans. Et pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 des pr\u00e9sidents courageux et d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 mettre fin \u00e0 cet \u00e9tat de fait, les choses ont beaucoup chang\u00e9. Reconqu\u00eate des souverainet\u00e9s populaires, nouvelles orientations \u00e9conomiques, nouvelle vision de la politique et de la d\u00e9mocratie&#8230; L\u2019Am\u00e9rique Latine, malgr\u00e9 un pass\u00e9 symbolis\u00e9 par l\u2019exploitation et le pillage, d\u00e9crit comme un continent violent emprunt aux dictatures, montr\u00e9 avec l\u2019Afrique comme le continent o\u00f9 r\u00e8gne la mis\u00e8re, cette Am\u00e9rique Latine l\u00e0 a depuis bien chang\u00e9 et l\u2019Europe, et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019Occident, devraient s\u2019en inspirer au lieu de vouloir la d\u00e9stabiliser par le biais d\u2019un vieil outil qui reste toujours \u00e0 la mode\u00a0: l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Am\u00e9rique Latine, une menace pour l\u2019id\u00e9ologie dominante<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que les transformations qui ont eu lieu en Am\u00e9rique latine n\u2019ont pas fait que des \u00e9mules outre Atlantique. En effet, si la gauche radicale europ\u00e9enne a salu\u00e9 les transformations latino-am\u00e9ricaines, les principaux partis des gouvernements europ\u00e9ens, ainsi que les m\u00e9dias, se sont eux lanc\u00e9s dans une guerre ininterrompue contre les pr\u00e9sidents insoumis du sous-continent.<\/p>\n<p>Depuis que le Venezuela, suivie d\u2019autres pays de la r\u00e9gion, ont commenc\u00e9 \u00e0 tenir t\u00eate aux puissances imp\u00e9rialistes occidentales et aux multinationales, ces pays sont devenues les cibles r\u00e9currentes des m\u00e9dias dominants. Le Monde, Lib\u00e9ration, El Pais, La Repubblica etc., tous ces puissants m\u00e9dias aux mains de richissimes hommes d\u2019affaires ont tout fait pour donner une image d\u00e9sastreuses des nouvelles exp\u00e9riences qui jalonnent l\u2019Am\u00e9rique latine. La d\u00e9ontologie journalistique a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e pour laisser la place aux invectives, aux mensonges et aux caricatures ignobles. Les m\u00e9dias, redoutables professionnels de la propagande, ont ainsi tout essayer pour tenter de donner une image n\u00e9faste des pr\u00e9sidents Chavez, Morales, Correa&#8230; Souvent, ils ont volontairement occult\u00e9s les r\u00e9ussites en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique et sociale des pays concern\u00e9s, pr\u00e9f\u00e9rant traiter les pr\u00e9sidents en question de \u00ab\u00a0dictateurs\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0populistes\u00a0\u00bb. Les puissances imp\u00e9rialistes ont de leur cot\u00e9 vivement soutenues l\u2019opposition fasciste, d\u2019abord au pr\u00e9sident Chavez puis \u00e0 son successeur, Nicolas Maduro. La m\u00eame chose se passe dans les autres pays, avec le soutien financier nord-am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019oligarchie bolivienne ou \u00e9quatorienne par exemple.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/malcomx-50719.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-57438\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/malcomx-50719.jpg\" alt=\"malcomx-50719\" width=\"600\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/malcomx-50719.jpg 600w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/malcomx-50719-300x234.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\n<p>On sait maintenant le r\u00f4le fondamental qu\u2019ont jou\u00e9 les gouvernements occidentaux, notamment Washington, pour d\u00e9truire la vague socialiste qui d\u00e9ferlait dans le continent de Bolivar. Mais pourquoi tant d\u2019acharnement \u00e0 vouloir s\u2019en prendre \u00e0 des pays d\u00e9mocratiques et souverains\u00a0? Pourquoi tant de m\u00e9diamensonges\u00a0? Cette m\u00e9fiance des nations occidentales envers ce qui se passe en Am\u00e9rique latine s\u2019explique par la peur que suscite une contagion r\u00e9gionale puis internationale des r\u00e9volutions latino-am\u00e9ricaines. Les maitres de l\u2019\u00e9conomie mondiale tremblent face \u00e0 une possible \u00ab\u00a0th\u00e9orie des dominos\u00a0\u00bb. On en est bien s\u00fbr assez loin mais la violence avec laquelle les m\u00e9dias et les puissances occidentales traitent certaines nations latino-am\u00e9ricaines en dit long sur le danger que celles-ci repr\u00e9sentent pour l\u2019ordre \u00e9conomique et g\u00e9opolitique mondial. Apr\u00e8s la disparition de l\u2019URSS, les Etats-Unis \u00e9taient devenues les maitres du monde et se permettaient tout, dans la plus grande impunit\u00e9. L\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale \u00e9tait impos\u00e9e un peu de partout et la \u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e. Mais le r\u00e9veil des peuples d\u2019Am\u00e9rique Latine est venu bousculer un syst\u00e8me qui se croyait tout puissant et \u00e0 l\u2019abri des r\u00e9voltes. Les tentatives d\u2019exp\u00e9rimentation de syst\u00e8me \u00e9conomique alternatif visant \u00e0 d\u00e9passer le capitalisme et l\u2019\u00e9mergence de puissances \u00e9mergentes ont donn\u00e9 \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique Latine un nouveau statut et un nouvel aura dans le monde. D\u00e9sormais, le continent a son mot \u00e0 dire et ne se soumet plus, du moins certains pays, \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme et au n\u00e9ocolonialisme \u00e9tats-unien et europ\u00e9en. Le continent lutte jour apr\u00e8s jour pour arracher son ind\u00e9pendance \u00e9conomique, sa \u00ab\u00a0v\u00e9ritable et d\u00e9finitive seconde ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb tel que le proclamait le comandante Chavez.<\/p>\n<p>Le chemin est encore tr\u00e8s long et le combat contre les ennemis int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs ne se fera pas sans dommages. Les contradictions inh\u00e9rentes au processus de changement qui touche le continent constitueront de grands d\u00e9fis pour le future.<\/p>\n<p><strong>Quels d\u00e9fis pour l\u2019avenir de l\u2019Am\u00e9rique latine\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s, les contradictions et les d\u00e9fis restent \u00e0 l\u2019ordre du jour en Am\u00e9rique latine et dans les pays concern\u00e9s par ce processus de changement social historique. Dans ce sens, si l\u2019on veut contribuer \u00e0 faire \u00e9voluer le processus, si l\u2019on veut voire la r\u00e9volution des peuples latino-am\u00e9ricains s\u2019approfondir et se radicaliser pour d\u00e9passer pas seulement le syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9rale mais le syst\u00e8me capitaliste, il est n\u00e9cessaire assumer ces difficult\u00e9s et de s\u2019en approprier.<\/p>\n<p>De nos jours, dans une situation tellement d\u00e9sesp\u00e9rante en Europe, nous aurions tendance \u00e0 id\u00e9aliser le processus d\u2019int\u00e9gration latino-am\u00e9ricain. Et pourtant, les difficult\u00e9s et les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 ce processus existent bel et bien. Elles sont naturelles et propres \u00e0 tout processus de changement social. Les pays de Notre Am\u00e9rique ont plus que jamais besoin de notre solidarit\u00e9 et d\u2019un regard d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal. Une attitude amicale consisterait donc \u00e0 signaler les risques et les d\u00e9fis existants sans le moindre trace du paternalisme et de l\u2019arrogance si caract\u00e9ristiques du pass\u00e9 colonial europ\u00e9en. Nous devons faciliter les conditions pour l\u2019approfondissement des politiques pour la transition vers un nouveau paradigme post-capitaliste, vers le socialisme latino-am\u00e9ricain du 21\u00e8me si\u00e8cle. La responsabilit\u00e9 historique de la gauche europ\u00e9enne doit \u00eatre celle d\u2019interpr\u00e9ter quel est le besoin de solidarit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 chaque instant, dans un monde domin\u00e9 par la d\u00e9sinformation, et de contrecarrer la propagande qui se d\u00e9veloppe au quotidien sous nos yeux. Notre but est simple\u00a0: manifester au monde entier qu\u2019en Am\u00e9rique latine une r\u00e9volution est en marche. Une r\u00e9volution que oui, certes, pr\u00e9sente des anomalies et parfois des incoh\u00e9rences, mais qui reste une r\u00e9volution qui vise \u00e0 bouleverser l\u2019ordre \u00e9conomique et politique qui a d\u00e9truit, au sens strict du terme, ce continent. Une r\u00e9volution qui repr\u00e9sente un espoir et une alternative pour tous les pays du Sud. Une r\u00e9volution qui est en train de contribuer \u00e0 un progr\u00e8s social g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Dans cette p\u00e9riode de crise syst\u00e9mique du capitalisme mondiale, les politiques sociales latino-am\u00e9ricaines devraient inspirer autres parties du monde en difficult\u00e9, notamment l\u2019Europe et \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique du nord de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, de la pr\u00e9carit\u00e9 et de la d\u00e9gradation sociale. Donc oui, s\u2019approprier des d\u00e9fis et des contradictions de ce processus est un devoir fondamental pour nous tous. Cela pour en comprendre soigneusement les caract\u00e9ristiques et \u00eatre ainsi capables d\u2019argumenter, de d\u00e9montrer, \u00e0 l\u2019appui de bases et connaissances solides, que oui, une alternative est possible, que oui, la lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme et le ravage n\u00e9olib\u00e9rale est en marche, pour la construction d\u2019un monde de paix et justice sociale.<\/p>\n<p>Comme on a vu auparavant, la situation et les conditions socio-\u00e9conomiques dans les diff\u00e9rents pays touch\u00e9s par ce processus se sont assur\u00e9ment am\u00e9lior\u00e9es. Des importantes r\u00e9formes politiques ont vu le jour dans la majorit\u00e9 de ces pays, favorisant l\u2019accroissement de la participation des populations (notamment les populations indig\u00e8nes) jadis exclues de la vie et de l\u2019action politique et, aujourd\u2019hui, finalement propri\u00e9taires d\u2019une \u00ab\u00a0conscience politique\u00a0\u00bb, leur permettant d\u2019avoir une incidence majeure. La promotion de l\u2019inter-culturalit\u00e9 et la plurinationalit\u00e9 ont aussi \u00e9t\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9, comme le t\u00e9moigne l\u2019instauration de L\u2019Etat Plurinational de Bolivie et sa nouvelle Constitution politique.<\/p>\n<p><strong>Un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement est-il possible\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La voie vers une nouvelle conception\/paradigme de d\u00e9veloppement a tout de m\u00eame commenc\u00e9, avec l\u2019introduction (au niveau normatif et des discours) de l\u2019\u00e9l\u00e9ment naturel (la Pachamama, la Madre Tierra, en espagnol) comme caract\u00e8re de premier plan dans les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement. C\u2019est un bouleversement \u00e0 ne pas sous-estimer. Malgr\u00e9 ce qu\u2019\u00e9crivait Marx \u00e0 propos du lien entre capitalisme et destruction de la nature, les exp\u00e9riences socialistes pass\u00e9es n\u2019ont pas mis l\u2019accent, pour des claires raisons historiques et strat\u00e9giques, sur la n\u00e9cessit\u00e9 de placer la nature au centre des politiques de d\u00e9veloppement. C\u2019est-\u00e0-dire que la conception dominante restait fondamentalement anthropocentrique au lieu de biocentrique. Les avances plus importantes dans ce sens on peut les observer en Equateur et en Bolivie, o\u00f9 l\u2019introduction des droits de la nature au sein de la constitution repr\u00e9sente une nouveaut\u00e9 pionni\u00e8re. N\u00e9anmoins, \u00e0 cause de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9pendance de l\u2019\u00e9conomie extractive, ces avances et ces discours restent sur la carte. Mais au moins, ils sont inscrits sur la carte. La concr\u00e9tisation du processus de changement (avec notamment l\u2019\u00e9mancipation du syst\u00e8me capitaliste, l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique au sein du bloc progressiste latino-am\u00e9ricain, la cr\u00e9ation d\u2019institutions supranationales latino-am\u00e9ricaines dans les secteurs cl\u00e9s des \u00e9conomies et la mise en ouvre d\u2019une strat\u00e9gie \u00e9conomique nationale bas\u00e9e sur la diversification \u00e9conomique) aura le devoir de transposer ces discours et ces lois dans des politiques tangibles et effectives.<\/p>\n<p>Or, tout ce qui brille n\u2019est pas de l\u2019or. Les hi\u00e9rarchies et les structures de domination h\u00e9rit\u00e9s des p\u00e9riodes pr\u00e9c\u00e9dentes (la p\u00e9riode coloniale et celle n\u00e9ocoloniale) sont encore en place. Comme le dit Fran\u00e7ois Houtart, sociologue belge, le processus latino-am\u00e9ricain est aujourd\u2019hui un processus post-n\u00e9olib\u00e9ral mais pas encore post-capitaliste. Pour lui, le caract\u00e8re post-n\u00e9olib\u00e9ral est tr\u00e8s affirm\u00e9, pour le fait de vouloir concr\u00e9tiser la reconstruction de l\u2019Etat, r\u00e9cup\u00e9rer ses r\u00f4les et se lib\u00e9rer de l\u2019ing\u00e9rence h\u00e9g\u00e9monique des chiens de garde du capital financier international\u00a0: la Banque Mondiale et le Fond Mon\u00e9taire Internationale. N\u00e9anmoins, \u00e0 l\u2019heure actuelle, on ne peut pas parler de tout cela comme d\u2019une transformation post-capitaliste\u00a0: les pays latinos (sauf Cuba) restent essentiellement dans une logique organisationnelle de leur \u00e9conomie qui est capitaliste, l\u2019exploitation de la force travail est toujours une r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame si, \u00e0 diff\u00e9rence des pays n\u00e9olib\u00e9rales, des politiques redistributives ont am\u00e9lior\u00e9 les conditions de vie des travailleurs. Au Venezuela par contre, la transition est all\u00e9e plus loin, l\u2019approfondissement de la r\u00e9volution bolivarienne a contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des nouvelles formes d\u2019organisation au sein des entreprises et des communes socialistes autogouvern\u00e9s.<\/p>\n<p>En outre, dans tous ces pays (aussi dans ce cas sauf Cuba et en moindre mesure au Venezuela) les multinationales continuent \u00e0 dicter la loi pour ce qui concerne notamment l\u2019extraction des ressources naturelles, hydrocarbures et produits miniers en primis. En Equateur, Chevron est toujours tr\u00e8s influent dans les politiques extractives du p\u00e9trole amazonien. En Bolivie, malgr\u00e9 des importantes vagues de nationalisation dans l\u2019industrie mini\u00e8re et des hydrocarbures, initi\u00e9es par le gouvernement Morales en 2006, les multinationales sont encore sur place, puissantes, agressives comme d\u2019habitude, en train de polluer les \u00e9cosyst\u00e8mes et asservir les populations locales. A l\u2019est du pays, encore sous le contr\u00f4le de l\u2019oligarchie blanche du pays, Monsanto dicte la loi dans les immenses plantations de soya. Inutile de discuter du cas du Br\u00e9sil et de l\u2019Argentine, pays encore plus en arri\u00e8re dans ces processus de changement structurel.<\/p>\n<p><strong>Origine et nature de ces contradictions<\/strong><\/p>\n<p>Mais pourquoi, se demande beaucoup de monde, en d\u00e9pit des discours des acteurs politiques de ces pays, le processus fatigue \u00e0 prendre son essor\u00a0? Nous pensons que cette question est en effet mal formul\u00e9e. Le processus ne fatigue pas \u00e0 progresser. Le processus est, par sa m\u00eame \u00e9tymologie, quelque chose qui avance par \u00e9tapes. Cela d\u00e9termine des contradictions in\u00e9vitables, des \u00ab\u00a0<em> tensions cr\u00e9atives au sein de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb<\/em>, comme l\u2019affirme le vice-pr\u00e9sident bolivien Alvaro Garcia Linera. Des tensions, in\u00e9vitables, qui <em>\u00ab\u00a0d\u2019un c\u00f4t\u00e9, menacent la poursuite (de la r\u00e9volution)\u00a0; de l\u2019autre, elles permettent d\u2019imaginer les moyens de passer \u00e0 l\u2019\u00e9tape ult\u00e9rieure\u00a0\u00bb<\/em>. Comme on l\u2019\u00e9crivait dans un vieil article de Investig\u2019Action, \u00ab\u00a0pour d\u00e9passer cette contradiction, le premier pas sera la d\u00e9mocratisation et puis l\u2019appropriation par la soci\u00e9t\u00e9 du processus juridique d\u2019arbitrage. Il faut pousser une avant-garde garante de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. Dans un premier temps, l\u2019objet devrait \u00eatre la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s par une redistribution des richesses. La deuxi\u00e8me \u00e9tape, constituerait la transformation progressive du peuple en instance collective\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces contradictions seront d\u2019autant plus marqu\u00e9es dans le cas de pays comme ceux latino-am\u00e9ricains \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans le 21\u00e8me si\u00e8cle, pr\u00e9sentant des caract\u00e9ristiques \u00e0 prendre en compte. La Bolivie, L\u2019Equateur et le Venezuela, par exemple, ont \u00e9t\u00e9 probablement les pays les plus touch\u00e9s par la d\u00e9vastation n\u00e9olib\u00e9rale de l\u2019Am\u00e9rique latine, arrang\u00e9e par les gendarmes du n\u00e9ocolonialisme occidental, la Banque Mondiale et le FMI, en accord avec les grandes puissances occidentales. Tout r\u00e9sidu de tissu industriel a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti, les populations indig\u00e8nes spoli\u00e9s de leur droits, la pauvret\u00e9 se trouvait \u00e0 des niveaux catastrophiques (en 2005 la Bolivie \u00e9tait, apr\u00e8s Ha\u00efti, le deuxi\u00e8me pays le plus pauvre de tout l\u2019h\u00e9misph\u00e8re occidental)\u2026 L\u2019un des h\u00e9ritages les plus douloureux de la p\u00e9riode n\u00e9olib\u00e9rale, dont on ne fait pas assez souvent mention, est sans doute la totale d\u00e9pendance des \u00e9conomies de ces pays aux exportations de produits non-finis (notamment p\u00e9trole brut, produits miniers, gaz et autres hydrocarbures). Il faut consid\u00e9rer aussi le fait que cette d\u00e9pendance se manifeste aussi de la c\u00f4t\u00e9 du savoir technologique et administratif. Ce fait implique que au moment de leur entr\u00e9e en jeu, les pr\u00e9sidents progressistes latino-am\u00e9ricains se sont trouv\u00e9s dans un \u00e9tat de (totale) d\u00e9pendance vers les march\u00e9s internationaux et le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb du commerce international de mati\u00e8res premi\u00e8res. Sortir d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre de ce \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb aurait signifi\u00e9 l\u2019impossibilit\u00e9, pour ces pays, de financer leurs politiques sociales et de soutenir leurs d\u00e9penses en g\u00e9n\u00e9ral. Par cons\u00e9quence, dans le court-terme, le maintien de liens des pays progressistes avec le syst\u00e8me capitaliste international est une condition n\u00e9cessaire pour leur survie.<\/p>\n<p>Le processus d\u2019int\u00e9gration latino-am\u00e9ricain et la route vers le socialisme du 21\u00e8me si\u00e8cle s\u2019inscrivent dans un processus long, complexe, tremp\u00e9 d\u2019entraves et in\u00e9luctablement contradictoire. C\u2019est justement pour ces difficult\u00e9s, qui de surcroit s\u2019accompagnent d\u2019une intensification de la machine imp\u00e9rialiste \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale, qu\u2019on a la responsabilit\u00e9 de suivre et appuyer ce mouvement \u00e9mancipateur depuis nos r\u00e9alit\u00e9s. \u00c7a rel\u00e8ve de l\u2019avenir de nous tous, de tous les peuples qui luttent pour la paix, la libert\u00e9 et la justice sociale.<\/p>\n<p><em>_______________________________<\/em><\/p>\n<p><em>Investig\u2019Action, c\u2019est le collectif qui anime le site michelcollon.info. Notre newsletter vous propose chaque semaine des articles venus du monde entier, des vid\u00e9os \u00e0 contre-courant et aussi des test &#8211; m\u00e9dias vous aidant \u00e0 d\u00e9coder l\u2019info. La voix de ceux qu\u2019on n\u2019entend pas dans les m\u00e9dias traditionnels. La voix des sans-voix. Vous \u00eates tr\u00e8s nombreux \u00e0\u00a0(&#8230;)<\/em><\/p>\n<p><em>Cet article fait partie du <\/em><em><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/michelcollon.info\/Le-Journal-de-Notre-Amerique-no1.html?lang=fr\" >&#8220;Journal de Notre Am\u00e9rique n\u00b01&#8221;<\/a><\/em><em>, pour lire ce Journal cliquez ici.<\/em><\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.michelcollon.info\/L-Amerique-latine-en-perspective.html?lang=fr\" >Go to Original \u2013 michelcollon.info<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9s impos\u00e9es \u00e0 certains pays de la r\u00e9gion par le Fond Mon\u00e9taire International et la Banque Mondiale ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s au profit de politique de relance o\u00f9 l&#8217;Etat a repris avec plus ou moins d&#8217;importance un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la gestion de l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-57437","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-original-languages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57437","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57437"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57437\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57437"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57437"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57437"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}