{"id":88378,"date":"2017-03-13T12:00:58","date_gmt":"2017-03-13T12:00:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=88378"},"modified":"2017-03-09T14:08:49","modified_gmt":"2017-03-09T14:08:49","slug":"francais-comment-le-coton-ogm-de-monsanto-sest-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du-burkina-faso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2017\/03\/francais-comment-le-coton-ogm-de-monsanto-sest-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du-burkina-faso\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Comment le coton OGM de Monsanto s\u2019est transform\u00e9 en fl\u00e9au pour les paysans du Burkina Faso"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>Au Burkina Faso, les jours de Monsanto sont compt\u00e9s. La multinationale se retire du pays. L\u2019introduction de son coton OGM en 2009 ne s\u2019y est pas vraiment pass\u00e9e comme pr\u00e9vu\u00a0: pr\u00e9sent\u00e9e comme une solution miracle aux attaques de ravageurs, la nouvelle vari\u00e9t\u00e9 a surtout fini par ravager la qualit\u00e9 et la r\u00e9putation du coton burkinab\u00e8. Mais le g\u00e9ant agro-chimique n\u2019est pas seul en cause\u00a0: \u00e0 l\u2019heure d\u2019\u00e9tablir les responsabilit\u00e9s, les autorit\u00e9s locales sont en premi\u00e8re ligne. Enqu\u00eate en trois parties sur la fili\u00e8re du coton transg\u00e9nique dans ce pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Premi\u00e8re \u00e9tape\u00a0: comment la firme am\u00e9ricaine a r\u00e9ussi \u00e0 y vendre son coton transg\u00e9nique.<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_88379\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-88379\" class=\"wp-image-88379\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto.jpg 460w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-88379\" class=\"wp-caption-text\">Mohamed Traore contemple le travail de r\u00e9colte dans son champ. En ce moment le coton est le seul produit agricole qu\u2019il peut commercialiser. Il en d\u00e9pend pour pouvoir payer la scolarit\u00e9 de ses enfants. Mais s\u2019il avait le choix, il arr\u00eaterait la culture de coton. \u00a9 Wouter Elsen<\/p><\/div>\n<p><em>6 mars 2017<\/em>\u00a0 &#8211; <em>\u00ab\u00a0Monsanto est parti, mais mes probl\u00e8mes restent.\u00a0\u00bb<\/em> Mohamed Traor\u00e9 est cultivateur de coton dans la r\u00e9gion de Hound\u00e9, dans le sud-ouest du Burkina Faso. Dans son pays, les yeux sont tourn\u00e9s vers la moins appr\u00e9ci\u00e9e des multinationales\u00a0: Monsanto. Quelques semaines apr\u00e8s l\u2019annonce d\u2019un possible rachat du g\u00e9ant de la chimie par son concurrent allemand Bayer, le magazine <em>Jeune Afrique<\/em>, au mois d\u2019octobre 2016, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/mag\/361768\/economie\/burkina-faso-monsanto-plie-bagage\/\" >publiait un mail interne de la soci\u00e9t\u00e9<\/a>, annon\u00e7ant son d\u00e9part prochain du Burkina Faso. En cause\u00a0? Un gigantesque fiasco agro-industriel qui a fait tanguer toute l\u2019\u00e9conomie agricole du pays. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s son introduction massive, pr\u00e9sent\u00e9e comme une solution miracle aux difficult\u00e9s de la fili\u00e8re locale, la vari\u00e9t\u00e9 OGM commercialis\u00e9e par Monsanto a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019une d\u00e9gradation dramatique de la qualit\u00e9 du coton burkinab\u00e8, dont les propri\u00e9t\u00e9s \u2013 en particulier la longueur de fibre \u2013 \u00e9taient jusqu\u2019alors tr\u00e8s pris\u00e9es des pays importateurs de cet \u00ab\u00a0or blanc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Import\u00e9 afin de r\u00e9sister aux attaques des insectes, qui avaient coutume de ravager les cultures du pays, le coton OGM a pour effet secondaire d\u2019entra\u00eener, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, une r\u00e9duction progressive de la taille de la fibre. Probl\u00e8me\u00a0: plus la fibre est longue, plus le travail sur les machines de tissage est efficace. Confront\u00e9 \u00e0 cette situation, Monsanto semble avoir opt\u00e9 pour un repli strat\u00e9gique du pays.<\/p>\n<p>La nouvelle du d\u00e9part de la multinationale n\u2019est cependant pas encore officiellement confirm\u00e9e, et les responsables du secteur cotonnier burkinab\u00e8 d\u00e9clarent que des tractations sont en cours. Mais plusieurs personnes proches de Monsanto confirment que l\u2019entreprise ne veut plus rester. Les groupes d\u2019action locaux et internationaux anti-OGM s\u2019en r\u00e9jouissent. Ils comparent cet \u00e9v\u00e9nement aux manifestations de courageux Burkinab\u00e8 qui ont chass\u00e9 le dictateur Blaise Compaor\u00e9, le 31 octobre 2014. Sur les r\u00e9seaux sociaux, le peuple se congratule d\u2019avoir dit \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb \u00e0 Monsanto.<\/p>\n<p><strong>De la crise du coton \u00e0 l\u2019introduction des OGM<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre les causes de ce fiasco, il faut revenir en 1996. Toute la r\u00e9gion de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest est alors touch\u00e9e par une invasion massive de chenilles s\u2019attaquant aux r\u00e9coltes. Les pesticides que les pays producteurs ouest-africains utilisent depuis des ann\u00e9es sont devenus inefficaces. Le secteur lance alors le \u00ab\u00a0Programme fen\u00eatre\u00a0\u00bb pour un traitement plus pointu et plus diff\u00e9renci\u00e9 dans le temps des plants de coton. Le programme semble efficace mais au bout de deux ans, les cultivateurs de coton burkinab\u00e8 subissent \u00e0 nouveau un coup dur. En septembre 1998, un insecte jusque-l\u00e0 inconnu, la mouche blanche, provoque des d\u00e9g\u00e2ts s\u00e9v\u00e8res alors que les champs sont blancs comme neige.<\/p>\n<p>La panique est totale. Le coton est un secteur tr\u00e8s strat\u00e9gique au Burkina Faso, repr\u00e9sentant 4\u00a0% du produit national brut et environ deux tiers des revenus d\u2019exportation. Le secteur cr\u00e9e de mani\u00e8re directe et indirecte au moins 25% des emplois du pays. Il se raconte que l\u2019introduction des cotons OGM au Burkina Faso est li\u00e9e au fait que l\u2019ancien pr\u00e9sident, Blaise Compaor\u00e9, entretenait une relation difficile avec les \u00c9tats-Unis. En 2000, les am\u00e9ricains menace le pays de sanctions parce que Compaor\u00e9 entretenait un trafic ill\u00e9gal d\u2019armes et de diamants pendant la guerre civile au Sierra Leone. Il aurait accept\u00e9 les OGM de Monsanto en \u00e9change de leur silence vis-\u00e0-vis de ces trafics.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Un coton anti-ravageurs, c\u2019\u00e9tait comme un r\u00eave\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Une autre histoire est avanc\u00e9e par le professeur Roger Zangre, responsable \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 de l\u2019Agence nationale de valorisation des r\u00e9sultats de recherche (ANVARR). <em>\u00ab\u00a0En 1999, je participais avec quelques coll\u00e8gues \u00e0 une conf\u00e9rence au Cameroun. C\u2019est l\u00e0-bas que nous avons rencontr\u00e9 Monsanto. La d\u00e9monstration de leur coton contenant le g\u00e8ne Bt (Bacillus thuringiensis) a \u00e9t\u00e9 pour nous une vraie r\u00e9v\u00e9lation. Un coton qui pouvait se d\u00e9fendre contre les ravageurs, pour nous c\u2019\u00e9tait comme un r\u00eave. Nous avons invit\u00e9 Monsanto au Burkina Faso\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Cyr Payim Ouedraogo, journaliste scientifique, affirme lui aussi que les cotons OGM n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s au Burkina Faso\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u00c0 la base, ce sont les cultivateurs de coton qui ont constat\u00e9 qu\u2019il existait un s\u00e9rieux probl\u00e8me. Le gouvernement a demand\u00e9 aux scientifiques de trouver une solution et celle-ci a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e aupr\u00e8s de Monsanto. Nous n\u2019avons pas pris de d\u00e9cision du jour au lendemain\u00a0: les Burkinab\u00e8 ont m\u00eame voulu \u00eatre prudents, et ils ont \u00e9galement sollicit\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 suisse Syngenta. Mais cette derni\u00e8re a disparu des n\u00e9gociations, parce que leur produit n\u2019\u00e9tait pas assez performant. <\/em><em>Finalement ils ont d\u00e9cid\u00e9 de travailler avec Monsanto. C\u2019est le business, c\u2019est tout.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_88380\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto2.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-88380\" class=\"wp-image-88380\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto2.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto2.jpg 444w, https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/burkina-faso-africa-monsanto2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-88380\" class=\"wp-caption-text\">La r\u00e9colte du coton est tr\u00e8s intensive et demande beaucoup de main d\u2019\u0153uvre. Ce sont surtout les femmes qui passent des longues journ\u00e9es dans les champs pendant la r\u00e9colte. Elles gagnent environ 1 000 FCFA (1,5 euros) par jour. \u00a9 Wouter Elsen<\/p><\/div>\n<p>Le coton OGM a probablement \u00e9t\u00e9 efficace dans un premier temps. Le secteur du coton \u00e9tait sous pression \u00e0 cause des invasions successives d\u2019insectes. S\u2019il n\u2019avait rien fait, le gouvernement risquait de faire face \u00e0 des mouvements sociaux, car de nombreuses familles d\u00e9pendent du coton pour leur survie. Le secteur g\u00e9n\u00e8re beaucoup d\u2019emplois secondaires\u00a0: usines d\u2019\u00e9grenage, transport, huileries&#8230; et a longtemps constitu\u00e9 la seule activit\u00e9 rapportant des devises \u00e9trang\u00e8res au pays\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Comment-le-coton-OGM-de-Monsanto-s-est-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du#nb1\" >1<\/a>]. Sur le r\u00f4le des \u00c9tats-Unis, Cyr Payim Ouedraogo explique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Si cela permettait de calmer un peu les tensions entre Washington et Ouagadougou, pourquoi pas\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Contournement de la r\u00e9glementation, avec l\u2019appui du gouvernement<\/strong><\/p>\n<p>Une des conditions pour que Monsanto introduise des OGM dans un nouveau pays est le respect du r\u00e8glement national sur la bios\u00e9curit\u00e9. Encore faut-il que ce r\u00e8glement existe. Le professeur Roger Zangre de l\u2019ANVARR \u00e9tait aussi pr\u00e9sident du Comit\u00e9 provisoire de la bios\u00e9curit\u00e9 qui, en 2000, commence \u00e0 r\u00e9diger la loi burkinab\u00e8 sur le sujet.<\/p>\n<p>Le groupe travaille pendant deux ans sur cette r\u00e9glementation valid\u00e9e d\u00e9but 2003. Zangre maintient que toutes les \u00e9tapes l\u00e9gales ont \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es. Le Burkina Faso a-t-il subi des pressions pour accepter les OGM\u00a0? <em>\u00ab\u00a0En juillet 2003, Sofitex, qui \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque la seule soci\u00e9t\u00e9 cotonni\u00e8re nationale, a organis\u00e9 une conf\u00e9rence internationale sur les biotechnologies. <\/em><em>Tout le monde \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: les entreprises, les chercheurs, les consommateurs, les chefs coutumiers. Quelqu\u2019un dans le public a racont\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait en mission \u00e0 Dakar et qu\u2019il avait appris l\u00e0-bas qu\u2019on cultivait du coton OGM au Burkina Faso. Les gens \u00e9taient furieux, ils ont pos\u00e9 des questions et devant tout le monde Monsanto a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de reconna\u00eetre qu\u2019on \u00e9tait en effet en train de faire des essais en milieu contr\u00f4l\u00e9. <\/em><em>Moi j\u2019\u00e9tais le pr\u00e9sident du Comit\u00e9, mais je n\u2019\u00e9tais pas inform\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, raconte-t-il.<\/p>\n<p><strong>Comit\u00e9 de fa\u00e7ade<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant Monsanto a bien re\u00e7u une autorisation pour r\u00e9aliser ces essais, un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel m\u00eame. Le journaliste Cyr Payim Ouedraogo temp\u00e8re\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les autorit\u00e9s n\u2019ont pas su bien communiquer. Que voulez-vous\u00a0? Dans pas mal d\u2019institutions du pays, m\u00eame aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas de bons communicants.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le professeur Zangre a une autre opinion\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u00c0 la sortie de la conf\u00e9rence, quelqu\u2019un de Monsanto est venu me demander d\u2019\u00e9crire que le Comit\u00e9 \u00e9tait au courant des essais. J\u2019ai refus\u00e9, il a insist\u00e9. Deux semaines plus tard, j\u2019ai \u00e9crit un document que Monsanto n\u2019a pas pu exploiter parce que consid\u00e9r\u00e9 comme trop superficiel. Depuis, on m\u2019a \u00e9cart\u00e9 de la pr\u00e9sidence du Comit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Il semble que ce comit\u00e9 provisoire n\u2019\u00e9tait qu\u2019une op\u00e9ration de fa\u00e7ade. Les d\u00e9cisions avaient vraisemblablement d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prises au plus haut niveau. Le soi-disant d\u00e9bat d\u00e9mocratique qui aurait d\u00fb avoir lieu auparavant a en fait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en toute h\u00e2te par la suite.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9t\u00e9rioration rapide des plants OGM<\/strong><\/p>\n<p>Bien que Zangre soit un d\u00e9fenseur des OGM, il est globalement d\u2019accord avec son coll\u00e8gue Didier Zongo, \u00e9galement professeur mais opposant notoire aux OGM, lorsqu\u2019il \u00e9voque les \u00e9normes b\u00e9vues r\u00e9alis\u00e9es suite \u00e0 l\u2019introduction du coton OGM.<\/p>\n<p>Pour le professeur Zongo, <em>\u00ab\u00a0le coton OGM est au Burkina Faso le r\u00e9sultat du croisement entre une vari\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine contenant le g\u00e8ne Bt, et une vari\u00e9t\u00e9 locale burkinab\u00e8. La caract\u00e9ristique la plus importante de la vari\u00e9t\u00e9 burkinab\u00e8 \u00e9tait la fibre longue. La nouvelle vari\u00e9t\u00e9 obtenue apr\u00e8s croisement contenait donc le g\u00e8ne Bt et la fibre longue.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tous les chercheurs savent qu\u2019on ne peut pas se contenter de cela. On doit faire des r\u00e9tro-croisements et \u00e0 chaque fois s\u00e9lectionner la plante qui contient les bonnes caract\u00e9ristiques, c\u2019est-\u00e0-dire la fibre longue et le g\u00e8ne Bt\u00a0[<\/em><em><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Comment-le-coton-OGM-de-Monsanto-s-est-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du#nb2\" >2<\/a><\/em><em>]. Normalement on doit effectuer jusqu\u2019\u00e0 sept r\u00e9tro-croisements afin de fixer \u00e0 la fois la r\u00e9sistance contre les insectes, que procure le g\u00e8ne Bt, et toutes les caract\u00e9ristiques de notre vari\u00e9t\u00e9 locale. Dans les faits, la vari\u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9e au Burkina Faso n\u2019\u00e9tait le r\u00e9sultat que de deux r\u00e9tro-croisements.\u00a0\u00bb<\/em> La vari\u00e9t\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer rapidement, alors m\u00eame que la qualit\u00e9 du coton burkinab\u00e8 \u00e9tait reconnue comme la meilleure dans le monde du fait de sa fibre exceptionnellement longue\u200b. <em>\u00ab\u00a0Cette n\u00e9gligence a fait que notre pays, qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u2019avait pas d\u2019\u00e9gal avec d\u2019autres pays cotonniers, a perdu son label de qualit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Un ancien employ\u00e9 de Monsanto\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019a pas fait ce qu\u2019on aurait d\u00fb faire\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Depuis que le Burkina Faso a annonc\u00e9 un \u00ab\u00a0arr\u00eat provisoire\u00a0\u00bb du coton g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9, en avril 2016, Monsanto se refuse \u00e0 tout commentaire et communiqu\u00e9 officiel. Un ancien employ\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 a pourtant bien voulu parler avec nous. Ses r\u00e9v\u00e9lations ne sont rien de moins qu\u2019un aveu. <em>\u00ab\u00a0L\u2019analyse sur les r\u00e9tro-croisements est correcte. On aurait d\u00fb continuer. On a commis de grandes erreurs. On n\u2019a pas fait ce qu\u2019on aurait d\u00fb faire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il semble que Monsanto ait habilement utilis\u00e9 le d\u00e9sarroi qui r\u00e9gnait \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans le secteur du coton pour introduire son produit. Le contrat avec Monsanto promettait une solution imm\u00e9diate aux probl\u00e8mes des insectes dans les champs de coton, ainsi qu\u2019une augmentation de la production par hectare et du nombre de graines par capsule de coton.<\/p>\n<p>Le coton transg\u00e9nique a r\u00e9pondu pendant plusieurs ann\u00e9es \u00e0 ces conditions. Mais dans le contrat, rien n\u2019\u00e9tait stipul\u00e9 sur la longueur de la fibre de coton. Les chercheurs de Monsanto et leurs coll\u00e8gues burkinab\u00e8 savaient pourtant qu\u2019une n\u00e9gligence dans les r\u00e9tro-croisements am\u00e8nerait des probl\u00e8mes. <em>\u00ab\u00a0Personne n\u2019a r\u00e9fl\u00e9chi aux cons\u00e9quences<\/em>, confirme l\u2019ancien employ\u00e9. <em>Il n\u2019y a pas d\u2019excuses pour cela, c\u2019est du laxisme, les acteurs de la fili\u00e8re s\u2019en fichent de l\u2019agriculteur, ils ont un m\u00e9pris total pour les paysans. C\u2019est p\u00e9nible mais c\u2019est comme \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Aucune promesse tenue\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la question de savoir pourquoi les r\u00e9tro-croisements n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 poursuivis alors que le raccourcissement de la fibre est constat\u00e9 d\u00e8s 2010, et que tout le monde savait que la solution \u00e9tait l\u00e0, l\u2019ancien employ\u00e9 de Monsanto r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Oui, c\u2019est grave. Pour une entreprise comme Monsanto, le march\u00e9 dans un pays comme le Burkina Faso n\u2019est pas assez important\u00a0; il ne repr\u00e9sente pas assez de dollars. \u00c7a ne valait pas la peine d\u2019investir encore plus.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Chez l\u2019INERA (Institut National d\u2019Exp\u00e9rimentation et de Recherche Agricole), l\u2019institut burkinab\u00e8 qui a travaill\u00e9 avec Monsanto, personne n\u2019est habilit\u00e9 \u00e0 faire un commentaire. M\u00eame s\u2019ils l\u2019avaient voulu, les scientifiques burkinab\u00e8 n\u2019auraient pas pu manipuler cette vari\u00e9t\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Quand on a la technologie de quelqu\u2019un, on ne peut pas l\u2019utiliser et la changer \u00e0 sa guise. <\/em><em>Il y a un contrat qui d\u00e9crit la collaboration et les implications. C\u2019est du business\u00a0\u00bb<\/em>, explique Cyr Payim Ouedraogo.<\/p>\n<p>La d\u00e9ception chez les scientifiques est grande comme en atteste le professeur Roger Zangre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ce qui \u00e9tait essentiel dans le contrat avec Monsanto c\u2019\u00e9tait le renforcement des capacit\u00e9s. On pensait que nos chercheurs allaient apprendre comment isoler des g\u00e8nes et comment les introduire dans d\u2019autres plantes. <\/em><em>On aurait pu \u00eatre les ma\u00eetres de la biotechnologie en Afrique de l\u2019Ouest. Aucune de ces promesses n\u2019a \u00e9t\u00e9 tenue.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong><em>NOTES:<\/em><\/strong><\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Comment-le-coton-OGM-de-Monsanto-s-est-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du#nh1\" >1<\/a>]\u00a0L\u2019exportation de l\u2019or par le Burkina Faso a d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9 celle du coton.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Comment-le-coton-OGM-de-Monsanto-s-est-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du#nh2\" >2<\/a>]\u00a0En g\u00e9n\u00e9tique, un r\u00e9tro-croisement, aussi appel\u00e9 \u00ab\u00a0croisement en retour\u00a0\u00bb, est le croisement d\u2019un hybride avec l\u2019un de ses parents ou avec un individu similaire sur le plan g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019un de ses parents, de mani\u00e8re \u00e0 obtenir un descendant ayant une identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique plus proche de celle du parent.<\/p>\n<p>____________________________________________<\/p>\n<p><em>Traduction du n\u00e9erlandais\u00a0: Jos Mestdagh<\/em><\/p>\n<p><em>Cette enqu\u00eate a pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e gr\u00e2ce au soutien de <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/journalismfund.eu\/\" >Journalismfund<\/a> (Flanders Connecting Continents). Les auteurs remercient chaleureusement les deux jeunes chercheurs, Edouard Idrissa Sanou et Lodewijk van Dycke, pour leurs points de vue pr\u00e9cieux et innovants ainsi que pour leurs conseils scientifiques. L\u2019article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 initialement en n\u00e9erlandais sur le site <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.mo.be\/longread\/burkina-faso-monsanto-is-vertrokken-maar-mijn-problemen-blijven\" >www.mo.be<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><em>Sauf mention contraire, le contenu de ce site est sous <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/3.0\/deed.fr\" >contrat Creative Commons<\/a> | <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Mentions-legales\" >Mentions l\u00e9gales<\/a> | <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.spip.net\/\" >SPIP<\/a><\/em><\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/multinationales.org\/Comment-le-coton-OGM-de-Monsanto-s-est-transforme-en-fleau-pour-les-paysans-du\" >Go to Original \u2013 multinationales.org<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>6 mars 2017  &#8211; Au Burkina Faso, les jours de Monsanto sont compt\u00e9s. La multinationale se retire du pays. L\u2019introduction de son coton OGM en 2009 ne s\u2019y est pas vraiment pass\u00e9e comme pr\u00e9vu : pr\u00e9sent\u00e9e comme une solution miracle aux attaques de ravageurs, la nouvelle vari\u00e9t\u00e9 a surtout fini par ravager la qualit\u00e9 et la r\u00e9putation du coton burkinab\u00e8. Mais le g\u00e9ant agro-chimique n\u2019est pas seul en cause : \u00e0 l\u2019heure d\u2019\u00e9tablir les responsabilit\u00e9s, les autorit\u00e9s locales sont en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-88378","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-original-languages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88378","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88378"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88378\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=88378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}