{"id":90044,"date":"2017-04-10T12:00:20","date_gmt":"2017-04-10T11:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=90044"},"modified":"2017-04-06T12:58:40","modified_gmt":"2017-04-06T11:58:40","slug":"francais-enjeux-et-devenir-de-la-peche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2017\/04\/francais-enjeux-et-devenir-de-la-peche\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) Enjeux et devenir de la p\u00eache"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>La hausse constante de la consommation de poisson a fait de la p\u00eache une industrie lucrative. <\/em><em>Mais le boom de l\u2019halieutique s\u2019est aussi traduit par une explosion des in\u00e9galit\u00e9s, une aggravation des conflits pour le contr\u00f4le de la ressource et un effondrement des stocks. <\/em><em>Pour y faire face, les institutions internationales ont surtout fait appel \u00e0 des m\u00e9canismes de march\u00e9, qui menacent les conditions de vie pr\u00e9caires des communaut\u00e9s de p\u00eache artisanale, sans r\u00e9soudre la crise.<\/em><\/p>\n<p><em>10 avril 2017 &#8211; <\/em>Activit\u00e9 \u00ab\u00a0de capture ou de collecte de ressources vivantes\u00a0\u00bb aussi ancienne que l\u2019humanit\u00e9, la p\u00eache n\u2019est souvent envisag\u00e9e que comme une activit\u00e9 connexe \u00e0 l\u2019agriculture. Peu consid\u00e9r\u00e9e par les sp\u00e9cialistes de la question agraire, longtemps rel\u00e9gu\u00e9e au second plan dans les politiques de d\u00e9veloppement, elle ne s\u2019invite le plus souvent dans le d\u00e9bat public que lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019en d\u00e9noncer les \u00ab\u00a0exc\u00e8s\u00a0\u00bb, de jeter l\u2019opprobre sur les p\u00eacheurs et de fustiger leur irresponsabilit\u00e9. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ses enjeux demeurent m\u00e9connus, son r\u00f4le continue \u00e0 \u00eatre sous-estim\u00e9 dans les strat\u00e9gies alimentaires et de lutte contre la pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s. Et tr\u00e8s peu d\u2019attention a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e aux conditions de vie et \u00e0 la protection des droits de ceux qui d\u00e9pendent de l\u2019activit\u00e9 pour vivre.<\/p>\n<p>Or, selon l\u2019ex-rapporteur des Nations unies pour le droit \u00e0 l\u2019alimentation, Olivier De Schutter, le secteur de la p\u00eache \u00ab\u00a0<em>rev\u00eat, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale une importance pour le droit \u00e0 l\u2019alimentation et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire qui est capitale<\/em>\u00a0\u00bb (2012). D\u2019abord en tant qu\u2019activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus et de moyens de subsistance. D\u2019apr\u00e8s la FAO, les activit\u00e9s primaires de p\u00eache et d\u2019aquaculture feraient vivre pr\u00e8s de 56,6 millions de personnes dans le monde, et m\u00eame trois fois plus si l\u2019on consid\u00e8re les activit\u00e9s en aval et en amont de la fili\u00e8re (transformation et commercialisation, fabrications des filets et \u00e9quipements, construction des navires, etc.) (De Schutter 2012\u00a0; FAO 2016). Des chiffres qui sont probablement sous-\u00e9valu\u00e9s compte tenu de la difficult\u00e9 de d\u00e9finir le p\u00e9rim\u00e8tre du secteur\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb1\" >1<\/a>] et du manque de donn\u00e9es pr\u00e9cises concernant les activit\u00e9s de p\u00eache artisanale de nombreux pays du Sud, lesquels concentrent l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des travailleurs et travailleuses de la p\u00eache\u00a0: 87% en Asie, 7% en Afrique et 4% en Am\u00e9rique latine.<\/p>\n<p>Mais les activit\u00e9s de p\u00eache n\u2019apportent pas seulement des revenus et des moyens de subsistance aux familles de p\u00eacheurs. Elles contribuent aussi \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, en fournissant un apport nutritionnel essentiel (prot\u00e9ines, acides gras, nutriments, etc.) \u00e0 des centaines de millions de personnes dans le monde. En 2013, les produits de la p\u00eache et de l\u2019aquaculture repr\u00e9sentaient environ 17% des apports en prot\u00e9ines animales de la population mondiale (et 6,7% de l\u2019ensemble des prot\u00e9ines consomm\u00e9es mondialement), pr\u00e8s de 40% de la ration en prot\u00e9ines pour 60% de la population du Sud selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 1999, et beaucoup plus encore dans une poign\u00e9e de pays en d\u00e9veloppement insulaires ou disposant d\u2019une tr\u00e8s large fa\u00e7ade maritime, de lacs et de cours d\u2019eau\u00a0; et d\u2019une importante population de p\u00eacheurs (De Schutter 2012\u00a0; No\u00ebl 2013\u00a0; FAO 2016).<\/p>\n<p>Enjeu alimentaire cl\u00e9, la p\u00eache se trouve \u00e9galement \u00e0 la crois\u00e9e d\u2019importants int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et g\u00e9ostrat\u00e9giques. Sa mondialisation, ainsi que le boom de l\u2019halieutique, ont fait de cette activit\u00e9 de pr\u00e9l\u00e8vement une industrie particuli\u00e8rement lucrative. Si l\u2019imaginaire collectif les associe encore \u00e0 la fra\u00eecheur et au circuit court, les produits de la p\u00eache (poisson, mollusques et crustac\u00e9s) sont les produits alimentaires de base les plus \u00e9chang\u00e9s dans le monde\u00a0: pr\u00e8s de 40% de la production des p\u00eaches et de l\u2019aquaculture sont vendus sur les march\u00e9s internationaux, contre 5% pour le riz et 20% pour le bl\u00e9, pour une valeur totale estim\u00e9e \u00e0 146 milliards de dollars, soit un montant plus \u00e9lev\u00e9 que les revenus combin\u00e9s du caf\u00e9, de la banane, du cacao, du th\u00e9, du sucre et du tabac (De Schutter, 2012, Campling, Havice, Howard 2012\u00a0; PNUD 2016).<\/p>\n<p>Entre 1976 et 2014, les quantit\u00e9s de poissons export\u00e9s sur le march\u00e9 international ont plus que tripl\u00e9, passant d\u2019un peu moins de 20 millions de tonnes \u00e0 plus de 60 millions de tonnes. Et elles devraient augmenter davantage \u00e0 l\u2019avenir comme l\u2019annonce la FAO\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb2\" >2<\/a>]\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le commerce de poissons et de produits de la p\u00eache continuera \u00e0 se d\u00e9velopper \u00e0 un rythme soutenu, sous l\u2019effet de l\u2019augmentation de la consommation, des politiques de lib\u00e9ralisation des \u00e9changes, de la mondialisation des syst\u00e8mes alimentaires et des innovations technologiques dans le domaine de la transformation, de la conservation, de l\u2019emballage et du transport<\/em>\u00a0\u00bb (2016).<\/p>\n<p>\u00c0 quels co\u00fbts social et environnemental\u00a0? Avec quelles cons\u00e9quences pour les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs artisans dans le Sud qui d\u00e9pendent de la ressource pour leur subsistance\u00a0? \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 s\u2019impose un nouveau discours sur la \u00ab\u00a0croissance bleue\u00a0\u00bb, dans un contexte de comp\u00e9tition exacerb\u00e9e et de pression croissante sur les \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques, ce num\u00e9ro d\u2019<em>Alternatives Sud<\/em> vise pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Fruit d\u2019une collaboration avec la CAPE (la Coalition pour des accords de p\u00eache \u00e9quitables), il s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 d\u2019une r\u00e9flexion entam\u00e9e voil\u00e0 plusieurs ann\u00e9es sur la probl\u00e9matique agraire, les enjeux agroalimentaires et le devenir des agricultures paysannes. Tout en proposant un \u00e9tat des lieux critique, quoique forcement partiel de la situation de la p\u00eache et de ses principaux enjeux, il entend \u00e9baucher quelques pistes pour une autre mondialisation de la p\u00eache. Mais revenons d\u2019abord sur les ressorts du boom halieutique mondial et ses cons\u00e9quences.<\/p>\n<p><strong>Le boom halieutique au 20e si\u00e8cle\u00a0: ressorts et cons\u00e9quences<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, la consommation de poisson a connu une hausse vertigineuse dans la seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle. Avec une croissance moyenne de plus de 3% par an, la consommation de poisson est pass\u00e9e de 9,9 kg en moyenne par an et par personne dans les ann\u00e9es 1960 \u00e0 14,4 kg dans les ann\u00e9es 1990, pour atteindre aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 20 kg. \u00c0 la fois cause et cons\u00e9quence de l\u2019explosion de la demande en produits de la mer pour la consommation humaine directe ou d\u2019autres utilisations industrielles (farine et huile), la production est pass\u00e9e de 4,5 millions de tonnes au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle \u00e0 70 millions en 1970, a franchi le cap des 100 millions en 1989, pour se situer aujourd\u2019hui \u00e0 environ 167 millions de tonnes, dont pr\u00e8s de 93,4 millions issues de la seule p\u00eache de capture, marine (81,5 millions de tonnes) et continentale (11,9 millions de tonnes). Des chiffres qui n\u2019incluent pas les volumes rejet\u00e9s \u00e0 la mer ni ceux difficilement quantifiables de la p\u00eache ill\u00e9gale (Chaussade 2009\u00a0; FAO 2016). Quoi qu\u2019il en soit, si la tendance actuelle se poursuit, la consommation annuelle par habitant devrait s\u2019\u00e9lever \u00e0 21,8 kg (\u00e9quivalent poids vifs) par habitant contre \u00e0 peine 3 kg un si\u00e8cle plus t\u00f4t, et la production totale de la p\u00eache de capture et de l\u2019aquaculture devrait atteindre au bas mot 196 millions de tonnes, dont pr\u00e8s de 102 millions viendront des productions aquacoles, lesquelles sont suppos\u00e9es compenser la stagnation pr\u00e9visible des captures (<em>Ibid<\/em>.).<\/p>\n<p><strong>L\u2019industrialisation des mers <\/strong><\/p>\n<p>Spectaculaire, ce boom de l\u2019halieutique au 20e si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 deux \u00e9volutions majeures, elles-m\u00eames \u00e9troitement imbriqu\u00e9es. La premi\u00e8re est la constitution progressive d\u2019un vaste march\u00e9 globalis\u00e9 pour les produits de la mer sous l\u2019impulsion d\u2019abord du d\u00e9veloppement du transport (maritime, ferroviaire et routier) et de l\u2019am\u00e9lioration des proc\u00e9d\u00e9s de conservation, double r\u00e9volution du \u00ab\u00a0rail et de la glace\u00a0\u00bb qui r\u00e9duira les distances physiques et permettra de pr\u00e9server la qualit\u00e9 des produits de la mer, tout en les rendant plus accessibles, physiquement et financi\u00e8rement. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, l\u2019essor des classes moyennes urbaines, la hausse des niveaux de vie et la modification du go\u00fbt et de la di\u00e8te alimentaire contribueront \u00e0 leur tour \u00e0 dynamiser la production et les \u00e9changes. Enfin, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, la multiplication des accords de libre-\u00e9change et des accords de p\u00eache acc\u00e9l\u00e9rera le processus d\u2019int\u00e9gration de la plupart des march\u00e9s, en levant les barri\u00e8res \u00e0 l\u2019import-export et aux investissements.<\/p>\n<p>La seconde \u00e9volution, simultan\u00e9e, concerne plus sp\u00e9cifiquement les innovations techniques apport\u00e9es aux bateaux, aux outils et aux proc\u00e9d\u00e9s de p\u00eache et de conservation qui l\u00e8veront les derniers obstacles \u00e0 l\u2019exploitation \u2013 aujourd\u2019hui presque totale \u2013 de l\u2019immense vivier aquatique, et contribueront \u00e0 l\u2019industrialisation de la fili\u00e8re. D\u00e9j\u00e0 entre 1880 et 1930, l\u2019invention du chalut (vaste filet en forme d\u2019entonnoir), le remplacement des navires en bois par des navires en acier et leur motorisation bouleversent compl\u00e8tement le secteur de la p\u00eache, en permettant un allongement du temps pass\u00e9 en mer et un accroissement des captures (de 5 millions de tonnes en 1900 \u00e0 15 millions de tonnes en 1940). Parall\u00e8lement au perfectionnement des engins, on assiste aussi \u00e0 de nombreux progr\u00e8s dans le domaine des m\u00e9thodes de conservation\u00a0: chambres froides et invention surtout de l\u2019appertisation qui donnera un coup de fouet \u00e0 l\u2019industrie de la conserve.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les ann\u00e9es 1950, et surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, un autre pas d\u00e9cisif est franchi dans l\u2019\u00ab\u00a0industrialisation de l\u2019oc\u00e9an mondial\u00a0\u00bb avec l\u2019apparition d\u2019immenses navires usines, capables de rester en mer plusieurs mois et d\u2019y traiter directement leurs prises. Bient\u00f4t, leurs armateurs mettront les nouvelles technologies au service de leur activit\u00e9 de pr\u00e9l\u00e8vement massif (rep\u00e9rage des bancs par sonar, puis satellite, GPS, etc.). Toutes ces innovations permettront \u00e0 la fili\u00e8re p\u00eache de s\u2019affranchir des distances physiques et des limites temporelles, de partir \u00e0 la conqu\u00eate de nouveaux territoires et de contribuer pleinement \u00e0 la \u00ab\u00a0mondialisation massive et rapide des produits de la mer\u00a0\u00bb (No\u00ebl 2013).<\/p>\n<p>De fait, comme le note Jean Chaussade, ce boom de l\u2019halieutique est donc \u00e0 la fois la cause et le r\u00e9sultat d\u2019\u00ab\u00a0<em>un double mouvement d\u2019extension\u00a0: \u00e0 terre, de l\u2019aire de commercialisation des produits de la p\u00eache\u00a0; en mer, des zones de p\u00eache \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des plateformes continentales. Pour r\u00e9sumer, on a assist\u00e9 en un demi-si\u00e8cle \u00e0 une r\u00e9volution halieutique et aquacole qui a vu l\u2019offre et la demande se stimuler mutuellement dans une spirale ascendante encore loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e aujourd\u2019hui<\/em>\u00a0\u00bb (2009). Mais la \u00ab\u00a0traque du poisson dans ses derniers retranchements\u00a0\u00bb, pour satisfaire une demande croissante, a conduit aussi, selon le g\u00e9ographe des p\u00eaches, \u00e0 un triple r\u00e9sultat n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Le plus m\u00e9diatis\u00e9 est sans nul doute la surp\u00eache, \u00e0 savoir l\u2019exploitation de nombreux stocks de poisson, au-del\u00e0 de leur capacit\u00e9 de renouvellement. Ainsi d\u2019apr\u00e8s les estimations de la FAO, en 2013, pr\u00e8s de 31,4% des stocks de poisson dans le monde \u00e9taient surexploit\u00e9s et 58,1% \u00e9taient exploit\u00e9s au maximum, parmi lesquels les dix esp\u00e8ces les plus productives, qui constituent environ 27% de la production mondiale (2016).<\/p>\n<p>\u00c9troitement li\u00e9 \u00e0 la situation biologique des stocks et \u00e0 leur r\u00e9partition, le deuxi\u00e8me r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 la hausse constante des co\u00fbts d\u2019exploitation des activit\u00e9s de p\u00eache qui, associ\u00e9e \u00e0 une surcapacit\u00e9 chronique, a entra\u00een\u00e9 une baisse de la rentabilit\u00e9 de nombreuses entreprises de p\u00eache et, partant, a pr\u00e9cipit\u00e9 l\u2019endettement et la faillite des plus petites d\u2019entre elles (ou les moins capitalis\u00e9es). Un processus qui a avant tout profit\u00e9 aux gros acteurs du secteur capables de faire face \u00e0 la concurrence en augmentant les prises et les quantit\u00e9s de poissons d\u00e9barqu\u00e9es, accroissant davantage la pression sur les stocks \u2013 un cercle vicieux que les importantes subventions accord\u00e9es par les \u00c9tats \u00e0 leur p\u00eache industrielle ont contribu\u00e9 \u00e0 renforcer.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me r\u00e9sultat enfin, la pression exerc\u00e9e par cette course au poisson sur les travailleurs des entreprises de p\u00eache, soumises \u00e0 des imp\u00e9ratifs de rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme\u00a0: allongement de la dur\u00e9e des sorties en mer, acc\u00e9l\u00e9ration du rythme de travail \u00e0 bord et sur terre (dans les usines de traitement et de conditionnement), etc., le tout entra\u00eenant un accroissement de la p\u00e9nibilit\u00e9 et de nombreux accidents (Chaussade 2009). Notons aussi que cette recherche du profit imm\u00e9diat a pouss\u00e9 de nombreuses entreprises de p\u00eache \u00e0 s\u2019enregistrer sous des pavillons de complaisance pour tirer profit non seulement d\u2019une l\u00e9gislation fiscale tr\u00e8s avantageuse, mais aussi d\u2019une l\u00e9gislation du travail plus que permissive.<\/p>\n<p>\u00c0 cette course \u00e0 la rentabilit\u00e9, et \u00e0 la pression qui s\u2019en est suivie sur les stocks et les travailleurs de la p\u00eache, il faut pourtant ajouter une quatri\u00e8me cons\u00e9quence de cette mondialisation\u00a0: la multiplication des conflits autour de l\u2019exploitation, de la gestion et de la distribution des ressources halieutiques, et l\u2019exacerbation des \u00ab\u00a0<em> in\u00e9galit\u00e9s territoriales, tant \u00e0 diff\u00e9rents maillons de la fili\u00e8re (de l\u2019amont vers l\u2019aval) qu\u2019\u00e0 diverses \u00e9chelles (du local et global)<\/em>\u00a0\u00bb (No\u00ebl 2013).<\/p>\n<p><strong>D\u00e9localisation au Sud et \u00e9mergence de nouvelles puissances halieutiques<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1960-1970, la d\u00e9gradation des stocks en M\u00e9diterran\u00e9e et dans l\u2019Atlantique Nord et les contraintes pos\u00e9es par l\u2019introduction de quotas et d\u2019interdictions de p\u00eache, am\u00e8nent les principales flottes europ\u00e9ennes \u2013 fran\u00e7aise, espagnole et scandinave surtout \u2013 alors premi\u00e8res puissances halieutiques avec le Japon, l\u2019URSS et les \u00c9tats-Unis, \u00e0 jeter leur d\u00e9volu sur de nouvelles zones de p\u00eache, plus au Sud. Quittant le rayon d\u2019action qui est le leur depuis plusieurs si\u00e8cles, la plupart des navires europ\u00e9ens visent alors les eaux poissonneuses du plateau continental ouest-africain, puis se d\u00e9portent sur la fa\u00e7ade Est du continent, pour ensuite \u00e9cumer l\u2019oc\u00e9an Indien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un p\u00e9rim\u00e8tre qui va du Golfe d\u2019Aden \u00e0 l\u2019Antarctique et s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00eele de la R\u00e9union (Mora 2012\u00a0; Campling, Havice et Howard 2013). Parall\u00e8lement, on assistera \u00e0 une pouss\u00e9e identique vers le Pacifique Sud, qui verra l\u2019arriv\u00e9e massive, d\u00e8s 1950, de navires de p\u00eache nord-am\u00e9ricains, japonais et sovi\u00e9tiques, rejoints bient\u00f4t par les grandes armadas asiatiques (chinoise et cor\u00e9enne en particulier).<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette ru\u00e9e \u00ab\u00a0occidentale et asiatique\u00a0\u00bb sur les stocks de poisson dits d\u00e9mersaux (morue, lieu, merlan, etc.) ou p\u00e9lagiques (thon, harengs, maquereau, chinchards, etc.) des mers du Sud, pour satisfaire une demande au Nord sans cesse croissante, les \u00c9tats riverains vont \u00e9largir leurs eaux territoriales, enclenchant une r\u00e9action en cha\u00eene qui aboutira au r\u00e9tr\u00e9cissement consid\u00e9rable des espaces juridiquement libres des oc\u00e9ans.<\/p>\n<p>Initi\u00e9 par plusieurs pays latino-am\u00e9ricains situ\u00e9s en bordure du Pacifique Sud (P\u00e9rou, Chili, \u00c9quateur, Colombie, Panama, Nicaragua, Costa Rica, Salvador) qui d\u00e9cid\u00e8rent unilat\u00e9ralement de repousser la limite de leurs eaux territoriales jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 600 miles de leurs c\u00f4tes, suivis directement par les pays scandinaves et asiatiques puis, bien plus tard, par les pays africains, ce premier mouvement d\u2019enclosure des mers va finalement d\u00e9boucher sur la Conf\u00e9rence de Kingston Montego Bay (Jama\u00efque) et la signature de la Convention des Nations unies sur le droit \u00e0 la mer.<\/p>\n<p>Compar\u00e9e par certains \u00e0 la fameuse Conf\u00e9rence de Berlin de 1885 sur le partage de l\u2019Afrique, cette Convention entendait notamment r\u00e9gler les conflits maritimes engendr\u00e9s par la mondialisation halieutique\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb3\" >3<\/a>] . Remettant en question le principe de la \u00ab\u00a0<em>mare liberum<\/em>\u00a0\u00bb, elle b\u00e9tonnera dans le droit international trois nouveaux concepts territoriaux\u00a0: la notion de mer territoriale (12 miles nautiques au lieu de trois), celle de zones contigu\u00ebs (24 miles) et de zones \u00e9conomiques exclusives (ZEE), \u00e0 savoir des espaces dans lesquels l\u2019\u00c9tat riverain n\u2019exerce que des droits de nature \u00e9conomique (jusqu\u2019\u00e0 200 miles nautiques)\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb4\" >4<\/a>] .<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, les \u00c9tats c\u00f4tiers auront la haute main sur la gestion des p\u00eacheries et l\u2019octroi de concessions ou quotas de p\u00eache\u00a0: droits qu\u2019ils n\u2019h\u00e9siteront pas ensuite \u00e0 c\u00e9der massivement au priv\u00e9 dans un contexte de lib\u00e9ralisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Ph\u00e9nom\u00e8ne paradoxal donc que cette globalisation halieutique, associant une rh\u00e9torique d\u2019ouverture des fronti\u00e8res et une nouvelle dynamique d\u2019enclosure.<\/p>\n<p>La naissance des \u00ab\u00a0zones \u00e9conomiques exclusives\u00a0\u00bb oblige les pays europ\u00e9ens, l\u2019URSS, et plus tard la Chine, \u00e0 n\u00e9gocier avec les pays riverains des accords de p\u00eache permettant \u00e0 leurs flottes d\u2019acc\u00e9der sous conditions techniques et financi\u00e8res aux ressources halieutiques se trouvant dans les ZEE. L\u2019Union europ\u00e9enne n\u00e9gocie ainsi, en 1979, son premier \u00ab\u00a0accord de p\u00eache\u00a0\u00bb avec le S\u00e9n\u00e9gal. Une quinzaine d\u2019autres pays africains suivront.<\/p>\n<p>Le droit de la mer exige alors que les flottes \u00e9trang\u00e8res p\u00eachant sous accord se limitent \u00e0 acc\u00e9der aux ressources qui ne peuvent \u00eatre p\u00each\u00e9es par les p\u00eacheurs du pays riverain. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. La faiblesse des structures \u00e9tatiques des pays riverains et le manque de reconnaissance de l\u2019importance des activit\u00e9s de la p\u00eache artisanale locale ouvrent plut\u00f4t la porte aux abus. Menac\u00e9e par la comp\u00e9tition directe avec les chalutiers industriels \u00e9trangers, notamment europ\u00e9ens, la p\u00eache artisanale africaine va toutefois se mobiliser et, avec l\u2019appui d\u2019organisations europ\u00e9ennes, amener graduellement des am\u00e9liorations dans les accords avec l\u2019Union europ\u00e9enne, qu\u2019ils veulent aujourd\u2019hui g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 l\u2019ensemble des accords de p\u00eache.<\/p>\n<p>Les pays riverains signataires encaissent certes des compensations financi\u00e8res et redevances vers\u00e9es par les pays et les flottes \u00e9trangers en \u00e9change de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 leurs ZEE, mais ces montants sont souvent bien maigres compar\u00e9s \u00e0 la valeur des prises sur le march\u00e9 international. Dans son rapport sur les p\u00eaches, Olivier De Schutter note ainsi que des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990 d\u00e9montrent que les accords de p\u00eache propos\u00e9s par l\u2019Union europ\u00e9enne ont cr\u00e9\u00e9 sept fois plus de valeur pour les pays europ\u00e9ens (France et Espagne en particulier) que pour leurs partenaires du Sud. Autre cas de figure, les pays de l\u2019oc\u00e9an Pacifique occidental et central n\u2019auraient per\u00e7u que 6% de la valeur estim\u00e9e \u00e0 trois milliards de dollars des accords de p\u00eache bilat\u00e9raux qui r\u00e9gissent la p\u00eache au thon.<\/p>\n<p>Encore faut-il avoir ici aussi \u00e0 l\u2019esprit que dans nombre de ces \u00c9tats, gangr\u00e9n\u00e9s par la corruption \u2013 aliment\u00e9e souvent d\u2019ailleurs par les armateurs \u00e9trangers \u2013, les revenus tir\u00e9s de l\u2019octroi de concessions et quotas de p\u00eache aux flottes \u00e9trang\u00e8res sont souvent rapatri\u00e9s vers d\u2019autres pays ou accapar\u00e9s par une \u00e9lite politique peu soucieuse d\u2019am\u00e9liorer le sort de la population et peu press\u00e9e de lutter efficacement contre le fl\u00e9au de la surp\u00eache et de la p\u00eache ill\u00e9gale. Bref, dans ce processus, ce sont bien souvent, note De Schutter, \u00ab\u00a0<em>les entreprises exportatrices (qui) se taillent la part du lion, au d\u00e9triment de l\u2019am\u00e9lioration de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des p\u00eacheurs et des travailleurs de la p\u00eache<\/em>\u00a0\u00bb (2012).<\/p>\n<p>Une poign\u00e9e de pays du Sud vont choisir une autre voie que celle de la vente de droits d\u2019acc\u00e8s aux flottes \u00e9trang\u00e8res. Ainsi, pour exploiter les stocks colossaux de p\u00e9lagiques se trouvant sur leurs nouvelles eaux territoriales, P\u00e9rou et Chili se constituent une importante flotte industrielle minoti\u00e8re, devenant ainsi respectivement les premier et deuxi\u00e8me exportateurs mondiaux de farine et d\u2019huile de poisson, dont la demande va exploser dans les ann\u00e9es 1980. Comme ces derniers, plusieurs pays \u00e9mergents s\u2019imposeront ainsi comme de nouvelles puissances halieutiques\u00a0: le Vietnam, l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019Inde, la Tha\u00eflande, les Philippines, le Maroc, l\u2019Egypte et, bien s\u00fbr, la Chine, qui deviendra \u00e0 la fois premier producteur et premier exportateur de produits issus de l\u2019aquaculture et de la p\u00eache de capture (FAO, 2016).<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de ces nouveaux acteurs aura une double cons\u00e9quence. D\u2019une part, elle contribuera \u00e0 d\u00e9placer la fronti\u00e8re halieutique vers les zones poissonneuses les moins exploit\u00e9es, tout en accentuant la pression sur les stocks mondiaux, d\u2019autre part, elle contribuera \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0asianisation\u00a0\u00bb du syst\u00e8me d\u2019exploitation halieutique, et son d\u00e9placement selon un axe Nord-Sud et Ouest-Est. L\u2019\u00ab\u00a0<em> augmentation de l\u2019offre et de la demande en produits de la mer<\/em>, r\u00e9sume ainsi Julien No\u00ebl,<em> esquisse, au fur et \u00e0 mesure de la mondialisation des activit\u00e9s de p\u00eache, une nouvelle carte du monde\u00a0: exploitation d\u2019esp\u00e8ces de plus en plus nombreuses, \u00e9largissement de l\u2019espace des flottes industrielles \u00e0 l\u2019ensemble du syst\u00e8me oc\u00e9anique mondial, modifications des hi\u00e9rarchies productives (transferts europ\u00e9ens vers les puissances asiatiques), extensions des aires de distribution et de consommation gr\u00e2ce aux nouveaux modes de conservation<\/em>\u00a0\u00bb (2013).<\/p>\n<p>Mais ce processus de (re)territorialisation des mers et de redistribution des cartes au niveau de la production, dans un contexte de concurrence exacerb\u00e9e, de lib\u00e9ralisation des \u00e9changes et d\u2019accroissement de la demande n\u2019a pas profit\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 tous les pays du Sud, et moins encore aux p\u00eacheurs artisans et communaut\u00e9s de p\u00eache artisanale. Comme le note en effet encore le g\u00e9ographe, parce qu\u2019elle tend \u00e0 \u00ab\u00a0<em>mettre en concurrence des syst\u00e8mes diff\u00e9rents et sp\u00e9cialis\u00e9s <\/em>\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0<em>mondialisation halieutique <\/em>\u00a0\u00bb a d\u00e9bouch\u00e9 au contraire sur une \u00ab\u00a0<em>explosion des in\u00e9galit\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb (Ibid.).<\/p>\n<p><strong>La globalisation halieutique\u00a0: un oc\u00e9an d\u2019in\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>La part des pays en d\u00e9veloppement (y compris la Chine) dans le commerce mondial de poissons n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre depuis quarante ans. Entre 1976 et 2014, elle est pass\u00e9e de 37% \u00e0 54% des exportations mondiales, soit environ 60% du volume de poisson commercialis\u00e9 sur les march\u00e9s internationaux, pour un revenu net estim\u00e9 \u00e0 42 milliards de dollars (FAO, 2016). Mais ce qui appara\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue comme un r\u00e9\u00e9quilibrage du commerce international, sinon une plus juste r\u00e9partition des ressources et des profits li\u00e9s \u00e0 l\u2019exploitation des oc\u00e9ans, ne doit faire illusion\u00a0: ce d\u00e9placement du centre de gravit\u00e9 s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019un accroissement des in\u00e9galit\u00e9s dans le syst\u00e8me halieutique globalis\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, d\u2019apr\u00e8s la FAO, \u00e0 peine vingt-cinq pays assuraient pr\u00e8s de 82,7% des captures en 2014, et dix pays seulement \u00e9taient responsables de pr\u00e8s de 60% de ces prises. En r\u00e9alit\u00e9, la plus grande partie de la hausse de la production, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par la Chine (plus de quatorze millions de tonnes en 2014), ce qui relativise les retomb\u00e9es pour les pays du Sud de cette croissance. Actuellement \u00e9valu\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de vingt kilos par an et par personne en moyenne, l\u2019offre mondiale de produits de la p\u00eache et de l\u2019aquaculture masque mal les \u00e9normes disparit\u00e9s qui existent entre les pays pauvres et les pays industrialis\u00e9s sur le plan de la consommation. Les premiers consomment en moyenne 26,8 kilos par an par an par habitant, contre un peu plus de 14 kg en moyenne dans les pays en d\u00e9veloppement, 7,6 kg dans l\u2019ensemble des pays \u00e0 faible revenu et \u00e0 d\u00e9ficit vivrier, et moins encore dans les zones arides d\u2019Afrique subsaharienne (FAO, 2016\u00a0; Kolding et al, 2016)\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb5\" >5<\/a>] .<\/p>\n<p>Bien entendu, cette asym\u00e9trie en termes de consommation n\u2019est pas sans cons\u00e9quence. D\u2019une part, elle a renforc\u00e9 les ph\u00e9nom\u00e8nes de concentration en aval de la fili\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00eache\u00a0\u00bb et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la mainmise des transnationales \u00e9tats-uniennes, europ\u00e9ennes et japonaises sur les ressources, les pays du trio \u00e9tant responsables de plus de trois quarts des importations en produits halieutiques au niveau mondial. D\u2019autre part, elle s\u2019est traduite, selon Jean Chaussade (2009), dans un contexte de lib\u00e9ralisation croissante, par un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0transfert de prot\u00e9ines\u00a0\u00bb, du Sud vers le Nord, pour satisfaire la demande toujours plus soutenue des pays industrialis\u00e9s et \u00e9mergents, lesquels \u00e0 leur tour mettent la main sur les fili\u00e8res, accaparent l\u2019essentiel de la rente aquatique et orientent la production mondiale. Aux \u00ab\u00a0<em>espaces de production encore relativement dispers\u00e9s, bien que de plus en plus \u2018asianis\u00e9s\u2019, note ainsi Julien No\u00ebl, r\u00e9pondent des espaces de distribution et de consommation toujours concentr\u00e9s en Occident <\/em>\u00a0\u00bb (2013).<\/p>\n<p>R\u00e9sultat des courses, dans le Sud, des millions de p\u00eacheurs artisans ont assist\u00e9, impuissants, \u00e0 la diminution de leurs prises, tandis que plusieurs \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb esp\u00e8ces de poissons se sont invit\u00e9es \u00e0 la table d\u2019une population europ\u00e9enne, asiatique et nord-am\u00e9ricaine de plus en plus ichtyophage. Pour ne rien arranger, du fait de la proximit\u00e9 de leurs zones de p\u00eache du littoral, les p\u00eacheurs artisans et les communaut\u00e9s de p\u00eache artisanale sont devenus les premi\u00e8res victimes des pollutions industrielles des c\u00f4tes qui conduisent \u00e0 la rar\u00e9faction du poisson et \u00e0 l\u2019acidification des oc\u00e9ans \u00e0 l\u2019origine de zones mortes de plus en plus nombreuses\u00a0; et, plus r\u00e9cemment, du changement climatique qui, selon les experts, pourrait entra\u00eener une migration massive des esp\u00e8ces vers l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord, participant donc d\u2019un nouveau transfert de prot\u00e9ines\u00a0! Sans parler de la pression exerc\u00e9e sur ces populations par la multiplication des projets industriels, aquacoles, touristiques et de conservation \u00e9cologique, nouvelles dynamiques en cours d\u2019accaparement des oc\u00e9ans qui d\u00e9structurent le tissu social et d\u00e9poss\u00e8dent les communaut\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res de leurs moyens de subsistance. Nous y reviendrons.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ponses internationales \u00e0 la crise de la ressource<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la quasi-disparition de la morue (ou cabillaud) dans l\u2019Atlantique Nord, dans les ann\u00e9es 1950-1960, la surp\u00eache et son corollaire, l\u2019effondrement des stocks dans de nombreuses zones, s\u2019invitent r\u00e9guli\u00e8rement au c\u0153ur des d\u00e9bats internationaux sur la p\u00eache. Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, ONG, institutions internationales et agences scientifiques tirent la sonnette d\u2019alarme, certains allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9dire une \u00ab\u00a0aquacalypse\u00a0\u00bb imminente\u00a0: l\u2019extinction des principales esp\u00e8ces de poissons d\u2019ici 2048, \u00e0 moins de r\u00e9duire les captures de moiti\u00e9\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb6\" >6<\/a>] . Face \u00e0 cette catastrophe annonc\u00e9e, aux effets \u00e9conomiques, sociaux et environnementaux incalculables, les institutions internationales et les gouvernements, rejoints bient\u00f4t par les grands acteurs, priv\u00e9s et publics, du secteur et m\u00eame venus d\u2019autres horizons, ont multipli\u00e9 rencontres, sommets et plans d\u2019action pour lutter contre la surp\u00eache et l\u2019effondrement des stocks. S\u2019y dessineront trois types de strat\u00e9gies pour r\u00e9pondre \u00e0 la crise de la ressource et assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des approvisionnements.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Privatiser ou p\u00e9rir\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques, dont les th\u00e9ories connaissent alors un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat, se penchent sur la probl\u00e9matique de la crise des ressources et en d\u00e9signent la principale cause\u00a0: l\u2019absence de droits de propri\u00e9t\u00e9. Dans son article s\u00e9minal sur la \u00ab\u00a0trag\u00e9die des communs\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1968, Garrett Hardin, postule ainsi que la surexploitation d\u2019une ressource naturelle limit\u00e9e (quoique renouvelable dans le cas du poisson) est la cons\u00e9quence directe de l\u2019acc\u00e8s illimit\u00e9 et sans entrave \u00e0 cette m\u00eame ressource. Du fait pr\u00e9cis\u00e9ment de son statut de bien commun, ses utilisateurs n\u00e9gligeraient de prendre en compte, dans leur calcul \u00e9conomique, les co\u00fbts li\u00e9s \u00e0 son exploitation et sa surexploitation. Dans un contexte de comp\u00e9tition ouverte, ils tendraient plut\u00f4t \u00e0 accro\u00eetre leurs investissements (et \u00e0 exploiter donc davantage la ressource) pour faire face \u00e0 la baisse de rentabilit\u00e9, entra\u00eenant tour \u00e0 tour surcapitalisation, surexploitation et crise \u00e9conomique li\u00e9e \u00e0 l\u2019effondrement des stocks. Mettre fin \u00e0 ce cercle vicieux implique donc de limiter l\u2019acc\u00e8s aux oc\u00e9ans et \u00e0 ses ressources, soit en les nationalisant (extension des souverainet\u00e9s et droits territoriaux), soit en introduisant des nouveaux droits de propri\u00e9t\u00e9 (Mansfield 2004\u00a0; Barbersgaard 2016).<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0trag\u00e9die des communs\u00a0\u00bb inspirera par la suite la plupart des d\u00e9cisions et des politiques publiques en mati\u00e8re de gestion des p\u00eaches et de lutte contre la surp\u00eache. Elle justifiera dans un premier temps l\u2019\u00e9largissement des eaux territoriales et la gestion publique des p\u00eacheries, via l\u2019\u00e9tablissement de quotas de p\u00eache et la d\u00e9limitation de zones d\u2019interdiction. Et elle servira de base th\u00e9orique \u00e0 la d\u00e9nonciation des subventions accord\u00e9es par les \u00c9tats \u00e0 leur flotte de p\u00eache. Mais, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980-1990, dans un contexte d\u2019h\u00e9g\u00e9monie croissante du mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral, elle l\u00e9gitimera la cession par les \u00c9tats de leurs droits de propri\u00e9t\u00e9 au secteur priv\u00e9, donnant ainsi le feu vert \u00e0 un vaste processus de privatisation des milieux naturels et des ressources aquatiques (Mansfield 2004).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Sans droits de propri\u00e9t\u00e9<\/em>, \u00e9crivait en 2000 l\u2019\u00e9conomiste des p\u00eaches R. Arnason, dans une version n\u00e9olib\u00e9rale radicale de la trag\u00e9die des communs, <em>la soci\u00e9t\u00e9 humaine est condamn\u00e9e \u00e0 une pauvret\u00e9 abjecte, pas tr\u00e8s diff\u00e9rente des versions les plus avanc\u00e9es des soci\u00e9t\u00e9s animales <\/em>(&#8230;.). <em>Les p\u00eaches dispara\u00eetront \u00e0 moins que des droits de propri\u00e9t\u00e9 appropri\u00e9s ne soient d\u00e9finis, impos\u00e9s et renforc\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 dans Barbersgaard 2016). Et comme il allait de soi pour les chantres du march\u00e9 que ce dernier garantissait l\u2019utilisation optimale des ressources, il fallait diviser la nature en parcelles \u00e9changeables et commercialisables garanties par des droits de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, clairs et consolid\u00e9s, qui prendront la forme notamment de \u00ab\u00a0Quotas individuels transf\u00e9rables\u00a0\u00bb (QIT). De nombreux \u00c9tats \u2013 comme le montre le cas embl\u00e9matique du Chili dans ce volume d\u2019<em>Alternatives Sud<\/em> \u2013 n\u2019h\u00e9siteront d\u00e8s lors plus \u00e0 transf\u00e9rer, via l\u2019octroi de ces droits d\u2019acc\u00e8s, leurs territoires de p\u00eache et ressources halieutiques au secteur priv\u00e9, sous l\u2019injonction\u00a0: \u00ab\u00a0privatiser ou p\u00e9rir\u00a0\u00bb\u00a0! (Mansfield 2004\u00a0; Barbesgaard 2016).<\/p>\n<p>Si elle a trouv\u00e9 sa justification dans le corpus \u00e9conomique de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, la privatisation des ressources et des territoires aquatiques a aussi trouv\u00e9 sa raison d\u2019\u00eatre dans des motifs d\u2019ordre purement environnementalistes. Avec la mont\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0<em>environnementalisme de march\u00e9<\/em>, pr\u00e9cise Mads Barbersgaard, l\u2019argument initial des \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques, selon lequel des \u00ab\u00a0<em> droits de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00e9taient n\u00e9cessaires pour contrer la crise \u00e9conomique des p\u00eaches a \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9 par un argument environnemental. <\/em><em>La privatisation n\u2019est plus seulement n\u00e9cessaire pour des raisons \u00e9conomiques, mais en raison aussi de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle la propri\u00e9t\u00e9 (ownership) favorisera la \u2018bonne gestion\u2019 (stewardship)<\/em>\u00a0\u00bb (2016).<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9server, valoriser et labelliser la ressource<\/strong><\/p>\n<p>Un important courant \u00ab\u00a0conservationniste\u00a0\u00bb \u00e9merge \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, \u00e0 l\u2019instigation de scientifiques, de grandes ONG et fondations internationales (WWF, Conservation International, Union internationale pour la conservation de la nature, Ocean Conservancy, etc.), d\u2019origine essentiellement anglo-saxonne, et de quelques entreprises priv\u00e9es, qui se donnera pour objectif de pr\u00e9server \u00ab\u00a0co\u00fbte que co\u00fbte\u00a0\u00bb les milieux naturels, quitte \u00e0 les prot\u00e9ger de toute intervention humaine. Dans un contexte international marqu\u00e9 par la crise \u00e9conomique, les premiers ajustements structurels dans le Sud et la diminution des budgets et subventions allou\u00e9s au d\u00e9veloppement des p\u00eaches, leurs actions sur le terrain et leur lobbying aupr\u00e8s des institutions internationales et des gouvernements nationaux aboutiront \u00e0 la mise en place de nombreux projets de conservation des \u00e9cosyst\u00e8mes marins, aquatiques ou semi-aquatiques.<\/p>\n<p>Con\u00e7ues comme \u00ab\u00a0des outils de pr\u00e9servation et gestion de la biodiversit\u00e9 c\u00f4ti\u00e8re et marine\u00a0\u00bb, de multiples Aires marines prot\u00e9g\u00e9es (AMP) seront ainsi \u00e9tablies dans des zones d\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats \u00e9cologiques, touristiques ou halieutiques majeures\u00a0\u00bb, suppos\u00e9es \u00ab\u00a0libres d\u2019acc\u00e8s\u00a0\u00bb (Sharma, Rajagopalan, 2012). En 2015, pr\u00e8s de 3,4% des oc\u00e9ans \u00e9taient officiellement prot\u00e9g\u00e9s, d\u2019apr\u00e8s le WWF (2015). Bien qu\u2019en constante augmentation, cette proportion reste toutefois encore loin de l\u2019objectif que s\u2019est donn\u00e9 la Convention des Nations unies sur la diversit\u00e9 biologique, \u00e0 savoir la conservation d\u2019au moins 10% des aires marines et c\u00f4ti\u00e8res d\u2019ici 2020, et bien plus loin encore de l\u2019objectif vis\u00e9 par l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature\u00a0: l\u2019\u00e9tablissement de zones de protection totale sur 30% des zones marines et c\u00f4ti\u00e8res (TNI, Masidundise, Afrika Kontakt et WFFP, 2014\u00a0; Reuchlin-Hugenholtz et McKenzie, 2015).<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de nouvelles zones de protection marine et c\u00f4ti\u00e8re, ou leur extension, pour r\u00e9pondre aux engagements internationaux en la mati\u00e8re est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019un des d\u00e9fis que s\u2019est donn\u00e9 le Partenariat mondial pour les Oc\u00e9ans (PMO), lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de la Banque mondiale et appuy\u00e9 par une coalition h\u00e9t\u00e9roclite de puissants acteurs, publics et priv\u00e9s\u00a0: gouvernement nationaux (Norv\u00e8ge, Nouvelle-Z\u00e9lande, Cor\u00e9e du Sud, etc.) et organisations internationales, agences d\u2019aides au d\u00e9veloppement (USAID, DFID, NORAD, etc.), grandes fondations philanthropiques, dont les fondations familiales Wolton et Moore\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb7\" >7<\/a>] , plusieurs grandes ONG environnementales (Conservation International, IUCN, WWF, etc.), grands organismes de certification priv\u00e9e et f\u00e9d\u00e9rations de producteurs (Marine Stewardship Council, Global Aquaculture Alliance, Aquaculture Steward Council, World Ocean Council, etc.), centres de recherche, bureaux d\u2019expertise, etc.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 lors du Sommet mondial pour les oc\u00e9ans organis\u00e9 par <em>The Economist<\/em>, en 2015, comme le nouveau plan international pour la prise en charge et la gestion des oc\u00e9ans et des p\u00eaches, le PMO se donne un triple objectif\u00a0: l\u2019accroissement de la production des p\u00eaches et de l\u2019aquaculture dites \u00ab\u00a0durables\u00a0\u00bb, pour atteindre la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire sans compromettre la reproduction de la ressource\u00a0; la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 et des habitats c\u00f4tiers et oc\u00e9aniques d\u2019int\u00e9r\u00eat majeur\u00a0; et la r\u00e9duction des pollutions et la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique.<\/p>\n<p>Pour y arriver, les acteurs et les investissements priv\u00e9s sont activement mobilis\u00e9s. Et les solutions fond\u00e9es sur le march\u00e9 vivement encourag\u00e9es, via la promotion des partenariats publics-priv\u00e9s, des r\u00e9formes des p\u00eaches bas\u00e9es sur des droits d\u2019acc\u00e8s, le d\u00e9veloppement de nouvelles industries maritimes durables et, surtout, la valorisation financi\u00e8re des oc\u00e9ans et de leur capital naturel, dont la valeur est estim\u00e9e \u00e0 quelque 24000 milliards de dollars\u00a0! Passer \u00e0 10% d\u2019aires marines prot\u00e9g\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an d\u2019ici 2020, estime ainsi le WWF, permettrait de g\u00e9n\u00e9rer 420 milliards de dollars de b\u00e9n\u00e9fices (TNI et al., 2014\u00a0; Reuchlin-Hugenholtz et McKenzie, 2015). De quoi convaincre les investisseurs les plus r\u00e9ticents\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Marchandiser la plan\u00e8te pour la sauver\u00a0\u00bb (<em>Alternatives Sud,<\/em> 2013), tel est le credo de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9conomie bleue\u00a0\u00bb, version aquatique de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9conomie verte\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9e au Sommet de Rio+20 comme un \u00ab\u00a0mod\u00e8le de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique durable\u00a0\u00bb pour la plan\u00e8te. Articulant objectifs de croissance et imp\u00e9ratifs environnementaux, il tend \u00e0 s\u2019imposer aujourd\u2019hui comme le nouveau paradigme dans lequel devront s\u2019inscrire toutes les politiques en mati\u00e8re de gestion des p\u00eaches, de pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes marins et d\u2019optimalisation \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb des ressources des oc\u00e9ans, lacs, cours d\u2019eau, c\u00f4tes et berges. Comme le PMO et plusieurs initiatives r\u00e9centes (Costal Fisheries Initiative, Blue Carbon Initiative, etc.), ses orientations combinent \u00ab\u00a0<em>privatisation, conservation et financiarisation sur base d\u2019une valorisation financi\u00e8re du \u2018Capital Naturel\u2019 et de ses services \u00e9cosyst\u00e9miques et non plus seulement des ressources marines<\/em>\u00a0\u00bb (Le Sann, 2015).<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0bonne gestion de la ressource\u00a0\u00bb est \u00e9galement l\u2019argument de vente principal des labels de p\u00eache dits durables, comme le fameux MSC (Marine Stewarship Council). Pr\u00e9sent\u00e9s comme une r\u00e9ponse \u00e0 la surp\u00eache et \u00e0 la p\u00eache ill\u00e9gale, ils n\u2019en sont pas moins l\u2019objet de nombreuses critiques. Attribu\u00e9es par des organismes priv\u00e9s, en association \u00e9troite avec les grandes entreprises du secteur, ces certifications correspondent surtout aux int\u00e9r\u00eats des p\u00eaches industrielles et des distributeurs. Formidable outil de p\u00e9n\u00e9tration et de contr\u00f4le du vaste march\u00e9 des consommateurs \u00ab\u00a0sensibilis\u00e9s\u00a0\u00bb d\u2019Europe ou d\u2019Am\u00e9rique du Nord et catalyseur d\u2019importants b\u00e9n\u00e9fices \u2013 la production halieutique labellis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par quarante entre 2003 et 2015, repr\u00e9sentant aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 14% du march\u00e9 \u2013, ces logos constituent un saint Graal inaccessible pour les petites p\u00eaches (Le Sann, 2014\u00a0; Pnud, 2016).<\/p>\n<p><strong>L\u2019aquaculture pour pr\u00e9server la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire <\/strong><\/p>\n<p>Pour continuer \u00e0 assurer l\u2019approvisionnement des march\u00e9s internationaux et pr\u00e9server les stocks sauvages, l\u2019aquaculture demeure enfin l\u2019une des principales options privil\u00e9gi\u00e9es par les acteurs internationaux, d\u2019autant que ce secteur dispose de l\u2019un des potentiels de croissance les plus \u00e9lev\u00e9s. Connaissant une expansion continue depuis plusieurs d\u00e9cennies, la part de l\u2019aquaculture dans l\u2019offre halieutique est pass\u00e9e de 7% en 1974, \u00e0 26% en 1994 et 39% en 2004, pour atteindre plus de 50% aujourd\u2019hui, soit 73,8 millions de tonnes, pour une valeur estim\u00e9e \u00e0 160,2 milliards de dollars. Et, en 2025, la production aquacole devrait atteindre 102 millions de tonnes, soit pr\u00e8s de 52% de la production halieutique mondiale, et 57% du poisson destin\u00e9 \u00e0 la consommation humaine, l\u2019essentiel des approvisionnements \u00e9tant assur\u00e9 par les pays asiatiques, Chine, Inde, Vietnam et Bangladesh principalement (FAO, 2016).<\/p>\n<p>Promue au seuil des ann\u00e9es 1980 aupr\u00e8s des pays en d\u00e9veloppement comme une r\u00e9ponse aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les petites p\u00eacheries du Sud, comme un outil de lutte contre la pauvret\u00e9 et comme une opportunit\u00e9 \u00e9conomique, via la production et l\u2019exportation d\u2019esp\u00e8ces commercialisables sur les march\u00e9s internationaux, le d\u00e9veloppement de ce secteur qui aujourd\u2019hui dynamise le plus les \u00e9changes en produits halieutiques n\u2019en pose pas moins de nombreuses questions (De Schutter, 2012).<\/p>\n<p><strong>Des discours l\u00e9gitimateurs \u00e0 d\u00e9construire<\/strong><\/p>\n<p>Les discours dominants qui orientent les politiques internationales en mati\u00e8re de gestion des p\u00eaches affirment qu\u2019il est possible d\u2019accro\u00eetre la production halieutique, pour faire face \u00e0 une demande croissante, et d\u2019assurer la restauration des stocks et la pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques, tout en att\u00e9nuant les effets de la pollution et du r\u00e9chauffement climatique. Et le d\u00e9veloppement de l\u2019aquaculture \u00e0 grande \u00e9chelle, la mise en place des r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0claires, individuelles et s\u00e9curis\u00e9es\u00a0\u00bb, l\u2019accroissement du nombre d\u2019AMP et de zones d\u2019interdiction de p\u00eache, le renforcement des capacit\u00e9s institutionnelles des \u00c9tats les plus pauvres, la g\u00e9n\u00e9ralisation de m\u00e9canismes bas\u00e9s sur le march\u00e9 pour assurer \u00e0 la fois production et conservation ou encore l\u2019\u00e9tablissement de nouveau cadre politique pour stimuler l\u2019investissement \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb \u00e0 grande \u00e9chelle permettraient d\u2019atteindre ces objectifs (TNI et al., 2014). Comme le notent nombre de sp\u00e9cialistes critiques de la p\u00eache, ces discours s\u2019appuient souvent sur des id\u00e9es re\u00e7ues, des g\u00e9n\u00e9ralisations abusives ou encore des postulats erron\u00e9s ou peu nuanc\u00e9s, au risque d\u2019entra\u00eener des r\u00e9sultats exactement inverses \u00e0 ceux recherch\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>La fausse solution de l\u2019aquaculture<\/strong><\/p>\n<p>Il en va ainsi de l\u2019aquaculture pr\u00e9sent\u00e9e depuis longtemps par ses plus ardents d\u00e9fenseurs comme une solution miracle \u00e0 la crise de la ressource. Pourtant, \u00ab\u00a0<em> l\u2019id\u00e9e de remplacer le poisson sauvage par du poisson d\u2019\u00e9levage ne r\u00e9siste pas \u00e0 la plus petite analyse \u00e9cologique<\/em>\u00a0\u00bb, note Jean-S\u00e9bastien Mora (2012). Car le d\u00e9veloppement des activit\u00e9s aquacoles a \u00e9t\u00e9 de pair avec une hausse vertigineuse de la demande en farines de poisson pour nourrir saumons, bars ou dorades. Dans une logique perverse, il a favoris\u00e9 l\u2019exploitation intensive de certains stocks, jug\u00e9s moins nobles car de plus faible valeur marchande (hareng, sardine, anchois du P\u00e9rou, etc.) et particip\u00e9 \u00e0 l\u2019essor de la p\u00eache industrielle minoti\u00e8re, qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui \u00e0 elle seule pr\u00e8s d\u2019un tiers des captures mondiales, soit 30 millions de tonnes, destin\u00e9es en grande partie \u00e0 la consommation animale. Qui plus est, tout en accentuant la pression sur les ressources halieutiques, ce transfert de prot\u00e9ines constitue selon Jean Chaussade une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0absurdit\u00e9 biologique\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 il ne se traduit par aucun gain nutritionnel (2011). On estime en effet qu\u2019il faut en moyenne entre un et quatre kilos de poissons sauvages pour produire un kilo de poissons sauvages&#8230;\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb8\" >8<\/a>]<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de l\u2019aquaculture sur le mod\u00e8le de l\u2019agriculture productiviste n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 non plus sans cons\u00e9quence environnementale importante\u00a0: perte de diversit\u00e9 biologique, occupation et d\u00e9gradation de \u00e9cosyst\u00e8mes indispensables \u00e0 la reproduction des poissons sauvages (mangroves notamment), perte de biodiversit\u00e9 des milieux naturels et de diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des sp\u00e9cimens, pollution des eaux par les d\u00e9jections et l\u2019utilisation massive d\u2019hormones, de m\u00e9dicaments et d\u2019antibiotiques, prolif\u00e9ration des maladies, etc. (Mora, 2012). Grande d\u00e9voreuse d\u2019espaces littoraux, l\u2019expansion \u00e0 grande \u00e9chelle des activit\u00e9s aquacoles pour satisfaire la demande croissante des pays industrialis\u00e9s s\u2019est faite \u00e9galement au d\u00e9triment des p\u00eacheurs artisans et des communaut\u00e9s littorales d\u2019Am\u00e9rique centrale et du Sud, de Chine, d\u2019Asie du Sud et du Sud-Est. Que l\u2019aquaculture productiviste \u0153uvre au renforcement de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au niveau local rel\u00e8ve ici encore de l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019essentiel de sa production \u00e9tant export\u00e9e (De Schutter, 2012\u00a0; TNI et al., 2014)<\/p>\n<p><strong>Des ressources \u00ab\u00a0universellement\u00a0\u00bb d\u00e9grad\u00e9es en raison de l\u2019absence de droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La double pr\u00e9misse sur laquelle repose toutes les politiques en mati\u00e8re de gestion des p\u00eaches et des ressources halieutiques m\u00e9rite aussi d\u2019\u00eatre questionn\u00e9e\u00a0: l\u2019id\u00e9e que l\u2019effort de restauration devrait port\u00e9 sur des stocks \u00ab\u00a0universellement\u00a0\u00bb d\u00e9grad\u00e9s et la fameuse \u00ab\u00a0trag\u00e9die des communs\u00a0\u00bb qui s\u2019expliquerait par l\u2019absence de droits de propri\u00e9t\u00e9 sur les ressources. Alain Le Sann soutient un point de vue radicalement diff\u00e9rent. Le pr\u00e9sident du collectif \u00ab\u00a0P\u00eache et d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb affirme ainsi que si la \u00ab\u00a0<em>surp\u00eache est une r\u00e9alit\u00e9, elle est loin d\u2019\u00eatre nouvelle (&#8230;.) elle n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Elle concerne environ un tiers des stocks et dans bon nombre de pays d\u00e9velopp\u00e9s, elle a \u00e9t\u00e9 fortement r\u00e9duite, y compris en Europe depuis plusieurs ann\u00e9es. <\/em><em>Quant \u00e0 la trag\u00e9die des communs, il s\u2019agit en fait de la trag\u00e9die des espaces en libre acc\u00e8s <\/em>\u00a0\u00bb (Le Sann, 2014).<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit certes pas de nier la r\u00e9alit\u00e9 de la \u00ab\u00a0surp\u00eache\u00a0\u00bb et de ses cons\u00e9quences, mais d\u2019en appeler \u00e0 un diagnostic plus nuanc\u00e9 et davantage critique. Comme l\u2019affirme en effet un r\u00e9cent rapport\u00a0: \u00ab\u00a0(&#8230;.)<em> m\u00eame si il y a un consensus de base selon lequel les stocks de poissons dans le monde connaissent beaucoup de stress et de pression continue en raison d\u2019activit\u00e9s humaines, \u2018l\u2019universalisation\u2019 de la surexploitation des poissons brouille la r\u00e9alit\u00e9 selon laquelle la d\u00e9t\u00e9rioration de certains stocks se rapporte plus \u00e0 des esp\u00e8ces, des contextes et \u00e0 des acteurs sp\u00e9cifiques. Une analyse qui ne tient pas compte de cette r\u00e9alit\u00e9 marginalise les questions importantes relatives \u00e0 l\u2019utilisation des ressources et aux droits des utilisateurs \u2013 qui p\u00eache dans les eaux appartenant \u00e0 qui\u00a0? Pour quoi\u00a0? Et quels sont les acteurs qui capturent le plus et qui font le plus de d\u00e9g\u00e2ts<\/em>\u00a0\u00bb (TNI et al., 2014).<\/p>\n<p>En fait, cette insistance sur le caract\u00e8re \u00ab\u00a0universel\u00a0\u00bb de la d\u00e9gradation des stocks et sur les efforts collectifs qu\u2019il s\u2019agirait de fournir \u00e9lude la question centrale des responsabilit\u00e9s r\u00e9elles dans cette surexploitation des \u00e9cosyst\u00e8mes marins, en particulier celles des pays industrialis\u00e9s\u00a0: fuite en avant capitaliste, concurrence exacerb\u00e9e, \u00e9tablissement de rapports de type n\u00e9ocoloniaux au travers des accords de p\u00eache in\u00e9gaux, subventionnement de flottes industrielles destructrices, explosion de la demande au Nord, etc.\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nb9\" >9<\/a>] . Elle tend \u00e0 passer sous silence le fait que la diminution des ressources touche principalement les populations c\u00f4ti\u00e8res des pays du Sud. Pire, selon Alain Le Sann \u00ab\u00a0<em>le d\u00e9ferlement m\u00e9diatique sur l\u2019\u00e9puisement des ressources marines et la surp\u00eache, <\/em>(&#8230;) <em>sert de pr\u00e9texte pour justifier le mouvement de privatisation<\/em>\u00a0\u00bb (2014).<\/p>\n<p>L\u2019accent mis sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019introduire des droits de propri\u00e9t\u00e9 et d\u2019acc\u00e8s appropri\u00e9s et s\u00fbrs proc\u00e8de de la m\u00eame logique. Tout en niant l\u2019existence dans le monde de la pluralit\u00e9 des syst\u00e8mes traditionnels collectifs de gestion des p\u00eaches et des ressources, ou droits d\u2019acc\u00e8s coutumiers, il ouvre la voie \u00e0 l\u2019accaparement des ressources et territoires de p\u00eache, au nom d\u2019une \u00ab\u00a0gestion responsable du capital naturel\u00a0\u00bb, au d\u00e9triment des p\u00eacheurs artisans et communaut\u00e9s traditionnelles de p\u00eache. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019accaparement n\u2019est pas neuf, mais il a pris de l\u2019ampleur, a chang\u00e9 de nature. Il s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es sous l\u2019impulsion notamment de la nouvelle \u00e9conomie bleue (TNI et al., 2014).<\/p>\n<p><strong>Une \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb dynamique d\u2019accaparement des mers<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9fini comme \u00ab\u00a0<em>un important processus de saisie des ressources oc\u00e9aniques et halieutiques de la plan\u00e8te<\/em>\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0<em>des lois, politiques et pratiques qui (re)d\u00e9finissent et (r\u00e9)attribuent l\u2019acc\u00e8s, l\u2019utilisation et le contr\u00f4le des ressources<\/em> (&#8230;) <em>au d\u00e9triment des p\u00eacheurs artisanaux et de leurs communaut\u00e9s <\/em>\u00a0\u00bb et, plus largement, comme la \u00ab\u00a0<em>capture, par les acteurs \u00e9conomiques les plus forts du contr\u00f4le sur les prises de d\u00e9cision concernant la p\u00eache, y compris le pouvoir de d\u00e9cider comment et \u00e0 quelles fins les ressources marines devront \u00eatre utilis\u00e9es, conserv\u00e9es et g\u00e9r\u00e9es actuellement et \u00e0 l\u2019avenir<\/em>\u00a0\u00bb (Ibid.), ce processus d\u2019\u00ab\u00a0accaparement des oc\u00e9ans\u00a0\u00bb prend aujourd\u2019hui des formes multiples.<\/p>\n<p>Enum\u00e9rons les principales\u00a0: n\u00e9gociation d\u2019accords de p\u00eache in\u00e9gaux\u00a0; instauration de droits, sous la forme de quotas individuels transf\u00e9rables qui privent les p\u00eacheurs artisanaux d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 la mer\u00a0; privatisation des espaces littoraux pour faire place \u00e0 de grands projets industriels, \u00e9cologiques, touristiques, aquacoles et d\u2019infrastructure au d\u00e9triment des communaut\u00e9s\u00a0; cr\u00e9ation de vastes r\u00e9serves marines pour des motifs \u00e9cologique et\/ou g\u00e9ostrat\u00e9gique interdisant les activit\u00e9s de p\u00eache de populations qui traditionnellement en vivent\u00a0; contr\u00f4le toujours plus \u00e9troit des principaux circuits d\u2019approvisionnement et monopolisation des march\u00e9s les plus prometteurs gr\u00e2ce \u00e0 la \u00ab\u00a0certification\u00a0\u00bb par les grands op\u00e9rateurs du secteur\u00a0; main basse par les \u00c9tats et acteurs priv\u00e9s sur les richesses du sous-sol des oc\u00e9ans, et mainmise sur les politiques de p\u00eache et de gestion des ressources, etc.<br \/>\nToutes ces dynamiques convergent dans un m\u00eame processus d\u2019\u00ab\u00a0appropriation par d\u00e9possession\u00a0\u00bb qui entra\u00eene \u00ab\u00a0<em> non seulement la diminution du contr\u00f4le sur ces ressources par les p\u00eacheurs artisanaux, mais aboutit \u00e9galement dans de nombreux cas, \u00e0 leur destruction \u00e9cologique et leur propre disparition<\/em>\u00a0\u00bb (Ibid.). Parmi les principaux acteurs de ce mouvement d\u2019accaparement, l\u2019on retrouve bien entendu les \u00c9tats (pour des raisons \u00e9conomiques et g\u00e9ostrat\u00e9giques) et les principaux op\u00e9rateurs du secteur (flottes priv\u00e9es, supermarch\u00e9s, etc.), mais aussi de plus en plus, le secteur financier et des investisseurs issus d\u2019autres champs d\u2019activit\u00e9s, appel\u00e9s eux aussi \u00e0 participer activement au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie bleue.<\/p>\n<p>N\u2019oublions pas, enfin, le r\u00f4le jou\u00e9 par les grandes fondations et ONG conservationnistes occidentales, qui \u00ab\u00a0militent\u00a0\u00bb aux c\u00f4t\u00e9s de transnationales pour la cr\u00e9ation de gigantesques \u00ab\u00a0zones marines sans p\u00eache\u00a0\u00bb. Leurs objectifs, note Alain Le Sann \u00ab\u00a0<em>ne sont pas d\u2019abord \u00e9conomiques, mais id\u00e9ologiques et environnementaux. Leur id\u00e9al est celui du \u00ab\u00a0Wilderness\u00a0\u00bb, la nature vierge dont il faut exclure les p\u00eacheurs <\/em>\u00a0\u00bb (2014). Or, ces derniers sont sans nul doute la cl\u00e9 d\u2019une politique des p\u00eaches associant l\u2019am\u00e9lioration des moyens de subsistance et la s\u00e9curit\u00e9 (souverainet\u00e9) alimentaire locale, le respect des droits humains, \u00e9conomiques sociaux et culturels, et une gestion r\u00e9ellement durable des ressources.<\/p>\n<p><strong>Quelle alternative pour la p\u00eache\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La p\u00eache artisanale dispose en effet d\u2019atouts ind\u00e9niables, tant en termes de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 et de renforcement de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire qu\u2019en termes d\u2019utilisation durable des ressources et de pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes marins et c\u00f4tiers. Repr\u00e9sentant pr\u00e8s de 90% des actifs impliqu\u00e9s dans des activit\u00e9s de capture, auxquelles elle apporte revenus et moyens de subsistance, elle ferait vivre entre 120 et 185 millions de personnes dans le monde. Dont 50% de femmes actives \u00e0 tous les maillons de la fili\u00e8re artisanale, avant et apr\u00e8s capture\u00a0: traitement des produits, commercialisation, administration et participation directe aux activit\u00e9s primaires, de capture notamment, pour 19% d\u2019entre elles (Monfort, 2015).<\/p>\n<p>Pratiqu\u00e9e au Sud principalement, la p\u00eache artisanale joue un r\u00f4le majeur dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>les denr\u00e9es aquatiques qui [en] sont issues \u2013 en premier lieu le poisson \u2013 repr\u00e9sentent une source directe de nourriture pour des milliers de personnes vivant \u00e0 proximit\u00e9 du littoral et\/ou de plan d\u2019eau, et tout particuli\u00e8rement l\u00e0 o\u00f9 les autres sources de prot\u00e9ines animales se font plus rares (et plus industrielles) <\/em>\u00a0\u00bb (No\u00ebl, Le Sauce, 2014). Pas moins de 95% du poisson d\u00e9barqu\u00e9 par la p\u00eache artisanale \u2013 entre un tiers et la moiti\u00e9 des captures en mer et sur le continent \u2013 sont d\u2019ailleurs consomm\u00e9s localement\u00a0!<\/p>\n<p>Si les quantit\u00e9s captur\u00e9es par ces p\u00eaches sur les ressources halieutiques sont \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalentes aux quantit\u00e9s d\u00e9barqu\u00e9es par les flottes industrielles, elles sont aussi beaucoup moins dispendieuses et destructrices pour les milieux naturels. Multisp\u00e9cifiques, beaucoup de ces p\u00eaches ont des rejets qui sont proches de z\u00e9ro, tandis qu\u2019ils atteignent entre huit et vingt millions de tonnes pour les p\u00eaches industrielles. Utilisant des techniques traditionnellement moins destructrices, elles sont \u00e9galement bien moins gourmandes en \u00e9nergie\u00a0: cinq millions de tonnes de carburant, contre trente-sept millions pour la p\u00eache industrielle (De Schutter, 2012).<\/p>\n<p>Enfin, il ne faut pas sous-estimer la contribution de ces p\u00eaches au d\u00e9veloppement local et \u00e0 la structuration du tissu social et de l\u2019identit\u00e9 culturelle des communaut\u00e9s littorales et territoires de p\u00eache. Bref, si \u00ab\u00a0<em> l\u2019on raisonne en termes de durabilit\u00e9 (&#8230;) c\u2019est bien cette multitude de mod\u00e8les artisans qui, fortement ancr\u00e9s dans ces paysages, nous apparaissent comme les mieux \u00e0 m\u00eame de mener la pr\u00e9servation des ressources \u2018naturelles\u2019, mais aussi celle de la communaut\u00e9 halieutique qui les exploitent <\/em>\u00a0\u00bb (No\u00ebl et Le Sauce, 2014).<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de cela, les politiques nationales et internationales en mati\u00e8re de gestion des p\u00eaches tendent \u00e0 minimiser la contribution de ces p\u00eaches au d\u00e9veloppement local et \u00e0 une gestion plus durable des milieux aquatiques. Elles font g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019impasse sur les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les p\u00eacheurs artisans face \u00e0 une concurrence mondiale exacerb\u00e9e et des pressions croissantes qui d\u00e9t\u00e9riorent leurs conditions de vie, ont entra\u00een\u00e9 une multiplication des conflits territoriaux et ont accentu\u00e9 les ph\u00e9nom\u00e8nes de piraterie et de p\u00eache ill\u00e9gale (Mora 2012). Et, con\u00e7ues au nom de la pr\u00e9servation de la ressource et de la s\u00e9curisation des approvisionnements, les nouvelles orientations internationales ne manqueront sans doute pas d\u2019accentuer la marginalisation des communaut\u00e9s artisanales de p\u00eache \u00e0 l\u2019avantage des principaux responsables de l\u2019effondrement des stocks et de la destruction des milieux naturels.<\/p>\n<p>Les promoteurs du Partenariat mondial pour les oc\u00e9ans et d\u2019autres initiatives similaires propos\u00e9es dans le cadre de l\u2019\u00e9conomie bleue pr\u00e9tendent bien entendu encourager la participation et veiller \u00e0 la prise en compte des droits, int\u00e9r\u00eats et demandes de toutes les parties dans un processus qui se veut triplement gagnant, \u00ab\u00a0<em>win-win-win<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: bon pour les affaires, la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019environnement (Barbesgaard, 2016). Mais leur discours droit-de-l\u2019hommiste et consensuel r\u00e9siste mal aux r\u00e9alit\u00e9s de terrain, caract\u00e9ris\u00e9es par des rapports de force in\u00e9gaux et de nombreux conflits asym\u00e9triques pour le contr\u00f4le et l\u2019acc\u00e8s aux ressources marines et c\u00f4ti\u00e8res. Il ignore la tr\u00e8s grande pluralit\u00e9 des syst\u00e8mes de gestion communautaires et droits d\u2019acc\u00e8s collectifs ou coutumiers existants dans le Sud, lesquels sont aujourd\u2019hui menac\u00e9s par une privatisation larv\u00e9e.<\/p>\n<p>Pourtant, la FAO estime elle-m\u00eame qu\u2019un \u00ab\u00a0<em>syst\u00e8me de gestion communautaire qui prot\u00e8ge les droits d\u2019acc\u00e8s de petits p\u00eacheurs d\u00e9favoris\u00e9s est probablement la meilleure mesure en faveur des pauvres dans de nombreuses p\u00eacheries artisanales<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e8s lors que ce type de r\u00e9gime \u00ab\u00a0<em>favorise l\u2019acc\u00e8s aux ressources et aux zones c\u00f4ti\u00e8res \u00e0 un groupe d\u2019individus bien d\u00e9termin\u00e9s<\/em> (&#8230;) <em>qui fonctionne sur une connaissance \u00e9cologique assez intime, d\u00e9taill\u00e9e et fonctionnelle des \u00e9cosyst\u00e8mes qu\u2019il exploite. D\u00e9clinables \u00e0 plusieurs niveaux, ces droits de propri\u00e9t\u00e9 collectifs ne doivent pas uniquement porter sur les stocks, mais int\u00e9grer les territoires de p\u00eache<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 dans No\u00ebl et Le Sauce, 2014). Associ\u00e9e \u00e0 des politiques nationales centr\u00e9es sur le renforcement et le soutien \u00e0 la p\u00eache artisanale, \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage des accords de partenariat en sa faveur et, plus largement, \u00e0 une r\u00e9glementation du march\u00e9 halieutique, la reconnaissance des droits des communaut\u00e9s artisanales de p\u00eache est aujourd\u2019hui la condition de leur survie et de leur d\u00e9veloppement. Et une \u00e9tape indispensable vers une gestion plus durable des ressources et des \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019objectif que se donnent les \u00ab\u00a0<em>Directives volontaires visant \u00e0 assurer la durabilit\u00e9 de la p\u00eache artisanale dans le contexte de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de l\u2019\u00e9radication de la pauvret\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0<em> premier instrument international enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9 au tr\u00e8s important \u2013 mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent souvent n\u00e9glig\u00e9 \u2013 secteur de la p\u00eache artisanale<\/em>\u00a0\u00bb (FAO, 2015). Approuv\u00e9es par la FAO, au terme d\u2019un long processus participatif qui a impliqu\u00e9 les principales organisations repr\u00e9sentatives de p\u00eacheurs artisans, ces Directives prennent l\u2019exact contre-pied du Partenariat mondial pour les oc\u00e9ans et d\u2019autres initiatives pour la croissance bleue. S\u2019appuyant sur le cadre juridique international des droits humains, elles entendent pousser les \u00c9tats \u00e0 mettre en place des politiques en faveur des p\u00eacheurs artisans, des petites p\u00eaches, des femmes travailleuses de la p\u00eache et des communaut\u00e9s littorales, en proposant un cadre d\u2019action et des mesures communes. Des options \u00e9galement avanc\u00e9es par l\u2019ex-rapporteur des Nations unies pour le droit \u00e0 l\u2019alimentation dans son rapport sur les p\u00eaches (2012).<\/p>\n<p>Reste que si ces documents \u00ab\u00a0<em>repr\u00e9sentent <\/em>(&#8230;) <em>des outils pr\u00e9cieux pour garantir l\u2019avenir de ces p\u00eacheurs<\/em> (&#8230;.)<em> il ne faut sans doute pas surestimer leur r\u00f4le<\/em>, avertit Alain Le Sann. <em>Sans forte pression sociale, leur mise en \u0153uvre restera limit\u00e9e comme beaucoup d\u2019autres textes internationaux dont l\u2019application est fond\u00e9e sur la bonne volont\u00e9 des \u00c9tats, sans aucune contrepartie<\/em>\u00a0\u00bb (2014). Le cheminement vers une autre \u00ab\u00a0mondialisation halieutique\u00a0\u00bb ne pourra en effet que passer par la mise en place de novelles convergences entre mouvements nationaux et internationaux de p\u00eacheurs artisans, ONG d\u2019appui aux secteurs et m\u00eame des acteurs issus d\u2019autres secteurs, afin de faire \u00e9voluer un rapport de force qui demeure jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s d\u00e9favorable.<\/p>\n<p><strong>NOTES:<\/strong><\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh1\" >1<\/a>]\u00a0La Banque mondiale estimait quant \u00e0 elle, en 2010, \u00e0 120 millions le nombre de personnes qui d\u00e9pendent directement de la p\u00eache commerciale pour leur subsistance, exer\u00e7ant cette activit\u00e9 \u00e0 temps plein ou temps partiel, y compris celles intervenant avant et apr\u00e8s la \u00ab\u00a0collecte\u00a0\u00bb (Cf. Campling, Havice et Howard, 2012).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh2\" >2<\/a>]\u00a0La FAO estime en outre que pr\u00e8s de 78% des produits comestibles de la mer font l\u2019objet d\u2019une concurrence commerciale internationale (2016).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh3\" >3<\/a>]\u00a0Outre la p\u00eache, le contr\u00f4le du transport dans leurs eaux territoriales et l\u2019appropriation des richesses \u00e9nerg\u00e9tiques et min\u00e9rales suppos\u00e9es enfouies dans les sous-sols de leurs eaux territoriales \u00e9taient au centre de ces n\u00e9gociations.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh4\" >4<\/a>]\u00a0\u00c0 ces notions s\u2019est ajout\u00e9e, plus tard, celle de zone de p\u00eache exclusive pour les archipels \u00e0 la g\u00e9ographie complexe, la haute mer demeurant un domaine \u00ab\u00a0libre et ouvert \u00e0 tous sans entrave\u00a0\u00bb (Louchet, 2015).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh5\" >5<\/a>]\u00a0Certaines donn\u00e9es montrent m\u00eame une diminution de la consommation en Afrique.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh6\" >6<\/a>]\u00a0Voir \u00e0 ce sujet Le Sann, 2013.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh7\" >7<\/a>]\u00a0Respectivement propri\u00e9taire de Walmart et cofondateur d\u2019Intel.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh8\" >8<\/a>]\u00a0Ce ratio est toutefois moins \u00e9lev\u00e9 aujourd\u2019hui en raison du remplacement des prot\u00e9ines animales par des prot\u00e9ines de soja, dont les monocultures intensives sont \u00e9galement tr\u00e8s destructrices pour les milieux naturels.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr#nh9\" >9<\/a>]\u00a0Selon une \u00e9tude r\u00e9cente, treize transnationales contr\u00f4lent entre 11 et 16% des prises mondiales (entre 9 et 13 millions de tonnes) et 19 \u00e0 40% des stocks les plus importants et les plus valorisables sur les march\u00e9s internationaux, y compris des esp\u00e8ces qui jouent un r\u00f4le \u00e9cosyst\u00e9mique de premier plan. Ces compagnies dominent tous les segments de la production halieutique, b\u00e9n\u00e9ficient de nombreuses subventions et exercent une influence d\u00e9cisive sur les d\u00e9cisions internationales en mati\u00e8re de p\u00eache et d\u2019aquaculture. Voir \u00d6sterblom et al., 2015.<\/p>\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE:<\/strong><\/p>\n<p>Alternatives Sud (2013), \u00ab\u00a0Economie verte\u00a0: marchandiser la plan\u00e8te pour la sauver\u00a0?\u00a0\u00bb, Cetri-Syllepse, vol 20-1.<br \/>\nBarbersgaard M.\u00a0(2016), \u00ab\u00a0Blue grouwth\u00a0: saviour or ocean grabbing\u00a0?\u00a0\u00bb, Colloquium Paper N\u00b05, Global gouvernance\/politics, climate justice &amp; agrarian\/social justice\u00a0: linkages and challenges, 4-5 f\u00e9vrier, International Institute of Social Studies (ISS), La Haye.<br \/>\nCampling L., Havice E.,et Howard P. (2012), \u00ab\u00a0The political economy and ecology of capture fisheries\u00a0: market dynamics, resource Access and Relations of Exploitation and Resistance\u00a0\u00bb, in Journal of Agrarian Change, Vol. 12, n\u00b01 et 2, avril-juillet, pp. 177-203.<br \/>\nChaussade J. (2012), \u00ab\u00a0Assez de surp\u00eache\u00a0!\u00a0\u00bb, Le Monde, 21 ao\u00fbt.<br \/>\nChaussade J. (2009), Le pillage des ressources de la mer. R\u00e9sum\u00e9, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/archives-fig-st-die.cndp.fr\/actes\/actes_2009\/chaussade\/article.html\" >http:\/\/archives-fig-st-die.cndp.fr\/actes\/actes_2009\/chaussade\/article.html<\/a>.<br \/>\nCNUCED (2016), Trade and Environment Review 2016\u00a0: Fish Trade, Unctad-DITC-TED, United Nations Publications.<br \/>\nDe Schutter O. (2012), \u00ab\u00a0La P\u00eache et le Droit \u00e0 l\u2019Alimentation\u00a0\u00bb, Rapport pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la 67e Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU [A\/66\/262].<br \/>\nFAO (2016), La situation mondiale des p\u00eaches et de l\u2019aquaculture. Contribuer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et \u00e0 la nutrition de tous, Rome, FAO.<br \/>\nFAO (2015), Directives volontaires visant \u00e0 assurer la durabilit\u00e9 de la p\u00eache artisanale dans le contexte de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de l\u2019\u00e9radication de la pauvret\u00e9, Rome, FAO.<br \/>\nKolding J., van Zwieten P., Marttin F. et Poulain F. (2016), Fisheries in the drylands sub-Saharan Africa &#8211; \u00ab\u00a0Fish come with rains\u00a0\u00bb. Building resilience for fisheries-dependent livelihoods to enhance food security and nutrition in the drylands, FAO Fisheries and Aquaculture Circular N\u00b0\u00a01118, Rome.<br \/>\nLe Sann A. (2015), \u00ab\u00a0WWF\u00a0: un rapport sur les oc\u00e9ans qui doit rapporter\u00a0\u00bb, Bulletin P\u00eache et D\u00e9veloppement, n\u00b0\u00a0122, octobre.<br \/>\nLe Sann A. (2014), \u00ab\u00a0La derni\u00e8re fronti\u00e8re\u00a0: accaparement des mers\u00a0\u00bb, Mouvements, 25 novembre.<br \/>\nLe Sann A. (2013), \u00ab\u00a0Et si les p\u00eacheurs disparaissaient avant les poissons\u00a0\u00bb, Basta\u00a0!, 3 juillet, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.bastamag.net\" >www.bastamag.net<\/a><br \/>\nLouchet A. (2015), Atlas des mers et des oc\u00e9ans. Conqu\u00eates, tensions, explorations, Paris, Autrement.<br \/>\nMonfort M.\u00a0C. (2015), The role of women in the seafood industry, Globefish Research Programme, FAO, mai.<br \/>\nMora J.-S. (2012), \u00ab\u00a0Ravage de la p\u00eache industrielle en Afrique\u00a0\u00bb, Monde diplomatique, novembre, pp. 4-5<br \/>\nMora J.-S. (2012), \u00ab\u00a0Fausse solution de l\u2019aquaculture\u00a0\u00bb, Monde diplomatique, novembre, article in\u00e9dit.<br \/>\nMansfield B. (2004), \u00ab\u00a0Neoliberalism in the oceans\u00a0: \u2018rationalization\u2019, property rights, and the commons question\u00a0\u00bb, Geoforum, 35, pp. 313-326.<br \/>\nNo\u00ebl J. (2013), \u00ab\u00a0La mondialisation des activit\u00e9s halieutiques\u00a0: br\u00e8ve analyse g\u00e9o-historique\u00a0\u00bb, M@ppemonde, 109-1, pp. 1-26.<br \/>\nNo\u00ebl J., Le Sauce D. (2014), \u00ab\u00a0Les p\u00eaches artisanales au coeur des syst\u00e8mes halio-alimentaires durables\u00a0\u00bb, Vertigo- la revue \u00e9lectronique en sciences de l\u2019environnement, vol. 14, mai, pp.1-20.<br \/>\n\u00d6sterblom H., Jouffray J.-B., Folke C., Crona B., Troell M., Merrie A. et Rockstr\u00f6m J. (2015), \u00ab\u00a0Transnational Corporations as \u00ab\u00a0Keystone Actors\u00a0\u00bb, Marine Ecosystems, PloS ONE 10 (5), pp. 1-15.<br \/>\nReuchlin-Hugenholtz, E., McKenzie, E. (2015), Aires marines prot\u00e9g\u00e9es\u00a0: un investissement judicieux pour la sant\u00e9 des oc\u00e9ans, WWF, Gland.<br \/>\nSharma C., Rajagopalan R. (2013), \u00ab\u00a0Marine Protected Areas. Securing tenure rights of fishing communities\u00a0?\u00a0\u00bb, Revue des questions agraires, n\u00b01.<br \/>\nTransnational Institute, Masifundise, AfrikaKontakt et World Forum of Fisher Peoples (2014), L\u2019accaprement mondial des mers. Un livret, TNI-Masifundise, AfrikaKontakt, WFFP.<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/Enjeux-et-devenir-de-la-peche?lang=fr\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La hausse constante de la consommation de poisson a fait de la p\u00eache une industrie lucrative. 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Pour y faire face, les institutions internationales ont surtout fait appel \u00e0 des m\u00e9canismes de march\u00e9, qui menacent les conditions de vie pr\u00e9caires des communaut\u00e9s de p\u00eache artisanale, sans r\u00e9soudre la crise.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-90044","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-original-languages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90044"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90044\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}