{"id":94745,"date":"2017-07-03T12:00:33","date_gmt":"2017-07-03T11:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/?p=94745"},"modified":"2018-04-08T16:23:59","modified_gmt":"2018-04-08T15:23:59","slug":"francais-ong-depolitisation-de-la-resistance-au-neoliberalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/2017\/07\/francais-ong-depolitisation-de-la-resistance-au-neoliberalisme\/","title":{"rendered":"(Fran\u00e7ais) ONG : d\u00e9politisation de la r\u00e9sistance au n\u00e9olib\u00e9ralisme ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>Si l\u2019\u00ab\u00a0ONGisation\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir l\u2019instauration de la configuration ONG comme vecteur privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019action collective pour le d\u00e9veloppement, interpelle, les facteurs de d\u00e9politisation des discours et des pratiques de ces acteurs non gouvernementaux pr\u00e9occupent. La conscience des risques d\u2019instrumentalisation, de manag\u00e9rialisation, d\u2019occidentalisation, de substitution\u2026 aide \u00e0 les \u00e9viter et partant, \u00e0 repolitiser les r\u00e9sistances au mod\u00e8le dominant.<\/em><\/p>\n<p><em>Juin 2017 &#8211; <\/em>Vingt ans apr\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9dition d\u2019un<em> Alternatives Sud <\/em>consacr\u00e9 aux ONG, qui interrogeait leur r\u00f4le et leur l\u00e9gitimit\u00e9 en tant qu\u2019outils de contestation du n\u00e9olib\u00e9ralisme et acteurs de changement social, la question reste d\u2019actualit\u00e9. Au d\u00e9part de ce num\u00e9ro, le constat d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00ab\u00a0ONGisation\u00a0\u00bb, soit l\u2019instauration de la configuration ONG comme vecteur privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019action collective pour le d\u00e9veloppement, dont t\u00e9moigne \u00ab\u00a0<em> la demande croissante de cette forme particuli\u00e8re d\u2019expertise professionnalis\u00e9e, formelle, qualifi\u00e9e et internationalis\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb (Srila Roy, dans ce num\u00e9ro). Les ONG \u00e9tant devenues les interlocuteurs attitr\u00e9s des \u00c9tats et des agences internationales d\u2019aide, on observe une tendance \u00e0 l\u2019institutionnalisation des mouvements sociaux, pour attirer et conserver des financements, et plus largement, un risque d\u2019\u00e9loignement des pr\u00e9occupations populaires.<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0ONGisation\u00a0\u00bb soul\u00e8ve ainsi diff\u00e9rents enjeux qui sont autant de facteurs de d\u00e9politisation des discours et des pratiques. Apr\u00e8s avoir soulev\u00e9 les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au concept m\u00eame d\u2019ONG et circonscrit le contexte actuel de la \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb et la notion de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb, nous avons choisi d\u2019\u00e9tudier trois enjeux majeurs\u00a0: premi\u00e8rement, le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0privatisation par voie d\u2019ONG\u00a0\u00bb (Harvey, 2004) et l\u2019instrumentalisation multiple dont ces organisations font l\u2019objet\u00a0; ensuite, la professionnalisation manag\u00e9riale qui accompagne l\u2019insertion des ONG dans le \u00ab\u00a0complexe d\u00e9veloppeur international\u00a0\u00bb (Guichaoua et Goussault, 1993)\u00a0; et enfin, le paternalisme dans lequel s\u2019inscrivent encore trop souvent, \u00e0 des degr\u00e9s divers, les activit\u00e9s des ONG du Nord, ainsi que la voie \u00ab\u00a0r\u00e9formatrice\u00a0\u00bb et consensuelle r\u00e9guli\u00e8rement privil\u00e9gi\u00e9e, au d\u00e9triment d\u2019une strat\u00e9gie plus contestataire.<\/p>\n<p><strong>L\u2019impossible d\u00e9finition des ONG<\/strong><\/p>\n<p>ONG, trois lettres qui se sont impos\u00e9es \u00e0 travers le monde. Leur premi\u00e8re apparition date de la charte des Nations unies en 1945, qui acte alors la reconnaissance par cette institution et la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb de l\u2019existence d\u2019autres acteurs aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et du march\u00e9, et de la place qu\u2019il convient de leur assigner\u00a0; une reconnaissance qui co\u00efncide avec le d\u00e9but de l\u2019expansion plan\u00e9taire que conna\u00eetront les ONG au 20e si\u00e8cle. Aujourd\u2019hui, ce terme g\u00e9n\u00e9rique, en d\u00e9pit de ses imperfections manifestes, a travers\u00e9 les d\u00e9cennies pour devenir incontournable au sein du secteur de la solidarit\u00e9 internationale et gagner en visibilit\u00e9 aupr\u00e8s du grand public.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, dans l\u2019imaginaire collectif au Nord, le terme d\u2019ONG renvoie, le plus souvent, aux grandes structures professionnalis\u00e9es et m\u00e9diatis\u00e9es telles qu\u2019Oxfam, Handicap International, Greenpeace, Amnesty International, M\u00e9decins sans fronti\u00e8res, etc. Or il recouvre une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9s, tant\u00f4t adul\u00e9es (surtout au Nord), tant\u00f4t f\u00e9rocement critiqu\u00e9es (principalement au Sud), et son ambigu\u00eft\u00e9 est soulev\u00e9e par une tr\u00e8s large litt\u00e9rature, qu\u2019elle soit scientifique, associative ou institutionnelle. En effet, s\u2019agissant \u00ab\u00a0<em>d\u2019un terme libre d\u2019appropriation et qui ne constitue pas, \u00e0 de rares exceptions\u00a0[<\/em><em><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb1\" >1<\/a><\/em><em>] , dans les droits nationaux une cat\u00e9gorie juridique sp\u00e9cifiquement d\u00e9limit\u00e9e, et encore moins en droit international<\/em> [\u2026], <em>de plus en plus d\u2019entit\u00e9s, petites ou grandes, tendent \u00e0 s\u2019auto-baptiser ou se rebaptiser \u00ab\u00a0ONG<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (Ryfman, 2014).<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019extr\u00eame h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne, aucune d\u00e9finition ne fait consensus et les tentatives vari\u00e9es d\u2019\u00e9laboration de crit\u00e8res pour d\u00e9finir une ONG se r\u00e9v\u00e8lent plus ou moins d\u00e9faillantes. Comme l\u2019expriment Denis Chartier et Sylvie Ollitrault (2005),<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00ab\u00a0<em>de toutes les fa\u00e7ons, en partant uniquement d\u2019une d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rique des ONG, l\u2019analyse reste st\u00e9rile et nous nous trouvons devant des cat\u00e9gories fig\u00e9es, alors que la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e se transforme au rythme des mutations de tailles et d\u2019\u00e9chelles, des techniques, des mentalit\u00e9s, des syst\u00e8mes sociaux, etc.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils proposent d\u00e8s lors de situer la notion d\u2019ONG dans une perspective dynamique et dialectique qui prenne en compte leur \u00e9chelle d\u2019intervention, leur contexte historique de cr\u00e9ation, leur taille, leurs champs et modes d\u2019action, leur fonctionnement interne, leur nature juridique et leurs sources de financement.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on s\u2019int\u00e9resse pr\u00e9cis\u00e9ment aux \u00ab\u00a0ONG du Sud\u00a0\u00bb, la question de leur d\u00e9finition n\u2019en demeure pas moins complexe, face \u00e0 leur croissance exponentielle depuis les ann\u00e9es 1990. Jusque-l\u00e0, \u00e9voquer les \u00ab\u00a0ONG du Sud\u00a0\u00bb revenait \u00e0 d\u00e9signer les \u00ab\u00a0organisations d\u2019appui\u00a0\u00bb, soit les \u00ab\u00a0<em> structures interm\u00e9diaires en relation avec une ONG ou un bailleur du Nord, et elles-m\u00eames articul\u00e9es avec une myriade de groupements ou d\u2019associations locales<\/em>\u00a0\u00bb (Ryfman, 2014). Progressivement, ces derni\u00e8res, \u00e0 l\u2019action de port\u00e9e nationale, ont revendiqu\u00e9 et obtenu \u00e0 leur tour cette appellation d\u2019ONG et ont, de ce fait, fragment\u00e9 consid\u00e9rablement le paysage.<\/p>\n<p><strong>La \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb ou l\u2019incarnation du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le terme de \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb appara\u00eet en 1989, \u00e0 la faveur d\u2019un rapport de la Banque mondiale qui, face \u00e0 l\u2019accroissement de la pauvret\u00e9 en Afrique subsaharienne, pointait non pas les recettes n\u00e9olib\u00e9rales appliqu\u00e9es\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb2\" >2<\/a>] , mais bien la \u00ab\u00a0mauvaise gouvernance\u00a0\u00bb des \u00c9tats africains. Profitant de la chute du Mur de Berlin et du recul des th\u00e9ories marxistes (et, plus globalement, des strat\u00e9gies centr\u00e9es sur l\u2019\u00c9tat), le n\u00e9olib\u00e9ralisme renoue avec les th\u00e9ories de la modernisation, sauf qu\u2019il impute l\u2019\u00e9chec du d\u00e9veloppement aux dysfonctionnements de l\u2019\u00c9tat du Sud (et non plus \u00e0 la \u00ab\u00a0tradition\u00a0\u00bb), dont il convient de red\u00e9finir le r\u00f4le \u00e0 jouer dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/p>\n<p>La Banque mondiale d\u00e9finit alors la gouvernance comme \u00ab\u00a0<em> la mani\u00e8re dont le pouvoir est exerc\u00e9 dans la gestion des ressources \u00e9conomiques et sociales d\u2019un pays en vue du d\u00e9veloppement <\/em>\u00a0\u00bb (Banque mondiale, 1992)\u00a0; une approche qui fut progressivement reprise par la majorit\u00e9 des organisations multilat\u00e9rales. Pour Bernard Cassen (2001), il ne s\u2019agit de rien de moins que \u00ab\u00a0<em> l\u2019habillage institutionnel des plans d\u2019ajustement structurel et du \u00ab\u00a0consensus de Washington\u00a0\u00bb <\/em>\u00a0\u00bb. Le recours au terme de \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb introduit alors, dans le nouvel agenda politique, une autre fa\u00e7on de gouverner fond\u00e9e sur une \u00ab\u00a0<em>prise de d\u00e9cision mise en r\u00e9seau<\/em>\u00a0\u00bb (Starquit, 2011). En insistant sur la multiplicit\u00e9 des acteurs et en mettant l\u2019accent sur l\u2019interaction et la n\u00e9gociation, ce concept dilue le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019\u00c9tat dans la \u00ab\u00a0bonne gestion du d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. Concr\u00e8tement, la \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb appara\u00eet comme un \u00ab\u00a0<em> outil id\u00e9ologique pour une politique de l\u2019\u00c9tat minimum <\/em>\u00a0\u00bb (Smouts, 1998)\u00a0; en d\u2019autres termes, elle privatise la d\u00e9cision publique (nous allons y revenir).<\/p>\n<p>La prolif\u00e9ration des ONG au Sud, dans les ann\u00e9es 1990, est indubitablement li\u00e9e \u00e0 l\u2019affaiblissement des capacit\u00e9s gouvernementales \u00e0 fournir des services publics, r\u00e9sultat des politiques n\u00e9olib\u00e9rales qui se sont impos\u00e9es dans le contexte d\u2019un capitalisme mondialis\u00e9 et fortement financiaris\u00e9. Dans ce contexte de red\u00e9finition du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, port\u00e9es par les concepts de \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb (dont elles seraient les repr\u00e9sentants-types), les ONG vont conna\u00eetre un r\u00e9el succ\u00e8s et devenir un rouage indispensable des politiques de d\u00e9veloppement, \u00ab\u00a0<em> soit comme relais<\/em> [\u2026] <em>soit comme piliers de la soci\u00e9t\u00e9 civile et principal vecteur pour la construction de la d\u00e9mocratie <\/em>\u00a0\u00bb (Rubio, 2002).<\/p>\n<p><strong>La soci\u00e9t\u00e9 civile, illusion d\u00e9mocratique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Puisant ses racines dans l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, la notion de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb s\u2019est impos\u00e9e, depuis la fin de la guerre froide, tant dans le langage courant que dans les discours scientifiques, dans les r\u00e9cits m\u00e9diatiques et dans les rapports des institutions internationales. Tout comme celle de \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb, elle rel\u00e8ve de ces \u00ab\u00a0<em>buzzwords <\/em>\u00a0\u00bb dont une des caract\u00e9ristiques fondamentales est leur ambigu\u00eft\u00e9 fonctionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0<em> ils n\u2019ont jamais de d\u00e9finition claire et ferme. Les mots peuvent \u00eatre pris dans des sens diff\u00e9rents tant qu\u2019ils conservent une connotation positive. <\/em><em>Ils doivent \u00eatre rassembleurs et fonctionnels parce que le syst\u00e8me a besoin de consensus<\/em>. [\u2026]<em> Il faut des mots-valises qui permettent \u00e0 la fois aux altermondialistes et aux tenants de l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme de s\u2019y retrouver<\/em>\u00a0\u00bb (Pirotte, 2014). Le d\u00e9bat se voit alors circonscrit \u00e0 la marge, r\u00e9duit aux aspects quantitatifs et aux modalit\u00e9s d\u2019action, il se technicise, au d\u00e9triment d\u2019une remise en cause de la vision d\u00e9fendue, du projet politique. \u00ab\u00a0<em>Ces grands mots d\u2019apparence savante<\/em> [\u2026]<em> ont en commun d\u2019intimider et de servir \u00e0 ne pas penser. \u00c0 la fois vides (de sens) et trop pleins (de pr\u00e9suppos\u00e9s et de moralisme), ils forment l\u2019armature de ce qu\u2019Orwell a nomm\u00e9 la novlangue du pouvoir<\/em>\u00a0\u00bb (Tissot et Tevanian, 2010).<\/p>\n<p>Mais que recouvre, concr\u00e8tement, cette \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle il est constamment fait appel\u00a0? Concept \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, elle se distingue tant\u00f4t de l\u2019\u00c9tat, tant\u00f4t de l\u2019\u00c9tat et du march\u00e9, tant\u00f4t encore, bien que plus rarement, de l\u2019\u00c9glise ou de la soci\u00e9t\u00e9 militaire. Ces \u00ab\u00a0<em>jeux de distinctions plus ou moins pr\u00e9cises [\u2026] n\u2019\u00e9clairent que partiellement la tentative de d\u00e9finition d\u2019un espace et d\u2019acteurs sociaux particulier<\/em>s\u00a0\u00bb (Pirotte, 2016). Et selon la d\u00e9finition adopt\u00e9e, diverses vertus peuvent \u00eatre pr\u00eat\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, du r\u00f4le de contre-pouvoir \u00e0 celui du renforcement de la d\u00e9mocratie, en passant par la capacit\u00e9 d\u2019innovation sociale ou encore la prestation de service sociaux.<\/p>\n<p>Le<em> Livre blanc de la gouvernance europ\u00e9enne<\/em> la d\u00e9finit comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>les organisations syndicales et patronales (les partenaires sociaux), les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale avec une contribution sp\u00e9cifique des \u00e9glises et des communaut\u00e9s religieuses<\/em>\u00a0\u00bb (Commission europ\u00e9enne, 2001). Cette d\u00e9finition rejoint l\u2019acception la plus courante de la soci\u00e9t\u00e9 civile, qui comprend donc l\u2019ensemble des associations, organisations et mouvements qui ne rel\u00e8vent (directement) ni de l\u2019\u00c9tat ni du march\u00e9 et qui se r\u00e9clament de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou collectif. Certains auteurs, notamment dans ce num\u00e9ro (Gebauer, Rocha), se revendiquent cependant d\u2019une approche gramscienne, selon laquelle la soci\u00e9t\u00e9 civile (incluant \u00e9galement les m\u00e9dias, les partis politiques, les universit\u00e9s) comprend le march\u00e9 et n\u2019est pas compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9e de la sph\u00e8re politique de l\u2019\u00c9tat (administration, appareil r\u00e9glementaire et l\u00e9gal des \u00c9tats).<em> In fine<\/em>, si la soci\u00e9t\u00e9 civile se confond, dans de nombreux discours, avec les ONG, ces derni\u00e8res n\u2019en sont donc que la partie \u00e9merg\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019existence m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s civiles en-dehors du monde occidental, o\u00f9 la notion est initialement apparue, fait l\u2019objet de controverses. Pour Gautier Pirotte, les r\u00e9ponses formul\u00e9es jusqu\u2019ici, oscillant entre universalisme prescriptif et exceptionnalisme occidental, \u00ab\u00a0<em>expliquent la n\u00e9cessit\u00e9 de traiter les soci\u00e9t\u00e9s civiles non occidentales en termes de projets en gestation<\/em>\u00a0\u00bb (Pirotte, 2012). Dans ce num\u00e9ro, Walid Salem soul\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment la question de l\u2019existence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile palestinienne en l\u2019absence d\u2019un \u00c9tat, une des questions essentielles \u00e9tudi\u00e9es par les intellectuels palestiniens \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Entre la litt\u00e9rature classique qui postule l\u2019impossible formation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile avant l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00c9tat palestinien ind\u00e9pendant et les intellectuels qui estiment qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile existe bel et bien en Cisjordanie, \u00e0 Gaza et \u00e0 J\u00e9rusalem-Est, voire depuis la fin de la domination ottomane en 1917, Walid Salem soutient une troisi\u00e8me voie, celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile \u00ab\u00a0en transition\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0en cours de formation\u00a0\u00bb, dans le cadre particulier d\u2019une occupation permanente et d\u2019une autorit\u00e9 d\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la \u00ab\u00a0bonne gouvernance\u00a0\u00bb, la participation de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb est pr\u00e9sent\u00e9e comme un \u00e9largissement de la d\u00e9mocratie, alors m\u00eame qu\u2019elle vient \u00ab\u00a0<em>se <\/em>[substituer]<em> \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire et au vote des citoyens<\/em>\u00a0\u00bb (Starquit, 2011). En effet, \u00ab\u00a0<em>le grand paradoxe de la gouvernance est qu\u2019on nous propose d\u2019\u00e9largir la d\u00e9mocratie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, alors que celle-ci est pr\u00e9cis\u00e9ment cet ensemble de relations dans lequel les individus ne sont pas des citoyens, mais de simples vecteurs d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers. On n\u2019est citoyen que comme membre du peuple souverain<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb3\" >3<\/a>] . En d\u2019autres termes, il n\u2019est pas rare de voir de petits groupes de citoyens aux ressources importantes et disposant d\u2019un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 aux sph\u00e8res d\u00e9cisionnelles parvenir \u00e0 imposer leurs int\u00e9r\u00eats particuliers \u00e0 l\u2019agenda politique. De plus, certains int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s (comme ceux port\u00e9s par les lobbies des multinationales) sont plus \u00e9gaux que d\u2019autres (par exemple ceux des syndicats et ONG) qui seront, g\u00e9n\u00e9ralement, poliment \u00e9cout\u00e9s par les institutions \u00e9tatiques et multilat\u00e9rales. En somme, le terme de soci\u00e9t\u00e9 civile \u00ab\u00a0<em>nuit \u00e0 une lecture claire des enjeux politiques, dans la mesure o\u00f9 il recouvre des classes diff\u00e9rentes et en conflit<\/em>\u00a0\u00bb (Brugvin, 2006).<\/p>\n<p><strong>La privatisation par voie d\u2019ONG\u00a0[<\/strong><strong><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb4\" >4<\/a><\/strong><strong>] et le risque de l\u2019instrumentalisation<\/strong><\/p>\n<p>La qualification de \u00ab\u00a0non gouvernemental\u00a0\u00bb ne signifie pas que les ONG s\u2019opposent \u00e0 l\u2019\u00c9tat, loin s\u2019en faut. Dans ce num\u00e9ro, David Dumoulin Kervran r\u00e9sume le r\u00f4le jou\u00e9 par les ONG vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9tat \u00e0 quatre attitudes\u00a0: ignorer l\u2019\u00c9tat, le remplacer, le compl\u00e9ter ou le pousser \u00e0 mieux remplir sa fonction. Si ignorer l\u2019\u00c9tat est une attitude de plus en plus rare au temps de la gouvernance et des \u00ab\u00a0multi-partenariats\u00a0\u00bb, Thomas Gebauer rel\u00e8ve \u00e9galement dans cet ouvrage que \u00ab\u00a0<em> les ONG cherchent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 coop\u00e9rer avec les \u00c9tats, et bien souvent font le travail que ceux-ci sont suppos\u00e9s faire <\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En \u00e9cho, Alain Le Sann d\u00e9montre comment les ONG environnementales (ONGE) \u00ab\u00a0<em>ont tendance \u00e0 se substituer purement et simplement aux \u00c9tats, avec l\u2019aval de ces derniers qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 les financer pour mener des programmes de grande ampleur<\/em>\u00a0\u00bb. En Am\u00e9rique latine, entre 1990 et 2000, la mont\u00e9e en puissance du d\u00e9bat sur l\u2019environnement s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une chute de 50% des fonds publics d\u00e9di\u00e9s \u00e0 sa conservation, les grandes ONGE occupant ainsi l\u2019espace laiss\u00e9 vacant, dans un climat g\u00e9n\u00e9ral de privatisation des services publics. De ce point de vue, \u00ab\u00a0<em>elles ne peuvent \u00eatre seulement consid\u00e9r\u00e9es comme une avanc\u00e9e d\u00e9mocratique\u00a0; elles doivent \u00e9galement \u00eatre comprises comme une expression d\u2019un manque de d\u00e9mocratie<\/em>\u00a0\u00bb (Gebauer, dans ce num\u00e9ro). Il ne faut cependant pas occulter les prises de conscience op\u00e9r\u00e9es au sein m\u00eame des ONG et qui poussent certaines d\u2019entre elles \u00e0 faire pression pour un retour de l\u2019\u00c9tat en tant que r\u00e9gulateur de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et correcteur des in\u00e9galit\u00e9s sociales, un d\u00e9fi qui reste de taille selon les r\u00e9gions consid\u00e9r\u00e9es (CETRI, 2009).<\/p>\n<p>Reste que, comme le constate Thomas Gebauer dans sa contribution, la privatisation des \u00c9tats s\u2019accompagne d\u2019une \u00ab\u00a0<em>transformation des ONG en \u00ab\u00a0institutions d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. Avec une grande diff\u00e9rence\u00a0: les ONG ne sont pas formellement oblig\u00e9es de r\u00e9pondre aux besoins et aux demandes de la population, de m\u00eame qu\u2019un individu ne peut formuler une r\u00e9clamation \u00e0 l\u2019encontre des ONG<\/em>\u00a0\u00bb. Devenues les embryons d\u2019un \u00c9tat inexistant, elles tendraient \u00e0 servir plus facilement les int\u00e9r\u00eats des dominants que ceux des domin\u00e9s. Ainsi par exemple, en Ouganda, o\u00f9 d\u2019apr\u00e8s Maria Nassali, les ONG en sont venues \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00ab\u00a0<em> appendices du gouvernement dont les programmes et le financement devraient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans les plans gouvernementaux<\/em>\u00a0\u00bb, la majorit\u00e9 d\u2019entre elles en viennent \u00ab\u00a0<em>\u00e0 retirer la composante \u00ab\u00a0activisme\u00a0\u00bb de leur fonction, pour d\u00e9montrer que leur travail n\u2019a rien de politique<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De fait, les ONG ne sont pas \u00e0 l\u2019abri de l\u2019instrumentalisation, d\u2019autant plus lorsque le cadre politique dominant est sous-estim\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Au lieu de contribuer \u00e0 ce que les populations sortent de la mis\u00e8re et de la d\u00e9pendance, les ONG peuvent m\u00eame aller jusqu\u2019\u00e0, involontairement, assister les responsables de l\u2019\u00e9tat pr\u00e9caire du monde<\/em>\u00a0\u00bb (Gebauer). Les exemples ne manquent pas d\u2019ONG qui se voient instrumentalis\u00e9es par la politique de s\u00e9curit\u00e9, en faveur des int\u00e9r\u00eats commerciaux ou pour l\u00e9gitimer l\u2019id\u00e9ologie et le syst\u00e8me dominants.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de promotion des int\u00e9r\u00eats commerciaux, Alain Le Sann d\u00e9nonce les liens que les grandes ONGE d\u00e9veloppent et entretiennent avec les entreprises multinationales. De plus, les auteurs de ce num\u00e9ro se rejoignent sur le constat de la porosit\u00e9 entre le march\u00e9 du travail des ONG et ceux des secteurs public et priv\u00e9\u00a0: les militants devenus des personnalit\u00e9s internationales par leur engagement dans les ONG quittent ces derni\u00e8res pour la politique institutionnelle ou des postes importants dans les entreprises, l\u2019inverse se v\u00e9rifiant \u00e9galement. Luis Rocha est clair \u00e0 ce sujet, \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9closion des ONG a \u00e9t\u00e9 rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 un transfert des ressources (humaines et d\u2019infrastructure) publiques vers les ONG<\/em>\u00a0\u00bb. Mais l\u2019instrumentalisation des ONG n\u2019est pas toujours aussi directe, comme en t\u00e9moignent celles qui ne s\u2019opposent pas d\u2019embl\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie verte\u00a0\u00bb (CETRI, 2013). De m\u00eame les ONG qui, dans le domaine de la sant\u00e9, s\u2019en tiennent \u00e0 appeler \u00e0 des solutions techniques et, en lieu et place d\u2019une lutte pour un changement politique et social, en viennent \u00e0 soutenir indirectement les int\u00e9r\u00eats des entreprises pharmaceutiques.<\/p>\n<p>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les ONG peuvent devenir des agents de l\u00e9gitimation politique d\u2019autres acteurs. En effet, les r\u00e9ponses \u00ab\u00a0pragmatiques\u00a0\u00bb apport\u00e9es dans un objectif de r\u00e9duction directe de la pauvret\u00e9 absolue, en se concentrant sur la situation des personnes consid\u00e9r\u00e9es en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, tendent \u00e0 r\u00e9agir aux sympt\u00f4mes de la pauvret\u00e9, au d\u00e9triment d\u2019une approche plus structurelle qui viserait les causes de cette pauvret\u00e9 et qui prendrait en compte la fa\u00e7on dont les ressources sont r\u00e9parties au sein de la soci\u00e9t\u00e9 globale. Ces ONG s\u2019inscrivent alors, malgr\u00e9 elles, dans une d\u00e9marche qui vise \u00ab\u00a0l\u2019aplatissement\u00a0\u00bb des in\u00e9galit\u00e9s (Spurk, 2011), contribuant ainsi \u00e0 la stabilisation de la soci\u00e9t\u00e9 qui les a produites, plut\u00f4t que dans une d\u00e9marche qui remet en cause ces in\u00e9galit\u00e9s, qui propose un d\u00e9passement de celles-ci et qui prend en compte les rapports de force inh\u00e9rents au capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. Comme l\u2019exprime Thomas Gebauer, \u00ab\u00a0<em>un monde divis\u00e9 entre les personnes qui apportent leur aide et celles qui la re\u00e7oivent para\u00eet bien plus acceptable qu\u2019un monde divis\u00e9 entre personnes privil\u00e9gi\u00e9es et personnes socialement exclues<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les ONG palestiniennes nous fournissent une illustration parlante de cette tendance. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019occupation militaire, des dynamiques de r\u00e9sistance, de normalisation et de collaboration coexistent au sein de la soci\u00e9t\u00e9 palestinienne. Les ONG, qui ont occup\u00e9 une place notable dans le d\u00e9veloppement de la r\u00e9sistance populaire, ont op\u00e9r\u00e9 un glissement vers la tendance \u00e0 la \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb de l\u2019occupation, zone grise entre la r\u00e9sistance et la collaboration, avec \u00ab\u00a0<em>des projets et actions qui consid\u00e8rent l\u2019occupation comme un fait accompli avec lequel il convient d\u00e9sormais de composer<\/em>\u00a0\u00bb (Salingue, 2015). Les accords d\u2019Oslo et leurs protagonistes ont ainsi contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir le mouvement de lib\u00e9ration nationale au profit de l\u2019am\u00e9lioration des conditions d\u2019existence de la population palestinienne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>dans la Palestine des ONG, on apprend \u00e0 vivre malgr\u00e9 la colonisation <\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibidem<\/em>). Une \u00e9volution relev\u00e9e \u00e9galement par Walid Salem dans cet Alternatives Sud, face \u00e0 laquelle certaines ONG ont orient\u00e9 leurs activit\u00e9s vers l\u2019organisation de manifestations non violentes avec la participation de militants internationaux et isra\u00e9liens, pendant que d\u2019autres \u00ab\u00a0<em>ont r\u00e9solu ce dilemme en adoptant des positions d\u00e9politis\u00e9es qui ont fini par les marginaliser \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 palestinienne<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin de nombreuses ONG du Sud font face \u00e0 des gouvernements qui veulent de plus en plus les r\u00e9duire au silence ou limiter leur influence, par le biais notamment de dispositions l\u00e9gales visant \u00e0 leur interdire ou restreindre l\u2019acc\u00e8s aux sources de financement ext\u00e9rieur dont elles d\u00e9pendent, sous pr\u00e9texte de complicit\u00e9 avec les nations occidentales. Selon le dernier rapport de l\u2019International Center for Not-for-Profit Law (ICNL), ces lois n\u2019affectent plus seulement les organisations de d\u00e9fense des droits humains, mais \u00e9galement les ONG de d\u00e9veloppement, et elles ne sont pas adopt\u00e9es uniquement dans des \u00c9tats autoritaires ou semi-autoritaires, mais aussi par ceux jug\u00e9s d\u00e9mocratiques (ICNL, 2016). Plus largement, ce rapport identifie trois autres d\u00e9fis de taille pour l\u2019autonomie et la libert\u00e9 d\u2019action des ONG locales et internationales dans les pays du Sud\u00a0: le durcissement des exigences l\u00e9gales (voir l\u2019article de Maria Nassali sur la situation ougandaise), l\u2019instrumentalisation des l\u00e9gislations et politiques antiterroristes et les pratiques de diffamation, de r\u00e9pression et de violence \u00e0 l\u2019encontre des ONG.<\/p>\n<p><strong>La professionnalisation\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb5\" >5<\/a>] \u00ab\u00a0dans les\u00a0\u00bb ONG<\/strong><\/p>\n<p>Si, au sein m\u00eame des ONG, l\u2019impulsion pour une d\u00e9marche manag\u00e9riale est dans un premier temps encourag\u00e9e par les humanitaires, progressivement, \u00ab\u00a0<em>toutes les ONG, de l\u2019urgence m\u00e9dicale au d\u00e9veloppement en passant par la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme ou de l\u2019environnement se voient confront\u00e9es aux m\u00eames difficult\u00e9s, aux m\u00eames contraintes, aux m\u00eames enjeux<\/em>\u00a0\u00bb (Freyss, 2004). De fait, l\u2019augmentation consid\u00e9rable des activit\u00e9s des ONG \u2013 non seulement due \u00e0 la reconnaissance de leurs atouts, mais aussi aux activit\u00e9s qu\u2019elles reprennent \u00e0 leur compte sur le mode de la sous-traitance \u2013, les pousse \u00e0 une recherche croissante de fonds. D\u2019une part, elles sont amen\u00e9es \u00e0 jouer sur leur image m\u00e9diatique, \u00e0 am\u00e9liorer la communication et la r\u00e9colte de dons. D\u2019autre part, elles \u00ab\u00a0<em>sont oblig\u00e9es de n\u00e9gocier une part importante de leurs ressources avec les bailleurs publics, dans une relation asym\u00e9trique d\u00e9favorable<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p>En raison de l\u2019ampleur de leurs activit\u00e9s et pour r\u00e9pondre aux exigences croissantes impos\u00e9es par les bailleurs de fonds, elles s\u2019engagent alors dans la voie d\u2019une professionnalisation qui consiste en la mobilisation, au sein de l\u2019ONG, des comp\u00e9tences techniques n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0efficacit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019action. Cette professionnalisation dans les ONG\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb6\" >6<\/a>] , qui privil\u00e9gie l\u2019obligation de moyens (contr\u00f4le) sur celle de r\u00e9sultats (\u00e9valuation) et qui favorise les performances sur la finalit\u00e9 m\u00eame du d\u00e9veloppement, se traduit par la croissance rapide des fonctions de communication et de gestion et par une technicisation croissante des proc\u00e9dures.<\/p>\n<p><strong>Salarisation et \u00e9mergence de nouvelles \u00e9lites<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir fonctionn\u00e9 longtemps presque exclusivement sur la base du b\u00e9n\u00e9volat, les ONG \u00e9voluent rapidement vers une int\u00e9gration progressive du salariat. Non seulement de nouveaux m\u00e9tiers font leur entr\u00e9e (financier, communicant, logisticien, administrateur, etc.), mais leurs t\u00e2ches en viennent \u00e0 supplanter celles des corps de m\u00e9tiers fondateurs (m\u00e9decin, ing\u00e9nieur, agronome, enseignant, etc.) (Le Na\u00eblou, 2004). Sans tomber dans le pi\u00e8ge du pr\u00e9jug\u00e9 voulant qu\u2019une structure salari\u00e9e soit d\u00e9nu\u00e9e de tout esprit associatif, certaines ONG sont n\u00e9anmoins devenues de vraies entreprises au sein desquelles s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e une logique de survie institutionnelle, visant la pr\u00e9servation des emplois face \u00e0 la crise \u00e9conomique. Un effet qui, selon Pierre Micheletti (2016), ne ferait que retarder la n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0d\u00e9soccidentalisation\u00a0\u00bb des ONG (\u00e9galement d\u00e9fendue par L\u00e9on Koungou dans ce num\u00e9ro), soit l\u2019imp\u00e9rative sortie du monopole occidental qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Au Sud, le \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb des ONG a permis l\u2019\u00e9tablissement de nouveaux canaux de promotion sociale, la constitution de nouvelles \u00e9lites. Ainsi, Srila Roy, au sujet du Mouvement indien des femmes (MIF), \u00e9voque le d\u00e9veloppement d\u2019un \u00ab\u00a0carri\u00e9risme f\u00e9ministe\u00a0\u00bb avec l\u2019expansion rapide des ONG. La professionnalisation du militantisme f\u00e9ministe, qui compte avec de g\u00e9n\u00e9reux salaires et avantages, \u00ab\u00a0<em> en cr\u00e9ant une nouvelle classe d\u2019activistes pay\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 temps plein\u00a0\u00bb [\u2026] a donc favoris\u00e9 le statut de classe moyenne des individus tout en consolidant l\u2019\u00e9litisme du MIF<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 la pauvret\u00e9 connaissait une f\u00e9minisation croissante, cr\u00e9ant un foss\u00e9 entre ces militantes pour les droits des femmes et le reste de la population f\u00e9minine. De m\u00eame, Walid Salem pointe l\u2019apparition d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9lite palestinienne globalis\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 travers les dirigeants et repr\u00e9sentants locaux d\u2019ONG internationales, une \u00e9lite qui serait \u00ab\u00a0<em>coup\u00e9e du peuple palestinien et qui n\u2019a ni le temps ni l\u2019\u00e9nergie de cr\u00e9er des liens avec les communaut\u00e9s locales<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>David Dumoulin Kervran nuance quelque peu le tableau s\u2019agissant de l\u2019Am\u00e9rique latine. Il met en avant les in\u00e9galit\u00e9s de statuts au sein du secteur m\u00eame des ONG\u00a0: entre les structures locales, qui sous la pression des bailleurs de fonds, r\u00e9duisent au maximum leurs co\u00fbts de fonctionnement, appliquant ainsi des salaires plus bas et des contrats tr\u00e8s peu contraignants, malgr\u00e9 des comp\u00e9tences demand\u00e9es de plus en plus pointues, et les ONG internationales qui offrent des conditions plus avantageuses et plus stables que celles que des \u00c9tats pauvres et politiquement instables sont en mesure de proposer. Les ONG deviennent ainsi \u00ab\u00a0<em>des images des nombreuses in\u00e9galit\u00e9s sociales existantes dans leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine<\/em> [\u2026],<em> qu\u2019on les compare ou qu\u2019on \u00e9tudie leur fonctionnement interne<\/em>\u00a0\u00bb (Dumoulin Kervran). Jos\u00e9 Luis Rocha n\u2019h\u00e9site pas quant \u00e0 lui \u00e0 d\u00e9noncer la \u00ab\u00a0<em>diss\u00e9mination d\u2019un ethos antid\u00e9mocratique et n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle participe la culture manag\u00e9riale des ONG. Et d\u2019affirmer que, \u00ab\u00a0<em>suivant l\u2019exemple des multinationales, les ONG contribuent avec leur petit grain de sable et leur sac de ciment \u00e0 la consolidation de la victoire du capital sur le travail <\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Injonctions manag\u00e9riales<\/strong><\/p>\n<p>La technicisation croissante des proc\u00e9dures de coop\u00e9ration, par la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019usage d\u2019instruments et de proc\u00e9dures, tend \u00e0 standardiser la conception, la mise en \u0153uvre et l\u2019\u00e9valuation des interventions dans le Sud, au nom de l\u2019\u00ab\u00a0efficacit\u00e9\u00a0\u00bb. Cette diffusion de normes, de dispositifs, de proc\u00e9dures bureaucratiques issus du march\u00e9 et de l\u2019entreprise, analys\u00e9e par B\u00e9atrice Hibou (2012) sous le terme de \u00ab\u00a0bureaucratisation n\u00e9olib\u00e9rale\u00a0\u00bb, ne rel\u00e8ve pas de simples d\u00e9cisions techniques, mais sont significatifs des choix (et des caract\u00e9ristiques) des politiques publiques.<br \/>\nEn effet, les objectifs fix\u00e9s par les bailleurs de fonds, les mots d\u2019ordre \u2013 qui changent au fil des modes \u2013 sont toujours en m\u00eame temps \u00ab\u00a0<em> des valeurs et des normes qui pr\u00e9jugent de ce qui doit \u00eatre prioritaire sur le terrain et de la fa\u00e7on dont il faut l\u2019aborder, avant tout avis des populations concern\u00e9es. Elles repr\u00e9sentent de v\u00e9ritables grilles de lecture normatives de ces soci\u00e9t\u00e9s, une lorgnette qui se focalise sur certains aspects pr\u00e9transform\u00e9s en probl\u00e8mes, et en exclut d\u2019autres<\/em>\u00a0\u00bb (Larzilli\u00e8re et Galy, 2010).<\/p>\n<p>Dans ce num\u00e9ro, Srila Roy montre ainsi que la notion de genre ouvre \u00ab\u00a0<em> des espaces dans lesquels les activit\u00e9s f\u00e9ministes peuvent se d\u00e9rouler tant qu\u2019elles sont associ\u00e9es \u00e0 des activit\u00e9s de professionnalisation, de manag\u00e9rialisme et de bureaucratisation<\/em>\u00a0\u00bb. Et comme le souligne Jos\u00e9 Luis Rocha, les termes de r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gissent tout, y compris les pourcentages de fonds destin\u00e9s aux salaires, \u00e0 la formation du personnel, etc. Selon lui, \u00ab\u00a0<em>rien n\u2019est laiss\u00e9 au hasard\u00a0: comment abandonner ces t\u00e2ches d\u00e9licates entre les mains maladroites d\u2019aborig\u00e8nes v\u00e9naux\u00a0? C\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire de placer face aux ONG des quasi-blancs qui parlent le m\u00eame langage que ceux du Nord. Et qui imposent les choses de la m\u00eame mani\u00e8re que le gouvernemen<\/em>t\u00a0\u00bb, au risque de larges d\u00e9calages avec les attentes des populations. Au Nord, les responsables, employ\u00e9s et b\u00e9n\u00e9voles d\u2019ONG regrettent \u00ab\u00a0<em> une perte de temps pour la r\u00e9flexion politique et donc une perte de sens \u00e0 donner \u00e0 l\u2019action au profit des comp\u00e9tences techniques <\/em>\u00a0\u00bb (Le Na\u00eblou, 2004).<\/p>\n<p>L\u2019image d\u2019ONG passives et victimes, subissant les exigences manag\u00e9riales unilat\u00e9rales des bailleurs de fonds, est n\u00e9anmoins trop simple. Des ONG peu d\u00e9pendantes des fonds publics, telles que Greenpeace, Amnesty International ou MSF, sont particuli\u00e8rement institutionnalis\u00e9es (avec une structure hi\u00e9rarchique et tr\u00e8s centralis\u00e9e) et organis\u00e9es sur le mod\u00e8le de l\u2019entreprise priv\u00e9e (importance des p\u00f4les de la communication et de la collecte de fonds, profils des dirigeants, importation de techniques manag\u00e9riales, etc.). Pionni\u00e8res dans leur domaine, cette orientation appara\u00eet, en interne, issue de d\u00e9cisions strat\u00e9giques et politiques\u00a0: la volont\u00e9 d\u2019une ind\u00e9pendance politique entra\u00eene le recours massif aux fonds priv\u00e9s (la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019opinion publique \u00e9tant vue comme plus l\u00e9gitime)\u00a0; face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de concurrents, la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server leur situation de monopole et leur \u00ab\u00a0image de marque\u00a0\u00bb n\u00e9cessite de v\u00e9hiculer l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine puissance au moyen d\u2019outils de communication et de marketing toujours plus \u00ab\u00a0efficaces\u00a0\u00bb\u00a0; etc. (Lef\u00e8vre, 2006\u00a0; Fr\u00e9our, 2004\u00a0; Girot, 2011\u00a0; Sim\u00e9ant, 2001\u00a0; Queinnec, 2007).<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0D\u00e9soccidentaliser\u00a0\u00bb les ONG<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est davantage le paternalisme dans lequel s\u2019inscrivent encore trop souvent les actions d\u2019ONG du Nord que d\u00e9nonce L\u00e9on Koungou dans sa contribution. Il invite \u00e0 le d\u00e9passer et pr\u00f4ne la \u00ab\u00a0<em>n\u00e9cessaire d\u00e9soccidentalisation de l\u2019aide internationale [\u2026] qui implique une responsabilisation accrue des partenaires du Sud et la recherche de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Plus largement, lors d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro d\u2019<em>Alternatives Sud <\/em>(2016b) questionnant les pistes pour \u00ab\u00a0changer de mod\u00e8le\u00a0\u00bb, les auteurs s\u2019accordaient sur l\u2019imp\u00e9rative d\u00e9colonisation des esprits et des territoires, la domination \u00e9tant \u00e9galement \u2013 avant tout\u00a0? \u2013 id\u00e9ologique. Discutons les deux modalit\u00e9s d\u2019action majeures privil\u00e9gi\u00e9es actuellement par les ONG du Nord, \u00e0 savoir d\u2019une part, l\u2019approche \u00ab\u00a0partenariale\u00a0\u00bb, visant le renforcement des capacit\u00e9s des organisations locales, et d\u2019autre part, le plaidoyer, cens\u00e9 porter les revendications des soci\u00e9t\u00e9s civiles du Sud et inscrit dans la promotion croissante d\u2019une \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9 mondiale\u00a0\u00bb face aux \u00ab\u00a0enjeux globaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le partenariat, une solution impens\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Depuis leurs origines, les ONG oscillent entre deux p\u00f4les id\u00e9ologiques, entre une vision humanitaire \u00ab\u00a0individualiste-lib\u00e9rale\u00a0\u00bb et une approche \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb du monde (Freyss, 2004). Des premi\u00e8res ONG de d\u00e9veloppement caritatives \u00e0 la diversit\u00e9 des ONG qui se reconnaissent aujourd\u2019hui sous le label de la \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 internationale\u00a0\u00bb, en passant par les ONG tiers-mondistes, les sans-fronti\u00e9ristes et les altermondialistes, les rapports de force se red\u00e9finissent en fonction du contexte international et des tensions internes au secteur, les ONG renouvelant leurs objectifs et modalit\u00e9s d\u2019action. \u00c0 chaque phase importante de leur histoire, \u00ab\u00a0<em> les pr\u00e9c\u00e9dentes organisations ne disparaissent pas [&#8230;] mais les derni\u00e8res venues, celles qui correspondent \u00e0 la \u00ab\u00a0tendance\u00a0\u00bb du moment, prennent, en quelque sorte, le commandement moral dans cette troupe de plus en plus h\u00e9t\u00e9roclite <\/em>\u00a0\u00bb (Rufin, 1999)\u00a0; un monopole d\u00e9tenu cependant par les humanitaires depuis plus de trente ans (Davey, 2015).<\/p>\n<p>Tour \u00e0 tour ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s et (in\u00e9galement) remis en question la logique du don, l\u2019aide-projet, l\u2019envoi de coop\u00e9rants et de volontaires, les d\u00e9rives d\u2019un humanitaire \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; autant de pratiques renvoyant \u00e0 ce que les acteurs consid\u00e8rent aujourd\u2019hui comme les \u00e9checs et bricolages des premi\u00e8res d\u00e9cennies du d\u00e9veloppement lors desquelles assistancialisme, paternalisme et ethnocentrisme se d\u00e9ployaient sans (trop de) complexes. Au sein des ONG, on estime que la capitalisation de l\u2019exp\u00e9rience et la professionnalisation\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb7\" >7<\/a>] permettent d\u2019avoir les comp\u00e9tences et les moyens d\u2019analyser le pass\u00e9 pour s\u2019inspirer de ses succ\u00e8s et \u00e9viter de reproduire ses d\u00e9rives. Mais peut-on v\u00e9ritablement parler au pass\u00e9 s\u2019agissant de ces derni\u00e8res\u00a0?<\/p>\n<p>Diff\u00e9rentes \u00e9volutions sont observables quant \u00e0 la d\u00e9marche dans laquelle s\u2019inscrivent g\u00e9n\u00e9ralement les ONG du Nord, au premier rang desquelles la n\u00e9cessaire prise en compte de l\u2019opinion des populations locales et le renforcement de leur capacit\u00e9 \u00e0 se positionner comme interlocuteur des gouvernements en place, \u00e0 travers l\u2019\u00e9laboration de projets en \u00ab\u00a0partenariat\u00a0\u00bb. Cette \u00ab\u00a0prise de conscience\u00a0\u00bb (Larzilli\u00e8re et Galy, 2010) pr\u00e9figure l\u2019\u00e9mergence des futurs concepts d\u2019appropriation, d\u2019alignement et d\u2019harmonisation consacr\u00e9s par la D\u00e9claration de Paris en 2005\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb8\" >8<\/a>] . Omnipr\u00e9sente au niveau verbal dans les ar\u00e8nes de la coop\u00e9ration internationale, l\u2019approche du partenariat n\u2019en demeure pas moins un grand impens\u00e9 des relations Nord-Sud.<\/p>\n<p>Ainsi, Philippe De Leener (2009) identifie cinq dysfonctionnements r\u00e9guli\u00e8rement observables dans les relations dites partenariales entre acteurs du Nord et du Sud\u00a0: la profonde asym\u00e9trie entre ceux qui sont d\u00e9sign\u00e9s comme partenaires, les uns donnant, les autres recevant, en d\u00e9pit d\u2019un authentique souci pour les rapports in\u00e9galitaires ou pour l\u2019injustice\u00a0; le caract\u00e8re instrumental des partenariats\u00a0; leur allure \u00e9trangement pacifique, non conflictuelle\u00a0; le faible usage qui est fait de la diff\u00e9rence des autres\u00a0; la pr\u00e9dominance de la culture du r\u00e9sultat aux d\u00e9pens de dynamiques de changement\u00a0; le caract\u00e8re faiblement politique des partenariats, con\u00e7us au d\u00e9part comme modalit\u00e9s d\u2019action.<\/p>\n<p>Avec la multiplication des ONG du Sud et le renforcement des comp\u00e9tences en leur sein, de nombreuses ONG du Nord ne veulent plus envoyer de volontaires ou de personnel r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 dans le cadre de leurs projets et programmes mais \u00ab\u00a0<em> centrent leurs efforts sur l\u2019envoi de fonds ou la formation locale, \u00e9voquant le droit des soci\u00e9t\u00e9s civiles locales \u00e0 se d\u00e9velopper elles-m\u00eames <\/em>\u00a0\u00bb (Bastin et al., 1999). Termin\u00e9e, l\u2019\u00e9poque de \u00ab\u00a0<em> ceux qui veulent croire qu\u2019il faut un Blanc pour g\u00e9rer, un Blanc pour organiser, quelqu\u2019un de chez soi pour superviser \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb action <\/em>\u00a0\u00bb (Pluvinage, 1999)\u00a0? Pas si simple, car l\u2019image des \u00ab\u00a0<em>volontaires, avec leur candeur, leur inexp\u00e9rience, et les bons sentiments qu\u2019ils affichaient parfois trop complaisamment <\/em>\u00a0\u00bb (Boucher, 1990) continue de planer sur le secteur\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb9\" >9<\/a>]. Ce qui n\u2019est pas sans lien avec l\u2019image d\u2019un humanitaire romantique (gestes de la collecte et de la mission, figure du h\u00e9ros, intervention simple et directe) largement diffus\u00e9e par les campagnes de communication et v\u00e9hicul\u00e9e par les m\u00e9dias (Rufin, 1999).<\/p>\n<p>Par ailleurs, le recours aux ONG locales, que ce soit en se basant sur les r\u00e9seaux existants ou en appuyant la cr\u00e9ation de telles ONG, \u00ab\u00a0<em>n\u2019est pas une solution miracle et n\u2019est efficace que s\u2019il est effectu\u00e9 avec une bonne connaissance pr\u00e9alable des soci\u00e9t\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb (Larzilli\u00e8re et Galy, 2010). Non seulement ces ONG sont situ\u00e9es politiquement et ne donnent acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 une frange de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 les plus visibles internationalement \u00e9tant rarement celles qui ont le meilleur ancrage social \u2013 mais \u00ab\u00a0<em>leur capacit\u00e9 de n\u00e9gociation et de partenariat avec les op\u00e9rateurs du Nord, et donc <\/em>[&#8230;] <em>leur insertion personnelle dans des r\u00e9seaux Nord-Sud plus ou moins institutionnalis\u00e9s <\/em>\u00a0\u00bb (Olivier de Sardan, 1995) influencent \u00e9galement leur statut. Ainsi, quand bien m\u00eame ces ONG revendiquent un ancrage local, il ne faut pas sous-estimer l\u2019\u00e9mergence de \u00ab\u00a0<em>courtiers locaux du d\u00e9veloppement <\/em>\u00a0\u00bb et leur capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser ou \u00e0 capter des ressources ext\u00e9rieures au profit de groupes \u00ab\u00a0<em>au nom desquels ils entendent agir et pour lesquels ils se positionnent comme mandataires<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p><strong>Un plaidoyer face aux d\u00e9fis globaux<\/strong><\/p>\n<p>Tout en \u00e9vitant l\u2019\u00e9cueil d\u2019une dichotomie trop rigide entre l\u2019univers protestataire des mouvements sociaux et celui des ONG de plaidoyer, il faut reconna\u00eetre que contrairement \u00e0 d\u2019autres acteurs, comme les syndicats par exemple, les ONG peuvent \u00e9prouver des difficult\u00e9s \u00e0 radicaliser leur discours et leurs actions notamment en raison de leur d\u00e9pendance financi\u00e8re vis-\u00e0-vis de leurs cibles de plaidoyer\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb10\" >10<\/a>] , ces derni\u00e8res leur pr\u00e9f\u00e9rant une strat\u00e9gie \u00ab\u00a0r\u00e9formatrice\u00a0\u00bb \u00e0 celle de type contestataire (Cohen, 2004). \u00ab\u00a0<em>Elles d\u00e9veloppent alors des logiques de contre-expertise qui mobilisent les arguments de la science et opposent ainsi \u00ab\u00a0un effet d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 un discours n\u00e9olib\u00e9ral lui-m\u00eame \u00e0 pr\u00e9tention scientifique<\/em>\u00a0\u00bb (Planche, 2007).<\/p>\n<p>Fort pr\u00e9sent dans les modes d\u2019action actuels des ONG, cet outil vise \u00e0 infl\u00e9chir les politiques n\u00e9olib\u00e9rales et \u00e0 influencer les d\u00e9cideurs, ainsi qu\u2019\u00e0 sensibiliser les opinions et \u00e0 forcer les d\u00e9bats publics. Cependant, \u00ab\u00a0<em> l\u2019expertise reste souvent le domaine r\u00e9serv\u00e9 des organisations du Nord qui la mettent au service de celles du Sud<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). De plus, le d\u00e9veloppement de campagnes communes Nord-Sud ne se fait pas toujours sans difficult\u00e9s, dues \u00e0 des d\u00e9phasages dans la nature des revendications, \u00e0 des asym\u00e9tries mat\u00e9rielles, au manque de consultation initiale des r\u00e9seaux du Sud, etc., le leadership assur\u00e9 par des ONG du Nord pouvant aussi \u00eatre contest\u00e9 par d\u2019influents acteurs du Sud.<\/p>\n<p>L\u2019essor des campagnes de plaidoyer est li\u00e9 \u00ab\u00a0<em>\u00e0 l\u2019adoption d\u2019une approche en termes de droits qui se substitue \u00e0 une perspective centr\u00e9e sur les besoins<\/em>\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.), une \u00e9volution qui permet une convergence des revendications des soci\u00e9t\u00e9s civiles du Nord et du Sud face aux probl\u00e8mes \u00ab\u00a0globaux\u00a0\u00bb. La mont\u00e9e en puissance d\u2019un discours mettant l\u2019accent sur l\u2019enjeu des interd\u00e9pendances mondiales (et qui se traduit dans les nouveaux Objectifs de d\u00e9veloppement durable\u00a0[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nb11\" >11<\/a>] ) a cependant, par la m\u00eame occasion, tendance \u00e0 occulter la question \u2013 non d\u00e9pass\u00e9e \u2013 des d\u00e9s\u00e9quilibres Nord-Sud (CETRI, 2016a). De plus, \u00ab\u00a0<em> en pla\u00e7ant les ONG hors du champ politique et sur le terrain de l\u2019universalit\u00e9 des valeurs, la critique reste possible et est m\u00eame stimul\u00e9e, mais la contestation devient embarrassante, voire suspecte. On ne saurait en effet contester le bienfond\u00e9 de son action puisqu\u2019elle repose sur des valeurs humanistes et universelles<\/em>\u00a0\u00bb (Broudic, 2014).<\/p>\n<p><strong>Pour une repolitisation des ONG<\/strong><\/p>\n<p>Si nous avons choisi, dans ce num\u00e9ro, de porter le regard sur les dysfonctionnements ou les difficult\u00e9s qui sont rencontr\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9currente par les ONG, loin de nous la volont\u00e9 d\u2019occulter les avanc\u00e9es obtenues par celles qui sont parvenues \u00e0 conqu\u00e9rir les moyens financiers et symboliques d\u2019une certaine autonomisation. Il y a ainsi des succ\u00e8s notables auxquels les ONG ont particip\u00e9 et que d\u2019aucuns ne manquent de rappeler\u00a0: la mise en place de la Cour internationale de justice, l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments antir\u00e9troviraux, l\u2019interdiction des mines personnelles, etc. Jos\u00e9 Luis Rocha dresse quant \u00e0 lui un \u00ab\u00a0petit r\u00e9sum\u00e9 des effets b\u00e9n\u00e9fiques\u00a0\u00bb induits par l\u2019irruption des ONG en Am\u00e9rique centrale, d\u00e9montrant par l\u00e0 que \u00ab\u00a0<em> les ONG qui ont fait preuve d\u2019un caract\u00e8re politique et politisant, pol\u00e9mique et conflictuel ne sont pas rares <\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment. A l\u2019heure o\u00f9 le (n\u00e9o)lib\u00e9ralisme est \u00ab\u00a0<em>davantage per\u00e7u comme un syst\u00e8me \u00e9conomique \u2013 qui plus est irr\u00e9versible \u2013 que comme une id\u00e9ologie<\/em>\u00a0\u00bb (Broudic, 2014) et que ses ravages ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer, une \u00ab\u00a0repolitisation\u00a0\u00bb des ONG appara\u00eet essentielle pour \u00ab\u00a0changer le monde\u00a0\u00bb et le pouvoir. La critique g\u00e9n\u00e9rale formul\u00e9e ici n\u2019est donc pas d\u00e9finitive mais, nous l\u2019esp\u00e9rons, d\u00e9passable si l\u2019on accepte, comme nous y invite David Dumoulin Kevran, de reconna\u00eetre la diversit\u00e9 et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des ONG, au Nord comme au Sud, \u00ab\u00a0<em>puisqu\u2019elles peuvent lutter efficacement contre certaines in\u00e9galit\u00e9s mais aussi contribuer \u00e0 en reproduire d\u2019autres\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Afin de contrer l\u2019instrumentalisation dont elles peuvent faire l\u2019objet, Thomas Gebauer propose cinq principes allant dans le sens d\u2019une repolitisation des ONG. Premi\u00e8rement, il invite les ONG \u00e0 d\u00e9velopper un esprit critique par rapport \u00e0 l\u2019ambivalence de leur propre nature (\u00e0 la fois vis\u00e9e d\u00e9mocratique et expression d\u2019un manque de d\u00e9mocratie). Ensuite, prises dans les relations de pouvoir en vigueur, l\u2019adoption d\u2019une position politique s\u2019av\u00e8re indispensable afin d\u2019\u00e9viter tout d\u00e9tournement de leurs activit\u00e9s \u00e0 mauvais escient. Troisi\u00e8mement, les ONG doivent rechercher le plus d\u2019ind\u00e9pendance possible, car la possibilit\u00e9 de changement social existe s\u2019il y a \u00ab\u00a0d\u00e9sir de changement\u00a0\u00bb, ouvertement exprim\u00e9 et partag\u00e9 par des citoyens, organisations et mouvements engag\u00e9s, ouvrant alors la possibilit\u00e9 de constituer un v\u00e9ritable contre-pouvoir. Puis, les ONG doivent garder constamment \u00e0 l\u2019esprit leur l\u00e9gitimit\u00e9 originelle, soit leur enracinement dans les mouvements qui s\u2019opposent au syst\u00e8me dominant, et non leur seule expertise professionnelle. Enfin, si le changement requiert la conduite de strat\u00e9gies et d\u2019actions communes, elles doivent chercher activement \u00e0 se mettre en r\u00e9seau, malgr\u00e9 le caract\u00e8re laborieux que peut comporter tel exercice.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la forme ONG, dans sa version \u00ab\u00a0professionnalis\u00e9e\u00a0\u00bb, et les facteurs de d\u00e9politisation que cette \u00ab\u00a0ONGisation\u00a0\u00bb comporte (de l\u2019instrumentalisation \u00e0 la manag\u00e9rialisation, en passant par la privatisation et l\u2019occidentalisation), g\u00e9n\u00e9rant une approche technicienne, dans une optique r\u00e9formatrice, quitte \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des pr\u00e9occupations populaires, met \u00e0 mal la l\u00e9gitimit\u00e9 des ONG en tant qu\u2019outils de contestation du n\u00e9olib\u00e9ralisme et acteurs de changement social. Prendre conscience de ces risques, dans la reconnaissance de l\u2019ambivalence qui gagne \u2013 souvent malgr\u00e9 elles \u2013 les ONG, permettra de s\u2019en affranchir et de regagner en ind\u00e9pendance. Et partant, de repenser leur r\u00f4le dans la r\u00e9sistance \u00e0 un mod\u00e8le qui, insoutenable, in\u00e9galitaire et injuste, est aujourd\u2019hui remis en cause dans ses fondements.<\/p>\n<p><strong>NOTES:<\/strong><\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh1\" >1<\/a>]\u00a0En Belgique, les ONG constituent une cat\u00e9gorie juridique sp\u00e9cifiquement d\u00e9limit\u00e9e. Est ONG toute association sans but lucratif (ASBL) de solidarit\u00e9 internationale accr\u00e9dit\u00e9e comme telle par le ministre de la Coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, sur base du respect d\u2019une s\u00e9rie de crit\u00e8res. Cette accr\u00e9ditation (ancien \u00ab\u00a0agr\u00e9ment\u00a0\u00bb) ouvre le droit de l\u2019association \u00e0 solliciter des subventions aux niveaux f\u00e9d\u00e9ral et r\u00e9gional.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh2\" >2<\/a>]\u00a0Les malheureusement c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0programmes d\u2019ajustement structurel\u00a0\u00bb du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et de la Banque mondiale, cens\u00e9s assainir les finances d\u2019\u00c9tats connaissant un endettement sans pr\u00e9c\u00e9dent, mais dont les cons\u00e9quences (\u00e9conomiques, sociales et politiques) furent d\u00e9sastreuses.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh3\" >3<\/a>]\u00a0Analyse d\u2019un groupe de travail anim\u00e9 par des fonctionnaires europ\u00e9ens, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0De la gouvernance ou la constitution politique du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/archive.indymedia.be\/news\/2001\/06\/4847.html\" >http:\/\/archive.indymedia.be\/news\/2001\/06\/4847.html<\/a>.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh4\" >4<\/a>]\u00a0Selon l\u2019expression employ\u00e9e par David Harvey (2014).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh5\" >5<\/a>]\u00a0Par \u00ab\u00a0professionnalisation\u00a0\u00bb, nous entendons le fait de devenir un \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb, donc quelqu\u2019un qui exerce r\u00e9guli\u00e8rement une profession (par la salarisation) et qui exerce cette activit\u00e9 de mani\u00e8re comp\u00e9tente (par l\u2019injonction au professionnalisme).<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh6\" >6<\/a>]\u00a0Contrairement donc \u00e0 la professionnalisation des ONG, guid\u00e9e par la pertinence de l\u2019action et pla\u00e7ant les comp\u00e9tences techniques, avec le savoir-\u00eatre et la connaissance du terrain, au rang des moyens (Freyss, 2004). La d\u00e9marche partenariale d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e rentre dans cette seconde conception de la professionnalisation.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh7\" >7<\/a>]\u00a0Entendue ici comme un processus d\u2019am\u00e9lioration continue des comp\u00e9tences, connaissances et pratiques en vue de la qualit\u00e9 et de l\u2019efficacit\u00e9 des projets et programmes r\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh8\" >8<\/a>]\u00a0Point d\u2019orgue de l\u2019agenda pour l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019aide, la D\u00e9claration de Paris comprend \u00e9galement deux autres principes\u00a0: la gestion ax\u00e9e r\u00e9sultats et la responsabilit\u00e9 mutuelle.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh9\" >9<\/a>]\u00a0Et se voit renforc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de scandales tels que celui de l\u2019Arche de Zo\u00e9 ainsi que par la pratique du \u00ab\u00a0volontourisme\u00a0\u00bb, n\u00e9ologisme majoritairement employ\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence aux entreprises qui \u2013 surfant sur la vague de l\u2019\u00e9thique, de l\u2019\u00e9quitable et du solidaire, ainsi que sur l\u2019image du volontariat international \u2013 proposent ce genre de s\u00e9jour cl\u00e9 en main en usant des m\u00e9thodes commerciales du tourisme de masse \u00e0 des fins lucratives, souvent au d\u00e9triment des populations locales.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh10\" >10<\/a>]\u00a0Comme nous l\u2019avons vu, certaines ONG gardent cependant une relative ind\u00e9pendance du fait de l\u2019importance de leurs fonds propres pendant que d\u2019autres, plus rares, ont fait le choix de ne recevoir aucune subvention publique.<\/p>\n<p>[<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr#nh11\" >11<\/a>]\u00a0Dans la foul\u00e9e des Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement (OMD), dix-sept Objectifs de d\u00e9veloppement durable (ODD) ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s par les dirigeants du monde en septembre 2015 sous l\u2019\u00e9gide des Nations unies.<\/p>\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE:<\/strong><\/p>\n<p>Banque mondiale (1989), Sub-Saharan Africa\u00a0: From Crisis to Sustainable Growth\u00a0: A Long-Term Perspective Study, Washington D.C.<br \/>\nBanque mondiale (1992), Governance and Development, Washington DC.<br \/>\nBastin J. et al. (1999), Le Tiers-monde a-t-il besoin de volontaires\u00a0?, Bruxelles, Colophons \u00c9ditions (coll. \u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb).<br \/>\nBoucher J.-D. (1990), L\u2019aventure solidaire. Volontaires pour le Tiers monde, Paris, Karthala.<br \/>\nBroudic C. (2014), \u00ab\u00a0Les ONG, cheval de Troie du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u00a0?\u00a0\u00bb, Humanitaire, vol. 39, p. 64-75.<br \/>\nBrugvin T. (2006), \u00ab\u00a0La gouvernance par la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0: une privatisation de la d\u00e9mocratie\u00a0?\u00a0\u00bb, dans Caill\u00e9 A., Quelle d\u00e9mocratie voulons-nous\u00a0?, Paris, La D\u00e9couverte, p. 68-77.<br \/>\nCassen B. (2001), \u00ab\u00a0Le pi\u00e8ge de la gouvernance\u00a0\u00bb, Le Monde Diplomatique, juin, p. 28.<br \/>\nCETRI (2009), \u00ab\u00a0Retour de l\u2019\u00c9tat. Pour quelles politiques sociales\u00a0?\u00a0\u00bb, Alternatives Sud, vol. 16, n\u00b0\u00a02, Paris \/ Louvain-la-Neuve, Syllepse.<br \/>\nCETRI (2013), \u00ab\u00a0\u00c9conomie verte\u00a0: marchandiser la plan\u00e8te pour la sauver\u00a0?\u00a0\u00bb, Alternatives Sud, vol. 20, n\u00b0\u00a01, Paris \/ Louvain-la-Neuve, Syllepse.<br \/>\nCETRI (2016a), \u00ab\u00a0R\u00e9habiliter une lecture Nord-Sud du monde\u00a0\u00bb, Alternatives Sud, vol. 23, n\u00b0\u00a02, Paris \/ Louvain-la-Neuve, Syllepse.<br \/>\nCETRI (2016b), \u00ab\u00a0Changer le mod\u00e8le. Ici et maintenant\u00a0?\u00a0\u00bb, Alternatives Sud, vol. 23, n\u00b0\u00a03, Paris \/ Louvain-la-Neuve, Syllepse.<br \/>\nChartier D. et Ollitrault S. (2005), \u00ab\u00a0Les ONG d\u2019environnement dans le syst\u00e8me international en mutation\u00a0: des objets non identifi\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb, dans Aubertin C. (dir.), Repr\u00e9senter la nature. ONG et biodiversit\u00e9, Paris, Presse de l\u2019IRD, p. 21-58.<br \/>\nCNCD-11.11.11 (2015), Rapport 2015 sur l\u2019aide belge au d\u00e9veloppement. Des objectifs du mill\u00e9naire aux objectifs de d\u00e9veloppement durable, Bruxelles.<br \/>\nCohen S. (2004), \u00ab\u00a0ONG, altermondialisme et soci\u00e9t\u00e9 civile internationale\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de science politique, vol. 54, n\u00b0\u00a03, p. 379-397.<br \/>\nCommission europ\u00e9enne (2001), Gouvernance europ\u00e9enne. Un livre blanc, Bruxelles, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/site\/fr\/com\/2001\/com2001_0428fr01.pdf\" >http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/site\/fr\/com\/2001\/com2001_0428fr01.pdf<\/a>.<br \/>\nDavey E. (2015), Idealism beyond borders. The french revolutionary left and the rise of humanitarianism, 1954\u20131988, Cambridge University Press.<br \/>\nDe Leener P. (2009), La question du partenariat. Mieux faire avec l\u2019autre et la diff\u00e9rence qu\u2019il offre, Bruxelles, Alliance Nationale des Mutualit\u00e9s Chr\u00e9tiennes (ANMC).<br \/>\nFreour N. (2004), \u00ab\u00a0Le positionnement distanci\u00e9 de Greenpeace\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de science politique, vol. 54, n\u00b0\u00a03, p. 421-442.<br \/>\nFreyss J. (2004), \u00ab\u00a0La solidarit\u00e9 internationale, une profession\u202f\u00a0? Ambivalence et ambigu\u00eft\u00e9s de la professionnalisation\u00a0\u00bb, Tiers-Monde, vol. 45, n\u00b0\u00a0180, p. 735 772.<br \/>\nGirot M.\u00a0(2011), Amnesty International. Enqu\u00eate sur une ONG g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9e, Paris, \u00c9ditions du Cygne (coll. \u00ab\u00a0Essai\u00a0\u00bb).<br \/>\nGuichaoua A. et Goussault Y. (1993), Sciences sociales et d\u00e9veloppement, Paris, Armand Colin.<br \/>\nHarvey D. (2014), Br\u00e8ve histoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme, Paris, Les prairies ordinaires.<br \/>\nHibou B. (2012), La bureaucratisation du monde \u00e0 l\u2019\u00e8re n\u00e9olib\u00e9rale, Paris, La D\u00e9couverte (coll. \u00ab\u00a0Cahiers libres\u00a0\u00bb).<br \/>\nInternational Center for Not-for-Profit Law (ICNL) (2016), \u00ab\u00a0Closing Civic Space\u00a0: Impact on Development and Humanitarian CSOs\u00a0\u00bb, Global trends in NGO law, vol. 7, n\u00b0\u00a03.<br \/>\nLarzilli\u00e8re P. et Galy M.\u00a0(2010), \u00ab\u00a0Au risque du refus\u00a0?\u00a0\u00bb, Humanitaire, n\u00b0\u00a024 (mars).<br \/>\nLe Na\u00eblou A. (2004), \u00ab\u00a0Pour comprendre la professionnalisation dans les ONG\u00a0: quelques apports d\u2019une sociologie des professions\u00a0\u00bb, Revue Tiers Monde, vol. 180, n\u00b0\u00a04, p. 773-798.<br \/>\nLef\u00e8vre S. (2006), \u00ab\u00a0Greenpeace, des hippies au lobby\u00a0\u00bb, Ecorev\u2019, n\u00b021, p.81, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/ecorev.org\/spip.php?article473\" >http:\/\/ecorev.org\/spip.php?article473<\/a>.<br \/>\nMicheletti P. (2016), \u00ab\u00a0Le monopole occidental des ONG ne r\u00e9pond plus aux \u00e9quilibres du monde\u00a0\u00bb, Le Monde, 21 mai, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2016\/\" >http:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2016\/<\/a> 05\/21\/le-monopole-occidental-des-ong-ne-repond-plus-aux-equilibres-du-monde_49236 61_3210.html.<br \/>\nOlivier de Sardan J.-P. (1995), Anthropologie du D\u00e9veloppement. Essai en socio-anthropologie du changement social, Paris, Karthala (coll. \u00ab\u00a0Hommes et soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb).<br \/>\nPlanche J. (2007), Soci\u00e9t\u00e9 civile. Un acteur historique de la gouvernance, Paris, Charles L\u00e9opold Mayer.<br \/>\nPirotte G. (2012), \u00ab\u00a0\u00c9tudier les soci\u00e9t\u00e9s civiles dans le contexte du nouveau paradigme de l\u2019aide internationale\u00a0\u00bb, Mondes en d\u00e9veloppement, vol. 40, n\u00b0\u00a03, p. 11-28.<br \/>\nPirotte G. (2014), \u00ab\u00a0Plaidoyer pour un nouveau souffle\u00a0\u00bb, D\u00e9fis Sud, n\u00b0\u00a0117, p. 18-19.<br \/>\nPirotte G. (2016) [2e \u00e9d.], La notion de soci\u00e9t\u00e9 civile, Paris, La D\u00e9couverte (coll. \u00ab\u00a0Rep\u00e8res\u00a0\u00bb).<br \/>\nPluvinage I. (1999), \u00ab\u00a0Le chant du cygne\u00a0\u00bb, dans Bastin J. et al., Le Tiers-monde a-t-il besoin de volontaires\u00a0?, Colophons Editions, Bruxelles (coll. \u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb), p. 9-17.<br \/>\nQueinnec E. (2007), \u00ab\u00a0La croissance des ONG humanitaires. Une innovation devenue institution\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de gestion, n\u00b0\u00a0177, p. 83-94.<br \/>\nRubio F. (2002), Les ONG acteurs de la mondialisation, Paris, La documentation fran\u00e7aise (coll. \u00ab\u00a0Probl\u00e8mes politiques et sociaux\u00a0\u00bb).<br \/>\nRufin J.-C. (1999), \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Pour l\u2019humanitaire.\u00a0\u00bb D\u00e9passer le sentiment d\u2019\u00e9chec\u00a0\u00bb, \u2028Le D\u00e9bat, n\u00b0\u00a0105, vol. 3, p. 4-21.<br \/>\nRyfman P. (2014) [3e \u00e9d.], Les ONG, Paris, La D\u00e9couverte (Coll. \u00ab\u00a0Rep\u00e8res\u00a0\u00bb).<br \/>\nSalingue J. (2015), La Palestine des ONG, Paris, La Fabrique.<br \/>\nSim\u00e9ant J. (2001), \u00ab\u00a0Entrer, rester en humanitaire. Des fondateurs de M\u00e9decins sans fronti\u00e8res aux membres actuels des ONG m\u00e9dicales fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de science politique, vol. 5, n\u00b01, p. 47-72.<br \/>\nSmouts M.-C. (1998), \u00ab\u00a0Du bon usage de la gouvernance en relations internationales\u00a0\u00bb, Revue internationale des sciences sociales, n\u00b0\u00a0155, p. 85-94.<br \/>\nStarquit O. (2011), \u00ab\u00a0De quoi la gouvernance est-elle le nom\u00a0?\u00a0\u00bb, analyse pour Barricade, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.barricade.be\/publications\/analyses-etudes\/quoi-gouvernance-est-elle-nom\" >http:\/\/www.barricade.be\/publications\/analyses-etudes\/quoi-gouvernance-est-elle-nom<\/a>.<br \/>\nTissot S. et Tevanian P. (2010), Les mots sont importants, Paris, Libertalia.<\/p>\n<p>______________________________________________<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><a href=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Julie-Godin.jpg\" ><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-94746 size-full\" src=\"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Julie-Godin-e1498822884415.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"100\" \/><\/a><em>Julie Godin<\/em><em> &#8211; Docteure en sciences politiques et sociales, charg\u00e9e d\u2019\u00e9tude au CETRI.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>Le Centre tricontinental (CETRI), organisation non gouvernementale fond\u00e9e en 1976 et bas\u00e9e \u00e0 Louvain-la-Neuve (Belgique), est un centre d\u2019\u00e9tude, de publication, de documentation et d\u2019\u00e9ducation permanente sur le d\u00e9veloppement et les rapports Nord-Sud. <\/em><em>Le CETRI a pour objectif de faire entendre des points de vue du Sud et de contribuer \u00e0 une r\u00e9flexion critique sur les conceptions et les pratiques dominantes du d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Il s\u2019attache en particulier \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 la discussion du r\u00f4le des acteurs sociaux et politiques du Sud en lutte pour la reconnaissance des droits sociaux, politiques, culturels et \u00e9cologiques. Les activit\u00e9s du CETRI sont de quatre types\u00a0: \u00e9tude, formation, publication, documentation. Le r\u00f4le des mouvements sociaux dans le Sud, la dynamique du mouvement altermondialiste, l\u2019\u00e9volution des d\u00e9mocraties en Am\u00e9rique latine, la port\u00e9e des alternatives sociales et politiques dans le Sud, les logiques et cons\u00e9quences des ajustements structurels et de l\u2019aide au d\u00e9veloppement&#8230; constituent les principaux th\u00e8mes des travaux de ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.cetri.be\/ONG-depolitisation-de-la?lang=fr\" >Go to Original \u2013 cetri.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l\u2019\u00ab ONGisation \u00bb, \u00e0 savoir l\u2019instauration de la configuration ONG comme vecteur privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019action collective pour le d\u00e9veloppement, interpelle, les facteurs de d\u00e9politisation des discours et des pratiques de ces acteurs non gouvernementaux pr\u00e9occupent. La conscience des risques d\u2019instrumentalisation, de manag\u00e9rialisation, d\u2019occidentalisation, de substitution\u2026 aide \u00e0 les \u00e9viter et partant, \u00e0 repolitiser les r\u00e9sistances au mod\u00e8le dominant.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[699,276,698,545,109],"class_list":["post-94745","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-original-languages","tag-civil-society","tag-democracy","tag-governance","tag-neoliberalism","tag-politics"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/94745","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=94745"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/94745\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=94745"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=94745"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.transcend.org\/tms\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=94745"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}