(Français) Crise humanitaire au Yémen: des millions de personnes sont concernées

IN ORIGINAL LANGUAGES, 7 May 2018

Vijay Prashad | Investig’Action – TRANSCEND Media Service

La population du Yémen a désespérément besoin de signes que cette guerre va bientôt prendre fin.

Investig’Action

2 Mai 2018 – Le 3 avril dernier, avant la tenue d’une conférence destinée à recueillir des fonds pour le Yémen, le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, a clairement insisté : «Le Yemen est la pire crise humanitaire du monde».

Il y a pourtant beaucoup de concurrence : Les réfugiés du Sud-Soudan se retrouvent dans toute l’Afrique de l’Est et vers l’Europe, tandis que les réfugiés Rohingya du Myanmar affluent au Bangladesh. L’impitoyable guerre sans fin en Syrie continue de martyriser le peuple de ce pays. Des îles disparaissent dans les océans du Sud, tandis que les terres agricoles se raréfient au Sahel. La faim et la guerre se concurrencent pour faire pleurer l’espèce humaine.

Pourtant Mr Guterres a raison, les chiffres pour le Yémen – 27 millions d’habitants environ avant la guerre – sont choquants. Vingt deux millions d’hommes et de femmes, soit 80 % de la population, ont besoin d’une aide humanitaire. Sans cette aide, ils vont mourir.

Par exemple, 18 millions de personnes ne disposent pas de nourriture en quantité suffisante, soit un million de plus qu’il y a un an. 8,5 millions ne savent pas quand ils prendront leur prochain repas. Toutes les 10 minutes, un enfant meut au Yémen d’une cause évitable. La malnutrition et la maladie, y compris le choléra, rivalisent pour tuer toujours plus d’êtres humains.

Rien de tout cela n’a de cause insurmontable. S’il est vrai que le Yémen est un pays particulièrement pauvre – en 2017 un peu moins de la moitié des yéménites vivaient en dessous du seuil de pauvreté – cela concerne aujourd’hui 79 % de la population.

Les écoles sont fermées, les hôpitaux bombardés. Le pays peut être considéré comme littéralement assiégé, et l’aide humanitaire parvient très difficilement dans les ports et aéroports du Yémen.

Guerre sale

Le Yémen subit ce que l’on peut appeler une guerre sale.

Elle a débuté en 2015 quand l’Arabie Saoudite a attaqué le pays à la demande de l’ancien président Abdrabbuh Mansur Hadi. Cette guerre largement soutenue par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, a impitoyablement détruit le pays sans réels objectifs stratégiques présents ou futurs.

Il n’y a pas de réelle possibilité de remettre Hadi au pouvoir. Il a peu de crédibilité au Yémen. Hadi, qui vit à Riyad (Arabie saoudite), a été condamné à mort par un tribunal de la capitale du Yémen, Sanaa. À la fin de 2017, il a été dit que Hadi était détenu à domicile par les autorités saoudiennes. Les Saoudiens permettent parfois à Hadi d’assister à divers sommets arabes, où il se contente de s’aligner sans résistance sur les positions saoudiennes.

Mais la guerre a une histoire beaucoup plus ancienne, qui remonte au consensus instable né du soulèvement de 2011 qui a renversé le gouvernement de longue date d’Ali Abdullah Saleh. Divers groupes se sont mobilisés après le départ de Saleh en 2012. Toutes sortes d’accords ont été conclus, mais aucun n’a été honoré. La communauté Zaidi – connue sous le nom de Houthis – avait formé le mouvement Ansar Allah dans les années 1990. Ils voulaient le pouvoir politique pour leur communauté, en grande majorité composé de pauvres vivant dans les montagnes du nord du Yémen, près de la frontière avec l’Arabie saoudite. Les Houthis ont mené la lutte pour rétablir les subventions aux carburants à la suite de la chute de Saleh. C’est cette campagne qui les a attirés au centre du pouvoir politique et au contrôle d’une grande partie du Yémen. Ils sont les principaux ennemis de l’Arabie Saoudite dans cette guerre.

L’Arabie Saoudite est largement motivée par un vil sectarisme. Les Houthis ou Zaidis sont une communauté chiite, tout en étant proche de l’école de l’islam sunnite hanafi. Les déclarations tapageuses saoudiennes faisant des Houthis des mandataires de l’Iran restent du domaine du fantasme.

Pendant ce temps, les Saoudiens restent indifférents face à la croissance d’al-Qaïda dans la péninsule arabique qui contrôlent pourtant toujours des territoires dans la région Hadramaut au Yémen. Les combattants d’al-Qaïda ont attaqué des bases yéménites dans cette région, y compris les Yéménites soutenus par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU). Fin mars, des combattants al-Qaïda ont tué douze soldats yéménites dans une base militaire dirigée par les EAU à Mukalla.

Les bombardements saoudiens ont régulièrement frappé des civils. Dimanche dernier, une frappe aérienne saoudienne a frappé une fête de mariage à Hajjah, au nord-ouest du Yémen, tuant au moins 20 civils. Dans la même semaine, des voitures ont été touchées par des bombes saoudiennes à Taiz, au sud-ouest du Yémen, tuant 20 civils. Chacune de ces attaques rappelle aux Yéménites le terrible bilan de cette guerre. Environ 10 000 personnes sont déjà mortes, et au moins 2 millions de civils déplacés à l’intérieur du pays. Le nombre de personnes déplacées étant probablement très sous-évalué.

Vers la fin de la guerre?

Récemment, l’envoyé spécial des Nations Unies pour le Yémen, Ould Cheikh Ahmed (Mauritanie), a indiqué qu’il ne souhaitait pas poursuivre sa mission. Il a dit que les négociations étaient vaines, car il n’y avait aucun signe de véritable dialogue, aucun signe de l’abolition de la violence.

À sa place, l’ONU a nommé Martin Griffiths (Grande-Bretagne), un diplomate chevronné. Après un mois de travail, Griffiths a comparu devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 avril dans l’espoir de mettre en route un nouveau plan de paix dans les deux mois. “Le peuple du Yémen”, a déclaré Griffiths au Conseil de sécurité de l’ONU, “a désespérément besoin de signes que cette guerre va bientôt prendre fin”.

Griffiths sait reconnaître une situation désespérée quand il en voit une. Entre 2012 et 2014, M. Griffiths a été le conseiller de trois envoyés spéciaux du Secrétaire général des Nations Unies pour la Syrie, et il a été chef adjoint de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie.

Rapidement, Griffiths a noté, qu’il y a des mouvements de troupes à travers le Yémen qui suggèrent plus de combat, que les avions saoudiens continuent de tirer sur le Yémen, et que les forces yéménites continuent de tirer des missiles balistiques sur Riyad. Rien de tout cela ne va cesser, rendant tout cadre de paix difficile à mettre en œuvre.

Il n’y a aucune pression sur l’Arabie Saoudite pour arrêter ses bombardements. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis continuent leurs massives ventes d’armes à l’Arabie saoudite. La réception avec le tapis rouge du prince héritier saoudien, le prince Mohammed bin Salman, l’architecte de la guerre saoudienne contre le Yémen, montre qu’il n’y a aucune intention des capitales occidentales de s’opposer aux Saoudiens sur ce sujet.

Il convient de noter que l’Allemagne a arrêté les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite qui serviraient à la guerre au Yémen. Mais les ventes de l’Allemagne ne sont pas très significatives. Cela ne veut pas dire non plus qu’ils ne vendront pas d’armes à l’Arabie Saoudite (seulement qu’ils ne vendront pas d’armes que les Saoudiens utiliseront au Yémen).

Le scandale de cette guerre est la carte blanche donnée par l’Occident aux Saoudiens, qui n’ont subi aucune pression pour mettre fin à leur campagne meurtrière.

L’avertissement de Griffiths au sujet des actions armées sabordant les espoirs de paix n’a pas mis longtemps à se réaliser. Le 23 avril, un frappe aérienne saoudienne a entrainé la mort de Saleh al-Samad, chef du Conseil politique suprême de Houthi. Le chef des Houthis – Abdul Malik al-Houthi – a déclaré que cet assassinat aurait de graves conséquences. “Ce crime ne restera pas sans conséquences”, a-t-il dit, “ni d’autres crimes comme le bombardement d’un mariage dans la province de Hajjah”.

Samad était une personne cruciale. Il a été nommé par les Houthis en 2014 pour être le conseiller de l’ancien président Hadi dans un gouvernement d’union. Samad, qui avait une grande légitimité dans les milieux houthis, était prêt à rejoindre Hadi pour éviter une guerre. En fait, en novembre 2014, Samad a résisté aux critiques du Conseil politique suprême des Houthis pour défendre les nominations du cabinet de M. Hadi. C’est le genre de tempérament qui aurait été utile à Griffiths. Mais maintenant la mort de Samad pourrait entraîner un retour en arrière politique.

Le Yémen ne peut pas se permettre ce retard.

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Traduit de l’anglais par le collectif Investig’Action

Source : Alternet

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