(Français) Netanyahu, le visionnaire qui nous sauve… de nos assiettes

ORIGINAL LANGUAGES, 11 May 2026

Diran Noubar – TRANSCEND Media Service

10 mai 2026 – On nous l’avait promis : une guerre « rapide », « chirurgicale », « nécessaire ». Benjamin Netanyahu et Donald Trump nous l’avaient juré sur la Torah et la Bible réunies. Quelques semaines, tout au plus, et l’Iran serait maté, la région stabilisée, et le monde enfin en paix. Résultat, en ce mois d’avril 2026 ? Le détroit d’Ormuz est quasiment fermé, un tiers du commerce maritime mondial d’engrais est bloqué, et les prix alimentaires mondiaux s’envolent plus vite que les missiles dans le ciel de Téhéran.

C’est beau, la géopolitique. Tellement beau qu’on finit par l’avoir dans l’assiette.

Au-delà des images insoutenables venues de Palestine, du Liban et d’Iran – ces « détails » que certains préfèrent qualifier d’« opérations de sécurité » –, il y a une vérité plus prosaïque, plus universelle, qui touche chaque foyer de la planète : l’économie. Et sur ce terrain-là, l’État israélien, sous la houlette de M. Netanyahu, s’est offert le rôle principal dans le déclenchement de la crise économique mondiale qui a déjà commencé. Gratuite ? Injuste ? Le mot est faible. Mais surtout, elle est déjà palpable dans le rayon fruits et légumes de votre supermarché.

Regardons les chiffres, parce que les chiffres, eux, ne font pas de discours au Congrès américain.

Aux États-Unis, l’American Farm Bureau Federation a interrogé plus de 5 700 producteurs en avril 2026. Résultat ? 70 % d’entre eux ne parviennent pas à acheter tous les engrais nécessaires pour la récolte de cette année. Dans le Sud, on monte même à 78 %. Les prix ont grimpé jusqu’à 47 %. On est loin du « farm bill » idyllique vanté par les républicains.

Au Brésil, grand grenier du monde, la situation est encore plus urgente. L’urée – l’engrais de base – a déjà augmenté d’environ 50 % depuis fin février. Le pays importe 85 % de ce qu’il consomme. Début avril, seuls 30 % du volume prévu pour la saison 2026/27 avaient été achetés. Les producteurs retardent leurs commandes, réduisent leurs surfaces ensemencées, et ajustent leurs plantations à la baisse. Traduction : moins de soja, moins de maïs, moins de viande… et des prix qui vont continuer à monter.

En Inde, deuxième pays le plus peuplé de la planète et géant agricole, l’urée est passée de 500 dollars la tonne à près de 950 dollars. Le gouvernement a bien augmenté les subventions de 11,6 %, mais les petits producteurs, eux, sont en panique. La saison kharif approche et les stocks manquent. Quand le pays qui nourrit plus d’un milliard d’habitants tousse, le reste du monde attrape la grippe.

La Chine, les États-Unis, le Brésil, l’Inde : les quatre plus gros utilisateurs d’engrais de la planète. Tous touchés. Tous dépendants de ce détroit d’Ormuz que la guerre a transformé en goulot d’étranglement. Et tout ça pour quoi ? Pour une « victoire » qui, selon les promesses initiales, devait être terminée « en quelques semaines ».

Pendant ce temps, M. Netanyahu continue de parader, de promettre de nouvelles opérations, de poser en défenseur de la civilisation. On imagine presque la scène : lui, au pupitre, expliquant avec le plus grand sérieux que « la sécurité d’Israël justifie tout ». Et pendant ce discours, quelque part dans l’Iowa, un agriculteur américain regarde sa facture d’engrais et se demande s’il va pouvoir semer. Au Mato Grosso, un producteur brésilien repousse ses achats. Au Pendjab, un petit paysan indien calcule combien de sacs il pourra encore se payer.

C’est là que la réalité devient cruelle : ce n’est plus seulement une question de géopolitique ou de droit international. C’est une question de pain sur la table. De coût du repas. De pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil.

Alors oui, on peut continuer à débattre des horreurs commises sur le terrain. On peut continuer à s’indigner, à manifester, à tweeter. Mais le jour où votre baguette de pain ou votre paquet de riz aura augmenté de 20 %, 30 % ou plus, là, tout le monde comprendra enfin, dans sa chair et dans son portefeuille, à quel point ces choix politiques sont… épouvantables.

M. Netanyahu voulait une guerre. Il l’a.

Il voulait que le monde paie le prix de sa sécurité.

Le monde est en train de payer.

Et ce n’est que le début.

Partagez cet article. Pas pour faire de la politique. Pas pour prendre parti.

Simplement parce que, parfois, la meilleure façon de comprendre une crise mondiale, c’est de regarder ce qu’il y a dans son assiette.

Et là, franchement… elle a un goût amer.

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Diran Noubar, Italo-Arménien né en France, a vécu dans 11 pays avant de s’installer en Arménie. Documentariste et reporter de guerre de renommée mondiale, salué par la critique, il a produit et réalisé plus de 20 longs métrages documentaires à New York au début des années 2000. Auteur-compositeur-interprète et guitariste, il a également formé son propre groupe et dirige wearemenia.org, une association à but non lucratif.


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