(Français) Néocolonialisme et “crise des migrants”

IN ORIGINAL LANGUAGES, 9 Jul 2018

Manlio Dinucci | Il Manifesto – TRANSCEND Media Service

29 juin 2018 – Des États-Unis à l’Europe, la “crise des migrants” suscite de vives polémiques intérieures et internationales sur les politiques à adopter à propos des flux migratoires. Partout cependant ceux-ci sont représentés selon un cliché qui inverse la réalité : celui des “pays riches” obligés de subir la croissante pression migratoire des “pays pauvres”.

On dissimule ainsi la cause de fond : le système économique qui dans le monde permet à une minorité restreinte d’accumuler de la richesse aux dépens de la majorité croissante, en l’appauvrissant et en provoquant ainsi l’émigration forcée.

Concernant les flux migratoires vers les États-Unis, le cas du Mexique est emblématique. Sa production agricole s’est écroulée quand, avec le NAFTA (l’accord nord-américain de “libre” commerce), les EU et le Canada ont inondé le marché mexicain avec des produits agricoles à bas prix grâce à leurs propres subventions publiques. Des millions de paysans se sont retrouvés sans travail, venant grossir le bassin de main d’oeuvre recrutée dans les maquiladoras : des milliers d’établissements industriels le long de la ligne de frontière en territoire mexicain, possédés ou contrôlés, pour la plupart, par des sociétés étasuniennes, dans lesquels les salaires sont très bas et les droits syndicaux inexistants.

Dans un pays où environ la moitié de la population vit dans la pauvreté, a augmenté la masse de ceux qui cherchent à entrer aux États-Unis. D’où le Mur le long de la frontière avec le Mexique, commencé par le président démocrate Clinton quand en 1994 est entré en vigueur le Nafta, poursuivi par le républicain Bush, renforcé par le démocrate Obama, ce même mur que le républicain Trump voudrait maintenant compléter sur tous les 3000 Km de frontière.

Concernant les flux migratoires vers l’Europe, est emblématique le cas de l’Afrique. Elle est richissime en matières premières : or, platine, diamants, uranium, coltan, cuivre, pétrole, gaz naturel, bois précieux, cacao, café et de nombreuses autres.

Ces ressources, exploitées par le vieux colonialisme européen avec des méthodes de type esclavagiste, se trouvent aujourd’hui exploitées par le néocolonialisme européen s’appuyant sur des élites africaines au pouvoir, une main d’œuvre locale à bas coût et un contrôle des marchés intérieurs et internationaux.

Plus de cent compagnies cotées à la Bourse de Londres, britanniques et autres, exploitent dans 37 pays de l’Afrique sub-saharienne des ressources minières d’une valeur de plus de 1000 milliards de dollars.

La France contrôle le système monétaire de 14 ex colonies africaines par le biais du Franc CFA (à l’origine acronyme de “Colonies Françaises d’Afrique”, recyclé en “Communauté Financière Africaine”) : pour conserver la parité avec l’euro, les 14 pays africains doivent verser au Trésor français la moitié de leurs réserves monétaires.

L’État libyen, qui voulait créer une monnaie africaine autonome, a été démoli par la guerre en 2011. En Côte d’Ivoire (aire CFA), des sociétés françaises contrôlent le gros de la commercialisation du cacao, dont le pays est premier producteur mondial : aux petits cultivateurs restent à peine 5% de la valeur du produit final, si bien que la majeure partie vit dans la pauvreté. Ce ne sont que quelques exemples de l’exploitation néo-coloniale du continent.

L’Afrique, présentée comme dépendante de l’aide extérieure, fournit à l’extérieur un paiement net annuel d’environ 58 milliards de dollars. Les conséquences sociales sont dévastatrices. En Afrique usb-saharienne, où la population dépasse le milliard et se compose à 60% d’enfants et jeunes d’âge compris entre 0 et 24 ans, environ les deux tiers des habitants vivent dans la pauvreté et, parmi ceux-ci, environ 40% – c’est-à-dire 400 millions – dans des conditions de pauvreté extrême.

La “crise des migrants” est en réalité la crise d’un système économique et social insoutenable.

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Manlio Dinucci, geografo e giornalista e saggista geopolitico, ha vissuto e lavorato a Pechino negli anni ’60, contribuendo alla pubblicazione della prima rivista in lingua cinese in italiano. Sulla base di questa esperienza ha pubblicato, con Mazzotta Editore, La lotta di Classe in Cina / 1949-1974 (1975) e Economia e organizzazione del lavoro in Cina (1976). Negli anni ’80 dirige la rivista Lotta per la pace (nata dall ‘”Appello contro l’installazione di missili nucleari in Italia”) ed è stato direttore esecutivo per l’Italia dei Medici internazionali per la prevenzione della guerra nucleare, vincendo l’associazione del Premio Nobel del Pace nel 1985. Ultime pubblicazioni: L’arte della guerra / Annali della strategia Usa / Nato 1990-2016, Zambon 2016; Nuclear War Il Giorno Prima, Zambon Editore; 2017.

Traduit de l’italien par M-A P.

Source:  https://ilmanifesto.it/neocolonialismo-e-crisi-dei-migranti/

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One Response to “(Français) Néocolonialisme et “crise des migrants””

  1. Je regrette la cadre parlequal l’argument est presente:

    “On dissimule ainsi la cause de fond : le système économique qui dans le monde permet à une minorité restreinte d’accumuler de la richesse aux dépens de la majorité croissante, en l’appauvrissant et en provoquant ainsi l’émigration forcée.”

    L’accent est mis sur un probleme hors des possibilites actuelles de resolution: le système économique.

    Contribuant a ce problematique on indique une minorie restreinte (les mauvais?) et une mjorite croissante (dans leur droit, donc des bons)?.

    Plus interessante pour moi c’est l’incapacite de discuter du role de la sur-croissance de la population — un dialogue ettoufe et par la minorite et par la majorite, malgre la possibilite pour la minorite d’ouvrir ce debat

    Cet article ne facilite pas la chose

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