(Français) Impérialisme et Fascisme

IN ORIGINAL LANGUAGES, 15 Oct 2018

Kurt Gossweiler | Investig’Action – TRANSCEND Media Service

Le fascisme, au même titre que l’impérialisme, est un phénomène international.

Petain with Hitler

9 Oct 2018 – Les particularités du mouvement fasciste et de la dictature fasciste dans un pays (quelconque) sont avant tout déterminées par le caractère et les particularités de l’impérialisme qui les ont engendrés. Georges Dimitrov disait de la variante allemande du fascisme qu’elle était le type de fascisme le plus réactionnaire parce qu’elle était le produit de l’impérialisme le plus réactionnaire, le plus belliqueux et le plus brutal de l’époque, qui l’avait mise au pouvoir pour la réalisation de ses propres desseins.

Le soutien apporté au NSDAP (parti nazi) par la bourgeoisie monopoliste et les Junkers

Au cours de la révolution de novembre 1918, les travailleurs armés et les soldats avaient obtenu par leur lutte des droits démocratiques importants qui parurent dès le début insupportables aux yeux de la grande bourgeoisie et des Junkers restés au pouvoir. À plusieurs reprises entre 1918 et 1923, les cercles les plus réactionnaires de la classe dirigeante tentèrent, par la voie des armes et l’établissement d’une « dictature nationale » (putsch de Kapp), d’enlever définitivement ces droits aux masses. Ils s’appuyèrent sur une partie de l’armée (Reichswehr) ainsi que sur les nombreuses organisations réactionnaires (les Weissgardisten): corps francs, milices de l’Einwohnerwehr et divers autres groupes armés.

Après l’effondrement de la République des conseils ouvriers de Munich en mai 1919, la Bavière devint le foyer le plus important de ce type d’organisations. L’une d’entre elles, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) – qui s’appelait lors de sa fondation par Anton Drexler « Parti allemand des travailleurs » – acquit en Bavière une influence locale certaine. Comme la plupart des associations et groupements d’extrême droite, il regroupait d’anciens militaires, des lansquenets qui n’avaient pas réussi à se réinsérer dans la société civile bourgeoise et des éléments déclassés de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie. Comme presque toutes ces organisations, le NSDAP se trouvait sous la protection spéciale de l’armée. Hitler fut même envoyé par l’armée comme informateur au sein du DAP de Drexler alors qu’il était encore militaire. Il adhéra au parti et se hissa à sa tête avec le soutien marqué de l’état-major bavarois le général Ritter von Epp, le capitaine Ernst Röhm et le capitaine Mayr.

L’armée fournit au NSDAP et à ses troupes de choc, les SA (Sturmabteilungen), les armes et l’argent dont ils avaient besoin. Des militaires furent détachés pour assurer le service d’ordre lors de leurs rassemblements et la publication de leur journal, le « Völkischer Beobachter », fut rendue possible grâce à des moyens qui provenaient de l’armée. L’influence des militaristes fut encore renforcée par l’adhésion de Ludendorff au parti, ce dictateur militaire qui avait dirigé l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale et homme de confiance des industriels de l’armement de la région de la Ruhr.

Le NSDAP n’intéressa pas que les militaristes. De nombreux industriels, des plus petites entreprises jusqu’aux plus grands groupes comme Borsig, Thyssen ou Stinnes, voyaient déjà à cette époque dans le NSDAP une des nombreuses organisations qui valaient la peine d’être soutenues. Ils la financèrent en conséquence. Le parti reçut même d’importantes subventions de l’étranger. Parmi ces premiers mécènes américains, l’on trouve l’antisémite notoire et roi de l’automobile Henry Ford.

Au plus fort de l’inflation qui frappa l’Allemagne à l’automne 1923, le NSDAP reçut par l’intermédiaire de Ludendorff 100 000 marks-or de Fritz Thyssen, un montant astronomique compte tenu de l’inflation. Les dirigeants de l’industrie lourde de la Ruhr rassemblés autour de Thyssen et d’Hugo Stinnes espéraient ainsi que le parti d’Hitler et de Ludendorff réussirait à diriger l’opposition bavaroise réactionnaire dans une « Marche sur Berlin » avec le même succès que la « Marche sur Rome » de Mussolini en octobre 1922. Stinnes s’en était entretenu avec l’ambassadeur américain en septembre 1923 : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil; nous avons un tel homme. Un grand mouvement issu de Bavière, décidé à restaurer les anciennes monarchies, approche. Sa venue signifiera avant tout le début d’un combat contre le communisme. »

Hitler et Ludendorff organisèrent un putsch à Munich les 8 et 9 novembre 1923, qui tourna à la farce lamentable. Les hommes politiques de la bourgeoisie impérialiste allemande avaient tiré leurs leçons de l’échec du putsch de Kapp de 1920 et de toutes les tentatives de mettre fin de manière violente à la République de Weimar. Vu l’organisation et la puissance du prolétariat allemand, il ne fallait plus tolérer à l’avenir de tentative de putsch. Ils comptaient en finir avec la République de Weimar par des voies pacifiques, d’une manière « constitutionnelle » et « légale ». Hitler s’était tourné vers cette voie dès 1924.

Dans la période de relative stabilité entre 1924 et 1928, l’essor conjoncturel avait amené la majorité du peuple allemand à l’illusion qu’on avait rétabli des bases sûres pour l’économie nationale et leur propre existence. Les partisans petit-bourgeois du NSDAP se tournèrent vers les anciens partis bourgeois et le parti se réduisit comme une peau de chagrin jusqu’à être pratiquement inexistant. Aux élections de mai 1928, le NSDAP ne récolta que 800 000 voix, contre 4,3 millions pour le Parti populaire national allemand (DNVP) de Hugenberg, lui-même fort à droite.

Mais quand la conjoncture se dégrada à nouveau, les cercles les plus réactionnaires du capital monopolistique décidèrent d’une nouvelle offensive contre la République de Weimar. Ils voulaient, par la voie légale, se débarrasser une fois pour toutes du système parlementaire, démanteler les organisations du mouvement ouvrier et ouvrir la voie aux préparatifs d’une guerre de conquêtes revancharde. Dans ces circonstances, certains membres de ces cercles éprouvèrent un regain d’intérêt pour le NSDAP. À leur tête, Emil Kirdorf, fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenkirchen, et Alfred Hugenberg, homme de confiance et représentant des cercles les plus influents de la grande industrie de la Ruhr et des Junkers, lui-même directeur du plus grand groupe de presse et de cinéma d’Allemagne et président du DNVP depuis 1928.

En décembre 1929, après l’éclatement de la crise économique mondiale, l’organisation de pointe de la grosse industrie, le syndicat patronal de l’industrie allemande du Reich, adopta un programme dirigé contre les acquis politiques et sociaux de la classe ouvrière allemande et s’engagea dans le démantèlement progressif de la démocratie parlementaire de la République de Weimar. Dans ce cadre, le NSDAP jouit de manière croissante du soutien moral et matériel du DNVP et des cercles de monopolistes et de Junkers qui dirigeaient ce parti en coulisses. Grâce à ce soutien, le NSDAP put diffuser plus largement et plus intensément que jamais auparavant sa démagogie sociale au cours des campagnes pour les élections régionales de 1929 et 1930, et pour les élections fédérales de septembre 1930. Cela fonctionna tant et si bien que, suite aux élections fédérales, le NSAPD devint le deuxième parti avec plus de 6 millions de voix et 107 députés – derrière le SPD toujours dominant.

La direction du NSDAP avait ainsi prouvé à la grande bourgeoisie que le parti était non seulement utile, mais indispensable à la réalisation de son projet : la création de conditions favorables à une transition par la voie légale d’une démocratie parlementaire à un régime ouvertement dictatorial. Il fallait maintenant en faire un instrument sûr et fiable allant dans le sens et respectant la volonté des véritables maîtres. Il fallait s’assurer de la serviabilité et de la fiabilité du Führer, puis le mettre au pouvoir d’une manière strictement légale. Il fallait également s’assurer qu’il ne permettrait pas que la masse des membres de la base, nourris de démagogie anticapitaliste, fasse pression par le bas et influence la ligne de la direction du parti.

C’est dans ce cadre que se situent le serment de fidélité à la légalité de Hitler devant la Cour suprême du Reich le 25 septembre 1930, l’adoption du principe du Führer, l’exclusion des opposants du parti nazi et la nomination à des fonctions importantes d’hommes de confiance du capital financier. (…)

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Extrait de Kurt Gossweiler, Hitler, l’irrésistible ascension. Essais sur le fascisme, Editions Aden

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