(Français) Et si écouter une seule personne suffisait à transformer un conflit ?

ORIGINAL LANGUAGES, 27 Jul 2026

Pascal Gemperli – TRANSCEND Media Service

19 Jul 2026 – Quand une médiation classique n’est pas possible parce qu’une des parties refuse, que reste-t-il ? Dans mon échange avec Olivier Chambert-Loir, on explore l’accompagnement individuel — et ce que ça change de traiter le conflit à une seule voix.

📖 Pour aller plus loin :La médiation transformative — Une approche non directive du conflit, de R. A. Baruch Bush & J. P. Folger (Érès).

Et si écouter une seule personne suffisait à transformer un conflit ?

Le conflit dans une organisation, ce n’est presque jamais des éclats de voix. C’est une personne seule qui souffre en silence, qui rumine depuis des mois, qui n’a personne à qui en parler. C’est ce que j’ai retenu de mon échange avec Olivier Chambert-Loir, médiateur, formateur et l’une des figures francophones de la médiation transformative.

🎙️ L’épisode complet est ici :

https://www.youtube.com/watch?v=wnx8t5iSRAI

Que fait-on quand la médiation, au sens classique, n’est simplement pas possible ?

Quand une des parties dit non

Une médiation suppose deux parties qui acceptent de se rencontrer. Mais régulièrement, une seule des deux est prête à avancer — l’autre refuse, hésite, ou a déjà dit non mille fois. Olivier pose une question simple : est-ce qu’on abandonne la personne restée seule avec son problème ?

Sa réponse, et la mienne : non. C’est là qu’intervient l’accompagnement individuel — ce que les praticiens anglophones appellent le conflict coaching, et que nous préférons appeler, en français, le soutien à la transformation du conflit.

Ce n’est pas une médiation à moitié. C’est un espace d’écoute à part entière, en tête-à-tête, pour une personne empêtrée dans une relation difficile — avec un collègue, un membre de la famille, un conjoint — qui n’a personne d’autre à qui en parler sans se sentir jugée ou fatiguer son entourage.

La vraie difficulté n’est pas technique — elle est dans la posture

Ce qui m’a frappé dans cet échange, c’est le point qu’Olivier insiste : le vrai risque de l’accompagnement individuel n’est pas de ne pas savoir quoi dire. C’est de céder à la tentation de devenir sachant. La personne en face de vous cherche un conseil, une expertise, presque un jugement sur qui a tort. Et c’est précisément ce que la posture transformative interdit.

Comme le souligne Olivier, on ne stimule jamais la reconnaissance de force. On ne dit jamais « vous voyez bien qu’il regrette » ou « vous entendez ses excuses ». On redonne à la personne ce qu’elle exprime — ses hésitations, ses contradictions, sa vision de l’autre — sans jamais pousser vers une conclusion qu’elle n’a pas choisie elle-même.

Avoir qu’une seule personne dans la pièce rend la tentation de diriger plus forte : sans un deuxième interlocuteur pour équilibrer, on glisse plus facilement vers le conseil, l’expertise, le sauvetage.

Ce que ça change concrètement

Olivier raconte un mécanisme presque banal, mais qu’il observe depuis des années : une personne vient déposer sa déstabilisation — cet état de confusion et de repli qu’engendre tout conflit non résolu. Après une ou deux séances d’écoute réelle, sans conseil ni recommandation, elle retrouve sa lucidité. Et bien souvent, c’est elle-même qui, ensuite, initie un geste vers l’autre. Pas parce qu’on le lui a suggéré — parce qu’elle a retrouvé sa capacité à choisir.

C’est le principe d’autodétermination, valeur cardinale de l’approche transformative : ce n’est pas à nous de résoudre le conflit de quelqu’un. C’est à la personne de retrouver sa propre capacité à agir. Notre rôle s’arrête à créer les conditions pour que ça redevienne possible.

L’association qui porte cette approche

On a aussi pris le temps de parler de l’AATC — l’Association pour une Approche Transformative du Conflit, qu’Olivier a contribué à fonder en France, prolongement d’un réseau francophone informel qui existait depuis de nombreuses années. Soixante-dix adhérents à ce jour : médiateurs, mais aussi coachs, thérapeutes, enseignants, professionnels RH — tous questionnés par la même chose : comment accompagner sans diriger.

L’ambition, modeste et sincère : former, sensibiliser, vulgariser — pas transformer le monde d’un coup, mais faire en sorte qu’un peu plus de monde retrouve, dans ses interactions quotidiennes, cette capacité d’écoute qui, souvent, suffit.

Un hommage, en clôture

L’échange se termine sur un hommage à Baruch Bush, cofondateur de l’approche avec Joseph Folger, disparu en février dernier. Olivier se souvient d’un dernier congrès à Brno, où Bush parlait de petites chandelles : chacun, dans son coin, éclaire un peu — et par multiplication, cela finit par compter.

C’est aussi, un peu, ce que cette newsletter essaie de faire.

Ce que je retiens de cet échange :

  1. L’accompagnement individuel n’est pas une médiation au rabais — c’est un espace d’écoute légitime en soi, quand la médiation classique est bloquée.
  2. Le vrai risque n’est pas de manquer d’expertise, mais de céder à l’envie d’en faire trop.
  3. On ne restaure pas la capacité d’agir de quelqu’un en la conseillant — on la restaure en l’écoutant vraiment.

Et vous — dans votre pratique ou votre organisation, que faites-vous quand une des deux parties dit non à la médiation ?

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Pascal Gemperli est membre du réseau TRANSCEND Peace Development Environment. Il est un spécialiste reconnu de la médiation, de la négociation, de la réforme du secteur de la sécurité et d’autres domaines. Fort d’une vaste expérience de travail avec des agences des Nations Unies, des organisations internationales et des ONG, il a conçu et dirigé des initiatives de consolidation de la paix et de dialogue dans des contextes culturels et institutionnels divers. Son expertise comprend la transformation des conflits et la promotion de la gouvernance dans les environnements fragiles. Email: gemperlipascal@gmail.com

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