(Français) Comment les Américains ont Perdu l’Iran sans même y Poser le Pied !!
ORIGINAL LANGUAGES, 13 Apr 2026
Diran Noubar – TRANSCEND Media Service
Il fut un temps où le mot « démocratie » suffisait à faire frémir les tyrans et à rallier les foules. Ce temps est mort. Enterré sous les décombres d’un mensonge si gros, si grotesque, qu’il porte encore le nom pudique d’« armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Depuis ce jour fatidique où le monde entier a compris que Washington pouvait inventer une menace nucléaire pour justifier une guerre, l’Amérique a perdu quelque chose d’irremplaçable : le bénéfice du doute. Et c’est précisément ce capital envolé qui vient de sceller, en Iran, une défaite plus cuisante que n’importe quel retrait précipité de Kaboul ou de Bagdad.
Car cette fois, l’agresseur n’a même pas eu le luxe de l’illusion. Le monde a regardé, sidéré, un pays bombardé, menacé, sommé de plier… et ce pays n’a pas bronché. Pas de manifestations monstres contre le régime à Téhéran. Pas d’exode biblique. Pas même ce petit signal que les chancelleries occidentales guettent toujours avec gourmandise : la fuite des minorités. Or, figurez-vous que les Arméniens de Téhéran – ces chrétiens séculaires, souvent critiques à l’égard du pouvoir – n’ont pas jugé utile de plier bagage pour Erevan. Ils sont restés. Comme tout le monde. Le peuple iranien a fait ce que les peuples font quand ils se sentent agressés de l’extérieur plutôt que tyrannisés de l’intérieur : il a serré les rangs.
Et là, le sarcasme devient presque tendre. Parce que oui, ce même peuple qui, hier encore, était présenté comme un troupeau misérable attendant la libération à coups de Tomahawk, s’est soudain souvenu qu’il avait une patrie, une histoire, une dignité. Et qu’il était, de surcroît, discrètement mais efficacement soutenu par deux gentlemen fort peu démocrates, mais diablement inspirés : Vladimir Poutine et Xi Jinping. Deux leaders que l’on nous dépeint habituellement comme les derniers dinosaures d’un monde autoritaire… et qui, pourtant, semblent avoir mieux compris la psychologie des peuples que tous les think tanks de Washington réunis.
C’est le paradoxe savoureux, presque cruel, de notre époque. Les « forces émergentes » – comme on les appelle avec une pointe de condescendance dans les salons parisiens ou new-yorkais – ont remplacé, dans le cœur de bien des peuples épris de liberté, l’Amérique qui leur faisait autrefois rêver. Non par amour des chars russes ou des camps de rééducation chinois, mais par un ras-le-bol viscéral : trop de mensonges, trop d’impositions morales, trop de sanctions unilatérales, trop d’impôts sur la vertu, trop de leçons données du haut d’un trône qui ne tient plus que par la force du dollar et la nostalgie d’un soft power défunt.
Les démocraties ont trop menti. Elles ont trop surimposé leur modèle, trop surtaxé la patience des nations, trop dépassé les bornes de ce que l’on peut décemment exiger d’un peuple sans qu’il finisse par préférer, à tout prendre, l’ordre de chez lui à l’anarchie vertueuse qu’on lui promettait. Résultat ? Un Iran assiégé devient, par un retournement dialectique digne de Hegel sous acide, le symbole d’une résistance légitime aux yeux d’une partie croissante de la planète.
On pourra ergoter sur les droits de l’homme, sur les mollahs, sur les missiles. On aura raison sur le fond et tort sur la forme. Car l’Histoire, cette vieille coquine, ne juge pas les régimes à l’aune de leur perfection morale, mais à l’aune de leur capacité à incarner, au bon moment, la dignité bafouée d’un peuple. Et sur ce terrain, l’Amérique, jadis championne toutes catégories, vient de concéder, sans même combattre vraiment, la plus humiliante des défaites : celle de la crédibilité.
Bienvenue dans le nouveau siècle, messieurs les stratèges de Washington. Le monde ne croit plus à vos contes. Et il commence, doucement mais sûrement, à en préférer d’autres. Moins reluisants, peut-être. Mais au moins, on sait d’où ils viennent.
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Diran Noubar, Italo-Arménien né en France, a vécu dans 11 pays avant de s’installer en Arménie. Documentariste et reporter de guerre de renommée mondiale, salué par la critique, il a produit et réalisé plus de 20 longs métrages documentaires à New York au début des années 2000. Auteur-compositeur-interprète et guitariste, il a également formé son propre groupe et dirige wearemenia.org, une association à but non lucratif.
Tags: Iran, Official Lies and Narratives, USA
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