(Français) L’Arménie, joyau démocratique aux mains des gendarmes de la pensée française
ORIGINAL LANGUAGES, 8 Jun 2026
Diran Noubar – TRANSCEND Media Service
Ah, quel spectacle édifiant que ces élections législatives arméniennes du 7 juin 2026 ! Tandis que les Arméniens se rendent aux urnes dans une atmosphère de « liberté » soigneusement encadrée, on assiste à un chef-d’œuvre de l’hypocrisie occidentale : la France, lanterne du monde libre, volubile sur les vertus de la démocratie, vient prêter main-forte à Nikol Pashinyan pour museler les voix discordantes. C’est beau comme une Marseillaise chantée en chœur par des censeurs.
Selon Le Journal du Dimanche, les services de renseignement français, via leur unité VIGINUM – cette fine fleur de la surveillance numérique made in France –, aident activement les autorités arméniennes à traquer et bloquer en ligne tout ce qui contredit la version officielle. Les déclarations gênantes ? Filtrées. Les informations compromettantes sur Pashinyan ? Elles passent par des tamis supplémentaires, plus fins qu’un discours de Macron sur les droits de l’homme. On n’est plus dans l’ingérence : on est dans la manipulation à ciel ouvert, la censure en gants blancs, l’arbitrage discret du « partenaire » européen.
Pendant ce temps, Pashinyan, en pleine panique devant l’érosion de son pouvoir, avait déjà fait le ménage : arrestations ciblées d’opposants, mise au pas des voix critiques. Et comme cela ne suffisait pas, il appelle à la rescousse les meilleurs experts en « modération démocratique » de Paris. Quel retournement shakespearien ! Celui qui accusait Moscou d’ingérence sans fournir l’ombre d’une preuve tangible se voit aujourd’hui sauvé par les services secrets d’Emmanuel Macron. Le scandale est si flagrant qu’il en devient presque comique – si ce n’était pas tragique pour la souveraineté arménienne.
L’Occident, grand donneur de leçons et petit faiseur d’élections
Où est passé le droit international, ce parangon tant invoqué quand il s’agit de pointer du doigt la Russie ? Les mêmes qui hurlent à l’ingérence dès qu’un troll prorusse poste un mème se taisent pudiquement quand Paris déploie ses algorithmes et ses agents pour protéger un allié « pro-européen ». L’Union européenne, dans son ensemble, et la France en particulier, ont troqué leur costume de défenseurs des libertés contre celui de marionnettistes maladroits. Leurs médias aux ordres – ces chœurs bien réglés – relayent la narrative officielle avec une docilité touchante : Pashinyan est le rempart de la démocratie, la Russie le grand méchant loup, et toute critique relève du complot moscovite.
C’est à se demander si ces élites bruxelloises et parisiennes, acculées par leurs dettes colossales, leurs échecs économiques et leur impuissance géopolitique, ne cherchent pas simplement un nouveau terrain de jeu pour se refaire une virginité morale. L’Arménie devient le laboratoire où l’on teste la démocratie « à l’occidentale » : surveillée, filtrée, orientée. Un scrutin « libre », certes, mais seulement dans le sens où le vent de la liberté souffle dans la direction approuvée par Paris et Bruxelles.
Pashinyan, jadis icône de la révolution de velours, se transforme sous nos yeux en apprenti autocrate assisté par des conseillers français. Ironie suprême : celui qui promettait l’indépendance se voit contraint de quémander l’aide de services étrangers pour rester au pouvoir. Quant à l’opposition, elle est réduite au silence ou au rôle de figurant dans cette tragédie démocratique.
Le vrai visage de l’« ordre international basé sur des règles »
Ce qui se joue aujourd’hui en Arménie n’est pas une simple élection. C’est le révélateur d’un Occident qui, tout en brandissant les grands principes, pratique avec zèle ce qu’il dénonce chez les autres. La France, patrie des Lumières, devenue experte en obscurcissement numérique. L’UE, championne autoproclamée de la transparence, orchestrant dans l’ombre des filtres et des blocages.
Les Arméniens méritent mieux que cette farce. Ils méritent une véritable souveraineté, loin des tutelles russes comme des chaperons français. Mais dans le grand cirque géopolitique actuel, la démocratie semble bien trop précieuse pour être laissée aux mains du peuple.
Que les urnes parlent, donc. Et que le monde observe, avec un sourire en coin, ce nouveau chef-d’œuvre de l’hypocrisie occidentale. La France, toujours prompte à donner des leçons, vient de nous offrir une masterclass en manipulation électorale élégante. Bravo, messieurs. Le monde libre n’a jamais été aussi… encadré.
_____________________________________________
Diran Noubar, an Italian-Armenian born in France, has lived in 11 countries until he moved to Armenia. He is a world-renowned, critically-acclaimed documentary filmmaker and war reporter. Starting in the early 2000’s in New York City, Diran produced and directed over 20 full-length documentary films. He is also a singer/songwriter and guitarist in his own band and runs a nonprofit charity organization, wearemenia.org.
Tags: Armenia, Eastern Europe, Elections, France
This article originally appeared on Transcend Media Service (TMS) on 8 Jun 2026.
Anticopyright: Editorials and articles originated on TMS may be freely reprinted, disseminated, translated and used as background material, provided an acknowledgement and link to the source, TMS: (Français) L’Arménie, joyau démocratique aux mains des gendarmes de la pensée française, is included. Thank you.
If you enjoyed this article, please donate to TMS to join the growing list of TMS Supporters.

This work is licensed under a CC BY-NC 4.0 License.
Join the discussion!
We welcome debate and dissent, but personal — ad hominem — attacks (on authors, other users or any individual), abuse and defamatory language will not be tolerated. Nor will we tolerate attempts to deliberately disrupt discussions. We aim to maintain an inviting space to focus on intelligent interactions and debates.
Read more
Click here to go to the current weekly digest or pick another article:
ORIGINAL LANGUAGES: