(Français) Bien choisir son médiateur : ce que personne ne vous dit avant de signer
ORIGINAL LANGUAGES, 15 Jun 2026
Pascal Gemperli – TRANSCEND Media Service
4 Jun 2026 – Vous êtes prêt à entamer une médiation — mais comment choisir le bon médiateur ? Avec Joëlle Dunoyer, médiatrice en France, nous avons exploré les critères qui comptent vraiment : accréditation, spécialisation, tarifs, et même le droit de changer d’avis en cours de route.
Bien choisir son médiateur : ce que personne ne vous dit avant de signer
Vous avez décidé de tenter la médiation. Bien. Mais voilà la question que personne ne pose vraiment : comment choisir la bonne personne à qui confier ce processus ?
Ce n’est pas anodin. En médiation, vous allez partager des choses intimes — des tensions familiales, des conflits professionnels, des non-dits qui durent depuis des années. Le médiateur n’est pas un arbitre. Il n’est pas là pour trancher. Il est là pour créer les conditions d’un dialogue que vous n’arrivez plus à avoir seul. Autant dire que le choix de cette personne mérite qu’on s’y arrête.
J’en ai parlé récemment avec Joëlle Dunoyer, médiatrice basée en France, avec qui j’échange régulièrement sur nos pratiques respectives — suisse et française. Ce qui ressort de notre conversation m’a confirmé quelque chose : les critères qui semblent évidents ne sont pas toujours les bons, et ceux qu’on néglige souvent sont parfois les plus importants.
🎙️ L’épisode complet est disponible ici :
L’accréditation : une garantie imparfaite, mais réelle
Première question que posent les futurs médiés : faut-il absolument un médiateur accrédité ou assermenté ?
Ma réponse est nuancée. On peut être un excellent médiateur sans accréditation — je ne l’exclus pas. Mais l’accréditation, en Suisse via la Fédération Suisse de Médiation (FSM) ou en France via les listes des cours d’appel, apporte une garantie structurelle que rien d’autre ne remplace. Elle atteste d’une formation initiale sérieuse, d’une expérience prouvée, et surtout d’un engagement dans la durée : formation continue, supervision, intervision. En Suisse, si vous ne remplissez pas ces obligations, vous perdez votre titre. Il y a des sanctions réelles.
Ce que Joëlle souligne avec justesse, c’est la notion de réflexivité. On demande aux parties de prendre du recul sur leur conflit. On ne peut pas, en tant que médiateur, se soustraire à cette même exigence envers notre propre pratique. La formation continue et l’analyse de pratique ne sont pas des formalités — elles sont le signe qu’un professionnel prend son rôle au sérieux.
Donc : accréditation et assermentation, oui. Pas comme critère absolu de qualité, mais comme garantie minimale de sérieux. Et si vous avez un doute sur un médiateur non accrédité, la question à poser est simple : comment maintient-il sa formation ? Avec qui travaille-t-il sa pratique ?
Spécialisation : le piège du médiateur “expert du domaine”
Doit-on choisir un médiateur spécialisé dans le secteur concerné — santé, commercial, voisinage ? C’est une question que l’on me pose souvent, et sur laquelle Joëlle et moi avons des positions proches, avec quelques nuances intéressantes.
Mon point de vue : la force d’un bon médiateur, c’est parfois de ne pas connaître le domaine. Quand j’arrive naïf dans une médiation commerciale que je ne maîtrise pas techniquement, je pose des questions que personne d’autre ne poserait. Des questions simples, fondamentales, qui forcent les parties à expliquer — et en expliquant, à clarifier leur propre position.
Cela dit, il y a des exceptions. Plus un conflit est technique et proche de la négociation pure — contrats complexes, litiges commerciaux à forte composante juridique — plus certaines compétences spécifiques deviennent utiles. Pas pour trancher, mais pour ne pas se retrouver dépassé par des enjeux qu’on ne comprend pas.
La comédiation est souvent la réponse élégante à ce dilemme. Joëlle pratique quasi exclusivement la comédiation aujourd’hui, et je comprends pourquoi : associer deux médiateurs aux profils complémentaires permet de couvrir à la fois la dimension relationnelle et la dimension technique, sans sacrifier l’une pour l’autre. Et en cas de désaccord de feeling avec l’un des médiateurs, l’autre est là.
Le feeling : le critère qu’on minimise toujours
Voilà ce dont on parle le moins, et qui compte souvent le plus.
Il y a quelque temps, j’ai vécu quelque chose d’inhabituel pour moi : un couple m’a contacté, nous avons eu un échange d’une vingtaine de minutes — que j’ai pris pour un entretien préalable classique — et à la fin, ils m’ont dit qu’ils rencontraient deux ou trois autres médiateurs avant de décider. J’avoue que sur le moment, ça m’a surpris. Mais c’est tout à fait légitime. Et je le recommande maintenant.
Vous avez le droit de rencontrer plusieurs médiateurs avant de vous engager. En Suisse comme en France, les parties conservent une liberté de choix — même en médiation judiciaire. Cette liberté est importante, et elle est trop peu connue des futurs médiés.
Ce que Joëlle formule bien : on va confier des choses intimes à cette personne. Le cadre de confiance n’est pas un bonus — c’est une condition de base pour que le processus fonctionne. Si le feeling n’y est pas dès le départ, il ne viendra probablement pas.
Et si ça ne fonctionne pas en cours de route ?
C’est la question qu’on n’ose pas poser. Vous avez bien choisi, vous avez fait plusieurs séances, vous avez partagé beaucoup — et pourtant, vous sentez que ça ne va pas dans la bonne direction. Que faire ?
Changer. Voilà la réponse.
Ce n’est pas un échec. La médiation est une démarche volontaire, une parenthèse dans laquelle rien n’est figé. Si les deux parties sentent que le médiateur n’est pas le bon, rien n’empêche d’en chercher un autre. Oui, cela implique de recommencer certaines choses. Oui, c’est inconfortable. Mais se forcer à continuer avec quelqu’un avec qui le lien ne passe pas, c’est hypothéquer le processus entier.
Et comme le rappelle Joëlle : le médiateur n’a pas d’obligation de résultat — et les parties non plus. La médiation n’est pas une garantie de solution. C’est une invitation à cheminer ensemble. Et parfois, cheminer, ça veut dire ajuster le chemin.
Ce que je retiens de cet échange :
- Vérifiez l’accréditation ou l’assermentation — pas comme critère absolu de qualité, mais comme garantie de sérieux et d’engagement dans la durée.
- Rencontrez plusieurs médiateurs avant de choisir. Vous en avez le droit, et c’est souvent décisif.
- La spécialisation compte moins que le feeling — sauf dans les domaines très techniques où la comédiation est souvent la meilleure réponse.
- Si ça ne fonctionne pas en cours de médiation, changer de médiateur est une option réelle, pas un aveu d’échec.
Et vous — comment avez-vous choisi votre médiateur, ou comment conseilleriez-vous à quelqu’un de le faire ? Je suis curieux de vos expériences, côté médiateurs comme côté médiés.
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Pascal Gemperli est membre du réseau TRANSCEND Peace Development Environment. Il est un spécialiste reconnu de la médiation, de la négociation, de la réforme du secteur de la sécurité et d’autres domaines. Fort d’une vaste expérience de travail avec des agences des Nations Unies, des organisations internationales et des ONG, il a conçu et dirigé des initiatives de consolidation de la paix et de dialogue dans des contextes culturels et institutionnels divers. Son expertise comprend la transformation des conflits et la promotion de la gouvernance dans les environnements fragiles. Email: gemperlipascal@gmail.com
Tags: Conflict Mediation, Conflict Transformation
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