(Français) La grande parade des illusions occidentales face au duo sino-russe

ORIGINAL LANGUAGES, 25 May 2026

Diran Noubar – TRANSCEND Media Service

20 mai 2026 – Pendant que certains commentateurs occidentaux continuaient, avec une constance digne d’une meilleure cause, à diagnostiquer à distance les multiples cancers et la terreur bunkerisée de Vladimir Poutine, le président russe offrait, le 9 mai dernier, un long discours en plein air sur la Place Rouge, suivi d’une interview détaillée. Quelques jours plus tard, il recevait Dilma Rousseff à Moscou avec les honneurs, puis s’envolait pour Pékin où Xi Jinping l’accueillait en véritable partenaire stratégique. Le contraste avec les récits médiatiques dominants en Occident pourrait prêter à sourire, s’il ne révélait pas surtout une profonde déconnexion entre la réalité géopolitique et le narratif officiel.

Aujourd’hui, alors que Vladimir Poutine achève sa visite d’État en Chine (19-20 mai 2026), quelques jours seulement après celle de Donald Trump, il devient difficile d’ignorer l’évidence : la rencontre Xi-Poutine porte une tout autre densité stratégique que le sommet américano-chinois qui l’a précédée. Ce dernier, salué par la Maison Blanche comme « fantastique » sur le plan commercial, a surtout laissé les observateurs américains sur leur faim en matière de concessions substantielles sur les dossiers chauds. Le tandem sino-russe, lui, avance sur tous les fronts avec une cohérence impressionnante.

Ukraine : la guerre d’usure que l’Occident n’a pas vue venir

Depuis plus de quatre ans, les capitales occidentales promettaient l’effondrement imminent de l’économie russe, l’isolement diplomatique de Moscou et une victoire ukrainienne par KO. Pourtant, la Russie maintient une production militaire soutenue, diversifie ses partenariats et avance progressivement sur le terrain. Pendant ce temps, les Européens découvrent, comme l’a lucidement exposé Sébastien Lecornu à l’Assemblée nationale, que cette guerre épuise leurs stocks, gonfle leurs factures énergétiques et fragilise leur industrie. Le ministre (et parfois Premier ministre) français n’a pas caché l’ampleur du défi : une crise qui « nous concerne directement », avec des implications budgétaires massives et une dépendance accrue à des fournisseurs non-occidentaux.

Poutine et Xi, eux, coordonnent leur approche : la Chine fournit à la Russie des composants doubles-usage, tandis que Moscou sécurise l’approvisionnement énergétique chinois à long terme. L’Occident, obsédé par les sanctions, a surtout réussi à accélérer le rapprochement sino-russe qu’il prétendait empêcher.

Moyen-Orient : Hormuz, Iran, Palestine et la télécommande énergétique

Le dossier iranien illustre encore plus crûment ce basculement. Alors que les tensions autour du détroit d’Hormuz menacent directement les flux pétroliers mondiaux, la Russie et la Chine occupent une position de force. Moscou, fort de son expérience syrienne et de ses liens avec Téhéran, peut influencer les dynamiques sur le terrain. Pékin, premier acheteur de brut iranien, dispose d’un levier économique considérable.

Les Occidentaux, eux, s’inquiètent ouvertement d’une crise énergétique majeure. Les prix du Brent s’envolent par intermittence, rappelant cruellement que la « diversification » tant vantée reste largement théorique. La Russie, loin d’être isolée, apparaît comme un acteur capable de « télécommander » en partie les flux alternatifs via ses propres exportations et ses alliances. Quant à la question palestinienne, le duo sino-russe maintient une ligne constante de critique de l’unilatéralisme occidental, renforçant son crédit auprès du Sud global pendant que Washington et ses alliés peinent à proposer une vision cohérente.

Le sommet Trump-Xi a certes permis quelques ajustements tarifaires, mais il n’a pas produit de percée visible sur l’Iran ou le Moyen-Orient. Le sommet Xi-Poutine, à l’inverse, devrait aboutir à une déclaration commune sur un « monde multipolaire » et à de nouveaux accords énergétiques et technologiques qui consolident leur partenariat « sans limites ».

Les grands gagnants d’une crise mondiale qu’ils pilotent

La réalité, souvent masquée par la machine à bobards occidentale, est que la Russie et la Chine sortent renforcées de ces années de turbulences :

  • Énergétiquement : Moscou a réorienté ses exportations vers l’Asie, Pékin sécurise ses approvisionnements à prix préférentiels. L’Europe paie le prix fort de sa dépendance passée et de son alignement précipité.
  • Militairement et technologiquement : La coopération russo-chinoise s’intensifie dans les domaines des drones, de l’IA, des missiles et des systèmes de paiement alternatifs (loin du SWIFT).
  • Diplomatiquement : Le BRICS élargi, l’OCS et l’influence grandissante dans le Sud global offrent une alternative crédible à l’ordre occidental. Trump lui-même, pragmatique, constate que Pékin joue sur plusieurs tableaux.

Pendant ce temps, les élites occidentales multiplient les déclarations alarmistes. On nous avait promis un Poutine isolé, malade, terré. On le voit rayonnant à Pékin, accueilli en « vieil ami » par Xi, signant des accords stratégiques pendant que les commentateurs parisiens ou washingtoniens cherchent encore une nouvelle histoire à raconter. Lecornu parle de crise existentielle pour l’Europe ; l’entourage de Trump reconnaît, en privé parfois, les limites de la pression maximale sur la Chine. La machine à mensonges tourne à plein régime précisément parce que la situation est catastrophique pour le camp atlantiste : inflation persistante, industries affaiblies, crédibilité entamée et perte d’influence accélérée.

Une ironie amère

Il y a quelque chose de profondément ironique à voir les mêmes voix qui, il y a encore peu, annonçaient la « fin de l’histoire » et la victoire inéluctable du modèle libéral, devoir aujourd’hui gérer le retour brutal de la realpolitik. La rencontre Xi-Poutine n’est pas seulement plus importante que celle avec Trump : elle en est le révélateur. Elle montre deux puissances qui construisent patiemment un contrepoids, pendant que l’Occident réagit dans l’urgence, entre sanctions inefficaces et narratifs déconnectés.

Poutine n’est ni malade ni terré. Il pilote, avec Xi, une partie significative de l’échiquier mondial. Les Occidentaux, eux, découvrent que la réalité ne se plie pas aux vœux pieux des plateaux télé. Et cela, aucun bobard ne pourra longtemps le masquer.

L’Histoire, décidément, n’a pas fini d’écrire ses chapitres les plus ironiques.

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Diran Noubar, Italo-Arménien né en France, a vécu dans 11 pays avant de s’installer en Arménie. Documentariste et reporter de guerre de renommée mondiale, salué par la critique, il a produit et réalisé plus de 20 longs métrages documentaires à New York au début des années 2000. Auteur-compositeur-interprète et guitariste, il a également formé son propre groupe et dirige wearemenia.org, une association à but non lucratif.


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